Vov. Ibid
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el aussi de la dévotion de la famille Leczinski pour la fêle del'Assomplion, le mariage fui définilivemenl fixé au 15 août. « La princesse et sa famille, voyonsnous dans une lettre du duc d'Antin, désirent passionnément qu'elle soit mariée le jour de la Vierge, pour laquelle on a une dévotion parliculière. »
Pendant que le duc de Bourbon s'occupait de la sorte des préliminaires du mariage, el que le maiéchal du Bourg disposait tout à Strasbourg pour l'arrivée prochaine de la future reine et des personnages qui devaient affluer dans la capitale de l'Alsace, le roi de Pologne et la reine Catherine Opalinska réglaient eux-mêmes leurs préparatifs personnels.
Stanislas avait encore sa mère; mais elle était infirnic el fort âgée et ne voulait plus paraître en public, « ne se mêlant, au dire du chevalier de Vauchoux, que de prier Dieu, ce qui l'occupe uniquement ». A l'exception du comte de Tarlo, ancien palatin de Lublin, cousin germain de la reine el qui avait lout abandonné pour se dévouer à Stanislas, celui-ci n'avait à Wissembourg aucun parent, les autres membres de sa famille s'élant ralliés à Télecleur de Saxe.
Sa petite cour, exclusivement polonaise, se trouvait formée de M. de Mezzelck, maréchal du palais, de six ou sept jeunes gentilshommes, de quelques
dames de condition attachées aux reines et à la princesse, et de deux prêtres, dont l'un appartenait à l'ordre des jésuites et confessait Marie Leczinska depuis son enfance.
Stanislas distribua entre les personnes de son entourage les rôles que chacun devait remplir : le comte de Tarlo reçut les pleins pouvoirs du roi de Pologne pour se rendre à Versailles et signer en son nom les articles préliminaires et le contrat de mariage ; M. de Mezzelck fut envoyé à Strasbourg pour s'en- (LMidre avec le maréchal du Bourg sur les dispositions à prendre avant l'arrivée de Stanislas et de sa famille; il était spécialement chargé de la distribution des aumônes aux pauvres de la ville, qui, suivant la recommandation très expresse de son maître, ne devaient pas être oubliés pendant les fêtes prochaines. Vauchoux partit avec M. de Mezzelck pour Strasbourg, d'où il devait correspondre avec le premier ministre sur les difQcultés relatives au cérémonial. Quant aux fonctions de dame d'honneur et de grand chambellan, le roi de Pologne pria la comtesse de Linange, qui faisait de fréquents séjours à \Yissembourg, d'accepter les premières pendant les fêtes du mariage, et confia les secondes à son ami le comte de Béréchini.
Le père de Marie Leczinska voulait qu'elle con-
serval sur le trône les sentiments de piété dans lesquels il l'avait élevée ; par suite, il désirait vivement que le confesseur de la princesse la suivît à la cour et rcstût près d'elle quelques jour au moins après son mariage, pour la confier luimême à celui qui serait chargé de diriger sa conscience. Il demanda cette faveur au duc de Bourbon : dans un temps où les questions religieuses prêtaient à des controverses ardentes, on ne saurait s'étonner qu'avant de condescendre à la demande de Stanislas, le duc de Bourbon ait voulu prendre des renseignements sur le prêtre qui confessait Marie Leczinska et sur les opinions de celle-ci en matière religieuse; toutefois on est quelque peu surpris de le voir, en cette circonstance, s'adresser encore au chevalier de Vauchoux. Heureusement le lieutenant-colonel du régiment royal s'était déjà prononcé une première fois, en déclarant « que le bon jésuite avait élevé la princesse dans une véritable piété sans bigoterie » ; il ajouta dans une lettre datée du 30 mai :
Elle n'a aucune parfialilé pour les différentes opinions et n'a puisé sa doctrine que dans le catéchisme, où elle borne toute sa créance. Vous serez la seule règle de ses sentiments comme de sa conduite.
