‹ Le mariage d'un roi, 1721-1725Chapitre 28 sur 34 · Voy. Ihid., vol. CCCXIV · texte numérisé non relu

Voy. Ihid., vol. CCCXIV

2r.o LE MAïuAr.E iruN noi.

est un peu plus gnindo que la jeune duchesse d'Orléans; la taille bion proporlionnéc et fine, le port pracieiix, el point embarrassée dans scsmouvcmenls, marchant bien, la tête bien plantée, les cheveux tirant sur le chMain, les tempes garnies, le front élevé, le sourcil garni cl en arc-cn-ciel, l'œil enfoncé, pas grand, mais vif et fin, les joues assez pleines, nalurelleiiiont colorées, le nez un peu long, pas gros, ni rouge, ni en perroquet, d'ailleurs assez bien formé; la bouche ni gramle ni petite, les lèvres bien bordées en vermeille; le tour du visage, des yeux en bas, assez beau; le teint beau, coloré, l'eau fraîche et quelquefois de l'eau de neige faisant tout son fard, ne metlant ccrlaincmenl ni rouge ni blanc; un air souriant et gracieux; la voix douce et agréable; l'oreille pas grande et bien bordée, le bras rond, un peu décharné, parce que celte princesse a perdu de son embonpoint; la main ni belli; ni laide, l'un et l'autre blancs. Elle a l'esprit vif et naturel, bien cultivé; point ficre, beaucoup de douceur, bienfaisante, compatissante, charitable, généreuse, n'admettant personne bien particulièrement dans sa confidence, aimant tous ses domestiques, dont elle est adorée. Ses occupations commencent dès les six à sept heures du malin qu'elle s'éveille. Elle lit dans son lit des livres de dévotion, d'histoire, généalogie, chronologie, géographie, qu'elle possède bien. Elle est consultée dans la maison pour l'histoire de France, qui est embarrassante pour les changements de noms. Elle se lève dans l'hiver entre huit et neuf heures, se met à sa toilette et est toujours habillée et en corps de jupe dès le matin. Elle se rend ensuite dans l'appartement delà reine

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sa mère, et toute )a famille royale entend la messe et dîne entre onze heures et midi avec la reine, la mère du roi et la comtesse de Linange, le roi dînant seul. Elles ne sont qu'une petite demi-heure à table. Après le dîner, elle lit encore une heure et passe le reste de la journée avec la reine et sa grand'mère, qui toutes trois font des ouvrages à l'aiguille, comme tapisserie, ornements d'autels, dont elles font présent aux églises. Elle a beaucoup de religion sans bigoterie, de tendresse pour père et mère, dont elle est aussi fort aimée. Elle n'a aucune passion dominante, en quoi que ce soit. Elle danse proprement, de bon air, joue du clavecin, chante quelquefois, a la voix douce. Le défaut de maîtres et d'occasions fait qu'elle ne se perfectionne pas. Elle parle allemand, fort bien français, sans accent. Elle est sobre en tout, boit peu, trempe beaucoup son vin. D'une complexion point délicate, fort saine, point sujette à maladies, ce qui est beaucoup, vu la situation, le peu d'exercice qu'elle fait et ses ennuis, qu'elle supporte avec fermeté et sans murmure. Il lui échappe seulement de dire en riant qu'elle voudrait bien voir le dénouement de la pièce pour ce qui regarde la situation de la famille royale. Elle tient beaucoup du roi son père, tant pour la ressemblance que pour l'humeur et l'esprit enjoué. Elle a eu la petite vérole, dont elle n'est point marquée. Elle a l'esprit souple, qui prendra la forme et la figure qu'on voudra. J'ai eu l'honneur de la voir travailler, marcher, danser, de lui parler et de la voir au lit, et j'ai de plus trouvé à son service un domestique qui la sert elle seule depuis neuf ans, que je connais parfaitement

2f.2 LK MARIAGE D'UN ROI.

el dont la femme est celle qui est le plus dans sa confidence. J'omettais de dire qu'elle a le col bien proportionné, les épaules bien placées, assez de carrure, la poitrine élevée, blancbe et de la gorge. Cetlo princesse, sans être belle, est aimable par sa douceur, son esprit, sa sagesse, sa conduite : c'est un assemblage de toutes les vertus.

La curiosité de l'envoyé avait, on le voit, trouvé moyen de se satisfaire, et il est à supposer que, pour pénétrer jusque dans la chambre de la princesse, le moyen des petits présents, recommandé dans les instructions du duc de Bourbon, avait été mis lar^ï^omcnt en pratique. Il s'expliquait sur tous les points : physique, esprit, instruction, caractère, habitudes de vie, rien, dans ce rapport plus détaillé que méthodique, n'avait été laisse dans l'ombre. Le premier ministre obtenait ainsi la conlirmalion la plus formelle de tout ce qu'il savait déjà : Marie Leczinska était assez agréable pour pouvoir plaire au jeune roi ; son intelligence et ses vertus la rendaient digne du trône; quant ta sa disposition à « prendre la forme et la figure qu'on voudra » , l'annonce devait en être tout particulièrement agréable à M. le duc, qui se promit bien de profiler de « l'esprit souple » de la princesse. Il avait doncles meilleures raisons devoir désormais approcher sans aucun trouble le moment où le projet d'union allait enfin recevoir son e\"'<^iiiionj

La série des formalités qui restaient à remplir avant le jour du mariage était ainsi réglée : les articles préliminaires devaient, en premier lieu, être signés à Versailles par les représentants de Louis XV et de Stanislas; puis les ambassadeurs du roi de France, chargés de demander la main de Marie Leczinska, et la maison'de la future reine partiraient pour Strasbourg. Lorsque la réponse de Leurs Majestés Polonaises serait connue, on signerait immédiatement le contrat, qu'on enverrait ensuite au roi lanislas. Il n'y aurait plus alors qu'à procéder aux cérémonies des fiançailles et du mariage.

