‹ Le mariage d'un roi, 1721-1725Chapitre 18 sur 34 · Voy. Archives des affaires étrangères, ibid · texte numérisé non relu

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s'imposait d'une manière urgente, et l'inlérêt de la dignité royale n'exigeait pas moins qu'on empêchât les étrangers comme les Français de penser qu'il n'existait pas en Europe un souverain disposé à offrir sa fille au Roi Très Chrétien. Le départ de rinfanle, fixé au 5 avril, approchait, d'ailleurs, à grands pas, et le duc de Bourbon jugeait indispensable d'être en mesure, pour cette date, de faire connaître aux ambassadeurs de Philippe V le nom de celle qui devait remplacer la princesse espaû;nole.

Pour sortir d'un aussi terrible embarras, celui qui gouvernait alors la France en fut réduit à se reporter de nouveau aux documents rassemblés par les soins de M. de Morville : les avantages cl les inconvénients de chacun des partis auxquels on n'avait d'abord pas cru convenable de s'arrêter furent l'objet d'une étude nouvelle et plus attentive encore que la première. Toutefois, après un examen approfondi, le plus grand nombre des princesses indiquées par le ministre des affaires étrangères semblaient décidément, à cause de leur Age ou de leur naissance trop modeste, ne pouvoir être proposées à l'agrément de Sa Majesté. M. le duc concentra donc son attention sur les dix-sept noms qu'il avait une fois déjà jugés les plus dignes; mais du nombre il fallait tout

(l'abord défalquer ses deux sœurs et les deux petites filles du roi d'Angleterre, primitivement mises en première ligne, et qu'il n'était plus possible de compter. D'autre part, on avait déjà recherché pour le roi la main d'une princesse protestante, et il fallait craindre, si l'on ne montrait, dans le choix de la future reine, aucun égard pour les considérations religieuses, de déplaire à une partie très nombreuse et très respectable de la nation. Le duc de Bourbon se trouva donc conduit à écarter toutes les princesses non catholiques, c'est-à-dire la fille du roi de Danemark, les deux lîlles du tsar, les trois princesses de Prusse et quatre autres princesses allemandes, qui, appartenant aux familles de Saxe, de Mecklembourg et de liesse, professaient le culte réformé. Après ces éliminations successives, la liste de dix-sept noms ne comprenait plus que les trois princesses de Portugal, de Modène et de Lorraine : toutes les trois étaient catholiques; mais, à d'autres points de vue, le choix de chacune d'elles soulevait lui-même de graves objections.

Le mariage de Louis XV avec la fille du roi de Portugal eût été particulièrement blessant pour Philippe V; dans un moment où l'on devait éviter d'augmenter son mécontentement, cette union eût indiqué les préférences delà France pour une nation

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voisine et rivale de l'Espagne, et que celle-ci considérait avec raison comme lui étant inférieure. Nous n'avions, d'ailleurs, aucunement à nous louer de la manière dont notre dernier représentant avait été traité par le gouvernement portugais, et les relations des deux pays étaient alors assez froides ; enfin les raisons de santé déjà mises en avant conservaient toute leur force.

La princesse de Modène était d'un an plus âgée que mademoiselle de Vermandois et avait pour père un prince peu ami de la France: Renaud d'Esté s'était déclaré pour l'empire pendant la guerre de Succession, et nous avions dû, vingt ans auparavant, envahir son duché. Elle ne semblait donc pas pouvoir être recherchée par Louis XV.

Quant à la fdlc du duc de Lorraine, elle eût, au contraire, parfaitement convenu pour le roi et réunissait de précieux avantages. Elle avait treize ans et annonçait devoir être belle; son âge, bien assorti à celui de Louis XV, aurait permis de ne pas retarder outre mesure leur union; la maison de Lorraine, depuis longtemps illustre, se rattachait déjà par plusieurs mariages à celle de P'rance. Léopold était entouré de l'afleciion de ses sujets et des sympathies de l'Europe; il entretenait, même avant d'avoir obtenu pour l'un de ses fils la main de Marie-Thé-

