Voy. Arch. des affaires étrangères, Espagne, t. CCCXXXIX
Avant de reprendre l'exposé des faits qui concernent directement la personne du roi Louis XV, en faisant connaître la manière dont le gouvernement anglais répondit aux propositions du duc de Bourbon relatives au mariage du roi de France et d'une petite-fille de Georges P% il importe de mettre le lecteur au courant d'une autre négociation matrimoniale qui intéressait le premier ministre luimôme. Cette digression nous obligera à revenir d'une année en arrière; mais elle est indispensable pour éclairer la suite du récit et nous donnera l'occasion de faire entrer en scène la princesse Marie Leczinska.
M. le duc, nous l'avons déjà rappelé, n'avait pas eu d'enfant de son mariage avec sa cousine la prin-
cesse de Conli. Bien qu'il eût deux frères, il désirait vivement assurer par lui-même la transmission du nom illustre des Coudés. La duchesse de Bourbon, sa mère, animée comme lui d'un légitime orguei. pour la gloire de sa famille, le poussait d'autant plus à contracter une seconde union qu'elle connaissait dès cette époque le projet du jeune duc d'Orléans pouser une pupille de l'empereur et redoutait de voir ce mariage augmenter l'importance et grandir la situation du premier prince du sang. Parce moyen aussi, elle espérait sans doute délivrer son tils des liens honteux qui l'attachaient à la marquise de Prie. Il avait été un instant question, pour le premier ministre, d'une alliance avec la seconde fille de Pierre I", celle-là même qui devait plus tard être indiquée par le comte de Morville comme pouvant convenir à Louis XV, et sur laquelle nous avons plus haut cité l'appréciation de M. le duc. Cette princesse avait été tout d'abord proposée au régent pour son fils, le duc de Chartres, qui, à l'âge de quatoi*ze ans, plut beaucoup au tsar, lors de son voyage en France, par le grand air de tout temps si naturel aux Bourbons : le prince Dolgorouki, ambassadeur de Russie à Versailles, fut chargé, vers 1722, de promettre, pour le cas où ce projet s'effectuerait, l'appui de \ son gouvernement pour le duc de Chartres, lors
de la vacance du trône de Pologne; mais le régent crut devoir subordonner son consenlement à des conditions qui rendirent impossible la réalisation de ce mariage. Le duc de Bourbon, devenu premier ministre, ne larda pas à être avisé qu'il pourrait profiter pour lui-même des avantages offerts à son cousin; toutefois, soit qu'il ne se souciât pas de paraître rechercber une union dont on n'avait pas voulu pour celui-ci, soit qu'il n'appréciât pas à sa juste valeur la puissance d'une nation nommée encore, à cette époque, la Moscovie, et qu'on ne croyait pas destinée à prendre si promptement place parmi les premières nations de l'Europe, il ne fit pas usage des bonnes dispositions de Pierre I*""'.
Madame de Prie voyait de mauvais œil les projets de mariage du duc de Bourbon. Elle avait fait tous ses efforts pour l'en détourner; mais, ayant du perdre l'espoir de changer sur ce point les idées du premier ministre, elle gardait du moins la ferme volonté de conserver, après le mariage, sa situation et tout son empire sur l'esprit de M. le duc. Or la réalisation de ce dessein dépendait en grande partie du choix de la personne qui serait appelée à devenir duchesse de Bourbon. La favorite avait en conséquence énergiquement combattu la pensée de donner à son complaisant protecteur la main de la princesse
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russe, qu*on disait intelligente et belle, et qui passait pour avoir hérité de la nature altière et dominatrice de son père.
Le vœu le plus ardent de madame de Prie était de trouver elle-même une jeune fille, d'une origine plus modeste et d'un extérieur moins séduisant, que la reconnaissance obligerait à subir l'influence de sa bienfaitrice.
