LouU XV et Elisabeth de Russie, Pion
A l'époqiio même où la proposition faite par la tsarine de donner la main de sa fille Elisabeth au roi de France avait été portée à la connaissance du duc de Bourbon, une question très différente, rnais également délicate, était venue le préoccuper gravement. Vers la fin d'avril 1725, il fut indirectement avisé que la santé de Marie Leczinska n'était peutêtre pas telle qu'il la croyait : on disait la princesse sujette à de fréquents accès d'épilepsie, et l'on indiquait une religieuse de Trêves qui aurait été consultée plusieurs fois par la reine de Pologne sur la maladie de sa fille. En outre, le cardinal de Rohan, malgré son amitié pour Stanislas, avait cru devoir entretenir M. le duc « d'une prétendue incommodité à l'une des mains », qui, suivant quelques per-
sonnes, privait la princesse de toute la liberté de ses mouvements. Le premier ministre avait assurément de sérieux motifs pour douter de l'exactitude de ces rapports: le témoignage rendu parle comte d'Argenson,les affirmations plus précises du chevalier de Vauchoux, qui depuis longtemps connaissait Marie Leczinska, celles du peintre Goberl, devant qui elle avait assez longuement posé, étaient de nature à éloigner toute inquiétude sérieuse, surtout en ce qui concernait l'infirmité de la main. Mais il fallait vérifier des allégations très précises : la maladie terrible attribuée à la princesse polonaise était de celles que l'on cherche d'ordinaire à dissimuler avec un soin extrême et qui ne laissent pas toujours de traces apparentes; l'on ne pouvait exposer le roi à épouser une femme atteinte d'un pareil mal, et il importait également que la future reine fût parfaitement constituée. Pour obtenir une certitude absolue, le duc de Bourbon se décida à procéder à la plus sérieuse enquête. Il découvrit bientôt un sieur Delaborde, résidant à Metz, en relations habituelles avec le couvent de Trêves, et le fit charger de se transporter dans cette ville et d'entendre la religieuse qui avait reçu les visites de la reine de Pologne; puis il écrivit lui-même au comte du Bourg pour lui demander des renseignements secrets sur
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la sanlé de la princesse : « Le roi ayant pris, lisonsnous dans la dépêche adressée le 6 mai au maréchal ' , le parti de rompre ses engagements avec l'infante, vous jugez bien, monsieur, que c'est pour se marier promptemcnt, et, comme la princesse Stanislas est une de celles qui pourraient le mieux convenir, vous ne serez pas surpris que je vous demande des éclaircissements, surtout sur sa santé, qui est le principal point, le roi ne se mariant que pour avoir promptement des enfants bien conditionnés. » Il chargea en même temps le cardinal de Rohan et le chevalier de Yauchoux d'informer confidentiellement Stanislas des bruits répandus sur sa fille cl de lui faire accepter Texamen de deux médecins envoyés de Paris.
Le roi de Pologne, tout en protestant contre les allégations mensongères dont celle-ci était l'objet, ne chercha point à s'opposer à la vérification qui lui était demandée. Le 12 mai, Yauchoux écrivit au duc de Uourbon que Stanislas n'était nullement surpris qu'un bonheur comme le sien lui attirât les derniers traits de la calomnie, et il envoya par le même courrier une pièce qui devait entièrement tranquilliser Son Altesse : c'était un certificat des deux médecins désignés par elle, le sieur Mogue,
1. Voy. Archives nationales, cartons des rois; Louis XV, K. 131).
iuspecteiir des hôpitaux durci, et le sieur Duphénix; Stanislas les avait mis en situation déjuger par euxmêmes de la santé de sa fille, après les avoir priés de juijoindre le sieur Vast, qui la soignait habituellement. Dans ce document, conservé aux Archives nationales', les trois médecins rendaient compte en grcnd détail du résultat de leurs observations et concluaient en déclarant que la princesse était parfaitement conformée et ne présentait aucun des symptômes delà maladie dont elle était soupçonnée. La réponse du sieur Delaborde parvint en même temps au duc de Bourbon-, D'après ce personnage, qui paraît être un ecclésiastique, la reine de Pologne avait en effet, à plusieurs reprises, consulté les religieuses de Trêves, mais pour une demoiselle de trente ans qui lui était alors attachée, qu'elle aimait infiniment et qui n'avait aucun rapport avec la princesse. Les renseignements transmis par le comte du Bourg confirmèrent de leur côté ces deux réponses, et, le 25 mai, Stanislas put écrire au maréchal que, d'après des nouvelles reçues de Versailles, il ne restait plus rien des allégations qui avaient menacé le bonheur de sa fille.
Mais le père de Marie Leczinska manifestait en