lèse, Olle de l'empereur Charles VI, des relations particulièrement intimes avec la maison d'Autriche, qui n'eussent pas manqué de profiter à la France, et le choix de cette princesse aurait placé à l'une de nos frontières un fidèle allié. Le duc de Lorraine, très désireux de devenir le beau-père du roi de France, avait, à plusieurs reprises, chargé M. d'Audiffret, notre envoyé à la cour de Nancy, de faire la proposition de sa fille aînée pour Louis XV, et, en rendant justice aux qualités des deux sœurs, M. d'Audiffret n'avait pas manqué de laisser entendre que Léopold, après avoir donné l'aînée au roi, consentirait très volontiers à accorder la main de la seconde à M. le duc. Mais celui-ci repoussa les ouvertures de notre envoyé, en donnant pour préteste le trop jeune âge des deux princesses; en réalité, il ne voulait entendre parler à aucun prix de cette alliance pour roi ; déjà, nos lecteurs peuvent se le rappeler, il n'avait tenu nul compte du conseil de M. de laMarck, qui désignait une des filles de Léopold comme le parti le mieux assorti pour Louis XV. M. le duc craignait que cette union ne donnât trop d'importance en France aux princes lorrains; en outre, la jeune princesse présentait, aux yeux du premier ministre, rinconvénient plus grave d'avoir pour mère une f princesse d'Orléans, propre sœur du régent, et de

u;h le MAiiiA(ji!; dun uoi.

pouvoir, un jour, en favorisant sa famille maternelle, augmenter le crédit de la branche cadette. Mathieu Marais, dans ses Mémoires, indique le motif qui la fit écarter par ces paroles d'une concision énergique : « La mère est Orléans, et les Coudés, qui sont les maîtres, ne cherchent qu'à abattre la maison d'Orléans. >

Du moment où, après avoir écarté tant de noms, le duc de Bourbon repoussait encore les trois princesses catholiques pour les motifs que nous venons de formuler, il devait renoncer h réparer promptement l'atteinte portée par le refus de l'Angleterre au prestige du roi de France et se trouvait acculé à une impuissance vraiment ridicule. Son Altesse comprenait elle-même la gravité de cette situation, qui augmentait son impopularité, réjouissait ses ennemis et ne pouvait manquer de provoquer le mécontentement des bons Français ; mais elle ne voyait aucun moyen de trancher les difficultés inextricables où elle s'était imprudemment engagée.

C'est à ce moment que lui fut suggérée l'idée d'un expédient qui, sans fournir une solution immédiate, pouvait fîiirc espérer de sortir dans quelque temps d'embarras. Le moyen proposé consistait à expédier] en Allemagne un homme de confiance, chargé i faire une sorte d'enquête matrimoniale et de prendre]

dans un certain nombre de cours de ce pays des renseignements très complets et très détaillés sur les princesses à marier. « Celte République de maisons souveraines, fait à ce propos remarquer Lémontey, devait offrir, par la beauté des races et l'illustration du sang, une pépinière de reines. » L'envoyé parviendrait sans doute à trouver dans son voyage une jeune fille remplissant de tous points le programme du premier ministre. Quelques-unes professaient la religion catholique, et, si Ton était définitivement placé dans lanécessité de s'adressera une famille protestante, on avait le droit de compter que celle-ci ne suivrait pas l'exemple du gouvernement anglais, et serait aisément amenée à autoriser une abjuration, pour obtenir l'honneur d'une alliance avec le Roi Très Chrétien. Le duc de Bout bon chargea en conséquence M. de Morville de préparer des instructions pour « un envoyé allant en Allemagne voir quelles princesses pourraient convenir pour devenir l'épouse du roi ».

Le dépôt des affaires étrangères contient le texte même du projet qui fut en conséquence rédigé; la liste des cours à visiter y est soigneusement dressée, et, par une assez curieuse particularité, le nom de Wissembourg et celui de la princesse Leczinska • figurent au premier rang sur cette liste : « Il com-

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iiiencera son voyage, recommandait M. de Morville à l'envoyé, par Wissembourg en Alsace, où il aura l'occasion de voir la princesse Maiie, fille du roi Stanislas, âgée de vingt et un ans. » Peut-être le premier ministre, dans son extrême perplexité, projetait-il déjà d'offrir à Sa Majesté la main de la princesse à laquelle il songeait pour lui-môme, et voulait-il, avant de formuler cette proposition, réunir des renseignements plus circonstanciés sur un parti qu'il avait d'abord considéré comme ne pouvant à aucun égard être proposé pour le roi ; peut-être aussi désirait-il profiter, dans son propre intérêt, en s'éclairant d'une manière plus complète sur la famille Leczinska, du moyen d'information imaginé pour Louis XV. L'envoyé du duc de Bourbon devait, après un séjour à Wissembourg, passer le Rliin et se rendre successivement à Darmstadt, Francfort, Meiningen, Gulembacb, Bayreulh, Eisenach, VVeissenfels, Berlin, puis à la cour du duc de Mecklembourg-Strelitz, et enfin à Hambourg.

