te maréchal du Bourg fut, par provision du 11 avril
0. Je VOUS dois quatre réponses pour le moins, mon cher maréchal, que je renfermerai dans un seul mol, qui est celui de mon amitié pour vous; elle est toujours la même, quoique témoignée rarement. Je voudrais en trouver de bonnes occasions; car mon cœur n'est point aussi paresseux que ma main.
Je suis bien touchée de ce que vous me dites sur les inquiétudes que j'ai eues sur mon fils; elles ont été grandes. Il n'a pas besoin d'être joli pour être précieux; mais je ne puis m'empêcher de vous dire que Dieu, en nous le donnant, ne nous laisse rien à désirer pour lui que lui demander sa conservation. Je ferai faire son portrait, que je vous enverrai par ^'angis.
J'espère, mon cher maréchal, que nous aurons le régiment ' ; le roi mon père vient d'écrire une seconde fois. Je vous fais mon compliment sur la grossesse de madame d'Andlau. Tout ce qui vous fait plaisir m'en fait beaucoup, je vous assure. On m'a dit que vous aviez eu la goutte, j'en suis en peine; mandezmoi de vos nouvelles, mon cher maréchal, et comptez sur moi pour toute ma vie.
Ce 14.
Le marquis brûle de vous aller voir.
nommé gouverneur général de l'Alsace, en remplacement du maréchal d'Uxelles.
1. Le comte d'Andlau fut cette année même fait capitaine au régiment Royal-Pologne. En 1748, il devint lieutenant général des armées du roi.
10. J'ai reçu, mon cher maréchal, pour la première fois de ma vie avec douleur votre lettre, ne pouvant ahsolunient l'aire ce que m'ordonne le roi mon père, qui, n'ayant pas su que j'avais promis el même obtenu déjà le bâton d'exempt' que vous demandez pour le chevalier d'AndIau, a été bien aise de trouver une occasion de vous faire plaisir. Mais, mon cher maréchal, je suis au désespoir de ne pas suivre en cela mon penchant; mais, esclave de ma parole, attaché comme vous m'êtes, Je suis sûre que vous seriez le premier à me blâmer, si j'étais capable d'en manquer, d'autant mieux que la chose n'est pas irréparable. M. le duc de Villeroy ne me la refusera point, et je crois qu'il est égal qu'il soit dans une compagnie ou dans une autre. Expliquez bien tout cela à madame d'Andlau, qu'il faut une raison aussi forte pour moi que celle-là pour ne pas faire ce qu'elle exige de moi et que ce n'est point parce que je suis plus portée pour un autre. Pour vous, mon cher maréchal, je suis persuadée que vous rendrez justice à l'amitié, je puis même dire la plus tendre, qu'a pour vous votre maltresse et votre fidèle amie,
MARIE
Ce 24.
11. Ah! vous me pardonnez, mon cher maréchal, de ne vous avoir pas répondu? Pour moi, je ne me le pardonne pas. De quoi je puis vous assurer, c'est que ce
1. L'exempt commandait en l'absence du capitaine et portait un petit bùtou d'ébène garni d'ivoire.
APPENDICE. 3iy
n'est pas du tout diminution d'amitié; mais j'ai été assez incommodée, puis j'ai fait des voyages à Paris; tout cela a fait que je ne pouvais vous dire que je pensais à vous, puisqu'il me serait impossible de vous oublier. Je vous suis bien obligée, mon cher maréchal, des gants que vous m'avez envoyés, je les trouve charnianls. Mandez-moi des nouvelles de votre chère santé; personne ne s'y intéresse plus vivement que moi, étant, mon cher maréchal, de cœur à vous,
MARIE
Ce 6 décembre, à Versailles,
Serait-il possible, mon cher maréchal, que vous ne viendrez jamais voir mes enfants *? Car, pour la mère, elle n'a pu encore l'obtenir! Assurez madame d'Andlau que je me souviens toujours d'elle.
