LOUIS
Les autres puissances ne furent, enefTet, informées que quelques jours plus lard du choix fait par
Louis XV; la lettre destinée au roi d'Angleterre porte la date du 22 mai.
Dès que Stanislas reçut l'avis officiel de la prochaine déclaration du mariage, son anxiété, que l'enquête récemment prescrite sur la santé de sa fille avait encore accrue, fit place à une satisfaction sans mélange; par une lettre d'une écriture nerveuse et précipitée qui dénote son émotion, il s'empressa de communiquer la bonne nouvelle au maréchal de Bourg :
Mon très cher comte, pour ne pas vous tenir longtemps dans rincerlilude, je ne vous dis que ces deux mots : que le mariage est déclaré le 27. Je suis persuadé que M. le duc vous l'apprend lui-même ; je suis de tout cœur votre affectionné cousin,
STANISLAS, ROY
La déclaration eut lieu, en effet, le dimanche 27 mai. Le jour même, dans l'après-midi, M. le duc écrivit de nouveau au roi Stanislas pour lui annoncer l'accomplissement de cette importante formahté et lui exprimer le regret des « circonstances qui avaient retardé la déclaration î. A la dépèche destinée au roi de Pologne se trouvaient jointes des lettres pour la future reine et pour sa mère ; celle que reçut Marie Leczinska contient l'allusion la plus
336 LE MARIAGE D'UN ItUI.
claire aux démarches antérieures du duc de Bourbon, et mérite à ce lilre de passer sous les yeux du lecteur* :
Madame,
Votre mariage n'étant pas déclaré, je n'ai pas osé jusqu'à présent vous écrire et je me suis contenté de supplier le roi votre père de vous assurer du désir que j'avais de voir sur le trône de France une princesse dont les vertus retentissantes dans toute l'Europe ne pouvaient pas manquer de faire le bonheur de l'État, la satisfaction du roi et Ja consolation des sujets; mais, aujourd'hui, madame, que le roi vient de rendre publique celte grande et importante affaire, ce serait manquer à mon devoir, si je différais de vous marquer ma joie d'avoir été assez heureux pour qu'il se trouvât dans mon ministère l'occasion de rendre à ma patrie le service le plus essentiel qu'elle put attendre de moi. Permettez-moi, madame, de dire ici que ma patrie doit m'en avoir d'autant plus d'obligation que je ne songe point sans regret au sacrifice que je lui fais d'une chose dont dépendait tout le bonheur de ma tie\ mais le respect que je dois à une princesse qui sera incessamment ma reine et ma maîtresse ne nie permet pas d'en dire davantage sur cet article; ainsi, pour me renfermer, madame, dans mon devoir et dans le plus sincère de mes sentiments, il ne me reste qu'à vous supplier
1. \'oy. Archives nationales, cartons des rois; Louis XV, k. 13J-
de me regarder, entre tous ceux qui vont être vos sujets, comme celui qui sera le plus fidèle à votre couronne, le plus attaché à votre personne, le plus soumis à vos ordres, le plus zélé pour vos intérêts, le plus vif pour ce qui pourra vous plaire. J'ose donc vous supplier de me rendre d'avance cette justice, en attendant que je puisse vous prouver que, de quelques termes que je me servisse, je ne ferais qu'une légère peinture du respect avec lequel j'ai l'honneur d'être, madame, votre très humble et très obéissant serviteur,