Les recommandations les plus minutieuses lui étaient d'ailleurs faites : « Il devra garder, porte le texte des instructions, un profond secret. Deux choses pourront lui ouvrir les moyens d'acquérir les connaissances qui sont le motif de son voyage :

LE MARIAGE D'UN ROI. I7t

jouer sans profusion, mais noblement; porter dans ce voyage de quoi faire de petits présents, depuis quatre pistoles jusqu'à vingt tout au plus, mais dont le goût fasse le mérite, afin qu'il ne paraisse rien dans ses dépenses qui soit affecté ni qui excède les facultés d'un gentilhomme accommodé; se lier avec le médecin ou quelques autres personnes instruites de la santé des princesses, des agréments, et des défauts dans le caractère, de leurs sentiments, de leur manière de vivre, sous le prétexte des connaissances que l'on suppose qu'il doit avoir des sciences et des belles-lettres; examiner avec le même soin toutes les princesses des cours où Son Altesse Sérénissime lui ordonne de se rendre, depuis l'âge de quinze ans jusqu'à celui de vingt-cinq ou environ. »

Mais, au moment où ce projet d'enquête allait sans doute être présenté à l'approbation royale et ensuite mis à exécution, le premier ministre paraît en avoir reconnu lui-même les inconvénients. Le voyage entraînerait un assez long retard, impossible à comprendre par ceux qui ne seraient pas dans le secret de la résolution ; il pouvait fort bien ne produire aucun résultat, car le secrétaire des affaires étrangères s'était entouré, pour dresser ses premières listes, des renseignements les plus complets,

17i LK MAIIIAGE D'IN ROI.

elil était difficile d'admettre qu'un parti convenable pour Louis XV eût échappé aux recherches consciencieuses de M. de Morville et de ses collaborateurs. M. le duc changea donc brusquement d'avis, et nous allons le voir s'arrêter à la détermination la plus imprévue.

Le portrait de Marie Leczinska, exécuté très rapidement par Gobert, et expédié le 13 mars avec le plus grand empressement par le roi Stanislas, avait été confié aux soins du maréchal du Hourg, et venait d'arriver à Versailles. L'artiste avait habilement rendu l'expression d'intelligence, de naturel et de bonté qui caractérisait la fille du roi Stanislas. Sans être belle, ni môme jolie, Marie Leczinska, alors âgée de vingt et un ans, avait la physionomie aimable et vive, la taille gracieuse et une agréable fraîcheur, qui dénotait la meilleure santé. L'œuvre du peintre Gobert produisit, sur tous ceux qui furent admis à la considérer, la plus favorable impression et confirma pleinement les appréciations flatteuses que le modèle avait inspirées au comte d'Argenson, lors de sa visite à Wisscmbourg.

Les lettres de Stanislas nous apprennent qu'il fut immédiatement avisé et ressentit la plus vive salisfaction du jugement porté sur sa fille. 11 écrit i" avril 1725 au maréchal du Bourg:

Mon très cher comte, La persuasion que j'ai de votre amitié me fait juger que vous serez bien aise de savoir comment le portrait a été reçu. C'est ce que vous verrez par la ci-jointe, que je vous prie de me renvoyer; je ne saurais goûter avec plus de satisfaction le contentement que j'en ai qu'en le partageant avec vous, connaissant parfaitement vos désirs là-dessus et les sentiments que vous avez pour celui qui est de tout son cœur votre très affectionné cousin,

STANISLAS, ROy.

Toutes les préoccupations du roi de Pologne sur venir de sa fille commençaient donc à se dissiper, et il se voyait enfin presque assuré du très prochain mariage de Marie Leczinska ; mais rien ne pouvait à ce moment lui faire soupçonner les changements extraordinaires qui allaient transformer leur vie, en assurant à la princesse une alliance plus illustre encore que celle du duc de Bourbon.

Le premier ministre prit, en effet, le parti subit de renoncer pour lui-même à la main de la princesse polonaise et de la proposer au roi comme épouse. Il est permis de supposer que madame de Prie, à l'inspiration de laquelle le duc de Bourbon obéissait d'ordinaire, dans des questions même d'une moindre importance, ne demeura pas étrangère à celte détermination soudaine.

