‹ Le mariage d'un roi, 1721-1725Chapitre 11 sur 34 · Mademoiselle de Blois, fille légilimée de Louis XIV · texte numérisé non relu

Mademoiselle de Blois, fille légilimée de Louis XIV

LE MARIAGE D'UN ROI. iOI

sont personnels. Les principaux sont qu'on pourrait dire que ce sont mes intérêts qui m'auraient fait agir et que, dans le cas où il n'y aurait pas de postérité, ce qui pourrait arriver également à l'égard de toute autre, on m'en rendrait personnellement responsable, et Votre Majesté même pourrait en conserver quelque ressentiment. »

Le rapport, tout en recommandant quatre princesses, n'appelait en réalité l'attention du roi que sur l'une des filles du prince de Galles et sur mademoiselle de Vermandois, et il n'était pas difficile de comprendre, d'après tous les éloges prodigués à cette dernière, sur lequel] des deux partis portaient les préférences secrètes du premier ministre.

Celui-ci laissait ainsi percer une ambition qui paraîtra sans doute^aux lecteurs le secret mobile de toute sa conduite antérieure. La suite du récit montrera, croyons-nous, que, plein d'irrésolutions et d'incertitudes, le duc de Bourbon n'eut pas le mérite d'avoir jamais été maître d'un plan arrêté, et que, s'il eût à deux reprises la pensée orgueilleuse de devenir beau-frère du roi, il se laissa, dans toute l'affaire du mariage, conduire par les circonstances et dominer, avant tout, par le désir de conserver personnellement le pouvoir.

La seconde réunion du conseil secret eut lieu le

6 novembre, et le procès-verbal de cette séance nous a, par bonheur, été conservé *. En entendant le rapport du premier ministre, les personnages dont nous avons déjà donné les noms n'eurent sans doute pas (le peine à saisir son véritable sentiment, et nous les voyons tous, à l'exception de l'ancien précepteur du roi, s'empresser de donner la préférence à mademoiselle de Vermandois. Les services que Fleury avait rendus au duc de Bourbon et l'affection que Sa Majesté portait au prélat autorisaient chez celui-ci une complète indépendance; il ne songeait plus à combattre la rupture du projet espagnol, approuvée par le roi lui-même et qui semblait irrévocable; mais il voulait participer le moins possible à la désignation de la future reine, peut-être afin de ne pas encourir de reproches, si elle ne plaisait pas à Louis XV. 11 désirait, d'ailleurs, empêcher que ce choix ne rendît plus offensant pour le roi d'Kspagne le renvoi de l'infante, et surtout qu'il n'augmentAt l'importance et l'autorité du premier ministre, de jour en jour plus impopulaire. Sans opiner en faveur de la petite fille de Georges 1*', qui, à cause de la question religieuse, paraissait peu convenable pour le Roi Très Chrétien, l'ancien évêque de Fn'yus laissa voir clairement son opposition à l'idée de donner au roi

i. \oy. Archives nationales, carions des rois; Louis XV, K. 139.

mademoiselle de Vermandois pour épouse, et il ne chercha même pas à dissimuler la mauvaise humeur que celte proposition lui inspirait. « M. de Fréjus croit, porte le procès-verbal, que la princesse d'Angleterre serait la plus convenable, sans l'inconvénient que ce serait annoncer en quelque façon l'exclusion à jamais du Prétendant au trône d'Angleterre, et que ce serait trop se déclarer au préjudice de la religion catholique, et qu'ensuite la plus convenable serait mademoiselle de Vermandois, sans la disproportion d'âge et d'autres raisons qui me regardent personnellement, b

L'opinion de Fleury, bien qu'elle fût isolée, était de nature à faire réfléchir le duc de Bourbon. Il se représenta san!=; doute la terrible responsabilité qu'il allait assumer en choisissant sa sœur. L'Espagne aurait le droit d'attribuer son humiliation à l'intérêt exclusif de la maison de Condé,et les adversaires du premier ministre ne manqueraient pas, eux aussi, de contester les raisons graves qui justifiaient le renvoi de l'infante et d'en exagérer les inconvénients et les périls. Si la guerre éclatait avec Philippe V, M. le duc en verrait rejaillir sur lui tout l'odieux, et, dans le cas possible où Sa Majesté n'aurait pas de postérité, il ne manquerait point d'être à la fois l'objet de la colère et de la

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risée publiques. Le roi d'ailleurs, influencé par Fleury, pourrait faire ù mademoiselle de Vermandois l'outrage de la dédaigner, et serait peut-être excité à prendre une décision encore plus grave, en remetlanl le pouvoir en d'autres mains.

L'exemple de l'évoque de Fréjus encouragea sans doute quelques-uns des membres du conseil secret à revenir sur l'avis qu'ils avaient d'abord exprimé et à soumettre au roi des objections contre le choix d'une princesse beaucoup trop âgée pour lui et qui ne pouvait apportera la France aucun appui contre la colère des Espagnols. 11 est encore permis de supposer que les inquiétudes du duc de Bourbon, au sujet des dispositions du roi, reçurent quelque confirmation. Sa Majesté, habituée à témoigner la plus grande déférence pour l'avis de son ancien précepteur, et à ne prendre aucune résolution grave sans le consulter, très persoimellement intéressée, d'ailleurs, dans la question qui restait à résoudre, put se montrer moins empressée que ne l'avait espéré M. le duc de ratifier l'avis du conseil secret.

Les documenls officiels nous manquent pour éclairer d'une manière certaine les causes du revirement imprévu qui se produisit ciiez le premier ministre, et il faut nous en tenir à des conjectures. Nous ignorons également ce qui put se passer dans

le conseil présidé par Louis XV, où durent être discutés en sa présence le rapport du premier ministre et l'avis de ses conseillers, et nous n'avons pas même découvert la preuve que le roi ait délibéré sur cet objet. Nous savons seulement qu'à la date du 19janvier1725, le duc de Bourbon fit partir en grand mystère l'écuyer du comte de Morville pour Lond^'es, avec la mission apparente d'acheter des chevaux de carrosse et des chiens courants, mais en réalité pour remettre une lettre confidentielle au comte de Broglie, notre ambassadeur près de Georges I*'. Le texte même de cette dépêche nous fait défaut, mais la date et l'accusé de réception en sont indiqués dans la réponse du comte de Broglie, datée du 27 janvier * ; en outre, elle est mentionnée par Lémonley et analysée dans un document officiel du ministère des affaires étrangères'. M. le duc chargeait M. de Broglie de faire au roi de la Grande-Bretagne la confidence du désir qu'avait Louis XV d'obtenir la main de la princesse Anne, fille aînée du prince de Galles, et recommandait à notre représentant de voir avec les minisires de Georges P^ si elle pourrait devenir épouse du roi. La seule condition à laquelle

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