Tout se passa suivant l'ordre convenu : le comte (le Tarlo, muni des pouvoirs du roi Stanislas, arriva le 15 juillet à Versailles, et, dès le 19, put en son

2fil LE MAlUAcr It'i \ i; Ml.

nom signer les articles. Louis XV était représenté, dans cette circonslance, par le garde des sceaux, M. d'Armcnonville, le maréchal de Villars, lesseci*ctaires d'État de Morvillc et de Maurepas, et M. Dodun, contrôleur général des finances. Le 21, les ambassadeurs extraordinaires, MM. d'Antin et de Beauvau, se mirent en route pour Strasbourg; ils furent suivis de très près par les gardes du corps, au nombre de cent cinquante, qui, sous le commandement du duc de Noaillcs, avaient pour mission d'escorter la reine après son mariage jusqu'à Fontainebleau, et par dix carosses du roi, attelés chacun de huit chevaux, qui emmenaient mademoiselle de Clermont, surintendante, et les dames de la maison de Marie Leczinska. Seule, madame de Prie les avait précédées de quelques jours : dans son empressement de voirla future reine, qu'elle comptait séduire par son ingénuité et dominer par la reconnaissance, la maîtresse du duc de Bourbon était partie le 10 juillet de Chantilly; elle emportait une lettre confidentielle pour Stanislas, dans laquelle le duc de Bourbon demandait la permission de se servir de l'entremise très sûre de la marquise, pour fournir à la princesse beaucoup de renseignements sur la cour; il priait en outre Stanislas de garder pour lui et pour sa fille ces détails qui ne pouvaient ôlre

donnés que verbalement, et terminait en déclarant que son respect et son attachement, son zèle et sa fidélité n'étaient égalés que par les sentiments non moins dévoués de madame de Prie. Quant au duc d'Orléans, chargé de représenter le roi de France aux cérémonies du mariage, il quitta Paris le dernier, à la date du 29 juillet.

Les archives des affaires étrangères, les journaux !e l'époque et des récits publiés sur les lieux ^ contiennent de nombreux détails sur ce qui se passa lans la capitale de l'Alsace, à l'occasion du mariage loyal. Nous y voyons notamment que M.M. d'Anlin et de Beauvau arrivèrent le 27 au soir à Saverne, et vinrent le lendemain et les jours suivants faire visite incognito au roi de Pologne et à la princesse sa fille, qui avaient, depuis quelques jours, quitté Tliôtel (l'Andlau pour s'installer au palais du gouvernement. Le 31 juillet, les deux ambassadeurs firent leur entrée solennelle à Strasbourg en carrosses de gala, précédés et suivis de détachements de carabiniers, et, après être descendus, le premier à la commanderie de Saint-Jean et le second à la maison des messieurs de Saint-Antoine, ils s'empressèrent de noti-

1. Voy. notamment la Gaictte de France, et une relation de ce ]Mi s'est passé à Strasbourg à l'occasion du mariage, imprimée liez la veuve de Michel Storck, à Strasbourg.

2Gfi LE MARIAGE D'UN ROI.

fier leur arrivée officielle au roi Stanislas, qui les fit à son tour complimenter.

Le lendemain, le roi de Pologne reçut du cardinal de Rohan, commandeur de Tordre du Saint-Esprit, le collier que les ambassadeurs avaient apporté de la part de Louis XV.

Puis, le 4 août, vers onze heures du matin, le grand maréchal, M. de Mezzeick, alla, dans un carrosse de son maître, prendre à la commanderie de Saint-Jean les deux ambassadeurs, pour les conduire en grande pompe à leur première audience publique; il les introduisit d'abord dans les apparteirionls du roi, à qui le duc d'Anlin représenta respectueusement le désir de son souverain d'obtenir la main de Marie Leczinska : (( Vous ne devez cette préférence, lui dit-il, qu'à la vertu et aux grandes qualités qui brillent en votre sacrée personne et que Votre Majesté a si heureusement transmises à la personne de la Sérénissime Princesse votre fille »; et, parlant au nom du duc de IJourbon, il ajouta « que le grand Prince, auquel Sa Majesté a remis le soin de son État, n'avait pas écouté un seul moment la voix du sang et tout ce que l'ambition a de plus flatteur, sachant mieux qu'un autre qu'une princesse douée de toutes sortes de vertus était destinée de tous temps à remplir la première place du monde ».