L'ambitieuse favorite avait de fortes raisons de compter sur la reconnaissance de Marie Leczinska, dans le cas où celle-ci deviendrait femme du premier ministre. Mais elle ne pouvait être très pressée de voir M. le duc enchaîné dans les liens du mariage. Elle éprouva peut-être, en considérant le portrait peint par Gobert, la crainte que le modèle n'eût assez d'agrément et d'esprit pour fixer le cœur du duc de Bourbon; la fille de Stanislas était de cinq années plus jeune que madame de Prie, dont les excès avaient déjà fatigué la santé et commençaient »\ altérer les traits. La marquise dut, en outre, se rendre compte des avantages bien supérieurs qu'elle s'assurerait, en plaçant au premier rang celle qu'elle avait en quelque sorte constituée sa protégée; elle supprimait par là les motifs de rivalité qui n'auraient pas manqué d'éclater entre la femme et la maîtresse, si Marie Leczinska avait épousé M. le duc. Madame de Prie eût pu tout au plus obtenir de la duchesse de Bourbon une indifférence résignée, tandis qu'elle pouvait aspirer à la reconnaissance et à la protection dévouée de la future reine.

L'âge de Marie Leczinska était assurément un inconvénient, surtout pour l'avenir, puisqu'elle! avait près de six ans et demi de plus que le roi; mais madame de Prie avait le droit de répondre que

cet âge se rapprochait tout à fait de celui de raalemoiselle de Vermandois, et d'invoquer en faveur de sa protégée la considération admise pour la sœur du premier ministre. Les membres du conseil secret, consultés par le duc de Bourbon, n'avaientils pas en effet reconnu, relativement à la princesse de Condé, « que les mœurs d'une personne de cet âge promettent bien davantage que ceux d'une personne plus jeune, et que cet âge la rendait plus propre à donner des héritiers bien constitués » ?

La principale objection contre un tel projet îait la situation modeste de Stanislas, quelques années seulement souverain de la Pologne, et maintenant simple pensionnaire de la France. « Le père et la mère de Marie Leczinska, comme l'avait fait remarquer M. de Morville, en proposant la liste des cent princesses, et comme l'avait déclaré luimême au roi le premier ministre, en classant la fille du roi de Pologne parmi les quatre-vingt-trois princesses les moins assorties à Sa Majesté, viendraient demeurer en France », et le futur beau-père de Louis XV, loin d'apporter une force au gouvernement du roi, pourrait un jour lui susciter des embarras, en revendiquant la couronne de Pologne.

Mais le duc de Bourbon avait complètement renoncé aux partis d'abord jugés plus avantageux

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pour le roi, et n'cspérail pas, môme par le moyen de l'enquête projetée, découvrir en Allemagne une jeune fille de plus haute lignée que celle à laquelle il avait songé pour lui-même. Son habituelle imprévoyance et la gêne résultant des difficultés présentes devaient, d'ailleurs, l'empêcher de s'arrêter longtemps devant l'appréhension d'inconvénients qu'un avenir incertain et éloigné pouvait faire naître. M. le duc savait que l'ambition de Stanislas était modérée et comptait lui faire aisément comprendre qu'en devenant le beau-père du roi de France, il aurait le devoir de subordonner ses aspirations personnelles aux intérêts de notre politique et de se montrer satisfait par la fortune inattendue de sa fille.

Les inconvénients attachés à ce mariage se trouvaient d'ailleurs, aux yeux du premier ministre, comme à ceux de madame de Prie, rachetés par l'immense avantage qu'ils rencontraient tous les deux à être les seuls auteurs de la haute fortune de la future reine et à pouvoir espérer son dévouement absolu. La position modeste et le caractère doux et timide de Marie Leczinska la disposeraient certainement, pensaient-ils, à se montrer reconnaissante et docile et à rester sous la direction de ceux qui auraient contribué à son élévation. C'était bien, comme

le fait remarquer M. Trognon, la reine humble et dépendante qu'il leur convenait d'imposer au roi de de France.

Le duc de Bourbon, dans les conditions où il s'était placé vis-à-vis de l'Espagne, appréciait enfin la certitude de faire immédiatement accepter son projet par Stanislas et la possibilité de pouvoir annoncer aux ambassadeurs de Philippe V, avant le départ de l'infante, la décision prise. En apprenant le choix fait par Louis XV, le Roi Catholique luimême ne pourrait se prétendre sacrifié à une puisance rivale et serait obligé de reconnaître, à cause de la situation toute spéciale de Stanislas, que le désir d'assurer promptement un héritier à la couronne avait été le mobile déterminant du roi de France.

