Voy. Archives des affaires étrangères, Angleterre
t. CCCL.
-. Voy. Ibid., Russie, 851-1734, Mémoire sur le mariage de Louis XV, par N.-L. Le Dran, 8 décembre 1725.
le duc de Bourbon subordonnait sa proposition /'tnil que la princesse anglaise embrassûl la religion catbolique.
Le duc de Bourbon joignait à sa dépêche une lettre destinée au roi d'Angleterre, mais qui ne devait être remise à Georges I" que dans le cas où la négociation entrerait dans une voie favorable. L'écuyer du secrétaire des allaires étrangères emportait en outre un portrait de Louis XV, la vue des traits charmants du jeune roi ne pouvant, dans la pensée de M. le duc, que faciliter les démarches du comte de Broglie.
La réalisation de ce mariage eût assurément procuré à la France, au moment où elle risquait de perdre l'amitié de Philippe V, un utile appui et le moyen le plus efficace d'intimider un souverain qui avait de très sérieuses raisons de redouter la puissance de l'Angleterre; mais le surcès de la proposition paraissait d'avance bien problématique, du moment où la France ne pouvait se dispenser de réclamer la conversion de la jeune princesse anglaise. Un esprit plus politique que celui du duc de Bourbon se fût peut-être arrêté devant une pareille difficulté et eût hésité à entamer la négociation. Peu d'années après l'avènement de la dynastie de Hanovre, le prince qui puisait sa force principale
dans lasimilitude de culte avec la grande majorité de la nation anglaise et qui, régnant surtout par le titre de son hérésie, se considérait comme le chef du protestantisme européen, autoriserait-il sa petite-fille, même pour devenir reine de France, à renoncer à la réforme et à embrasser la religion des Stuarts ?
Cependanl le duc de Bourbon ne doutait pas de l'empressement du cabinet anglais à accepter les ouvertures du comte de Bro},^lie, et l'idée d'unir la fille aînée du prince de Galles au roi de France semblait au premier ministre d'une réalisation presque certaine. En attendant la réponse de l'Angleterre, il jugea le moment venu de fixer les conditions dans lesquelles la nouvelle du renvoi de l'infante serait portée à la connaissance de Philippe V.
Le temps pressait, en effet, car l'on était déjà au commencement de lévrier 17Î25. La princesse espagnole devait avoir sept ans à la fin de mars, et le Roi Catholique avait été jusqu'alors entretenu dans la conviction que les fiançailles de sa fille seraient célébrées à celte époque. Les deux ambassadeurs
d'Espagne à Paris, MM. de Laulés et de Monteleone, ne semblaient eux-mêmes avoir aucun soupçon des projets de M. le duc, et ne se lassaient ni l'un ni l'autre de demander la formation de la maison de l'infante, retardée jusque-là sous les plus vains prétextes, et de rappeler les engagements de la France vis-à-vis de l'Espagne.
Le duc de Bourbon reconnaissait qu'à raison des liens de parenté et d'affection qui unissaient les deux monarques, il était impossible de recourir à l'entremise d'un souverain étranger, même à celle du pape, pour apprendre à Philippe V la détermination de son neveu, et que Louis XV devait écrire au Roi Catholique et expliquer lui-même les motifs qui l'obligeaient à ne pas tenir les engagements pris en son nom.
Mais la désignation de la personne à qui serait confiée la mission délicate de remettre le message du roi de France préoccupait vivement le premier ministre. Rien ne semblait de prime abord plus naturel que de charger de cette démarche notre représentant à Madrid. Le maréchal de Tessé, non seulement par l'autorité de son âge et des services rendus à l'Espagne, mais plus encore peut-être par les marques de dévouement prodiguées à Philippe V depuis son abdication et à l'occasion de la mort de
son fils, avait acquis une situation tout à fait exceptionnelle près de la famille royale. Il exerçait bien plutôt à la cour de Madrid le rôle d'un ami et d'un confident que celui d'un ministre étranger. 11 pouvait donc, mieux que personne, faire comprendre les raisons qui justifiaient, dans une certaine mesuie, le renvoi de l'infanie et réveiller dans le cœur de Philippe V, au moment où il apprendrait la fatale nouvelle, les sentiments affectueux qu'il n'avait jamais cessé de porter au fils de son frère et à la France.