San? répondre immédiatement à la demande du duc d'Antin, Stanislas pria l'ambassadeur de remercier Louis XY, € qui, non content de donner au roi exilé un asile dans son royaume, le plaçait encore dans son cœur, siège préférable au trône le plus éclatant ». Le grand maréchal mena ensuite MM. d'Antin et de Beauvau chez la reine de Pologne, à laquelle ils renouvelèrent l'expression des intentions du roi de France, puis il les reconduisit à leur hôtel.

Le soir du même jour, sur les quatre heures, les ambassadeurs eurent l'honneur d'une seconde audience dans les appartements de la reine, où celte fois se trouvait rassemblée la famille royale de Pologne et où le duc d'Antin, après des discours successivement adressés au roi, à la reine et à leur fille, fit connaître de nouveau l'objet de son ambassade : « Ce n'est pas d'aujourd'hui, répondit alors Stanislas, que Sa Majesté Très Chrélienne s'est acquis des droits urmoi et sur tout ce qui m'appartient; mon inclinalion me soumet à ses volontés; ma reconnaissance m'engagea les exécuter, et mon attachement, que des liens sacrés vont rendre inviolable, m'oblige à en faire la principale loi de ma vie. » La reine ayant elle-même exprimé son consentement, la princesse prit à son tour la parole : « A la déclaration de Leurs

2r,8 LE MARIAGE D'UN ROI.

Majestés, dit-elle modeslement, je n'ai rien à ajouter, sinon que je prie le Seigneur que je fasse le bonheur du roi, comme il fait le mien, et que son choix produise la prospérité du royaume et réponde aux vœux de ses sujets. » Puis, se prosternant aux pieds d'un crucifix, iMarie Leczinska supplia le ciel de lui donner autant d'humilité qu'il lui accordait d'élévation dans le monde.

Après cette audience, les ambassadeurs allèrent complimenler Madame Royale, mère du roi Stanislas. Le soir, un souper suivi de bal fut offert à Leurs Majestés et à la princesse par le duc d'Anlin.

Le premier prince du sang ne devait jouer de rôle que dans les cérémonies mêmes du mariage ; il arriva le 5 août à Saverne, et vint secrètement dès le lendemain offrir ses respects à la future reine; il dîna chez le roi Stanislas et assista avec la cour aux combats et joules que les bateliers strasbourgeois représentèrent le soir sur la rivière. Puis, pendant que devaient s'accomplir à Versailles les dernières formalités relatives au contrat, il alla visiter les places de la basse Alsace et passer quelques jours à Rasiadt, près de sa belle-mère, la princesse douairière de Bade.

La physionomie de Strasbourg était alors fort animée, si nous en jugeons par une lettre du duc de

Xoailles à l'ancien évèque de Fréjus; celte lellre, datée du 11 août*, nous apprend en même temps l'impression produite par Marie Leczinska :

J'ai trouvé à Strasbourg, écrit-il, un beau et magnifique speclacle ; tout s'y dispose pour la cérémonie, et la princesse dont Sa Majesté a fait choix fait connaître de plus en plus combien elle en est digne; il n'y a point d'éloges qui ne soient au-dessus de tout ce que l'on en peut dire. Sa personne plaît infiniment, sans être ce que l'on appelle une beauté, et ses agréments sont soutenus par un esprit également orné et solide; mais ce que l'on ne peut assez louer en elle est une très grande piété, dont elle a l'exemple dans sa propre maison. Il faut espérer que Dieu répandra ses bénédictions sur ce mariage, et l'on ne peut augurer que toutes sortes de bonheurs pour le roi avec une princesse aussi accomplie et aussi respectable. Il y a ici un grand concours de seigneurs et princes allemands, et l'on peut dire que tout répond à la dignité et à la majesté d'une aussi auguste cérémonie.

Cependant la réponse favorable du roi de Pologne aux ambassadeurs de Louis XV, transmise à Versailles, y était parvenue le 8 août ; dès le lendemain, Louis XV et le comte de Tarlo signèrent le contrat de mariage dans le cabinet du roi, en présence des

1. Yoy. Archives des affaires étrangères, France, \o]. MCCLVIII.

princes et princesses du sang. Copie de l'acte fut remise immédiatement au représentant du roi Stanislas, qui ne perdit pas un instant pour se mettre en voyage et arriva le 12 au matin i\ Strasbourg. Dans la soirée du même jour, entre huit et neuf heures du soir, le duc d'Orléans fit, au bruit du canon des remparts, son entrée dans la capitale de l'Alsace, dont toutes les maisons étaient illuminées et les places publiques éclairées de grands feux; il alla présenter officiellement ses hommages \ la future souveraine, et se rendit ensuite chez le maréchal du Bourg, où il devait loger. Le surlendemain, 14 août, vers quatre heures de l'aprcs-midi, le premier prince du sang fut conduit en grande cérémonie par M. de Mezzeick au palais du gouvernement, avec les deux ambassadeurs et le maître des cérémonies de France. Le roi Stanislas vint audevant du duc d'Orléans jusqu'au haut de l'escalier du palais et le mena dans une salle où le cardinal de Rohan attendait avec son clergé; dès que la princesse Marie et sa mère furent arrivées, le marquis de Dreux lut le texte de la procuration accordée par Louis XV à son cousin, et le grand aumônier procéda à la cérémonie des fiançailles. Le soir, le roi de Pologne fit au duc d'Orléans l'honneur de souper à son hôtel.