Le projet qui devait changer d'une manière complète les visées matrimoniales du duc de Bourbon parut donc à madame de Prie et au premier ministre, après les longues incertitudes qu'ils venaient de traverser, seul susceptible d'être définitivement proposé.

Toutefois la difficulté de le faire ratifier par le conseil et par Louis XV préoccupait vivement nos deux personnages. Ils ne pouvaient s'empêcher de redouter la surprise et peut-être l'opposition que

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l'idée très inattendue de donner pour épouse au successeur de Louis XIV une princesse obscure ne manquerait pas de provoquer.

Mais l'on était arrivé aux derniers jours de mars 1725 : la date du 5 avril, fixée pour le départ de la princesse espagnole, approchait à grands pas, et le moment était venu de provoquer enfin sur un problème si urgent et si grave les résolutions de Sa Majesté.

Le premier ministre prit en conséquence le parti de fixer au 31 mars le conseil dans lequel il soumettrait sa proposition A l'examen du roi et de ses conseillers, se réservant d'ailleurs, pour le cas où la fille du roi Stanislas ne serait pas acceptée, la ressource de présenter subsidiairement à l'acceptation du roi le projet d'enquête matrimoniale en Allemagne. Un mémoire diplomatique déjà cité* nous apprend que la délibération provoquée par le duc de Bourbon eut en effet lieu le dernier jour de mars, en présence de Sa Majesté, et que l'état des princesses dressé par M. de Morvillc fut remis une dernière fois souslcs yeux du roi. En l'absence de renseignements officiels sur les détails mêmes de la séance, il est permis de supposer que la question souleva une

1. Voy. Archives des affaires étrangères, Russie, années 851- 1731, luém. (lu 8 décembre 1725 par le Dran.

discussion approfondie. Toutefois, d'après Lémontey, Fleury se serait trouvé « heureux de penser que Marie Leczinska apporterait un poids léger dans la rivalité possible entre une jeune épouse et un vieux précepteur s», et n'aurait pas fait d'objection sérieuse à la proposition du duc de Bourbon. L'ancien évêque de Fréjus nourrissait-il déjà l'ambition du pouvoir et se laissa-t-il, dans celle circonstance, dominer par une pensée aussi mesquine et aussi égoïste? Il paraît difficile de l'admettre. Nous serions plus porté à penser qu'il éprouva une très vive satisfaction, en constatant que la sœur du premier ministre était définitivement écartée; après avoir exercé une sorte de veto contre un parti qui lui paraissait contraire à l'intérêt du royaume, il préférait rentrer dans son habituelle neutralité et trouvait plus prudent et plus habile de se mêler le moins possible du choix de la future reine : si celle-ci ne plaisait pas complètement au roi, il se préservait, en agissant ainsi, des reproches de Sa Majesté.

Les autres membres du conseil, habitués à soutenir l'avis du duc de Bourbon, n'osant d'ailleurs pas combattre un projet que le premier ministre présentait comme une ressource suprême et que les circonstances, en effet, semblaient imposer, durent

im LE MARIAGE D'IN ItOI.

se résigner facilement à suivre l'exemple du prélat qui possédait faffeclion sans rivale dyi roi.

Il est, en tout cas, bien certain que Louis XV ne repoussa pas l'idée d'un mariage avec la princesse polonaise; car, le jour même, 31 mars 1725, le premier minisire prit les mesures nécessaires pour obtenir le consentement de Stanislas et de sa fille. Un courrier extraordinaire quitta Marly, dans la soirée, et prit en toute hûle le chemin de l'Alsace : il emportait des dépêches pour le maréchal du Bourg et pour le père de Marie Lcczinska*

Le dépôt des affaires étrangères, en nous fournissant la preuve des ordres donnés par le duc de Bourbon*, nous lait, en outre, connaître un fait curieux. Le projet d'instructions, préparé par ordre du premier ministre pour le personnage de confiance qui devait se rendre en Allemagne, semblait, après la décision prise par Sa Majesté, ne plus présenter d'utilité ; cependant l'idée de cette enquête ne fut pas abandonnée; elle reçut, au contraire, une application immédiate, mais détournée et fort inattendue. En offrant à Sa Majesté, par raison d'État, le part sur lequel il avait porté ses vues, M. le duc n'entenj dait pas renoncer pour lui-même au mariage, et i\ se croyait le droit, par compensation du sacrifie^

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