Archives des affaires étgangéres, Russie, 1725, t. XVII
voyait avec une extrême surprise que le roi tournait ses vues sur une de ses sujettes, sœur de Mgr le duc de Bourbon, dont la beauté, selon ce ministre, aurait tellement frappé Sa Majesté, qu'elle voulait répouser; cette princesse ayant paru depuis peu à la cour, Son Altesse Sérénissirae s'était bientôt aperçue de la passion du roi pour elle et l'avait renvoyée au couvent. Sa Majesté, en ayant demandé la raison. Son Altesse Sérénissirae avait répondu qu'elle n'était point d'un rang à pouvoir être maîtresse et que le roi là-dessus aurait déclaré qu'il voulait en faire sa femme; Sa Majesté aurait ordonné l'assemblée d'un grand conseil pour traiter de ce mariage. La cour pourrait être exposée à de grands troubles, qui auraient leur prétexte dans l'animosité de la maison d'Orléans contre celle de Condé; mademoiselle de Sens était de quatre ans plus âgée que le roi, ce qui était encore moins convenable que la princesse que Sa Majesté renvoyait, sous prétexte de sa trop grande jeunesse. Le roi d'Espagne, plus piqué d'un pareil choix que de l'affront fait à l'infante, ne manquerait pas de s'en venger; on parlait déjà d'une négociation entamée à Vienne pour le mariage du prince des Asturies avec l'archiduchesse, fille de l'empereur. i> La nouvelle ne reposait sur aucune base sérieuse,
ir,2 LE MARIAGE D'UN UOI.
ol les fails s'étaient de loin transformés et sinj,Mili(''rement amplifiés. M. de Morvillc s*empressa de répondre à la dépêche de M. de Campredon t que les avis mandés à Saint-Pétersbourg sur les suites du renvoi de l'infante étaient peu fondés* ». Notre représentant avait sans doute été mal renseigné sur le sens exact de la dépêche du prince Kourakin; peut-être celui-ci, faisant une confusion entre les deux sœurs du duc de Bourbon, attribuait-il à mademoiselle de Sens ce qui avait pu transpirer à la cour du projet relatif à mademoiselle de Vcrmandois. Quoi qu'il en soit, il est certain qu'à l'heure où M. de Campredon écrivait à M. de Morville, pour le renseigner sur les bruits mis en circulation à Saint- Pétersbourg, M. le duc avait depuis près d'un mois renoncé définitivement au présomptueux dessein d'élever jusqu'au trône l'une de ses sœurs.
Mais la situation du premier ministre n'en devenait pas moins des plus critiques. 11 ne pouvait plus songer à aucune des princesses qui avaient eu sa préférence, et les autres noms proposés à son choix par le secrétaire des affaires étrangères ne semblaient pas acceptables pour le roi. Cependant la nécessité de mettre un terme à des incertitudes douloureusement ressenties par toute la nation