Enfin, le mercredi 15 août 1725, fête de l'Assomption et jour du mariage, étant arrivé, les gardes du corps prirent dès le matin leur poste dans la cathédrale, tendue pour la circonstance de riches tapisseries de la couronne et où l'on avait dressé des amphithéâtres pour les personnages de distinction, de chaque côté du chœur, et deux estrades, en avant et à droite de l'autel, pour la future reine et pour le représentant du roi de France. A onze heures, tous

> canons de Strasbourg annoncèrent la cérémonie, et bientôt partit du palais du gouvernement pour l'église, entre deux haies formées par les troupes de la garnison, le cortège le plus imposant : après les carabiniers, ouvrant la marche, venaient les nomlireux équipages des ambassadeurs et des principaux officiers du duc d'Orléans, les cent-suisses de la garde, la voilure où se trouvaient, avec le prince, le marquis de Clermont, son premier écuyer, et les deux ambassadeurs, et enfin, escorté par les gardes du corps et le marquis de Savines, leur lieutenant, \o carrosse de Stanislas, de la reine de Pologne et de leur fille.

A la porte de la cathédrale, le cardinal de Rohan, entouré de quatre abbés mîtrés, des chanoinescomtes de Strasbourg et de tout son clergé, reçut Marie Leczinska et lui offrit l'eau bénite; puis les

timbales cl les trompettes résonnèrent, le clergé se dirigea vers l'autel, cl, derrière le duc d'Orléans, portant un habit et un manteau d'étoffe d'or avec un chapeau garni d'un bouquet de plumes, s'avança la future reine, entre son père et sa mère. Ace moment, les assistants purent admirer la noble majesté de la jcuneprincesse, vêtue d'un grand habit de cérémonie en brocart d'argent, couvert de pierreries, et suivie de la comtesse de Linange, sa dame d'honneur.

Dès que le cardinal de Rolian fut revêtu de ses habits pontificaux, Marie Leczinska, escortée du roi et de la reine de Pologne, ainsi que le duc d'Orléans quillèrent leur place cl s'approchèrent de l'autel. Le prélat prit alors la parole : après avoir entretenu pendant quelques instants la princesse de sa naissance, de son éducation et des malheurs qui avaient conduit sa famille dans la patrie commune des princes infortunés, il continua ainsi son discours: « ...Vous l'y suivez, Madame! Tout ce qui vous y voit, sensible à vos malheurs, admire votre vertu ; l'odeur s'en répand jusqu'au trône d'un jeune monarque qui, par l'éclat de sa couronne, par l'étendue de sa puissance, et plus encore par les charmes de sa personne, pouvait choisir entre toutes les princesses de monde : guidé par de sages conseils, il fixe son choix .sur vous, et c'est ici que le doigt de Dieu se manifeste;

il se sert du malheur même qui sépare le roi voire père de ses sujets et qui vous enlève à la Pologne, pour vous donner à la France et pour nous donner en vous une reine qui fera la gloire d'un père et d'une mère, dont elle fait la consolation et les délices. > — 4 ... Venez donc, Madame, disait son Éminence en finissant, venez à l'autel; que les engagements que vous allez prendre, saints par eux-mêmes, puisque, selon l'Apôtre, ils sont le symbole de l'union de Jésus-Christ avec son ÉgHse, soient encore sanctifiés par vos dispositions; pénétrée de ce que vous devez à Dieu, faites-lui hommage de ce que vous êtes et de ce que vous allez être ; reconnaissez qu'en couronnant vos mérites, il couronne ses dons. Et vous, chrétiens qui m'écoutez, en voyant les récompenses éclatantes qui sont données dès ce monde à la vraie vertu, apprenez à la respecter et à l'aimer. > Après ce discours, le grand aumônier bénit l'anneau et les treize pièces d'or, et, ayant demandé au duc d'Orléans s'il prenait, au nom de Sa Majesté Très Chrétienne, la princesse Marie pour épouse, et à cette princesse si elle prenait pour époux le roi Louis XV, roi de France et de Navarre, donna la bénédiction nuptiale. Il célébra ensuite la messe. Après le Pater, le duc d'Orléans et la reine s'étant approchés une seconde fois de l'autel, le poêle fut tenu sur

leur lôle par les deux plus anciens chanoines de la caliiédialc, l'évêque de Langres el le comte de Truckes. Puis, la messe étant terminée, Mgr de Uohan vint apporter à la reine le livre des mariages, où signèrent successivement après elle ses parents, le premier prince du sang et les deux ambassadeurs. Le cardinal adressa encore quelques paroles à Marie Leezinska, pour invoquer sa protection sur le diocèse de Strasbourg et lui souhaiter un long règne; puis il entonna le Te Deiim, qui lut chanté en musique et au bruit du canon.

