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Noire lâche ])Ourrail se lerininer ici ; mais le lecteur qui a eu la palience de nous suivre consentira sans doule à nous prôler encore quelques inslanls d'allcnlion. Peut-être trouvera-t-il d'ailleurs quelque inlérêl aux renseignements qu'il ne semble pas inutile d'ajouter sur les suites du mariage, et dont les lellres inédites du père de la reine au comte du Bourg fourniront la plus grande partie.
Stanislas élail retourné de Saverne à Strasbourg le 18 août, pour attendre quelechâleau de Chambord, qui lui avait été assigné comme résidence, fût disposé pour le recevoir. Il quitta la capitale de l'Alsace dans les premiers jours du mois d'octobre, avec la pensée de se rendre direclementà Chambord; mais, par une délicate attention du duc de Bourbon,
LE MARUr.E D'UN ROI. 293
l'itinéraire d'abord fixé fut modifié ; le roi de Pologne s'arrêta au chAteau de Bourron, situé à deux lieues seulement de Fontainebleau. C'est là que, le 15 octobre, fut ménagée, entre Marie Leczinska et sa famille, une entrevue, sur laquelle les lettres de Stanislas nous fournissent quelques détails :
3Ion voyage, écrit celui-ci en arrivant le:29àCliambord, Dieu merci! a été très heureux; nous l'avons fait en parfaite santé : toujours très beau temps, grande compagnie, excellents gîtes partout. Je ne vous dirai rien de Bourron ; les trois jours que j'y ai passés pour voir le roi, la reine et toute la cour n'ont pas été suffisants pour seulement distinguer les objets. J'en suis parti dans un enchantement pour tout ce que j'ai vu et dans un ravissement en particulier pour ma chère reine, qui, pour vous dire tout en un mot, mérite la continuation de votre attachement pour elle.
Il ajoute que l'agréable solitude de Chambord lui plaît beaucoup et qu'il s'y trouve dans son élément, ne déplorant « qu'une cherté inconcevable de toutes choses et l'absence de son cher maréchal du Bourg » .
La première impression du roi Stanislas ne fit que se confirmer dans la suite ; il put mener à Chambord une vie de retraite et d'étude tout à fait conforme à ses goûts, et trouva dans les forêts du voisinage le moyen de se livrer à. son plaisir favori. Il fit dans
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cette résidence d'importanls travaux, cn'alc grand parterre en face du ch;\teau et com))la pour l'assainir les fossés qui l'entouraient auparavant. On dit que sa mémoire s'est fidèlement conservée sous les chaumières des paysans de la Sologne et qu'on y parle encore de sa cliarilé. Mais les fièvres qui jadis avaient obligé Catherine de Médicis à s'éloigner de Chainhord ne cédèrent pas aux assainissements tentés par Stanislas; dès l'été de 1726, sa femme, sa mère et toute leur suite tombèrent malades, et il fallut se transporter loin des brouillards du Cosson, dans la maison de M. de Saumery; l'été suivant, Stanislas leçut l'hospitalité de Tévèque de Dlois, Mgr de Caumartin; puis il dut se fixer pour la saison chaude à Saiut-Dié-sur-Loire. Après la naissance du dauphin, Louis XV offrit à son beau-père comme seconde résidence le beau château de Ménars, situé sur la rive droite du fleuve, dans une position plus élevée. Toutefois, jusqu'à son départ pour la Pologne, nous voyons le père de Marie Leczinska revenir chaque année dès le mois de septembre à son habitation préférée et y rester jusqu'au printemps.