12. Vous ne doutez point, mon cher maréchal, de la part sincère que je prends à la perte que vous venez de faire '. Je prie Dieu de vous consoler de tout mon
1. La reine était accouchée le 30 août 1730 d'un second fils, le duc d'Anjou, qui ne tarda pas à lui être enlevé.
i. Le maréchal eut la douleur de perdie son fils unique au mois d'aoijt 1731. Le roi Stanislas, qui était à ce nroment au château de Ménars, s'empressa lui-même d'écrire à son vieil ami : « Je reçois dans ce momenl, mon cher comte, une lettre de mon chevalier qui m'apprend l'événement qui vous afflige; la douleur est trop juste pour espérer que tout ce qu'on vous en dise la puisse soulager. Aussi je me tourne vers Dieu, pour implorer son secours, qui
:t;jD Ai'rKNDici;.
cœur, c'est lui seul qui le peut. Tout ce que je puis vous dire dans cette triste occasion, c'est de vous souvenir que vous avez des amis dans le monde pour qui il faut vous conserver et une maîtresse, qui est du nombre, qui s'y intéresse plus vivement que personne, et sur l'amitié de laquelle vous devez compter toujours.
Ce l'J.
13. Je rorois vos excuses, mon cher man'clial, d'un côté et point d'un autre; car je puis vous assurer que je vous aurais gardé le secret, si vous m'aviez mandé quelque chose de vos desseins avant l'exécution'. Il était juste que vous en demamlassicz la permission au roi; au moins, vous m'auriez fait plaisir; mais n'en parlons plus; car la réflexion encore me fait de la peine, et je ne puis vous le nier. Que ceci soit entre nous, je vous prie!
Il est temps de vous consoler un peu, en vous assu-
seul peut vous soutenir dans l'accablement où vous jette une perte aussi irréparable que celle-ci, et c'est aussi dans votre seule résignation, (juc je vous connais aux volontés du Seigneur, que j'ai de la confiance qu'elle sera plus forte que tout ce qui pourrait altérer votre chère santé. J'en suis dans des inquiétudes inexprimables, jus(|u'à ce que j'apprenne qu'avec le secours de la religion et de votre fermeté, vous surmontez un malheur si sensible, qui ne l'est pas moins à celui qui, attaché à votre nom autant qu'à votre personne, est de tout son cneur, etc. »
1. Le maiéchal claii veuf depuis longtemps; en octobre 1731, il épousa madame d'Andlau, qui avait perdu son mari en janvier 1730. La reine éprouva un certain mécontenlement de n'avoir pas été à l'avance prévenue de ce mariage.
raiit que, quoique j'y aie été sensible et que j'en aie été touchée, cela ne m'a point fait d'autre impression et n'a pas diminué mon amitié pour vous'. J'embrasse madame la maréchale.
Ce 8 novembre 1731.
U. Ce n'est pas, je vous assure, aucune rancune, mon cher maréchal, qui m'a empêchée de vous faire réponse, mais les incommodités que me cause ma grossesse; soyez donc tranquille et sûr que tout est oublié et que mon amitié pour vous n'en a point diminué. Vous le connaîtrez dans tous les moments de ma vie où il se trouvera des occasions de vous le prouver. Je ne négligerai, mon cher maréchal, rien pour cela. J'embrasse la maréchale ; dites-lui que, si j'en avais la force, je me ferais plaisir de lui écrire.
Ce 30.
15. J'ai appris, mon cher maréchal, par M. de Nangis, que vous vouliez avoir mon portrait. Je ne sais si je suis changée depuis que vous ne m'avez vue ; mais ce
1. L'abbé Labiszewski, confesseur de la reine, avait joint, très vraisemblablement par l'ordre de sa maîtresse, qui craignait d'affliger le maréchal, un petit billet à la lettre qu'on vient de lire; il déclarait que ce qu'elle venait d'écrire provenait de son bon cœur qu'elle a pour lui, et ajoutait : <i Sa Majesté a été seulement un peu fâchée qu'elle a appris par d'autres personnes votre mariage et non par
vous.