A l'issue de la cérémonie, le clergé reconduisit le cortège royal jusqu'à la porte de la cathédrale : Marie Lcczinska donnait celte fois la main au duc d'Orléans et était escortée par les gardes du corps, qui, sous le commandement du duc de Noailles, venaient d'entrer en fonctions près de Sa Majesté. Dès que la reine fut rentrée au palais du gouvernement, mademoiselle de Glermont, sœur du duc de Bourbon et surintendante, fut appelée la première à l'honneur d'offrir ses hommages à sa souve* raine et lui présenta les dames et les officiers de sa maison.

A deux heures, Marie Leczinska dîna en public, ayant prés d'elle son père et sa mère, et servie pour la première fois par les officiers du roi de France,,

Puis, accompagnée de sa maison, elle se rendit à la calhêdrale pour la procession du vœu de Louis XIH, et reçut à son retour les compliments des dilïércnts corps.

Le soir, le clocher de la cathédrale, les édifices et toutes les maisons de ville furent illuminés; des fontaines, étabUes sur la place d'Armes el devant la maison de ville, jetèrent plusieurs sortes de vins, et, après un feu d'artifice tiré sur la rivière, un souper et un bal furent offerts à la reine par le duc d'Antin.

XYI

Dans la journée du lendemain 16 août, Stanislas et la reine de Pologne reçurent en audience de congé le duc d'Anlin et le marquis de Deauvau, qui devaient accompagner la reine jusqu'à Fontainebleau.

Enfin le 17, à dix heures du malin, après les plus tendres adieux à ses parents et à Madame Royale, Marie Leczinska, suivie de toute sa cour et acclamée par la population, quitta Strasbourg. Elle était dans un carrosse à huit chevaux, où avaient également pris place sa surintendante et quelques dames de sa maison. Les cent-suisses et de nombreux équipages, parmi lesquels se distinguaient ceux du duc d'Orléans, des ambassadeurs, du duc de Noailles et du marquis de Nangis, chevalier d'honneur de la reine, ouvraient la marche, fermée par un détachement

des gardes du corps. Toutes les troupes élaienl sous les armes, les canons de la place tonnaient sur les remparts, et au delà de la porte de la ville les carabiniers se tenaient rangés en bataille.

La reine se rendit le premier jour à Saverne, où le grand aumônier l'avait précédée et lui offrit une hospitalité magnifique. Le soir, elle eut l'agréable surprise de voir arriver son père : Stanislas n'avait pu résister au bonheur de l'embrasser encore. Il l'escorta le lendemain jusqu'au haut de la montagne qui domine la ville du côté de l'ouest et put suivre quelque temps du regard l'imposant cortège au uiilieu duquel marchait le carrosse de sa fille.

Le duc de Bourbon avait d'abord songé à choisir pourle voyage de la reine jusqu'à Fontainebleau la route qui descend vers Langres ; il adopta en dernier lieu celle qui incline plus au nord, pour permettre à Marie Leczinska de visiter sur son passage la ville de Metz. Le trajet devant s'effectuer à petites journées, il pensait qu'après s'être arrêtée à Sarrebourg, Mézières-sur-Meuse etVic, elle arriverait vers le milieu du quatrième jour; mais des pluies abondantes étant survenues rendirent le trajet pénible: la reine n'atteignit Metz qu'à la nuit dans la soirée du ^l août.

478 LK'MAIUAGE D'UN UOI.

La reine arriva hier à Melz, à neuf heures du soir, écrit de nouveau le duc de Noailles à l'ancien évéque de Kréjus, et il en était plus de ilix, lorsqu'elle entra dans son palais. C'est une heure un peu indue; mais les pluies qui n'ont pas discontinué depuis plusieurs jours ont tellement rompu les chemins qu'il ne fut pas possible d'être ici de meilleure heure. Il est bon cependant de vous dire que l'on était parti ù cinq heures du matin. Heureusement la reine n'en a point été incommodée; elle jouit d'une parfaite santé.

Puis, après avoir rendu compte de la juste impatience que la reine éprouve d'arriver à Fontainebleau, le duc de Noailles ajoute :

Je conviens qu'un jour est beaucoup dans une aussi flatteuse conjoncture et qu'il serait à désirer que ce grand jour pût cadrer avec l'époque du 5 septembre; mais je ne pense pas ([u'il puisse arriver avant le 0, à moins que les zéphirs ne nous prêtent leurs ailes ou ne prennent soin du moins de sécher les chemins... La nuit lui a fait perdre un beau et magnifique coup d'œil, à l'approche de celte ville, qui s'est distinguée de toutes manières et qui a donné de grandes démonstrations de son zèle et de sa joie. Nous y séjournerons deux jours, et nous en partirons le i2i pour continuer noire route.

A une demi-lieue de Melz, la reine avait été saluée par une compaj^mio de cadets, formée des jeunes gens des meilleures familles du pays, et à

quelques pas de la première barrière par le premier échevin et Messieurs de Thôtel de ville, qui, après avoir présenté les clefs de la cité dans un bassin d'argent, se placèrent en avant du cortège royal. En même temps des pages à cheval et des messagers de ville, portant des flambeaux, vinrent se ranger aux portières de Sa Majesté pour éclairer son carrosse.

