L.-H. DE BOURBON
La lettre de madame de Prie ne nous est pas connue, mais celle que, le même jour, elle fit adresser par M. de Morville au maréchal de Tessé montre à quel point elle ambitionnait cette faveur* :
« Madame la marquise de Prie ne désirerait rien plus vivement que de pouvoir assurer la fortune de ses enfants par un titre qui serait donné à M. de Prie; quoiqu'il soit de naissance à pouvoir espérei une pareille grâce en France, cependant différentes circonstances la rendent difficile dans le moment
1. Voy. Archives des affaires étrangères, Espagne, llii\ t. CCCXXXVII.
présent. Nepourriez-vous point, monsieur, lui procurer en Espagne un litre de grand de première classe? Vous ne pouvez douter que cela ne fît un extrême plaisir à Son Altesse Sérénissime, et je crois qu'Elle vous le marque Elle-même dans la lettre qu'Elle vous écrit; mais, en même temps, Elle désirerait que son nom ne fut point compromis, et, en vous permettant de laisser voir qu'Elle y serait très sensible, Elle souhaiterait néanmoins que cela ne pût jamais avoir l'air d'une demande qu'Elle ferait. Elle pousse même la délicatesse jusqu'à désirer qu'il parût en quelque sorte et que le roi d'Espagne pût croire qu'Elle l'ignore. Je sais, monsieur, toutes les difQcultés de ce que je vous expose ; mais ce n'est qu'à ces conditions que Son Altesse Sérénissime veut bien entrer dans celte affaire, et il n'y a que vous au monde capable de l'entreprendre. »
La demande parut, en effet, singulière à M. de Tessé, qui jusqu'alors n'en avait pas eu de semblable à traiter avec le gouvernement espagnol, et, dans les allusions fréquentes que contient la suite de sa correspondance à cette question brûlante, il la qualifie plaisamment el à plusieurs reprises du nom ô* affaire des charbons. Dès le 28 juillet, il écrit au premier ministre : « Il est bien sûr qu'en parlant au nom du roi ou en votre nom, c'est une affaire que
je croirais finir aisément. Vous me défendez, comme de raison, d'en parler de la part du roi; vous ne voulez pas que j*en parle de la vôtre directement; il ne me reste donc d'expédient que de faire entendre, moitié figue, moitié raisin, que cette grâce que vous ne voulez pas demander directement ne laisserait pas de vous faire le môme plaisir que si vous pouviez ou osiez la demander *. »
Il s'expliqua sans doute encore plus librement visà-vis de M. de Morville. Le recueil du dépôt des affaires étrangères ne renferme qu'une copie de la réponse au ministre, copie destinée au duc de Bourbon, et dont il est permis de croire que certaines phrases furent retranchées. M. de Tessé raconte d'abord son embarras pour exécuter les ordres du premier ministre, puis il ajoute : « Cependant aucun n'a jamais été si décidé à faire tout ce qui est possible et au delà, sans pouvoir dire quoi ; et, sur ce, je prie Dieu qu'il me donne la force des serpents et la prudence des lions. »
M. le duc ayant encore insisté le 15 août et rappelé que M. de Prie est parrain du roi et proche pa-j rent de madame de Yentadour % le maréchal dont le principe en matière diplomatique était de laisser un
t. Voy. Archives des affaires étrangères, France, t. CDXC. 2. Voy. Ibid.
peu mitonner les questions embarrassantes, écrit, le 21 du même mois, c n'avoir pu encore jeter Thameçon qu'il désire passionnément que l'on prenne >.
Dans le moment même où le duc de Bourbon entamait cette négociation, qui parait avoir contribué à suspendre pendant quelques mois les résolutions relatives à l'infante, le roi Louis I" adressait au premier ministre une lettre de nature à accroître ses hésitations et à entraîner pour le moins un nouveau retard'.
M. le duc avait, à plusieurs reprises, manifesté au comte de Tessé l'appréhension de voir désigner pour la surinlendance de l'éducation de l'infante la nouvelle duchesse d'Orléans. Le jeune roi d'Espagne avait été informé de cette crainte : croyant répondre au désir du duc de Bourbon, il lui adressa, le 27 juillet 1724, une lettre autographe, où il demandait que celte charge très honorable fût attribuée à madame la duchesse de Bourbon et que madame la princesse de Gonti, sœur de M. le duc, en eut l'exercice et la survivance.
Après avoir formulé cette gracieuse proposition, Sa .Majesté Catholique insistait vivement pour que les fiançailles de sa sœur et du roi de France fussent accomplies, dès que l'infante aurait atteint l'âge de