Yoy. Archives des affaires étrangères, France, t. DI
des princesses qui peuvent convenir à Louis XV, et, après de longs développements sur chacune d'elles, M. de la Marck en recommande spécialement deux : une sœur du duc de Bombon et une fille du duc de Lorraine. Toutefois, pour empêcher Philippe Y d'attribuer à un motif d'intérêt personnel de la part de M. le duc le renvoi de l'infante, le confident du premier ministre inclinerait pour la -î^conde de ces princesses, et recommande, dans le cas où l'on se déciderait en faveur de la première, une solide alliance avec les puissances du Nord. Celle consultation se termine par des observations qui nous monlrent à quel point son auteur savait M. le duc préoccupé de l'opposition du duc d'Orléans et de ses chances de monter sur le trône : « Mais, si les risques et inconvénients spécifiés ci^dessus, qu'on courra en renvoyant l'infante et en lui substituant soit une princesse de Condé, soit une princesse de Lorraine, paraissaient trop grands et les remèdes trop peu sûrs et trop faibles, il reste encore un moyen à Mgr le duc de se mettre à couvert de la mauvaise volonté de Mgr le duc d'Orléans et de ses partisans, qui serait de chercher à conserver son crédit sur l'esprit du roi par les sages précautions qu'un prince de son sang et premier ministre peut prendre, tant pour étouffer les cabales de cour en
leur naissance que pour ne laisser approcher du roi que ceux dont les sentiments ne lui sont pas suspects; et, pendant ce temps, prendre des mesures secrètes avec le roi d'Espagne pour le faire venir en France, en cas de mort du roi, afin d'éviter par ce moyen d'avoir M. le duc d'Orléans pour maître. Si ce dernier parti convient à Mgr le duc, on pourra dresser un mémoire particulier et circonstancié sur la manière dont on pourrait agir et se conduire en cette occasion. Après avoir examiné toutes les difficultés et inconvénients généraux qui se trouvent à renvoyer l'infante et les inconvénients particuliers qui se rencontrent pour les princesses qu'on voudiait lui substituer, en marquant les remèdes qu'on peut apporter à ces inconvénients, et enfin après avoir dit le moyen dont Mgr le duc peut pourvoir à sa sûreté, sans déranger le mariage du roi avec l'infante, c'est à Mgr le duc à se servir de sa pénétration et de ses lumières, pour se déterminer ainsi qu'il lejugera convenable, et ensuite à nous d'agir suivant ses ordres et intentions. »
L'opinon isolée de M. de la Marck, quoiqu'elle fût appuyée de raisons sérieuses, ne parut pas suffisante au duc de Bourbon, et, pour s'éclairer davantage, il prit le parti de demander l'avis du secrétaire des affaires étrangères.
Le comte de Morville, consulté dans le courant de mai 17:i4, s'adressa lui-même au premier commis de son ministère. M. Pecquet, fils et successeur de l'ancien collaborateur du marquis de Torcy, du maréchal d'L'xelles, et en dernier lieu du cardinal Dubois, remplissait alors ces fonctions délicates; il avait été de longue main préparé par son père à occuper un emploi dont l'importance était dissimulée sous un titre modeste. Le premier commis des affaires étrangères devait, en effet, posséder une connaissance approfondie de toutes les questions internationales et se trouver à même de prêter un concours journalier à son chef, en lui fournissant, sur les précédents diplomatiques et sur la politique européenne, des notions qu'il n'avait généralement pas eu le temps d'acquérir lui-même*. .M. Pecquet fils avait, d'ailleurs, accompagné le duc de Saint-Simon, lors de son ambassade extraordinaire en EIspagne, et connaissait mieux que personne toutes les difficultés du problème qui tourmentait l'esprit du premier ministre.
M. Pecquet se mit à l'œuvre, et, à la date du 20juin, présenta un travail étendu et fortement motivé, dont les conclusions, approuvées par M. de Mor-
1. Voy. Le Département des affaires étrangères pendant la RévO' lution, par M. Frédéric Masson; Pion, 1877.
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ville, étaienl presque identiques à celles du comte de la Marck. Sans dissimuler les périls de la situation, l'orgueil des Espngnols et l'irnlation que leur causerait le renvoi de l'infanle, le premier commis n'hésitait pas à recommander cetle détermination, et indiquait, comme mesure indispensable pour éviter la guerre, une intime union avec l'Angleterre, la Prusse et la Russie.
Il ne restait donc plus qu'à interroger le principal intéressé, et, après lui avoir représenté le vœu de ses peuples, à lui proposer les moyens d'y satisfaire ; mais la gravité d'une semblable ouverture, dan,s une affaire de si haute importance, était d'autant plus capable d'effrayer le duc de Bourbon, qu'il connaissait mieux l'insouciance habituelle du roi, même dans les questions les plus embarrassantes et les plus délicates, sa disposition à ratifier l'avis de ses conseillers et ses sentiments peu favorables pour la fille de Philippe V.
Un motif, 'beaucoup moins sérieux, retardait, d'ailleurs, la solution de l'affaire : à ce moment même, madame de Prie désirait obtenir une grâce du gouvernement espagnol, et, bien qu'elle fût la première à conseiller en principe le prompt mariage du roi, elle faisait alors de pressantes instances pour que l'on n'excitât pas les soup-
ons des Espagnols et qu'avant de prendre un parti déflnilif, Ton mît à profit pour elle les favorables dispositions de Louis l"'.
L'influence que put avoir sur le sort de l'infante le résultat de !a démarche tentée à Madrid en faveur de madame de Prie nous entraîne à rapporter en détail un incident par lui-même dénué d'importance.
Une lettre, écrite de Chantilly le 16 juillet 1724, de la main même du duc de Bourbon *, explique la fantaisie de la marquise et montre en même temps l'embarras éprouvé en celle occasion par son trop complaisant protecteur :
« Comme il faut, monsieur, qu'il vous passe par les mains des aflaires de toute espèce, en voici une toute nouvelle : madame de "Prie désire ardemment que son mari ait un rang qui contri bue à l'établissement de ses enfants, et, moi, je le désire fort aussi. Si vous n'étiez pas habitant des Camaldules, je vous dirais pourquoi; mais, comme vous l'êle?. je vous le laisse à deviner. Die avait songé d'abord au duché ; mais, comme il s'y rencontre des inconvénients insurmontables, elle souhaiterait, à celte heure, une grandesse.
t. Voy. Archivet des affaires étrangères, France, t. CDXC.
Elle VOUS écrit sur cela par ce courrier. C'est à vous :i manier cette aiïairc avec voire habileté et votre dextérité ordinaires, d'autant que je ne voudrais pas que mon nom y parût. Vous pourrez bien laisser entendre que cela ne peut manquer de me faire plaisir, mais de maniùie que Tonne croie pas que je sois instruit des démarches que vous ferez pour la réussite de celle afl\iire, en sorte que, si elle se fait, je puisse dire que je ne m'en suis pas mêlé. Je vous prie d'être toujours persuadé, monsieur, de la parfaite estime que j'ai pour vous,