La population, dès lors si cordialement française, était sur pied depuis de longues heures, quand Marie Leczinska fit son entrée par la porte Mazelle, et l'accueillit par des acclamations enthousiastes!. La reine se rendit d'abord, au son des cloches de toutes les paroisses de la ville et par des rues brillamment illuminées, jusqu'à la cathédrale, où elle entendit un Te Deum solennel, puis à la maison du gouvernement ou de la Hante-Pierre, qui avait été meublée avec luxe pour la recevoir.

Le lendemain, 2-2 août, elle reçut le parlement et de nombreuses députations ; Messieurs de la ville lui offrirent les présents d'usages, consistant en boîtes de mirabelles et de framboises, et les juifs de la ville deux coupes de vermeil et un vase en cristal de roche enrichi de pierreries. La pluie ayant duré tout

1. Voy. Journal de ce qui s'est fait pour la réception île la reine (Metï, 1725, imprimerie de Jean CoUi -■■^" ^ti,.;i,.-. -i \\ ,^•\,lburtin de Bionvillc. maître échevin.

le jour, Marie Leczinska dîna cl soiipa en public, pour se montrer à ses sujets.

Le 23, le temps permit h la reine d'aller entendre la messe à la cathédrale, d'assister h une brillante cavalcade organisée par les juifs et de se rendre jusqu'à Frascati, chAleau de Mgr de Coislin, premier aumônier du roi et évêque de Metz, qui lui donna une magnifique collation. Le soir, un feu d'artifice, figurant dans sa pièce principale le temple de la Renommée chargée de publier les vertus de la reine, fut tiré devant ses fenêtres sur l'Esplanade ; en même temps, la haute tour de la cathédrale était entièrement éclairée et la côte de Saint-Quentin qui domine la ville à l'ouest embrasée de feux.

Pendant son séjour à Metz, Marie Leczinska vit arriver le marquis de Maillebois, maître de la garde-robe du roi : il apportait une lettre autographe de Louis XV, que Sa Majesté avait écrite le 10, dès qu'elle avait pu connaître l'accomplissement du mariage par procuration. C'est vers ce moment que la reine adressa elle-même à son père, pour lui rendre compte des hommages dont elle était entourée, une lettre, que nous empruntons à Vnistoire du roi Stanislas et qui donne bien l'idée de l'esprit î'i la fois très fin et très sensé de cclLe princesse :

Il n'est rien que ne fassent les bons Français pour me distraire. On me dit les choses les plus belles du monde; mais personne ne me dit que vous soyez près de moi. Peut-être me le dira-t-on bientôt, car je voyage dans le royaume des fées, et je suis véritablement sous leur empire magique Je subis à chaque instant des métamorphoses plus brillantes les unes que les autres; tantôt je -uis plus belle que les Grâces, tantôt je suis de la famille lies neuf Sœurs ; ici, j'ai les vertus d'un ange ; là, ma vue fait les bienheureux ; hier, j'étais la merveille du monde; aujourd'hui, je suis l'astre aux bénignes influences. Chacun fait de son mieux pour me diviniser et sans doute que demain je serai placée au-dessus des immortels. Pour faire cesser le prestige, je me mets la main sur la tête, et aussitôt je retrouve celle que vous aimez et qui vous aime bien tendrement.

Le 2i août, après avoir remercié Messieurs de la ville de leur accueil, la reine quitta Metz par la porte de France, au milieu de nouvelles ovations; trois décharges de tous les canons de la place de la citadelle et de l'école d'artillerie éclatèrent au moment où le cortège s'éloignait de la ville. La reine s'arrêta le soir à Mars-la-Tour. A Châlons-sur-Marne, où elle arriva le 28 et séjourna toute la journée du 29, le duc de Mortemart, premier gentilhomme de la chambre du roi, vint lui présenter un portrait de Louis XV, enrichi de diamants. A Sézanne, le prince

m LE MARIAGE D'UN r.OI.

de Conli lui ofirit un l)Ouqncl ùc la part du roi. Presque tout le voyage s^eiïcctua malheureusement par un temps affreux. Le marquis d'Argenson, qui habitait alors Réveillon-sur-Prie, se rendit à Sézanne pour voir passer la reine et nous a laissé dans ses Mémoires un triste tableau du spectacle qu'il eut sous les yeux : une pluie continuelle avait ruine la riîcolte, les paysans étaient requis pour réparer la route, et la reine faillit plusieurs fois se noyer; les chevaux des équipages étaient épuisés, et l'on avait dû en requérir à dix lieues à la ronde pour traîner les bagages. Ce spectacle fil sur Marie Lerzinska une très vive impression et contribua à développer en elle un ardent désir de soulager par ses économies et ses aumônes les souffrances de ses sujets.

Elle arriva le 3 septembre à Montereau. Depuis quelques jours, elle trouvait à chaque étape un envoyé de Louis XV, et l'importance de ceux qui venaient la féliciter augmentait à mesure qu'approchait le terme du voyage. Après le prince de Conti, ce furent successivement le comte de Ciermont, le comte de Gharolais et le duc de Bourbon qui lui apportèrent les compliments du roi.