En conséquence, le premier ministre, rassuré j les affirmations de son agent politique, permit
1 L'iigieux qui dirigeait Marie Leczinska de demeurer provisoirement près d'elle. Dès que Stanislas eut reçu celte autorisation, il s'empressa de rassurer le duc de Bourbon, en lui renouvelant l'expression de sa reconnaissance :
Je m'allache de ce moment, écrivait-il en parlant du confesseur de sa fille', à lui donner les instructions que juge convenables au poste qu'il va occuper, et je prie tre Altesse Sérénissime par avance, si Elle n'en est pas contente, après l'avoir connu, de me le renvoyer, étant très convaincu en moi-même que rien ne saurait èlre salutaire à la princesse ma fille que ce qui a l'approbation de Votre Altesse Sérénissime. Aussi toute ma vie ne sera employée qu'à la mériter et à me conserver votre très chère amitié par la passion et attachement inviolables avec lesquels je suis de Votre Altesse Sérénissime le très bon frère et ami fidèle.
Stanislas possédait à peu près le nombre de carrosses nécessaires; mais il n'avait que deux pages et devait s'en procurer quatre autres pour le mariage; SCS lettres nous montrent qu'il parvint à en recruter un à Wissembourg et que le comte du Bourg se chargea de trouver les trois autres.
Bientôt le roi de Pologne dut s'occuper, c'est lui-
1. Autojiraphe de la collection de M. Et. Cliaravay, que celui-ci a eu l'obligeance de nous communiquer,
254 LE MAIUACE DLN llOl.
inômc qui l'écrit au maréchal du Bourg, « à faire défiler le gros bagage et ballollcr tout ce qui doit marcher ». La sécurité de Stanislas et de sa famille exigeait en eiïcl, d'une manière de plus en plus urgente, que leur séjour à Wisscmbourg ne se prolongeât pas plus longtemps; la jalousie contre la prospérité qui les attendait et la crainte que la position si élevée où ils allaient monter ne rendît l'ancien souverain un adversaire dangereux pour son successeur, avaient armé le bras des assassins, et deux nouveaux complots venaient d'être découverts et heureusement conjurés. D'autre part, les habitudes très simples du roi et sa grande popularité l'exposaient depuis quelque temps à une curiosité gênante, et il recevait de toutes parts des félicitations et des hommages qui avaient pris un développement exagéré : a Je suis assommé, écrivait Stanislas au maréchal, dès le 23 avril, des compUments de toute part que je rejette. » Le 25 mai, il s'était plaint de recevoir un trop grand nombre de visites, en manifestant l'espoir de retrouver bientôt une vie plus calme; depuis lors, l'empressement n'avait fait que redoubler. Il fallut donc hâter le départ, fixé d'abord au milieu de juillet, et, le mardi 3, six semaines environ avant l'époque du mariage, Stanislas quitta avec tous les siens la vieille commanderic où, cinq ans auparavant, il était
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entré en fugitif et dont il s'éloignait aujourd'hui, escorté des brigades de carabiniers de Parabèreet de Pardaillan, pour être, dans quelques semaines, le beau-père du roi de France.
La roule se fit en deux journées : on coucha le 3 à Bischwiller, et l'on arriva le 4, sur les six heures du soir, à Strasbourg, au bruit de tous les canons de la place. A la porte de Pierre, les magistrats de la ville vinrent otTrir leurs hommages à la famille royale de Pologne; l'infanterie en armes faisait la haie- depuis cette porte jusqu'au palais du gouvernement, où le cardinal de Rohan, à la tête de son clergé, et les autres corps s'étaient rendus et adressèrent leurs compliments au roi et à sa fdle. Mais le duc de Bourbon avait décidé que l'incognito serait gardé jusqu'à l'arrivée des ambassadeurs de Louis XV chargés de demander la main de Marie Leczinska; en conséquence, Stanislas ne demeura pas au palais du gouvernement, mais alla se loger dans la demeure de l'une des familles les plus anciennes et les plus illustres de l'Alsace. La comtesse d'Andlau, fille du riche et célèbre préteur royal de KHnglin, était tout à la fois l'amie des exilés de Wissembourg, qu'elle visitait souvent, et celle du maréchal du Bourg, qu'elle épousa quelques années plus tard, après la mort de on premier mari; l'hôtel qu'habitaient hors la ville
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M. et madame d'Andlau lut ouvert avec un joyeux empressement à leurs hôtes illustres. Stanislas et sa fille devaient trouver dans l'avenir de nombreuses occasions de prouver leur amitié à madame d'Andlau; ils protégèrent avec une particulière sollicitude ses trois fils, et le dernier, connu sous le nom de chevalier d'Andlau, fut alors môme attaché à la personne du père de Marie Leczinka, qu'il suivit ensuite en Pologne, puis en Lorraine.