Les circonstances appelèrent bientôt l'attention de madame de Prie sur un parti qui semblait devoir répondre à son programme. La maîtresse du duc de Bourbon était, depuis longtemps, en rapports intimes avec la veuve d'un ancien caissier de Berthelot de Pléneuf, son père, la dame Texier; celle-ci connaissait elle même le chevalier de Vauchoux, lieutenant-colonel du régiment royal, qui, après avoir servi en Pologne sous les ordres de Stanislas Leczinski, était resté en relations suivies avec le souverain exilé. Vauchoux s'occupait à Paris des affaires qui intéressaient son ancien maître et se rendait souvent à Wissembourg, où Stanislas et sa famille recevaient alors l'hospitalité et les secours de la France. Il fut présenté par madame Tixier chez madame de Prie, et il eut occasion de parler devant celte dernière de la petite cour de Wissembourg, de la simplicité et de la douceur de la princesse Marie, fille
du roi de Pologne, qui, sans être jolie, ne manquait ni de grilce ni d'espril. Il raconta que Stanislas avait un ardent désir de la marier et rappela qu'avant la mort du régent, un jeune colonel, le marquis de Courlenvaux*, pelil-fils du ministre Louvois, avait sollicité la main de Marie Lerzinska et l'aurait probablement épousée, s'il avait obtenu du duc d'Orléans un duché-pairie; que récemment encore elle avait été sur le point d'épouser le fils de la margrave de Bade, mais que celle-ci, au grand regret de Stanislas, était revenue sur ses premiers engagements. Madame de Prie pensa qu'un père si préoccupé de l'avenir de sa fille, el dont les prétentions ne semblaient pas très ambitieuses, serait pour toujours dévoué à celle qui viendrait lui offrir l'alliance du chef de la maison de Condé, el qu'une fille, complètement étrangère aux intrigues des cours, se laisserait tout naturellement diriger par ceux qui auraient contribué à sa fortune. D'antre part, la princesse polonaise, étant fille de roi et appartenant A une
1. Louis César le Tellier, marquis do Courtenvaux, né le i juillet 1695, mort le 2 janvier 1771, connu sous le nom de chevalier de Louvois, prit plus tard le nom de comte d'Estrées, à l'extinction de la famille à laquelle il appartenait par sa mère, Marie-Aune- Calherine d'Estrées. Il exerçait pour le fils de son frère aine, encore très jeune, la charge de capitune-coloael des cent suisse» de la' garde du roi, et devint plus tard duc à brevet et maréchal de France.
famille ancienne et illustre, ne paraissait nullement indigne du premier ministre : Marie Leczinska était actuellement sans fortune ; mais son père n'avait pas perdu toute chance de recouvrer un jour sa couronne et les biens qui lui venaient de ses aïeux; elle pourrait alors, non moins que la fille du tsar, prourer à son époux des titres sérieux au trône de Pologne. Madame de Prie n'oubliait pas, d'ailleurs, que le régent lui-même avait eu l'idée quelques années auparavant de la donner en mariage au duc de Bourbon. Elle embrassa donc avec une grande ardeur la pensée que lui avaient suggérée ses conversations avec le chevalier de Yauchoux, et nous ne tarderons pas à trouver, dans les lettres mêmes du père de la princesse polonaise au comte du Bourg, la trace des flbrts que fit madame de Prie pour assurer le suces de ce projet.
Déjà est venu se placer sous notre plume le nom du commandant de Strasbourg. Léonor-Marie du Maine, comte du Bourg, âgé de soixante-huit ans en 1724, avait servi depuis 1673 avec la plus grande bravoure dans les armées de Flandre et d'Allemagne, sous les maréchaux de Créquy, d'Harcourt et de Villars. En 1678, à la tête du régiment Royal-Cavarie, il repoussa devant Kell une sortie du comte le Mercy, qui commandait pour l'empereur à Stras-
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bourg, et amena la capilulation du fort de l'Étoile. En 1709, lieutenant général des armées du roi, il eut l'honneur de mettre en déroute complète le même adversaire à Humersheim. Louis XIV, à la suite de celle victoire, nomma du Bourg chevalier des ordres et lui envoya deux des pièces de canon prises sur l'ennemi. Le comte ne se faisait pas moins remarquer par ses talents diplomatiques et l'art de traiter avec les nombreux voisins de notre nouvelle frontière : après la paix de Rasladl, il fut chargé de l'échange des places du Rhin et de la restitution consentie par l'empereur à l'électeur de Bavière du haut Palatinal et d'une partie de la Bavière '. Les relations et la correspondance épistolaire de Stanislas avec le commandant de Strasbourg eurent pour origine les malheurs du monarque détrôné. Kn 1705, vingt ans environ avant l'époque où se place noire récit, Stanislas Lecziuski, grand seigneur polonais et palatin de Posnanie, avait été, par la volonté de Charles XII, élu roi de Pologne, en remplacement d'Auguste, électeur de Saxe; mais quelques années
1. Saint-Simon rapporte un trait de gcnérosité du comte du Bourg: en 1705, à Versailles, il rentrait un soir chez lui, lorsqu'il lut assailli et blessé de deux coups de pistolet par un capitaine de cavalerie du régiment de Bourgogne, nommé Boile, qu'il avait dû faire casser. Le lendemain, malgré sa blessure, il courut se jeter aux pieds du roi et obtint à grand'pcine que le coupable fût seulement puai du baoissemeat perpétuel.