Les premières lettres datées de Chambord avaient déjcà appris au maréchal la tendresse qui se manifestait de plus en plus entre les royaux époux; le 25 novembre, Stanislas écrit :
Le grand Dieu soit loué! l'amitié du roi pour la reine augmente notablement et se réduit à une grande confiance que le roi prend en elle. On est toujours, Dieu merci ! content de sa conduite, il n'y a rien à désirer que le dauphin. Le bon Dieu a son temps, il faut l'attendre avec patience et résignation à ses saintes volontés,
Mais Marie Leczinska ne tarda pas à éprouver les . diniciillés inhérentes à sa nouvelle situation. Elle se considérait comme obligée par la reconnaissance aux plus grands égards pour ceux qui étaient les véritables auteurs de sa fortune, et qu'elle n'avait peut-être pas su se défendre suffisamment contre des prévenances intéressées. Madame de Prie, sous prétexte de remplir exactement les fonctions de sa charge, l'obsédait d'attentions et ne la quittait pas plus que son ombre ; de son côté, M. le duc, qui voyait le mécontentement inspiré par son administration maladroite et violente devenir général et l'opposiLioa de Fleury s'accentuer de jour en jour, cherchait, en toutes ciixonstances, à plaire à la reine pour s'appuyer de son crédit. L'évêque de Fréjus, au contraire, souffrant sans doute de ne plus posséder la confiance exclusive de Louis XV, montrait vis-à-vis de la nouvelle souveraine une certaine froideur et observait avec attention toutes ses démarches. Il est
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donc aisé de comprendre que, lorsque la pr"eno éclata entre le duc de Bourbon et l'ancien précepteur du roi, Marie Lcczinska se soit rangée plutôt dans le parti du premier ministre. On sait que Fleury eut assez de prudence pour ne pas commencer les hostilités et qu'il eut assez d'adresse pour déjouer les menées de son adversaire. Vers la fin de décembre 1725, le duc de Bourbon, mécontent des critiques que le prélat ne lui ménageait plus, résolut d'éloigner par degrés de toutes les affaires celui dont la surveillance lui était devenue intolérable, et, par son insistance, il décida la reine à attirer le roi chez elle pour le travail qui se faisait habituellement en présence de Fleury. L'ancien précepteur, qui se savait indispensable à Louis XV, au lieu de réclamer bruyamment le maintien de son privilège, employa le procédé qui lui avait déjà réussi lors de la disgrâce du duc de Villeroy et feignit une retraite définitive à Issy. Le roi, dès qu'il apprit le départ de Fleury, s'empressa de l'envoyer chercher, adressa de vifs reproches au duc de Bourbon et ne craignit pas de blâmer la reine elle-même de la part qu'elle avait prise à ce complot.
Le rappel éclatant de l'évoque de Fréjus constituait le plus grave échec pour le premier ministre, et ne devait pas tarder à être suivi de sa disgrâce complète;
maïs, en ce qui concerne Marie Leczinska, les lettres rites de Chambord semblent établir que l'imprudence de la reine n'eut pas de conséquence sérieuse cl ne saurait être considérée comme le point de départ des froideurs de Louis XV. Le 21 janvier 172G, au moment où il vient d'apprendre ce grave incident, Stanislas laisse percer une vive inquiétude : il espère que la cour se calmera bientôt; la reine, que rliacun voudrait avoir de son côté, a besoin, dit-il, de toute sa prudence pour réunir les esprits bien partagés.
Mais, dès le 3 février, il paraît rassuré et tranquillise à son tour le comte du Bourg : tout va bien à Versailles, et sa fille est sur la véritable voie ; il affirme qu'elle saura se conserver l'affection du roi, qui est toujours très vive pour elle. Puis, revenant sur le même sujet, il précise, à la date du 7, la situation de Marie Leczinska vis-à-vis de Louis XV et des deux hommes qui se disputent la faveur royale. Celte lettre témoigne en même temps d'illusions persévérantes sur le compte du duc de Bourbon, que la gratitude profonde de Stanislas et son éloignement de la cour pouvaient seuls expliquer :
La reine, par ce dernier événement, a acquis des lumières pour marcher en toute sûreté et sans blesser,
parmi lanl d'épines, son devoir, son honneur et la jiislirc; une explication qu'elle a eue avec le roi sur tout cela a établi une amitié et une confiance entre eux, qui va, gn\ce au Seigneur! en croissant. Le roi connaît son bon cœur et le désir passionné qu'elle a de suivre ses volontés aveuglément. La reine aime le roi à la fureur et n'a d'autres inquiétudes que celles qu'engenilro un véritable amour, auquel ce prince répond selon l'expérience qu'il peut avoir de cette passion ; et il est bon (lu'il no ciiercbe pas à en acquérir une plus grande. M. le duc â eu l'occasion de voir tout ce que la reine a fait par reconnaissance et par justice pour ce prince, qui, en vérité, par son incomparable caractère, le mérite de tout le genre humain, et M. de Fréjus est, j'espère, désabusé do la fausse prévention que la reine faisait parti avec ses ennemis; il reconnaît qu'il avait grand tort de s'en défier. Je ne vous dis pas pour cela que tout soit calme, et, selon que vous l'appréhendez, le feu couve encore; mais ce qu'il y a de bon est que la reine, par la connaissance que l'on a de la droiture de ses intentions, est en état de l'éteindre peu à peu.
Enfin, le 23 février, il annonce que sa fille paraît avoir su se rapprocher de Fleury, sans manquer aux égards qu'elle doit au duc de Bourbon. Elle est fort bien avec le premier, qui la reconnaît maintenant comme incapable d'autres sentiments que ceux qui mènent au vrai bien; et M. le duc la voit avec plaisir dans cette heureuse siluation qui lui permet
d'espérer la conservation de son propre crédit.