Enfin, le 4 sepicmbrc. Sa Majesté elle-même, ayant dans son carrosse la duchesse d'Orléans, la duchesse douairière de Bourbon, la princesse de

Conli, mademoiselle de Charolais et mademoiselle de la Roche-sur- Yon, vint au-devant de Marie Leczinska. Louis XV s'arrêta à une lieue au delà de Moret, sur la petite montagne deTrépanton. D'après l'avocat Barbier, la reine se fit attendre, sa voiture tant embourbée; il fallut atteler plus de trente hevaux pour la dégager, et toute la maison du roi îait elle-même couverte de boue. Dès que Louis XV vit enfin approcher le cortège, il descendit et alla au-devant de la reine. Il est permis de supposer qu'au moment solennel où Marie Leczinska mit pied à terre, le duc de Bourbon obser^•a curieusement la physionomie du roi ; ceux des personnages de la cour qui, le 1" mars 1722, au Grand-Montrouge, lors de la réception de la princesse espagnole, avaient assisté cà un spectacle du même genre, durent être attentifs en cet instant. Le roi ne laissa pas à la reine le temps de se mettre à genoux sur le tapis que l'on avait à la hâte jeté au-devant de son carrosse ; il la releva et l'embrassa des deux côtés avec une vivacité qu'onn'avait jamais remarquéechez lui. Le maréchal de Villars, l'un des témoins de celte scène, raconte que h personne de la reine lui parut aimable et très loignée de la laideur qu'on lui prêtait assez généralement ; non seulement, rapporte-t-il, Louis XV 'était montré très impatient devoirMaric Leczinska,

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mais parut très content, après l'avoir vue ; et le duc de I5onrl)on, l'cndant compte le soir même au roi Stanislas de l'arrivée de sa fille, aflirme que rentre vue se fit avec toute la satisfiiriion possible de la part du roi : « Sa joie, écrit le premier ministre, a éclaté; il a été longtemps avec elle d'une gaieté inexprimable, et tout m'annonce son parfait contentement, f) Après avoir présenté les princesses du sang, Louis XV monta dans le carrosse de la reine avec elles ; et l'on se dirigea vers le cbateau de Moret, où le roi présenta à leur tour les principaux officiers et les seigneurs de la cour. Il resta assez longtemps près de sa jeune épouse; puis, ayant pris congé d'elle jusqu'au lendemain, il retourna à Fontainebleau avec les princesses.

La reine passa la nuit à Moret, y fut le 5 septembre au matin complimentée par le duc d'Orléans, et en partit ensuite, escortée par les gendarmes et les chevau-légers de la garde, de manière à arriver vers dix heures à Fontainebleau.

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Après s'être reposée dans la partie du château qui lui était réservée cl avoir revêtu la toilette qu'elle devait porter à la cérémonie du mariage, Marie Lcczinska reçut la visite du roi, et le suivit bientôt dans son grand cabinet. Vers midi, un pompeux cortège sortit du palais, se dirigeant vers la grande chapelle. Les trompettes, les fifres et les tambours de la chambre, jouant une marche solennelle, les cent-suisses en grand costume, la hallebarde à la main, et les hérauts d'armes marchaient les premiers. Puis venaient le grand maître et le maître des cérémonies, les grands officiers et che- I valiers du Saint-Esprit, deux à deux, les princes du f sang, deux huissiers de la chambre avec leurs masses, le marquis de Courtenvaux, capitaine dçs cent-

suisses*, puis, ic roi : Sa Majesté, dans tout l'éclal de la jeunesse, avec un habit de brocart d'or garni de broderies d'or et de boulons de diamants et un manteau de points d'Espagne d'or, s'avançait entre le prince de Lorraine, grand écuyer de France, et le commandeur de Doringen, premier écuyer, escortée par les officiers des gardes du corps en quartier et les six gardes écossais, revêtus de leurs cottes d'armes en broderie et la pertuisane à la main, et suivie du duc de Mortemart, premier gentilhomme de la chambre, du duc de Yilieroy, capitaine des gardes du corps, et du duc de la Rochefoucault, grand maître de la garde-robe, places tous les trois sur une même ligne. On voyait ensuite la reine, entre le duc d'Orléans et le duc de Bourbon, et ayant près d'elle le marquis de Nangis, son chevalier d'honneur, et le duc de Noailles ; elle portait un manteau de velours violet, semé de fleurs de lis d'or, bordé et double d'hermine, une robe de même éto(Te,dont le devant et les manches étincelaient d'agrafes de diamants, et sur la tête une couronne de diamants surmontée d'une fleur de lis double; la queue de son manteau royal, longue de neuf aunes, était tenue par la duchesse douairière de Bourbon, la princesse

\. Celui-là môme qui avait jadis soUicitt' la main de Marie Lcczinska.

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de Conti el mademoiselle de Charolais, accompagnées cliacune de deux chevaliers d'honneur. Les autres laincesses du sang, la duchesse d'Orléans, mademoiselle de Clerraont et mademoiselle de la Rochesur- Yon, puis la maréchale de Boufflers, les autres dames de la maison de la reine et les dames d'honneur des princesses terminaient le cortège royal.

Dans la chapelle avaient déjà pris place les archevêques, évêques et abbés, députés par l'assemblée générale du clergé, le garde des sceaux, en robe de velours violet doublée de satin cramoisi, les con-seillers d'État, maîtres des requêtes, secrétaires du roi, ministres et secrétaires d'Élat, et un grand nombre de personnages de distinction, français et I étrangers.