plus lard, lorsque le roi de Suède subit un premier désastre à Pultawa, Stanislas fut privé de sa couronne et de tous ses biens par celui-là même qu'il avait remplacé, et il se serait trouvé sans asile et sans resources, si Charles XII ne lui avait offert le gouvernement de la principauté de Deux-Ponts. Jusqu'à la mort du héros suédois, tué le 18 décembre 1718 devant Frédérickshall, Tex-roi de Pologne put jouir, dans ce petit État, en compagnie de sa mère, de la reine Catherine Opalinska, sa femme, et de sa Glle la princesse Marie, d'une existence paisible, qu'il consacrait principalement à l'éducation de cette dernière; en 4717 cependant, il dut pour la première fois se placer sous la protection du comte du Bourg, afin d'obvier à une attaque dont les soldats de l'électeur de Saxe menaçaient le duché. Charles XII ne laissant pas de fils, la loi qui réglait la succession des Deux-Ponts les fit, à la mort du roi de Suède, rentrer dans la maison palatine : Stanislas se trouva contraint d'abandonner cette paisible retraite et de solliciter l'hospitalité française. Il obtint sans peine de la bienveillance du réfrent la faveur de désigner lui-même, sur une terre ouverte de tout temps aux rois malheureux, l'asile le plus à sa convenance. Le souvenir des bons offices qu'étant aux Deux -Ponts, il avait reçus de Strasbourg
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décidèrent le roi de Pologne ù se fixer en Alsace, el il choisit pour sa demeure le vieux chAteau à demi ruiné de VVissembour^, qui convenait à la pauvreté et cadrait avec les infortunes d'un exilé.
Les papiers du comte du Bourg, recueillis à la bibliothèque de l'Arsenal, nous montrent qu'une véritable amitié s'établit promptement entre les deux voisins; les lettres de Stanislas se succèdent sans intervalle pendant un espace de plus de vingt années. Nous y voyons souvent la preuve qu'avant d'être à même de reconnaître dignement les services de son ami, le roi Stanislas ne laissait échap])er aucune occasion de manifester sa gratitude : « Mes pauvres bidets polonais, écrit-il le 17 mai 17:20, en parlant d'un présent qu'il avait envoyé à Strasbourg et que n'avait pas cru pouvoir accepter le lieutenant général des armées du roi, sont revenus bien tristes de se priver du service d'un si bon maître, auquel ils croyaient déjà appartenir; vous pourriez bien vous dispenser de la loi que vous vous êtes prescrite par rapport aux princes étrangers, puisque je suis habitant de la France, de cœur et d'Ame Français. J'attendrai la permission que vous avez demandée. >
Stanislas avait alors peu d'espoir de recouvrer son trône ; il était, d'ailleurs, sans ambition et eût volon-
tiers, pour rentrer dans ses biens et assurer une existence indépendante à sa famille, reconnu les droits de l'électeur de Saxe; mais bien des obstacles empêchaient la pacification que Thôte de la France appelait de tous ses vœux : « Les affaires générales du Nord, écrit-il le 1" janvier 1722, sont encore si embrouillées, qu'il faut du temps pour que mes particulières se développent. >
tLe il décembre 1723, au moment où il venait de recevoir un nouveau secours, marque du généreux Éntérêt que lui portait le duc d'Orléans, il apprend la mort de son bienfaiteur : « Je suis si ébloui de l'étonnante nouvelle de la mort de S. A. R. M. le duc d'Orléans que, revenu un peu de ce trouble, la première pensée qui se présente dans mes idées confuses est de vous prier d'avoir, selon votre bonté ordinaire, celle de m'informer des suites que produira à l'avenir un accident aussi funeste, afin que je puisse prendre mes mesures et les accommoder à la situation présente. Dieu la donne telle que je la souhaite à toute la nation ! » 11 pouvait alors appréliender de se voir enlever par le successeur du régent l'appui de la France, contre lequel avait plus d'une fois protesté l'électeur de Saxe, et rien ne permettait à Stanislas de soupçonner les changements si favorables et si étonnants que devait, au
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coniraire, apporter à la destinée de sa famille l'avèncment du duc de Bourbon.