L'abbé Proyart, historien de Stanislas, nous le montre, pendant les semaines qui précédèrent le mariage, préparant la princesse à sa nouvelle destinée et cherchant à la prémunir coalre les écueils de la cour; il rassembla même pour elle à cette époque, dans un écrit où respire la tendresse paternelle la plus touchante, le tableau des vertus qui pouvaient convenir à une reine de France.
Ék
Aux rapports défavorables qui étaient venus inquiéter le duc de Bourbon sur le compte de Marie Leczinska, avaient heureusement succédé les plus rassurants témoignages.
Le duc de Richelieu, en se rendant à Vienne, en qualité d'ambassadeur, pour déjouer les menées du duc de Ripperda, ministre de Philippe V, s'était détourné de sa route pour aller à AVissembourg présenter ses hommages à la future reine. Il n'avait pas eu de peine, par ses manières séduisantes, à conquérir la bienveillance de ses hôtes. Nous en avons la preuve dans une lettre datée de la fin de juin 17"25, où Stanislas déclare être charmé de la connaissance du duc de Richelieu ; mais il s'était, en habile courtisan, montré lui-même très satisfait de tout ce qu'il
avait vu cl ne manqua pas de communiquer celle impression au premier ministre. Le jugement porté par notre ambassadeur était d'ailleurs sincère; car, quelques semaines plus tard, nous le voyons écrire de Vienne au duc de Noaillcs, avec lequel il n'avait nulle raison de dissimuler :
Vous pensez sur notre reine comme j'ai fait apn'-s l'avoir vue, el je ne suis pas peu flatté que mon jugement se rencontre avec le vôtre; elTectîvemenl elle gagne beaucoup à se faire connaître, à ce qu'il m'a jtaru, et son mérite est de ceux dont le prix ne fait qu'augmenter par le commerce *.
Mais le duc de Bourbon avait reçu des renseignements beaucoup plus détaillés, non moins satisfaisants, et qui lui inspiraient une confiance entière. Son envoyé en Allemagne venait, en elTel, de revenir à Versailles, après avoir consciencieusement rempli sa mission.
Nous ne connaissions, des appréciations de cet envoyé sur la princesse polonaise, qu'une analyse fort incomplète de Lémonley, reproduite par M. Sainte- Beuve dans un de ses Nouveaux Lundis, à propos du livre de madame la comtesse d'Armaillé sur Marie Lcczinska, et où l'auteur de Vllistoire de la Régence
1. Voy. Archives des affaires étrangères, France, vol. CXLII.
paraphrase ainsi le rapport du chevalier de Méré :
Ces mœurs naïves et pures, ce mélange d'éludés graves et de gaielé innocente, ces devoirs pieux et domestiques, cette princesse qui, aussi simple que la fille d'Alcinoùs, ne connaît de fard que l'eau et la neige, et qui, entre sa mère et son aïeule, brode des ornements pour les autels, tout retraçait dans la commanderie de Wissembourg l'ingénuité des temps héroïques.
M. Sainte-Beuve exprimait le regret de n'avoir pu rechercher au dépôt des affaires étrangères le rapport lui-même. L'original de ce document existe, en effet, dans la précieuse collection à laquelle nous avons déjà fait tant d'emprunts, et nous avons eu l'heureuse chance de l'y retrouver *. La partie qui concerné Marie Leczinska est assurément moins poétique que le compte rendu de Lémontey ; mais elle est pleine de détails curieux et mérite d'autant plus d'être publiée qu'elle n'a pas encore été reproduite.
L'envoyé du duc de Bourbon débute dans ce rapport, comme il avait fait dans son voyage, par la petite cour de Wissembourg, et s'exprime en ces termes sur la fdle du roi Stanislas :
Marie- Charlolte-Sophie-Féiicité Leczinska, née le' 23 juin 1703.
Cette princesse est petite; on tient cependant qu'elle