Voy. Archives des a/faires étrangères, France, t. CCCXIV
(u'il accomplissait, d'employer à son profit le mode d'information qui lui avait été suggéré. Dès qu'il fut assuré du consentement de Louis XV à épouser la fille du roi de Pologne, il prit donc la résolution de faire voyager, dans son propre intérêt, la personne qu'il avait choisie pour une enquête en Allemagne. Le titre des instructions portait d'abord, ainsi que nous l'avons déjà fait remarquer, que l'envoyé devait c aller en Allemagne voir quelles princesses pourraient convenir pour devenir V épouse du roi »; ces derniers mots furent modifiés el, par une surcharge encore aujourd'hui visible sur la minute, remplacés par ceux-ci : pour devenir l'épouse du duc de Bourbon; le nom de Sa Majesté fut également, dans le texte, remplacé par celui de Mgr le duc. Mais les instructions elles-mêmes ne reçurent aucune modification, et le personnage revêtu de la confiance du duc de Bourbon reçut l'ordre de partir sans retard.
Le nom de cet envoyé n'est pas indiqué sur le document que conservent les archives des aftaires étrangères. Léraontey soutient que ce fut un sieur Lozillière, ancien secrétaire d'ambassade à Turin, que madame de Prie avait connu dans cette ville, lorsque son mari y était encore ambassadeur.
Léraontey ajoute que ce Lozillière fut paré pour la
circonstance du nom un peu romanesque de chevalier de Méré. M. le comte d'IIaussonville, dans son Histoire de la réunion de la Lorraine à la France^ a reproduit cette version, que rien ne nous permet de contredire et qui lerait, si elle est exacte, une fois de plus ressortir le rôle joué par madame de Prie dans toutes ces négociations matrimoniales.
Non seulement les ordres préparés par M. de Morville pour le commissaire enquêteur ne furent pas changés, mais aucune modification ne fut apportée à son itinéraire, et la liste des dilTérentes cours près desquelles il devait séjourner resta la même. Le nom de Wissembourg et celui de Marie Leczinska continuèrent à figurer en tête de cette liste. Il est assez difficile de comprendre pourquoi M. le duc, après avoir renoncé définitivement à toute prétention personnelle sur lu fille du roi Stanislas, fit maintenir la ville de Wissembourg parmi les étapes du voyage. Le premier ministre voulait sans doute être tout à fait édifié sur le compte de la princesse qu'il prenait la grande responsabilité de donner comme épouse à Louis XV et sur les habitudes des exilés de Wissembourg. Peut-être aussi, dans le but de tenir secrète quelques jours encore une décision qui ne pouvait manquer de provoquer dans le public un très vif étonnement et, de la pari
des adversaires du duc de Bourbon, les commentaires les plus passionnés, celui-ci désirail-il laisser croire qu'il songeait toujours à épouser la fille du roi Stanislas.
La date du 31 mars, inscrite sur la minute des instructions, semble marquer le jour où elles furent remises au personnage chargé de les exécuter; en tout cas, celui-ci dut se mettre en route très promptement. Il se dirigea d'abord vers l'Alsace, et nous montrerons bientôt, en citant un extrait de son rapport relatif à Marie Leczinska, le soin avec lequel il se conforma aux ordres du duc de Bourbon.
Dans les papiers du comte du Bourg, au milieu des lettres de Stanislas, la dépêche même que le premier ministre adressa, le 31 mars, au maréchal et qui fui apportée à Strasbourg, dans la matinée du 2 avril, par le courrier expédié de Marly, s'est par bonheur retrouvée.
La pièce est ainsi conçue :
Monsieur, je vous envoie par cet exprès la lettre cijointe, que j'écris au roi Stanislas, et je vous prie de la lui faire tenir par une personne sûre à qui vous ordonnerez d'attendre la réponse de ce prince et de vous la rapporter; mais il est nécessaire de faire en sorte, s'il vousplait, qu'il ne paraisse pas que la personne que vous enverrez à Wissembourg soit dépêchée à l'occasion du courrier qui vous remettra ma lettre, et vous garderez
ce courrier auprès de vous, sans même dire de quelle part il vous vient, afin de le charger de la réponse qu'on vous aura apportée de Wissembourg. Je remets à votre prudence de vous servir des moyens que vous jugerez à propos pour empêcher qu'on n'ait aucune connaissance de la commission que je vous donne, et je vous prie d'être persuadé de la sincérité avec laquelle je suis, monsieur, votre très affectionné serviteur,