Leurs Majestés, ayant fait leur entrée, vinrent ^agenouiller sous un dais en face de l'autel, et der- ? rière elles se rangèrent les princes et les princesses du sang.

Lorsque chacun eut occupé la place qui lui était réservée, le cardinal de Rohan, grand aumônier, qui officiait de nouveau en cette circonstance, entouré des évoques de Viviers et de Soissons, adressa un discours au roi et a la reine et procéda ensuite pour la seconde fois aux cérémonies du mariage. Voltaire rapporte que Marie Leczinska s'évanouit un

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pclil instant pendant la messe, a mais seulement, ajoule-l il, pour la forme ».

Après un Te Deum solennel chanté par les musiciens de la chapelle et l'oraison pour le roi, le cortège retourna au château dans l'ordre déjà décrit.

Dès que la reine fut rentrée dans ses appartements, elle reçut les hommages des princesses et des dames du palais et donna une preuve louchante de sa bonté : « A'oilà, dit-elle, en distribuant gracieusement tous les bijoux de la corbeille que le duc de Mortcmart lui avait apportée le malin au nom du roi, voilà la première fois do ma vie que j'ai pu faire des présents ! » Puis elle dîna avec Louis XV et les princesses du sang. Voltaire avait i)réparé un divertissement qui devait être représenté devant la reine ; mais M. de Mortemart, par une préférence qui blessa vivement la vaniteuse susceptibilité du poêle courlisan, choisit deux pièces de Molière, VAmphilryon et le Médecin malgré lui, qui furent jouées dans la salle de comédie en présence de toute la cour. Après le spectacle, un souper réunit les princes du sang dans les appartements de la reine, puis on se rendit dans la salle des ccnt-suisses, d'où Leurs Majestés assistèrent à l'illumination du parterre du Tibre et à un feu d'artifice, mallicuremcnt contrariés par le mauvais temps.

Chaque jour, le duc de Bourbon envoyait un courrier spécial à Strasbourg. Le 5 septembre, après avoir rendu compte au roi Stanislas de la cérémonie religieuse et témoigné de ses « propres transports, de la joie qu'il a du bonheur dont va jouir la France de posséder une reine aussi vertueuse », il raconte que « Sa Majesté a montré en tout une satisfaction égale au zèle que chacun s'est empressé de faire paraître pour témoigner ses profonds respects à la reine ». Le lendemain du mariage, il écrit que Marie Leczinska charme son jeune époux et il ajoute que le roi, dès son lever, lui a envoyé dire son contentement et lui a, quelques heures plus tard, exprimé lui-môme, « en s'étendant infiniment, la satisfaction qu'il avait delà reine' ». Les souverains payaient alors leur pouvoir absolu par une étiquette qui semble intolérable et une servitude de tous les instants : le maréchal de Villars rapporte que, c le soir du mariage, le roi, après s'être mis un moment dans son lit, alla dans celui delà reine, suivi de M. le duc, du premier gentilhomme de la chambre, du grand maître de la garde-robe et de moi. Nous sommes entrés le lendemain dans la chambre, poursuit-il, pendant que la reine était au lit; les comphments ont été modestes;

1. Voy. Archives nationales, cartons des rois, Louis XV, K. 139*

ils monlraienl l'un cl l'autre une vraie salisfaclion de nouveaux mariés >.

Ce jour môme, G septembre, Leurs Majestés, après avoir entendu la messe dans la chapelle du château, firent deux fois le tour du grand canal, pendant que des musiciens jouaient sur l'eau : le roi était à cheval, suivi des princes du sang et des principaux officiers et seigneurs de la cour; la reine en calèche, avec les princesses et les dames de sa maison. Après la promenade, on offrit à la reine le divertissement de la pêche au cormoran, et, le soir, un grand concert de voix et d'instruments fut donné dans ses appartements.

Aux plaisirs de lacour, qu'il serait fastidieux d'énumérer, succédèrent des réjouissances dans la capitale. Puis les cérémonies du couronnement amenèrent de nouvelles fêtes à Konlainebleau.

Chacun put apprécier à loisir Marie Leczinska : « Elle fait très bonne mine, écrivait, quelques jours après le mariage. Voltaire à la présidente de Dernières, quoique sa mine ne soit pas du tout jolie. » La nouvelle reine séduisait tous ceux qui l'approchaient par sa grâce et sa bonté, et l'on oubliait sa modeste origine pour ne voir en elle que ses mérites. Le roi lui-môme paraissait, dans ces premiers temps, l'aimer très tendrement; il avait mis entièrement de

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côté sa réserve habituelle et manifestait près de sa jeune épouse des sentiments qui dépassaient les espérances mêmes du duc de Bourbon.

Une relation du passage de la reine dans les faubourgs de Paris, le -4 avril 17'26, six mois environ après son mariage, conservée aux archives des affaires étrangères *, nous montre la population de la capitale partageant les sentiments de la cour. L'on ne pouvait, écrit le narrateur anonyme, empêcher la foule d'approcher jusqu'à son carrosse ; « un chacun lui souhaitait toute sorte de bonheurs et de bénédictions, et la plupart versaient, en la voyant, des larmes de joie ».

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