Mais la guerre, une fois déclarée, ne devait se ierminer que par la victoire complète de Fleury.
vant d'obtenir le renvoi de M. le duc et la lettre de cachet qui bientôt exila madame de Prie dans sa
rre de Courbépine*, l'évêque de Fréjus, se faisant l'interprète du sentiment public, signala à Louis XV ' s écarts de plus en plus scandaleux de la marquise ■A les assiduités par lesquelles elle cherchait chaque jour à compromettre davantage sa souveraine. Stanislas, qu'on serait tenté d'accuser d'un défaut de
ns moral, si Tonne savait les raisons qui produi-
ient tant d'aveuglement dans son esprit, ne put
empêcher de compatir à ce qu'il considérait ta tort
mme une injuste persécution :
Madame de Prie, écrit-il le 19 mars 1726, ne pouvant supporter les vexations continuelles, s'éloigne du séjour de la cour, se fixe à Paris, et ne viendra à Versailles que pour faire sa semaine de service comme dame du palais. Cette résolution, en vérité, est estimable et devrait faire penser ses ennemis avec plus de justice. Ce qu'il y a encore de louable en ceci, c'est qu'elle sacrifie le plaisir
1. D'après les mémoires du marquis d'Argenson, très bien ren- [■jyié sur madame de Prie, l'ancienne favorite n'aurait pas tardé lamber dans un profond désespoir et à perdre toute sa beauté. io se serait, dit-on, vers le mois d'octobre lTi7, fait mourir par i • poison.
d'être continuellcmenl auprès de la reine, pour (juc le public se désabuse de la fausse prévenliou où il cominençait d'être concernant ses assiduités auprès d'elle.
C'était là un grave symptôme, et, pour que l'orgueilleusc favorite quitlAt spontanément le séjour de la cour, il fallait qu'elle sentît l'orage bien près d'éclater sur sa tête. La disgrAce du premier ministre se préparait en eiïel dans l'ombre, et le 11 juin 17:20, au moment de rejoindre pour une chasse le roi à nambouillet, il reçut l'avis inallendu de se rendre à Chantilly et de ne pas en sortir jusqu'à nouvel ordre. Toutes les espérances de M. le duc s'écroulèrent ainsi en un instant ! Fleury fit alors annoncer que désormais Louis XV, supprimant les fonctions de principal ministre, régnerait véritablement par lui-même, et prit le titre modeste de ministre d'Élat; mais l'habile et prudentprélat se chargeait en réalité du pouvoir suprême et n'allait pas tarder à joindre à son autorité l'éclat de la pourpre romaine.
Sur le surprenant événement qui vient d'arriver, écrit le 15 juin le roi Stanislas au comte du Dourg, vous me dispenserez de raisonner suivant mon ordinaire avec vous et me permettrez de me réduire à être aujourd'hui simplement nouvelliste, pour vous dire que le roi, sachant combien je serais louche de la disgrâce de M. le
(lue, a eu l'attention de m'envoyer un gentilhomme ordinaire, qui m'a apporté une lettre de M. de Fréjus, écrite par ordre et de la part du roi, par laquelle Sa Majesté m'îipprend les raisons qui l'ont forcée à prendre cette résolution. Vous jugerez combien je suis charmé de cette confiance du roi.
Quant à la lettre qu'en cette circonstance la reine reçut, dit-on, de Louis XV, lui prescrivant de faire tout ce que Fleury lui dirait de la part du roi, il semble difficile d'admettre, après avoir lu la correspondance de Stanislas, qu'elle ait jeté la reine, ainsi que l'ont prétendu quelques historiens, dans le plus profond désespoir. Le jour même du renvoi du duc de Bourbon, et ne pouvant connaître la mesure prise contre lui, Stanislas déclare que l'union de sa lîlle avec le roi devient chaque jour plus intime. Après qu'il a su la disgrâce du premier ministre, dans une lettre du 25 juin, il ne craint pas d'affirmer que la reine s'est conduite dans tout ceci avec honneur, bonté et raison ; son union avec le roi est au degré qu'on peut désirer, et sa confiance avec M. de Fréjus très bien établie. Le 3 juillet, il parle de la grande intimité de la reine avec M. Fleury et les nouveaux ministres et de toutes les attentions qu'ils ont pour elle.
La reine, afin de ne pas affliger son père, devait
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assurément dissimuler une partie des ennuis qu'une situation très eompliquée avait pu lui causer. Toutefois il est permis de supposer que ni le roi ni le successeur du duc de Bourbon ne lui avaient fait un bien séiieux grief de sa reconnaissance pour un prince qui, du fond de l'exil et de l'obscurité, l'avait conduite sur le premier trône de l'Europe.
