‹ Le mariage d'un roi, 1721-1725Chapitre 30 sur 34 · FIN · texte numérisé non relu

FIN

La correspondance de Stanislas avec le comte du Bourg est trop volumineuse pour qu'on puisse la publier ici; la partie la plus importante en a d'ailleurs été donnée par extraits dans les pages qui précèdent. Mais le maréchal entretenait aussi avec Marie Leczinska, du moins à partir du jour où elle quitta l'Alsace, des relations épislolaires assez fréquentes : les lettres delà reine sont beaucoup moins nombreuses, et, sauf quelques-unes que l'on peut sans inconvénient supprimer, semblent de nature à figurer à la suite de ce travail. Elles intéresseront, pensons-nous, le lecteur, en lui montrant les rapports pleins d'affection et de simplicité qui existaient entre le commandant de Strasbourg et sa royale amie, et la reconnaissance fidèle de la reine et de

son père pour celui qui avait été l'appui de leurs mauvais jours.

Le style de Marie Leczinska, quelquefois légèrement incorrect, est toujours ]»lein de naturel et de bonne jjrAcc; il laisse souvent éclater les nobles qualités de la reine. On voit que celle-ci mettait en pratique, lorsqu'elle tenait la plume, deux axiomes qui revenaient fréquemment sur ses lèvres : Le vrai est simple; on ne dit jamais mieux que quand on dit vrai.

L'original de ces lettres se trouve à la bibliothèque de l'Arsenal, dans un volume spécial de la collection du Bourg; on les reconnaît du reste facilement au cachet armorié, tenu par un fil de soie, dont elles sont toutes scellées, et à l'écriture grande, mal formée, et parfois difficile à déchiffrer de la reine. Presque toutes étant dépourvues de dates, nous avons dû nous efforcer de les classer d'après l'ordre chronologique des faits auxquels elles font allusion.

APPENDICE. 3il

LETTRES DE LA REINE MARIE LECZINSRA AU COMTE Di: BOURG

1. Je profite, mon cher maréchal, de l'occasion qui se présente par M. de Ilarlay*, pour vous gronder en premier lieu de votre peu d'exactitude à me donner (le vos nouvelles, comme si vous doutiez du plaisir qu'elles me font, et puis pour vous dire que nos espérances se confirment de jour en jour -.

Adieu, mon cher maréchal, comptez toujours sur mon amitié pour vous,

MARIE

Faites-moi le plaisir de dire au porteur de ma lettre que je ferai tout ce qui dépendra de moi au monde pour lui. J'emhrasse ma chère d'Andlau et suis bien fâchée de n'avoir pu mieux faire pour son fils^

1. M. de Harlay, conseiller d'État, intendant de justice, police et finances d'Alsace, était fils du premier président Achille de Harlay.

t. Avant de donner le jour à ses deux premiers enfants, les princesses Louise-Elisabeth et Anne-Henriette, nées l'une et l'autre le Il août 1727, la reine fit, en mai et en novembre 1726, deux couches iiallieurenscs.

3. Madame d'Andlau avait trois fils : le comte, l'abbé et le chevalier.

8ât APPENDICE.

2. J'ai reçu, mon cher maréchal, vos deux lettres avec ma sensibilité ordinaire sur tout oe qui me vient de votre part, et c'est tout dire. J'avance, Dieu merci! fort heureusement, même sans d'extrômes incommodités, auxquelles on est assujetti dans ces élats-là; j'espère, du moins, qu'à l'arrivée de ce que nous attendons, je vous verrai ici, et vous y serez le très bienvenu.

Je suis obligée en conscience de rendre justice à l'amitié qu'a M. le cardinal * pour vous, quoique cela vous soit dû de tout le monde. Je vous avoue que j'en ressens bien de la satisfaction; vous pouvez compter, mon cher maréchal, sur celle que j'aurai toute ma vie pour vous,

MARIE

Ce 19 d'avril.

J'embrasse la pelite d'Andlau *. Assurez-la du plaisir que j'aurai à lui donner des preuves des senlimenls que vous me connaissez pour elle.

3. Je ne saurais, mon cher maréchal, laisser partir Merque sans ce petit passe-port, qui est, mon cher

1. Le cardinal Flcury, depuis quelques mois principal ministre.

2. Le comte Léonor d'Andlau, frère du chevalier et de l'abbé, avait épousé mademoiselle de Polastron ; le père de celle-ci fui plus tard nommé sous-gouverneur du daupliin; elle-même fut choisie par la reine comme dame pour avoir l'honneur de suivre madame Henriette, sa deuxième flUe.

maréchal, pour vous dire que je me porte, Dieu merci I bien, après avoir été assez malade depuis ma couche. J'espère que celle de Tannée qui vient sera plus heureuse de toute façon*.

Mandez-moi, mou cher maréchal, des nouvelles de votre santé. Vous ne douiez pas de l'intérêt que j'y prends, comme votre bonne maîtresse et encore plus comme votre parfaite amie,

MARIE

Ce 26.

Assurez madame d'Andlau de mon souvenir.