Un des premiers actes du nouveau minisire fut de récompenser les brillants services du comte du Bourg, depuis plus de vingt ans lieutenant général, en le comprenant dans une promotion de maréchaux. L'ancien roi de Pologne s'empresse de féliciter son ami de la justice rendue aux mérites de celui dont l'amitié faisait, suivant l'expression môme de Stanislas, « la douceur de ses jours ».
Bientôt la fortune semble vouloir également sourire au pauvre exilé ; des ouvertures inespérées lui sont faites pour le mariage de sa fille : le duc de Bourbon songe à épouser Marie Leczinska ! Le roi de Pologne est au comble de ses vœux, et il attend avec une fiévreuse impatience la proposition formelle du premier ministre. Mais de longues semaines se passent; on parle à Stanislas d'un parti plus brillant encore, du duc d'Orléans lui-même ; il croit devoir écarter cette idée en considération de ses premiers engagements, et cependant M. le duc, absorbé par des soins plus importants, tarde à se prononcer d'une manière définitive, et laisse Stanislas dans une pénible incertitude.
Le 9 juillet 1724, au moment où le maréchal du Bourg est sur le point de se rendre à Versailles,
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il reçoit de Wissembourg une lellre où éclate un très vif désappointement : « Il n'y a qu'une conjecture si favorable pour moi, qui est votre séjour à la cour, qui me peut tirer de mon assoupissement, surtout à l'égard des intentions connues de M. le duc. Je sais positivement que, si M. le duc d'Orléans ne m'avait cru plus engagé que je ne suis avec M. le duc, il se serait adressé préférablement à moi, et que, si je n'avais eu la considération pour les intentions, quoique incertaines, de M. le duc, j'aurais trouvé le secret de détourner M. le duc d'Orléans, pour lui ouvrir la porte chez moi. Mais vous avez été témoin de ma conduite là-dessus. Vous avez connu mes sentiments, par lesquels il serait temps que je mérite quelque réalité dans mes incertitudes, i
Nous ignorons ce qui s'était exactement passé entre Stanislas et le duc d'Orléans. Nous savons seulement par les lettres du premier q-ie le comte d'Argenson, frère du marquis, successivement l'ami particulier du régent et de son fiis, et qui devait avoir plus lard l'honneur d'être un des plus fidèles habitués de la petite cour de la reine Marie Leczinska, était passé par Wissembourg dans le courant du mois de mai précédent. 11 revenait à ce moment de Rastadt, où l'avait envoyé le jeune duc
d'Orléans pour solliciter la main de la princesse de Bade; le message donl était chargé le comte d'Argenson n'avait pas été immédiatement agréé par la margrave régente, qui avait demandé pour sa fille, nous apprend le maréchal de Villars, des avantages exorbitants et devait obtenir elle même Tapprobation de l'empereur, tuteur de la jeune princesse. La fille du roi Stanislas produisit, par sa modestie, sa distinction et son esprit, la plus favorable impression sur le comte d'Argenson : «A son retour à Versailles, lisons-nous dans les Mémoires du marquis son frère, il dit mille biens de la princesse Leczinska, la proposant pour duchesse d'Orléans, et c'est, ajoute l'auteur des Mémoires, qui semble avoir ignoré le projet matrimonial du duc de Bourbon, ce qui suggéra sans doute l'idée de l'élever au trône. >
Le duc d'Orléans connaissait vraisemblablement les pourparlers entamés au nom de son cousin et répugnait à marcher sur ses brisées; il prit le parti de persévérer dans sa première pensée et ne tarda pas, d'ailleurs, à obtenir le consentement de la margrave et de l'empereur. Nous le voyons, peu de temps après, annoncer son mariage au roi de Pologne dans une lettre que ce dernier, écrivant à Strasbourg, qualifie de très obligeante.
