Charlcs-Jcan-Baptiste de Fleuriau d'ArmenonviUe, comte de
des affaires étrangères, de modifier les instructions criles qu'il avait fait préparer antérieurement à la connaissance de l'abdication de Philippe V, et se contenta de les compléter verbalement.
Ces instructions prescrivaient à M. de Tessé de donner au gouvernement espagnol entière satisfaction sur les points formant l'objet de ses préoccupations les plus constantes : le mariage de Louis XV et de l'infante, et la succession du duché de Parme. Le maréchal devait promettre que la France ferait tous ses efforts pour assurer la tranquillité du duché et les droits de don Carlos à l'héritage de son grandoncle : « S'il est permis de compter, écrivait le ministre*, que l'exposition vraie des intentions du roi à ces deux égards sera sensible à la reine d'Espagne, combien doit-on croire que le lui sera tout ce que Sa Majesté permet au maréchal de Tessé et même lui prescrit de dire à cette princesse et au roi son époux des dispositions de Sa Majesté pour l'infante-reine. Sa Majesté renferme l'instruction qu'EUe pourrait lui donner pour les discours à tenir sur ce sujet, à lui déclarer que tout ce qu'il peut avancer
MorviUe, fils du garde des sceaux d'Armenonvilli», succéda en août 1723 au cardinal Dubois dans le département des affaires étrangères el donna sa démission le 19 août 1T27.
1 . Voy. Archives des affaires étrangères, Espagne, an. 1724, t. CCCSXXII.
de plus flatteur pour le roi et la reine d'Espagne et de plus conforme à leurs désirs n'exprimera jamai?! qu'imparfaitement les sentiments de Sa Majesté. )• Et, revenant de nouveau sur la question du duché, le comte (le Morvilie autorisait M. de Tessé à déclarer « qu'on attendait à tous moments à Versailles l'acte d'investiture éventuelle que l'empereur doit donner à l'infant don Carlos, et qui peut-être est déjà délivré aux plénipotentiaires d'Espagne à Cambrai ».
Les sentiments du duc de Bourbon ne pouvaient donc être à ce moment plus favorables aux Espagnols, et sa sincérité n'était nullement douteuse, si nous en jugeons du moins par sa conduite relative au duché de Parme : dans la crainte que la nouvelle de l'abdication ne vînt à changer les dispositions de l'Autriche, un courrier fui sans retard expédié à Cambrai, pour prescrire à nos plénipotentiaires d'enlever l'acte d'investiture, avant que la résolution du roi d'Espagne fût connue des ministres impériaux. L'on apprit du reste, presque aussitôt après le départ du courrier, que cette formalité, si impatiemment attendue parla reine d'Espagne, avait été remplie dès le 2 i janvier.
M. de Tessé s'était éloigné de Versailles, avec le secret espoir de faire révoquer ce que, dans sa correspondance avec le comte de Morvilie, il appelle,
chez Pliilippe V, «la saillie d'un esprit malade».
Sa première lettre, datée de Notre-Dame de Cléry, 20 janvier 1724, nous apprend qu'il ne conserva pas longtemps cette illusion. Il avait rencontré, sur le pavé d'Orléans, un courrier de Madrid, chargé pour lui d'une dépêche de M. de Coulanges; les renseignements expédiés par notre charge d'affaires et les récils du courrier, que le maréchal eut soin d'interroger, n'étaient sans doute pas de nature à le tranquilliser sur la facilité de sa tâche. « Je n'envisage pas, écrit-il, môme en avançant vers les Pyrénées, que je trouve en delà l'ourrage de roses sur lequel je m'étais embarqué : après cela, monsieur, je dis comme finissent les almanachs : Dieu sur tout* ! »
Il est, le 4 février, à Bordeaux, et, après avoir • léploré l'abomination des chemins, où il a rompu deux brancards et l'un des essieux de sa chaise, il s'explique sur un point que la précipitation de son départ l'a empêché de régler. Le maréchal préfère au titre d'ambassadeur celui de plénipotentiaire; cette qualité, en supprimant des formes de représentation embarrassantes et inutiles, lui donnera un plus libre accès près de Leurs Majestés Catholiques, et pourra d'ailleurs lui permettre de ne pas prolonger indéfiniment une mission qu'il tient à remplir