A. L'état où je suis, mon cher maréchal, rempli d'incommodités, m'a empêchée de vous écrire par M. d'Andlau; vous n'avez nul remerciement à me faire pour lui, car vous connaissez le bon cœur du roi mon père, qui vous est garant qu'il ne manquera pas une occasion de lui faire plaisir. Je n'en néglige aucune pour lui faire avoir un régiment. Je vous envoie votre ami Nangis', non sans regret,

1 . En 1728, la reine mit au monde une troisième ûlle, la princesse Louise-Marie.

i. Le marquis de Nangis, chevalier d'honneur de la reine et qui devint maréchal de France en 17-41, fut envoyé plusieurs années de Suite, sous les ordres du comte du Bourg, à l'armée du Rhin. Il avait hcaucoup d'esprit et de gaieté ; c'est lui qui dit un jour en parlant des mendiants qui assiégeaient le carrosse de la reine et que les gardes voulaient écarter malgré elle : Laisse* donc passer le régitnentde la reine!

iU APPENDICE.

je vous Tavoue, mais avec grand plaisir de sa part de vous voir. Vous parlerez un peu, j'espère, de moi, cl il rendra justice de mon ainilii' ^^inerro pour vous, qui durera loute ma vie.

Cti 30 mai.

T). J'ai re^'u, mon cher marcclial, vos deux lettres; j'ai môme montré la dernière à M. le cardinal, de qui l'amitié pour vous augmenterait, s'il se pouvait, pour le zèle avec lequel vous l'avez écrite ; pour moi, en mon particulier, j'en suis très touchée et ne doute nullement que vous n'ayez partage ma terrible inquiétude de la maladie du roi et la grande joie que m'a causée le rétablissement de sa santé, car, mon cher maréchal, on n'a jamais aimé comme je l'aime; il est bien agréable de se faire un plaisir de son devoir. La personne que vous savez s'est encore trouvée mal l'autre jour. Si Dieu me fait la gr.\ce d'être bientôt dans l'état où je souhaite toujours d'être, je serai la première à vous le mander. J'espère que Dieu exaucera les vœux de nos bons sujets pour moi. Je mourrai contente, si je leur laisse celte consolation '.

Si je ne vous ai pas rendu réponse plus tùt, mon cher maréchal, ce n'est en vérité pas manque d'amitié, car elle sera toujours la même pour vous.

MAUIK.

Ce 3 décembre.

1. Le i septcmbro lli'J, Marie Leczinska donua enfin ù la Fraucc le dauphin si imputicmmciilaUciidu.

Assurez madame d'Andlau de mon souvenir.

6. Je ne doule nullement, mon cher maréchal, de la sincérité des vœux que vous faites pour moi. Je puis vous assurer aussi que cette année, comme celles de toute ma vie, je penserai pour vous avec la meilleure amitié.

Ce 2 janvier.

Mandez-moi de vos nouvelles et si madame d'Andlau est grosse; dites-lui que je lui souhaite un peu de ma fécondité *.

7. Vos intérêts me tiennent trop à cœur, mon cher maréchal, pour ne vous le pas témoigner en chaque occasion. Que ceci soit, je vous prie, entre nous deux : le maréchal d'Uxelies s'est trouvé très mal hier au Conseil; quoique aujourd'hui cela aille mieux, cependant j'en ai profité pour parler à M. le cardinal du gouvernement d'Alsace. 11 m'a répondu à cela qu'il avait trop d'amitié pour vous, pour vous oublier. Jugez si cela m'a fait plaisir! Que personne ne sache rien de cela, je vous prie.

Faites bien des compliments à la petite femme de ma part et lui marquez la joie que j'ai du mariage de

1. Au moment où la reine adressait ce vœu à la belIe-fîUe de madame d'Andlau, elle avait en effet déjà trois filles et on fils.

li-li} APPENDICE.

sa fille. Au reste, mon cher ami, j'espère que vous ne vous tiédirez point de ce litre, soyez persuadé de la parfaite amitié qu'a pour vous votre bonne cousine,

UARIE.

Ce 25 de février, à Versailles.

X. Vous croyez bien, mon cher maréchal, que je ne m'endors point, quand il s'agit d'un ami tel que vous ; depuis que le maréchal d'Uxelles est malade, j'ai parlé tous les jours pour vous à M. le cardinal, qui m'a promis de se souvenir de vous, en vous rendant justice*. Je vous prie de ne dire à personne que je vous ai écrit sur cela. Ce qu'il y a de certain est que je ferai tout ce qu'il me sera au monde possible pour cela, et vous pouvez ne m'en point avoir d'obligation, car je crois que, si cela est comme je l'espère, ma satisfaction sera plus grande que la vôtre, rien au monde ne me tenant plus à cœur. Je vous conseille cependant, en bonne amie, d'écrire un petit mol sur cela à M. le cardinal, et qu'il ne paraisse pas que cela \ientde moi. Je suis persuadée qu'un petit mot de vous lui fera plaisir. Adieu, mon cher maréchal, comptez toujours sur moi.

Ce 20.

Me voilà encore grosse et en très bonne santé. Écrivez-moi plus souvent; j'embrasse madame d'Andlau.

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