Stanislas avait été iuforrné du jugement favorable porté sur la princesse Marie par le comte d'Argenson, du conseil que celui-ci avait donné au duc d'Orléans de renoncer à la pupille de l'empereur, et des motifs qui avaient empêché le premier prince du sang de suivre cet avis. Un père si plein de sollicitude pour sa fille se serait peut-être résigné plus facilement qu'il n'en convient à voir un nouveau sujet de rivalité naître à cause de celle-ci entre les deux parents. Il désirait du moins ne pas laisser échapper l'un et l'autre de ces brillants partis et attendait avec une impatience de jour en jour plus grande la réponse du duc de Bourbon.
Plusieurs mois s'écoulèrent, malgré ce que put faire à Versailles le comte du Bourg, qui avait particulièrement intéressé à l'aftaire M. Millain, ancien secrétaire du chancelier de Pontchartrain, et attaché à la personne de M. le duc, sans apporter au roi de Pologne les éclaircissements qu'il se croyait en droit d'espérer. La pension de raille livres par semaine qu'il recevait de la France, et qui, à défaut des subsides de la Suède, était devenue l'unique ressource de la famille exilée, fut portée au double vers la fin d'août 1 724. Nous le voyons ensuite se féliciter, dans sa corespondance avec le maréchal, de la continuation des soins du premier ministre
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pour leurs inh'rêts, du zèle mis par le gouvfi ncment français à faire rechercher cl arrêter un émissaire de i'élecleur de Saxe, soupçonné d'intentions criminelles contre Stanislas, et enfin des assurantes que madame de Prie continue à donner de son amitié. Mais ce fulseulemeni au comiuencement de 172i- que la néî^ocialion matrimoniale prit une allure véritablement rassurante.
Le 24 janvier de cette année, Stanislas envoie d'abord au comte du Bourg une lettre de madame de Prie, dont le texte ne nous est pas parvenu, mais que le destinataire lui-même jugeait <s digne d'être communiquée à son ami ». Le 9 février, il lui transmet une missive du sieur Millain, « où j'ai vu, dit le roi de Pologne, la continuation des sentiments favorables de M. le duc. Il est impossible, ajoute-il, de ne pas en augurer un heureux dénouement ». Enfin, le 21 du même mois, arrive à Wissembourg un peintre envoyé mystérieusement de Paris, en apparence par le cardinal de Rohan, grand aumônier de France, pour des travaux à exécuter dans la résidence qu'en sa qualité d'évêque de Strasbourg, il habitait une partie de l'année à Saverne, mais réellement par le duc de P»ourbon,ou tout au moins par madame de Prie pour Stanislas, ou plutôt pour sa fille. C'était Pierre Go-
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bert, membre de l'Académie des beaux-arts*, dont les porlraits étaient, à celte époque, fort à la mode; il remit au roi une lettre de madame de Prie, et annonça qu'il étaitchargéde peindre le plus rapidement possible les traits de la princesse Marie. L'heureux père s'empressa d'écrire à Strasbourg : « Mon cher comte, je vous fais part par celle-ci de la lettre de madame de Prie, que je vous prie de me renvoyer; c'est le peintre qui est ici ce matin qui me l'a apportée, et, comme je suis embarrassé, pour satisfaire à l'empressement de madame de Prie, comment envoyer le portrait, aussitôt qu'il sera peint, puisque, par le carrosse de Paris, il resterait trop longtemps en chemin, je vous prie de me dire si vous ne pourriez pas le faire passer par le courrier ordinaire et si le maître de poste, par vos ordres, peut l'envoyer de cette manière avec sûreté, s Le 13 mars, vingt jours après l'arrivée de
1. Pierre Goberf, né à Fontainebleau en 1662, mort le 13 février 1744, fut reçu le 31 décembre 1701 de l'AcaJémie royale do peinture et de sculpture, dont il devint conseiller. Il a laissé de nombreux portraits, dont quelques-uns ne sont pas sans mérite. On cite ceux de Louis, dauphin de France, et de la famille de Louis XV, du duc de Bourgogne, de la duchesse de Bourgogne, en habit de chasse, du prince de Condé(M. le duc), de l'abbé Fleury, de la duchesse du Maine, sous la figure de Vénus qui envoie Enée à Carthage; du comte de Toulouse, du duc: de Penthièvre, des deux fils du duc Léopold de Lorraine, du marquis de la Vrillière et de Mgr de Bclsunce, évèque de Marseille.