En tout cas, la confiance de Stanislas ne se (It'incnt pas. Deux semaines plus tard, il se montre parfaitement rassuré sur les bons rapports de sa fille et de Fleury, et s'attache seulement à faire ressortir les avantages des difficultés qui ont signalé les débuts de la reine; il compte aller la voir prochainement :
Au reste, quand la coursera à Fontainebleau, je crois que je m'y rendrai. En attendant, j'envoie lé comte de Tarlo pour lier d'autant plus l'intimité qui r^pjne déjà entre la reine et M. de Fréjus, et que, quand j'irai, je n'aie que le plaisir de recueillir les fruits qu'elle produira pour sa satisfaction. Vous avouerez (pi'clle a été dans un bon noviciat la première annéo-de son mariage; je n'en suis pas fâché : cela lui a servi de bonne leçon.
Le voyage de la cour fut retardé par une indisposition du roi et par une maladie assez grave que prit la reine en le soignant. Dès que celle-ci fut tout à fait remise, Louis XV se rendit à Fontainebleau, où elle le rejoignit bientôt; Stanislas et la reine de
Pologne furent alors invités à venir dans le voisinage, au château de Ravannes; ils y arrivèrent au milieu d'octobre, et Stanislas, dès le 19, se dérobant à mille embarras, écrit au maréchal qu'il est fort satisfait de son petit séjour; il vient d'avoir une longue conférence avec le nouveau cardinal « où ils se sont bien expliqués sur le passé et ont pris de bonnes et ?iires mesures pour l'avenir » ; la reine est ellemême dans une grande disposition « de faire bon usage du noviciat qu'elle a passé ».
Et le 5 décembre 1826, de retour à Chambord, il ne peut s'empêcher de confier au comte du Bourg que la reine est dans la joie de son cœur des gracieusetés que le roi lui fait tant en public qu'en particulier.
Les malentendus que la rivalité du duc de Bourbon et de l'ancien évêquedeFréjus avaient produits dans les premiers mois du mariage semblaient dissipés; Marie Leczinska était bien traitée par Louis XV, et il ne paraissait plus subsister aucune prévention dans l'esprit de Fleury sur les intentions toujours loyales de la reine.
Stanislas semblait donc tranquillisé sur ces deux points importants. Mais ses lettres au maréchal du Bourg portent à chaque page la trace d'une préoccupation d'un autre genre qui avait commencé dès tes
:{()t I.I-. MA m A t. 1 h'I \ l; 1)1
preinlors mois du maria<;<' et, de]iuis lors, assi('j,M';iii son esprit : le dôsir de voir sa lllle assurer la succcs- .sion du trône, en donnant le jour à un (ils, ne faisait que fToUre, à mesure que le temps s'écoulait.
Deux fois déjà Marie Leczinska avait éprouvé des symptômes de grossesse ; mais deux fois aussi, en mal et en novembre 1726, ses espérances avaient été déçues; elle était enfin sur le point d'ôtrc mère, et le roi de Pologne se complaisait à énumérertous les signes d'une prochaine délivrance; dés le 15 mai 1727, il avait écrit au comte du Bourg, qui attendait impatiemment comme lui la naissance d'un prince : « Voilà bientôt quinze jours que notre petit dauphin fait des petites cabrioles! » Le 14 août suivant, la déception de Stanislas fut extrême, lorsqu'il apprit que la reine venait d'accoucher de deux princesses. Le 17, il fit part de son désappointement au maréchal; les égards que LouisXYmanifestapour la reine en cette circonstance apportèrent seuls quelque consolation au chagrin de Stanislas :
Vous saurez, avant que de recevoir celle-ci, l'iicufeuse délivrance de la reine. Je n'ai qu'à ajouter ce que j'ai appris par un gentilhomme ordinaire du roi, qui est ici, et par le comte de Tessé, qui m'en a apporte la nouvelle, à savoir que la reine, grâce au Seigneur! est aussi bien qu'on peut le désirer; que lesdeux princesses sontvenues
à terme, puisqu'elles ont des ongles et des cheveux, et qu'elles se portent bien ; que le roi a fait merveille dans cette occasion, témoignant une grande tendresse à la reine; qu'il est très content de se voir père de deux enfants; que tout le monde juge d'une grande fécondité de la reine après cette première épreuve; ainsi, qu'il faut espérer dans la grâce du Seigneur qu'après le chemin >i bien frayé, viendra celui que nous attendons.
