‹ Le mariage d'un roi, 1721-1725Chapitre 16 sur 34 · Revue rétrospective, i" série, t. IV, 1834, p · texte numérisé non relu

Revue rétrospective, i" série, t. IV, 1834, p

lecteur le soin de décider entre des affirmations contradictoires, de rapporter une anecdote, qui pour le moins ne manque pas d'une certaine vraisemblance. L'auteur de VIfisloire de la Régence va plus loin; il ne craint pas de soutenir, en parlant du projet attribué à M. le duc de marier sa sœur au roi, que « le premier ministre se refusa à cette alliance éclatante, dont l'avantage était éventuel et qui probablement convenait peu à madame de Prie ». Les rapports précédemment cités établissent d'une manière certaine que l'idée de ce mariage fut non seulement examinée par le premier ministre, mais qu'après avoir été proposée dans le conseil secret du 6 novembre 1724, avant les ouvertures faites à l'Angleterre, elle fut, postérieurement à la réponse du cabinet anglais, mise pour la seconde fois à l'étude par M. le duc de Bourbon. Le doute ne peut subsister que sur la question de savoir si celui-ci, avant de renoncer définitivement au mariage de sa sœur avec Louis XV, sur les conseils de PAris-Duverney, l'avait ou non proposée comme épouse à Sa Majesté.

La correspondance d'Horace Walpole, sur laquelle nous avons déjà eu l'occasion de nous appuyer, représente Flcury comme manifestant devant ceux qui l'approchaient la volonté d'empêcher un ma-

riage qui aurait démesurément accru l'importance du premier ministre; l'ancien évèque de Fréjus serait allé jusqu'à dire devant l'ambassadeur d'Angleterre : « Tant que j'aurai la moindre influence sur le roi, je m'y opposerai de toutes mes forces. > Le prélat ajoutait même que, « si M. le duc réussissait à faire agréer sa sœur, il était décidé à quitter immédiatement la cour >. Il est donc permis d'affirmer que le projet fut des plus sérieux.

Les critiques de Fleury, dont l'influence sur le roi augmentait chaque jour, avaient, quelques mois auparavant, suffi pour empêcher le premier ministre de poursuivre son dessein. Tout porte à croire que l'opposition de l'ancien évêque de Fréjus et la menace de s'éloigner de Sa Majesté, menace dont il était déjà possible de prévoir les conséquences, entraînèrent les dernières hésitations de celui à qui cette opposition et cette menace furent rapportées. M. le duc sacrifia fort sagement la chance problématique d'augmenter son pouvoir au risque très grave de le compromettre tout à fait.

Pour être aussi complet que possible, nous devons relater un bruit, qui courut vers cette époque, au sujet d'une autre sœur du duc de Bourbon. Mademoiselle de Sens était, nous l'avons dit, d'environ deux ans plus jeune que mademoiselle , de

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Vermandois, et alors âgée de dix-neuf ans; elle avait la plus charmante figure, et, s'il y avait peutêtre € quelque chose à dire sur sa taille >, suivant l'expression môme du premier ministre, la vivacité d'esprit qui distinguait celte princesse faisait vite oublier une imperfection physique, au surplus fort légère. Elle venait de terminer son éducation et sortait du couvent; son apparition à la cour produisit sans doute quelque impression sur le roi. En tout cas, la nouvelle se répandit bientôt que Louis XV ressentait une violente passion pour sa cousine et qu'elle était destinée à remplacer l'infante. Nous trouvons la trace de celte rumeur dans une dépêche de M. de Campredon, datée de Saint-Pétersbourg, 24 avril 1725'. Notre représentant près du tsar avait reçu l'ordre, comme tous ses collègues, de rendre compte de ce qu'il entendrait dire au sujet du renvoi de la princesse espagnole et des projets de mariage du roi. Il crut devoir avertir M. de Morville que le prince Kourakin, alors ambassadeur de Russie en France, avait, le 22 mars, fait part à son gouvernement des sentiments attribués à Louis XV pour mademoiselle de Sens : (( Tout le monde, d'après ce qui avait transpiré jusqu'à M. de Campredon de la dépèche expédiée à Saint-Pétersbourg,

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