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Goberl, le tableau était terminé : « Voici le portrait empaqueté que je vous envoie, écrit Stanislas au comte du Bourg, en vous priant de le recommander vous-même au maître de poste. 11 est selon la mesure que vous avez eue, selon laquelle il peut être placé dans la malle. Pour moins d'éclat, je ne Tadresse pas h M. le cardinal de Rohan, mais tout droit à mon résident. >
Madame de Prie s'employait, on le voit, à favoriser le mariage de Marie Leczinska, et faisait tous ses efforts pour mériter un jour la reconnaissance de Stanislas et de sa fille. Des lettres échangées quelques mois plus tard entre le duc de Bourbon et le roi Stanislas établiront d'une manière bien cerlaine qu'au moment où nous sommes parvenus, la marquise ne destinait pas à un autre que M. le duc la main de la princesse polonaise. Mais, avant de rapporter les circonstances qui amèneront naturellement la citation de ces documents, il importe de revenir, pour ne plus nous en écarter, aux événements qui concernent spécialement le mariage du roi.
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Que se passait-il en Angleterre, pendant que l'abbé de Livry était appelé à exécuter en Espagne les ordres de son gouvernement, et que madame de Prie travaillait en France à donner une épouse de son choix au duc de Bourbon? Alors que ce ministre nous exposait à perdre l'amitié de Philippe Y, étaitil du moins parvenu à convaincre le roi d'Angleterre des avantages qui résulteraient pour sa nation d'un mariage entre Louis XV et la fille du prince de Galles, et à nous assurer d'une manière durable les sympathies de la Grande-Bretagne? I^ comte de Broglie s'était conformé aux instructions reçues de Versailles, en apportant la plus grande réserve aux ouvertures dont il était chargé; mais son langage, malgré les précautions et les réticences dont il fut
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entouré, ne manqua pas d'impressionner le gouvernement anglais : l'idée mise en avant était de nature à flaller agréablement l'orgueil des ministres, en leur prouvant qu'une nation si longtemps rivale désirait sincèrement se raj)proclier de la Graude-Brelagne; elle devait plaire tout particulièrement à leur souverain, qui voyait ainsi la France disposée à consacrer solennellement l'avènement de la maison de Hanovre au trône d'Angleterre et à déserter la cause du Prétendant, si chaleureusement soutenue jadis par Louis XIV. Le portrait de Louis XV, montré par le comte de Broglie au roi et aux principaux personnages de la cour, avait, d'ailleurs, pleinement confirmé tout ce que, de l'autre côté du détroit, l'on savait de la beauté et de la bonne mine du jeune monarque.
La proposition du comte de Broglie provoqua donc de longues et sérieuses délibérations dans le sein du cabinet de Londres; toutefois la question de religion parut dès l'origine à George I" et à ses conseillers un obstacle très difiicile à surmonter. Le soin apporté tout d'abord par ceux-ci à éluder sur le sujet du mariage tout entrelien approfondi avec noire ambassadeur le préoccupa gravement et lui lit présager leurs secrètes dispositions. Le 27 février, ils formulèrent une première réponse qui, fai-
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sant ressortir les inconvénients et gardant le silence sur les avantages du projet d'alliance, ne pouvait laisser beaucoup d'espoir; cependant les termes employés étaient obscurs et non formellement négatifs. Celte réponse fut transmise immédiatement à M. le duc, qui la connut le 4 mars.
Déjà les ouvertures faites par le comte de Broglie transpiraient dans le public, et plus d'un ministre étranger, accrédité à Londres, en avait fait part à son gouvernement. Vers la fin de février, le baron de Ponderriedter, ambassadeur plénipotentiaire de l'empereur au congrès de Cambrai, entretint ses collègues de France et d'Angleterre des bruits qui se répandaient au sujet du renvoi de l'infante et du projet de mariage de Louis XV avec une princesse anglaise. 11 attribua aux résolutions secrètes des deux puissances médiatrices les retards que subissaient, depuis quelque temps, les délibérations du congrès : nos représentants, comme ceux de l'Angleterre, n'étaient pas dans le secret des véritables desseins du duc de Bourbon à l'égard de la princesse espagnole et se trouvaient dans une ignorance complète de la négociation liée secrètement à Londres; ils ne purent que protester de leur bonne foi. Mais ils demandèrent des éclaircissements à Versailles, et le comte de Morville dut s'abstenir de
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leur envoyer des inslruclions, avant d'être lui-môme complèlemenl édifié sur les intentions de l'Angleterre.