Le 21 du même mois, Stanislas écrit encore à son ami pour lui confier tous les sujets de sa joie, « ne pouvant mieux les reposer, dit-il, qu'au fond de votre bon cœur ». La reine, avec ses deux poupées, se porte à merveille, le roi témoigne une grande tendresse à la jeune mère ainsi qu'à Mesdames ses filles: toute la France, contente de la fécondité de sa souveraine, compte plus que jamais sur un dauphin!
11 put constater bientôt par lui-même, en se rendant près de sa fille à Versailles, qu'elle se trouvait en très bonne santé, < aussi bien que les deux petites Mesdames, qui sont très formées et se nourrissent à merveille ».
Au mois de juillet 1728, la reine mit au monde une troisième fille, et Stanislas prit encore la plume pour faire part à son ami de cette nouvelle déception : >i Dieu rende nos espérances assurées pour l'avenir; adorons sa sainte volonté! » Ce qui le con-
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solo infiniirifinl, c'est le rôle que le roi a jou«' à cet événement, « (riin l)nn mari «pii no peid pa? rourage i.
La reine correspondait fréquemnient aussi avee li; maréchal, et, dans une lettre de décembre 1 728, conservée soigneusement par le comte du Bourg, elle fait elle-même allusion à son ardent désir de donner un dauphin à la France. Parlant d'abord de la récente indisposition du roi, elle raconte la grande joie qu'elle a éprouvée de le voir rétabli : « Car, mon cher maréchal, confie-t-elle à ce vieil ami, on n'a jamais aimé comme je l'aime : il est bien agréable de se l'aire un plaisir de son devoir. » Puis elle ajoute discrètement : « La personne que vous savez s'est encore trouvée mal l'autre jour; si Dieu me fait la grAce d'être bientôt dans l'état où je souhaite toujours d'être, je serai la première à vous le mander; j'espère que Dieu exaucera les vœux de nos bons sujets pour moi. Je mourrai contente, si je leur laisse cette consolation. »
Les souhaits de la famille royale et de la France furent enfin réalisés, et le dauphin, qui devait être père de Louis XVI, naquit le 4 septembre 1729. Écoutons Stanislas dans ces premiers instants :
Sans attendre, mon cher comte, votre compliment, je vous en fais le mien, persuadé que votre satisfaction
^galo la mienne sur le comble de notre commune joie, laquelle j'aurais partagée avec vous, au moment qu'elle m'a été annoncée, si une chienne de fièvre, venue très mal à propos, ne m'eùl empêché d'écrire. Il me semble que je suis dans votre cœur et que j'y contemple tous les plis et replis qui l'agitent, par tous les mouvements les plus vifs de la joie parfaite. N'êtes-vous pas tenté de venir rendre visite au dauphin, ou plutôt votre santé vous pourrait-elle le permettre? Quelle satisfaction seraitce pour moi! Vous savez plus tôt que d'ici toutes les circonstances heureuses qui accompagnent notre bonheur, la santé de la reine et celle de son précieux enfant, le contentement du roi et la joie de toute la France, au delà de toute expression.
Quelques jours après, il raconte que le bonheur a coupé sa fièvre. Il était au plus fort d'un accès, quand il apprit la naissance du dauphin; mais à l'instant la fièvre l'a quitté et n'est point revenue. « C'est un bon quinquina, ajoute-t-il, ou plutôt un remède universel. »
La suite de la correspondance nous apprend qu'en octobre 1729 Stanislas passa quelque temps àTrianonpourjouir delavue dujeuneprince.il fait part au maréchal de toute la satisfaction que lui donnent la bonne constitution du dauphin, le rétablissement de la reine « et enfin tout le reste qui peut mettre du baume dans le sang >.
a08 LK MAIllAGE D'UN ROI.
Mais bientôt un seul petit-fils ne suffit pas î\ Stanislas, qui so prend à souhaiter la naissance d'un second piincc, et, le 0 février 17,10, il confie au maréchal que, par la grâce de Dieu, sa bonne maîtresse est en état de lui faire espérer « un duc d'Anjou ». Celui-ci ne se fit pas attendre aussi longtemps que son aîné, et, le 30 août de la même année, les vœux de Stanislas furent comblés. Il s'empressa d'aller à Versailles pour contempler à son tour le duc d'Anjou, cl eut le bonheur d'annoncer au maréchal que la reine et toute sa charmante petite famille se portaient à merveille.
Marie Leczinska se trouvait alors au plus heureux moment de sa vie : elle se croyait encore sûre de l'alTection du roi, et pouvait présenter à l'admirai ion des Français le spectacle de trois princesses et de deux princes.