Quelques écrivains ont prétendu que M. de Tessé avait décliné la difficulté de celte lâche pénible; le président Ilénault va jusqu'à dire que le maréchal € fut rappelé pour avoir refusé net la commission ». Il est, au contraire, bien établi que le duc de Bourbon ne tenta même pas de s'assurer un concours si précieux. Il craignait sans doute le refus du maréchal, qui, très sincèrement attaché à Philippe V, et envoyé près de lui pour cimenter l'alliance des deux couronnes, aurait eu certainement la plus grande répugnance à lui faire une révélation très douloureuse el de nalure à exciter contre nous la haine de notre plus fidèle allié. D'autre part, on le sait, M. le duc n'avait pas tenu M. de Tessé au courant des délibérations relatives
au prochain mariage du roi, et notre représentant s'attendait tous les jours, comme le souverain auprès duquel il était accrédité, à voir fixer définitivement le sort de l'infante. Récemment encore, il avait cru devoir avertir le duc de Bourbon que la formation de la maison de la future reine, désirée avec une extrême impatience à Madrid, venait d'y être annoncée comme tout à fait prochaine. Le premier ministre, dans une réponse très laconique, datée du ^3 janvier', s'était empressé de déclarer le bruit dénué de tout fondement; mais il n'avait indiqué aucune des raisons qui l'empêchaient de donner cette satisfactionà l'Espagne. Il eût donc fallu, toutàlafois, faire part à M. de Tessé de faits qui lui avaient été jusqu'alors dissimulés et invoquer son intervention pour les faire accepter par nos voisins. On devait s'attendre à la surprise du maréchal, à des observations, où il ne laisserait pas de manifester quelque mécontentement, peut-être même à un blâme, qu'il formulerait avec sa franchise ordinaire et sa liberté de langage, tout au moins à des demandes d'explications, entraînant un échange de dépêches et des relards prolongés.
En outre, la santé de M. de Tessé, affaiblie par
t. Voy. Archives des affaires étrangères, Espagne, 1724-1725, t. CCCXXXIX.
les années, avait été fort éprouvée par son séjour en Espagne et les circonstances difficiles qu'il venait de traverser. Non seulement il sentait ses forces physiques s'épuiser peu à peu, mais il reconnaissait chaque jour son impuissance à dominer les hésitation perpétuelles de Philippe V et les intrigues qui s'agitaient autour de lui. Il avait, depuis quelques mois, manifesté avec une extrême insistance le désir de rentrer aux Camaltudes : « Je crois que j'aurais encore peut-cire assez de courage ou de végétation, écrivait-il, dès le 1 1 décembre 1 72i, au duc de Bourbon*, pour m'exposera monter le premier sur une brèche bien défendue et pour le service du roi, mais je ne m'en sens pas assez pour passer ici l'hiver; j'y suis obsédé de cabales, d'impossibilités de bien faire, d'impuissance de rien régler; dans deux ans, les choses n'y seront pas plus en règle qu'elles n'y sont, et les dettes indispensables que j'ai faites... c'est ce qui m'inquiète le moins! Encore une fois, au nom de Dieu, tirez-moi de ce labyrinthe, car je n'y puis plus durer ! »
Devant des plaintes renouvelées à plusieurs reprises, le premier ministre avait fini par promettre au maréchal son prochain rappel. Sous prétexte de fidélité à la parole donnée, il se décida tout à coup
1 • Voy. Archives des affaires étrangères, ibid.
à précipiler le retour de M. de Tessé et fit choix pour le remplacer de l'abbé de Livry, chargé d'affaires en Portugal, qui ne pouvait rester à Lisbonne, à cause de difficultés relatives à l'étiquette : par un bizarre caprice, le roi Jean V refusait, en effet, de laisser son secrétaire d'État faire, suivant l'usage, la première visite à l'envoyé français.
M. de Morville, en annonçant à notre plénipotentiaire son remplacement, par une dépêche qui lui parvint le 15 février', lui recommandait d'avoir bien soin de donner au roi d'Espagne « une grande idée de la confiance que Mgr le duc avait en l'abbé de Livry »; puis il envoyait l'ordre au maréchal de se mettre enroule avant la fin du mois, afin qu'il fût possible d'arrêter, de concert avec lui, les instructions destinées à son successeur.
La satisfaction qu'éprouva M. de Tessé de pouvoir enfin revenir en France ne l'empêcha pas de ressentir leplus grand étonnement de ce brusque rappel, et il se crut obligé de demander un sursis de quelques jours : « Je ne puis pourtant, lisons-nous dans sa lettre du 26 février, partir d'ici comme d'un cabaret ou comme un banqueroutier. »
Le choix du diplomate envoyé à Lisbonne était d'ailleurs fait pour surprendre le maréchal. François