Enfin, le 17 mars, au moment où arrivaient à Versailles les premières dépêches de l'abbé de Livry, rendant compte de son entrevue avec Philippe V, un courrier, porteur d'une nouvelle lettre du comte de Broglie, parvint au premier ministre. Notre ambassadeur faisait savoir que la réponse définitive du gouvernement anglais était loin d'être conforme aux désirs du duc de Bourbon. M. dcUroglie annonfjait en substance que, selon les lois de la Grande-Drelagne, la religion était considérée par les ministres de George I" comme un obstacle invincible à la satisfaction extrême que le roi d'Angleterre aurait eue de donner sa petite-fille au roi Louis XV.
La déception qu'éprouva M. le duc fut nécessairement très vive, et il dut alors se repentir de la faute qu'il avait commise : non seulement il venait d'attirer à la France une humiliation qu'il eût été facile d'éviter, en se rendant mieux compte des dispositions de l'Angleterre et en consultant, au besoin, notre ambassadeur, avant de lui adresser des ordres précis; mais toute l'Europe allait connaître que le Roi Très Chrétien, en môme temps qu'il repoussait la
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main d'une princesse catholique, avait cherché et n'avait pas réussi à s'unir à une dynastie protestante. Celte mésaventure, dans un moment où la gueiTe avec r Espagne était à craindre, devait augmenter contre nous le courroux de Philippe V, en lui fournissant la preuve que nous avions informé l'Angleterre du renvoi de l'infante, avant de l'en prévenir lui-même ; enfin, par un inconvénient plus redoutable encore pour la France, elle exposait Louis XV aux railleries de la cour d'Espagne. Celle ci n'aurait-elle pas le droit en effet de tourner en ridicule un souverain si pressé d'avoir des héritiers, et si imprudent dans ses démarches matrimoniales?
Toutefois les témoignages de regrets que le comte de Broglie fut chargé de transmettre à son gouvernement, de la part de George I", adoucirent le dépit du premier ministre: il voulut, si l'on en juge par sa réponse au comte de Broglie', voir avant tout, dans son insuccès, le profit qui devait résulter pour la France de la preuve incontestable d'amitié donnée à l'Angleterre : « L'on ne peut être, écrivit-il le 17 mars, plus sensible que je le suis à la manière dont le roi de la Grande-Bretagne a bien voulu s'expliquer avec vous sur l'événement que vous avez
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eu roilirc de lui confier. Je vous avouerai que j'eusse été infiniment flalté que la proposition que vous avez cru devoir faire eût pu réussir et qu'il ne s'y fût pas rencontré des obstacles invincibles. L'ouvcrlure que vous avez faite au roi d'Angleterre doit au moins avoir été pour ce prince une nouvelle preuve que ceux qui servent le roi et qui sont instruits des principes de ce gouvernement tournent eux-mêmes leur vue vers ce qui peut rendre le plus indissoluble l'union étroite qui subsiste entre le roi et le roi de la Grande-Bretagne. Entielenez, monsieur, de si lieureuses dispositions. » Et dans une lettre confidentielle, le duc de Bourbon ajoutait, le même jour* : « J'ai réservé pour ce billet séparé, monsieur, les assurances de l'entière satisfaction que j'ai de la manière dont vous vous êtes conduit dans l'importante affaire que je vous avais confiée. Je crois que le roi de la Grande-Bretagne et ses ministres vous ont parlé de bonne foi, et, puisque l'affaire en vos mains n'a pu réussir, elle était sans doute impossible. Faites en sorte cependant que Je roi d'Angleterre et ceux de ses ministres qui ont eu part au secret le gardent. Je ne doute pas que, de la manière dont vous leur avez parlé, quoique vous leur ayez dit que vous parliez de vous-même, ils n'aient