Stanislas continua huit ans encore à correspondre avec le comte du Bourg; mais, à partir de la naissance du duc d'Anjou, ses lettres deviennent beaucoup plus sobres de détails intimes. En avril 173!2, il annonce sans commentaire à son vieil ami la naissance d'une princesse, qui devait être connue dans la suite sous le nom de Madame Adélaïde; puis un an plus tard, il lui fait part d'une douloureuse nouvelle : le duc d'Anjou vient de
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mourir à peine âgé de deux ans! A ce moment, Stanislas était très occupé par les graves événements qui se préparaient en Pologne : son rival, le roi Auguste, avait succombé quelques mois auparavant, et les nombreux amis du souverain détrôné désiraient son retour : < La mort de M. le duc d'Anjou,
lit-il, survenue dans toutes mes agitations de la présente conjoncture, m'a accablé au point que je ne saurais vous exprimer. »
Bientôt il dut obéir à l'appel de ses partisans et aux vœux ardents de la cour et de l'armée, qui, désireuses de voir la guerre s'engager, l'encoura-
lient à partir; le cardinal promit lui-même 1 appui de la France, et Stanislas se mit en route pour la Pologne. Il était alors plein de confiance : « Mes nouvelles, Dieu merci ! de Pologne sont toujours bonnes, et je crois que mes ennemis mettront de l'eau dans leur vin, quand ils sauront le bon état où on se met pour abat Ire leur caquet. » Malheureusement les secours de la France furent insuffisants, et Stanislas, quoique réélu par les Polonais, dut quitter Varsovie devant les soldats de la Russie. 11 se réfugia d'abord à Dantzick, d'où, après un long siège, il put heureusement sortir; puis en Prusse, où il dut attendre la signature des préliminaires de ^a paix, qui lui accordèrent, sa vie durant, la souve-
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laincté de la Lorraine, moyennant une renonciation complète à ses droits sur la couronne de Pologne. Ses lettres de Dantzick et de Kœnigsberg ne contiennent aucun détail qui rentre dans noire sujet. A son retour, il se fixa provisoirement à Mcudon, et les lettres écrites à celte époque ont surtout trait aux préparatifs de sa prochaine installation dans le duché de Lorraine. Stanislas s'établit à Lunéville dans le courant de 1737 et de cette ville, le 23 juillet, il annonça encore au maréchal la naissance d'une princesse; c'était le dixième et dernier enfant de la reine : on l'appela Madame Louise ; elle fut dans la suite religieuse carmélite et mérita par ses vertus d'être déclarée vénérable. A ce moment Stanislas, comme beaucoup de Français, ne perdait pas encore l'espérance que Dieu donnerait à la reine la consolalion de voir un second duc d'Anjou : « Reprenons courage, écrivait-il, pour nous fortifier dans la patience et dans la confiance au Seigneur I » Et il ajoutait : « On m'a mandé un bon mot de M. le dauphin, qui a dit : « QuVt-on à faire d'un duc d'Anjou 7 Je me porte à merveille ! » Ce passage est le dernier qui, dans la correspondance de Stanislas, ait trait à Marie Leczinska.
Le lecteur s'étonnera sans doute que le roi de l'ologne, après avoir tenu pendant cinq ans le comte du Bourg au courant des sentiments de Louis XV pour la reine, reste, à partir de 1730, absolument silencieux sur un sujet qui devait cependant intéresser vivement le maréchal; c'est à peine si, dans une lettre du 15 juillet 1731, nous trouvons une discrète allusion « au plaisir que se fait le roi de cacher ses voyages à sa cour ». Stanislas voulait éviter de très pénibles confidences : en effet, à la familiarité et à la confiance des premiers temps avaient peu à peu I iccédé chez le roi l'inégalité d'humeur, les accès de :Mjmbre tristesse et une froideur croissante pour la reine, prélude des infidélités conjugales qui allaient bientôt commencer et qui, dissimulées d'abord avec
Zli LE BIARIAGE D'UN ROI.
quelque précaution, ne tardèrent pas à prcndru les proportions les plus scandaleuses.