33i A l'I'K.Mtlt.t.
qu'il y a de sûr, c'est que, si on pouvait peindre l'intérieur, vous n'y trouveriez point de cljangemcnt dans ma façon de penser sur vous. Je vous l'enverrai par Nangis, à qui il faut que je rende justice de la joie qu'il a de ce que les ordres du roi se sont accordés avec le désir qu'il avait. Je crois que je n'ai que faire de vous le recommander, sachant l'amitié que vous avez pour lui et à laquelle il est très sensible. J'espère que vous vous entretiendrez quelquefois de moi avec lui, comme Je fais de vous, quand il est ici.
Assurez la maréchale de mon amitié, et comptez toujours sur la mienne.
10. Vous écrivant par Nangis, mon cher maréchal, je crois n'avoir pas besoin de vous parler de mon amitié. Il n'aura qu'à vous rendre les entretiens que j'ai avec lui à votre sujet. Je m'en tiens à vous le recommander; l'amitié que vous lui témoignez sera une justice que vous rendrez à sa façon de penser pour vous.
Adieu, mon cher maréchal ; ayez soin de votre santé; personne ne s'y intéresse plus que moi. Mille amitiés à la maréchale.
17. J'ai reçu votre lettre ce matin, mon cher maréchal. Je suis charmée de ce que vous soyez content de ce que Nangis vous a remis de ma part. Je ne doute pas qu'il ne se soit acquitté de tout ce que je l'ai chargé de vous dire de ma part. J'ai peur cependant que la joie qu'il aura eue de vous revoir ne le lui ait fait oublier.
Je suis obligée de lui rendre justice sur l'amitié qu'il a pour vous.
Adieu, mon cher maréchal ; souvenez-vous, toutes les fois que vous regarderez mon portrait, qu'il est de quelqu'un qui vous aime de tout son cœur.
Ce mardi 1" septembre.
18. Si j'étais, mon cher maréchal, maîtresse delà grâce que vous me demandez pour M. et madame d'Andlau, elle aurait prévenu vos désirs; mais c'est le roi. J'ai donc voulu, avant de vous répondre, sonder s'il le trouverait bon. J'en ai parlé à M. le cardinal; je ne puis vous dire grand'chose de la réussite, elle ne me paraît pas telle que vous souhaitez jusqu'à présent. Je réitérerai la tentative, désirant vous faire plaisir. Le marquis est revenu, touché plus que jamais de tout ce que vous lui avez marqué pendant son séjour avec vous. Je vous en remercie, mon cher maréchal, et vous assure que vous n'obligez pas un ingrat : il sent votre amitié jusqu'au fond du cœur. II m'a fait grand plaisir, en m'apprenant voire bonne santé. Mandezmoi, mon cher maréchal, si vous avez fait ce que je vous ai demandé pour lui, quand il est parti; ce n'est pas que j'en doule, mais uniquement pour savoir si l'on en est persuadé.
Adieu, mon cher maréchal, comptez sur moi.
Ce 29.
J'oublie de vous dire que le marquis est revenu aussi bossu et aussi endormi qu'il est parti, mais avec
plus d'amitié pour vous que jamais. Il me parle beaucoup pour M. el madame d'AndIau.
10. Il faudrait, mon cher maréchal, que j'eusse bien de la mauvaise volonté pour douter de la sincérité des vœux que vous faites pour moi; la continuation de votre allachemenl augmente, mon cher maréchal, s'il se peut, mon amitié pour vous. Je suis bien fâchée de la maladie de la maréchale; si le bon Dieu m'exauçait, vous n'auriez tons deux jamais que des sujets de joie. Voilà, mon cher maréchal, les sentiments sur lesquels vous devez compter toute ma vie,
MARIK
20. J'apprends dans le moment, mon cher maréchal, la mort de votre petit-fils. Vous ne doutez pas de l;i part sincère que j'y promis. Vous connaissez trop ma façon de penser pour vous, pour n'être pas persuadé que personne ne s'intéresse plus à ce qui vous touche que moi. Je vous demande, par votre attachement pour moi, de vous ménager dans cette juste douleur et de songer à vous conserver,
MARIE
Ce 1" (l'août.
21. L'abbé d'Andlau * m'a remis votre lettre, mon cher maréchal, à laquelle je n'ai pu faire réponse plus