Lesobservateurs curieux delà conduite de Louis XV ne manquaient pas à la cour : l'un d'eux, précisant l'année et le jour, rapj)orte que, le 24 janvier 1732, étant en orgie à la Muette, il porta la santé d'une inconnue et, après avoir bu, cassa son verre, invitant les convives à imiter son exemple. Quand Stanislas revint de sa campagne en Pologne, au milieu de l'année 173G, le roi avait mis de côté toute pudeur, et la marquise de Mailly, dame du palais de Marie Leczinska, l'une des filles de la comtesse du môme nom qui avait rempli quelques années les fonctions de daiTic d'atours, était, depuis un an, maîtresse déclarée. Une fois entraîné sur une pente que rendaient plus dangereuse encore pour lui sa mollesse et des instincts assez grossiers, Louis XV ne sut mettre aucun frein à ses passions : on sait que la place de madame de Mailly fut successivement prise par trois de ses sœurs : mesdames de Vintimille, de Lauraguais et de la Tournelle ; la cinquième fille du comte de Mailly, madame de Flavacourt, ne dut qu'à sa vertu et à sa fidèle amitié pour la reine de résister aux avances qui lui furent faites; puis, quand madame de la Tournelle, devenue duchesse de Gliâteauroux, et qui du moins eut le mérite de réveiller
LE MARIAGE D'tJN RÔt H^
un instant l'indolence du roi et de le placer à la tète de ses armées, eut été enlevée par une maladie foudroyante, le monarque et la France avec lui tombèrent pour plus du vingt ans sous le joug honteux de madame de Pompadour. Enfin, après la mort de Marie Leczinska, le roi descendit plus bas encore, et, en choisissant madame du Barry, ne craignit pas de mettre la cour aux pieds d'une courtisane.
On serait tenté d'une sévéï'ité sans mesure poUr des désordres aussi honteux, si l'on ne se rappelait les conditions malheureuses où Louis XV fut placé : orphelin au berceau, souverain à cinq ans, élevé par des hommes qui cherchèrent plutôt à s'assurer sur son esprit une durable influence qu'à former son caractère et ses mœurs, entouré d'une cour qui, après l'austérité un peu factice des dernières années de Louis XIV, s'était livrée sous la Régence à toutes les débauches, marié très jeune et en quelque sorte sans son agrément à une princesse plus âgée que lui, il fut en outre exposé à des séductions presque irrésistibles : le plus corrompu et le plus corrupteur de ses courtisans, le duc de Richelieu, fut, dit-on, obligé pour étouffer les derniers scrupules du roi, que retenait encore le frein de la religion, de l'entraîner aux excès de table, et choisit madame de Mailly comme
capable de n'effaroucher ni par trop de hardiesse ni
311 LE MARIAGE D'UN IlOI.
l»ar tioi) de réserve un prince encore limidc. Louis XV — il faut aussi lui en tenir compte — rougissait au fond du cœur du spectacle qu'il donnait à son royaume. Un journal fort curieux de sa maladie à Metz nous apprend qu'au plus fort du danger et malgré sa terreur de la mort, il déclara ne pas souhaiter de revenir à la santé, reconnaissant avoir mal gouverné ses peuples et appréhendant de ne pouvoir mieux faire dans la suite *.
Les infidélités du roi causèrent toujours une profonde douleur à Marie Lcczinska; mais les premiers temps de son abandon lui furent d'autant plus pénibles qu'elle avait comblé de bontés madame de Mailly et ses sœurs; elle se sentait révoltée de leur ingratitude. Néanmoins elle sut toujours dissimuler son chagrin et montrer vis-à-
1. Fénelon, qui n'avait si bien réussi dans l'éducation du duc de Bourgogne que parce qu'il connaissait tous les dangers do la royauté, écrivait au duc de Bcauvillicrs, le i6 août 1G97, qu'il avait la veille, jour de saint Louis, beaucoup prie pour Louis XiV : « Je le regardai comme un objet digne des grAccs de Dieu. Je me rappelais son éducation sans instruction solide, les flatteries qui l'ont obsédé, les pièges qu'on lui a tendus pour exciterdans sa jeunesse toutes ses passions, les conseils profanes qu'on lui a donnés. J'avoue qu'à la vue de ces choses, nonobstant le respect qui lui est dû, j'avais une forte compassion pour une ùme si exposée. Je le trouvais bien à plaindre, et jo lui souhaitais une plus abondante miséricorde pour le soutenir dans une si redoutable prospérité. • Ces paroles ne s'appliqucraient-elles pas mieux encore à l'arrièropctit-llls du grand roi ?
LE MARIAGE D'UN ROI. 3l5
vis de Louis XV et de ses maîtresses une dignité pleine de douceur; quelques écrivains lui ont même reproché d'avoir répondu par trop d'indulgence aux égards que lui témoigna par la suite madame de Pompadour.
Tandis que le roi recherchait de plus en plus la vie retirée, envahi par l'ennui et s'isolant dans ses plaisirs, la reine faisait de son existence un noble usage et se montrait digne du haut rang où l'avait appelée la Providence. Les Mémoires du duc de Luynes, qui vécut longtemps ainsi que sa famille dans l'inlimité de Marie Leczinska, contiennent sur ce point d'intéressants détails. Dès les premiers temps après son mariage et par reconnaissance du grand bienfait qu'elle avait reçu de Dieu, elle s'était consacrée à un immense ministère de bienfaisance, qu elle ne négligea jamais. Les soucis de la charité et les pratiques d'une piété fervente ne l'empêchaient pas, d'ailleurs, de remplir tous ses devoirs d'épouse, de mère et de reine. Chaque matin, quand Louis XV n'était pas dans ses châteaux particuliers, elle se rendait au petit-lever du rof, et, le soir, quand il y avait grand couvert, ne manquait pas de souper avec lui. En outre, par respect du passé et pour maintenir des traditions que Louis XV négligeait trop volontiers, elle s'astreignait tous les jours à
sir. liL MARIAGE li'CN UOI.
dîner en public cl ;\ se montrer plusieurs fois à In cour. Les seules distractions de la reine iHaienl la société de ses enfants, qui la chérissaient et s'clTorçaienl de la consoler de son isolement, et celle d'un petit cercle d'amis fidèles, presque tousfçens d'esprit et qu'elle appelait « ses honnêtes gens i. Son chevalier d'honneur, le spirituel marquis dcNangis, son surintendant, le président llénaull, le comte d'Argenson, mesdames de Luynes, de Villarscl de Chevreuse, Fontenelle, Moncrif, de Tressan, en faisaient partie. La conversation et quelques lectures constituaient le charme principal de ces réunions, d'où Marie Leczinska savait bannir la médisance et tout ce qui touchait aux intrigues de cour et à la politique. Elle brillait elle-même parles réparties les plus aimables : c ïhémire a beaucoup d'esprit, écrit de la reine madame du Deffand dans un portrait alléj^orique souvent cité; elle sait accorder les choses agréables et les choses solides; ses vertus ont pour ainsi dire le germe et la pointe des passions; son discernement lui fait démêler tous les travers et sentir tous les ridicules; sa bonté, sa charité les lui font supporter sans impatience et lui permettent rarement d'en rire. » La reine visitait quelquefois le duc d'Orléans, qui, devenu veuf après deux ans d'un mariage très heureux, s'était retiré au couvent de
Sainte-Geneviève et y menait une existence d'études et de bonnes œuvres; faisant un jour allusion au projet autrefois mis en avant par le comte d'Argeoson, elle disait à celui-ci : « Je regrette de n'avoir pas été duchesse d'Orléans; nous mènerions une vie délicieuse: tandis que mon mari serait à Sainte-Geneviève, je serais aux Carmélites. »
La vie de Marie Leczinska ne fut pas seulement troublée par des peines qu'elle s'efforçait noblement de tenir secrètes : après avoir vu mourir le duc d'Anjou et plusieurs de ses sœurs, la reine éprouva, vers la fin de sa vie, la douleur suprême de fermer les yeux au dauphin, puis à la dauphine, enlevés coup sur coup à sa tendresse dans la force de l'âge ; elle perdit enfin le roi Stanislas à la suite de longues et terribles souffrances \ La pauvre reine touchait à sa soixante-cinquième année et avait régné près de quarante-trois ans, lorsqu'elle rendit elle-même le dernier soupir. Aux médecins qui, pendant son agonie, s'épuisaient à chercher des remèdes pour la soulager, on l'entendit répondre tristement : € Rendezmoi mes enfants, et vous me guérirez! » Lorsque, le 24 juin 17C8, elle cessa de souffrir, la voix popu-
1. Stanislas Leczinski étant an jour seul et s'étant endormi près de sa cheminée, le feu prit à ses vêtements; il fut affreusement brûlé, mais vécut encore dix-huit jours. Il avait alors quatre-vingtquatre ans et avait gouverné vingt-huit ans la Lorraine.
laire, qui depuis longtemps s*élail désliabiluée de donner à Louis XV le surnom de hien-aiméf se plaisait à la designer par le titre nom moins louchant et très mérité de bonne reine. La France, humiliée dans la guerre et déchue du premier rang qu'elle avait si fièrement occupé sous le règne précédent, la pleura sincèrement. Elle ne pouvait oublier qu'elle devait à Marie Leczinska la Lorraine. La princesse que Louis XV avait épousée obscure et indigente sc trouvait en elTet lui avoir procuré une dot comparable à celle qu'Éléonorc de Guyenne et Anne de Bretagne apportèrent à leurs époux et une acquisition qu'avait inutilement ambilionnée Louis XIV luimême au milieu de ses triomphes.