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Hamilton. II distingua bientôt des mots d’amour auxquels se mêlaient les soupirs et les baisers de la tendre Eugénie. Alors, il devint presque fou de rage et de douleur. Il s’appuya en chancelant contre la porte.
— Je me trompe sans doute, se dit-il; j’ai mal entendu, je me suis fait illusion, ce n’est peut-être pas là la chambre d’Eugénie; c’est impossible?
Puis il regarda et écouta de nouveau.
— Cependant c’est bien ici la porte de sa chambre, écoutons encore.
Cette fois, il colla l’oreille contre le trou de la serrure, et il entendit plus distinctement encore les mêmes tendres propos, les mêmes doux murmures. Ne pouvant plus ni douter, ni se contenir, il frappa. Tous les bruits cessèrent. Il appela alors; le silence continua impatienté et furieux, il menaça d’enfoncer la porte si on ne lui répondait pas. Alors la voix argentine d’Eugénie demanda qui est là?
— C’est moi, ouvre- moi.
— Mais, mon ami, je suis couchée...
— Ouvre-moi, te dis-je; il y a quelqu’un près de toi, j’ai entendu parler.
— Tu te trompes, mon ami ; je t’en prie, laissemoi reposer, j’ai une migraine affreuse.
— Ouvre-moi, te dis-je, il y a quelqu’un chez toi.
— Je te répète que non, que tu te trompes.
— Ouvre-moi, ou j’enfonce la porte.
Eugénie voyant qu’il n’y avait pas moyen de calmer le duc, et ayant suffisamment gagné du temps par ces pourparlers, se décida à ouvrir. Elle apparut bientôt dans un délicieux costume do nuit, tenant à la main un bougeoir. Ainsi vêtue de blanc, on la prenait pour une charmante vision, pour la reine du sommeil ou des songes, couronnée d’un bandeau doré.
— Vois, mon ami, dit-elle en introduisant l’incrédule et jaloux d’Ozuna, il n’y a personne ici que moi.
Ce dernier se précipita dans la chambre, jeta un coup d’œil rapide sur le lit qui était vide; puis, so dirigeant vers la fenêtre, il regarda vivement dans le jardin, et il aperçut à l’extrémité de l’allée une ombre qui fuyait.
— Il y avait ici un homme, dit-il, je viens de le voir disparaître à l’instant au bout de ce jardin.
— Je te jure que tu te trompes, mon ami.
— Ah ! je me trompe, dit-il eu s’emparant d’un calepin resté sur la table de nuit, et en l’ouvrant vivement ; tiens, regarde, voilà le portefeuille d’IIamilton, nieras-tu encore maintenant?
— C’est extraordinaire, répondit Eugénie avec le plus grand sangfroid ; j’ignore qui a pu mettre ce portefeuille ici, ce sera sans doute une personne de l’hôtel qui se sera trompée de chambre, je n’avais pas vu cet objet.
— Ah ! tu ne l’avais pas remarqué ? Mais du moins tu n’oseras pas nier être l’auteur de cette lettre d’amour adressée à Ilamilton, elle est écrite et signée par toi, dit le duc en tirant une lettre du portefeuille.
Eugénie cette fois perdit son aplomb devant cette preuve irrécusable de sa trahison.
— Ah ! misérable, infâme, tu me trompais, tu te jouais de mon amour, tu voulais devenir ma femme pour imiter ta mère impudique, et pour mener comme elle une vie de débauche et de dépravation. Maintenant, je te méprise et je te hais, tout est fini entre nous.
— Mon ami, dit Eugénie fondant en larmes et tombant à ses genoux, pardonne-moi, car je t’aime, je n’aime que toi ; j’ai été égarée, séduite, mais je suis excusable ; c’est ma mère qui est la cause de ce qui nous arrive, c’est elle qui m’a poussée à te trahir sur les instances de sir Hudson, à la générosité duquel nous devons l’opulence dans laquelle nous vivons ; c’est elle, dis-je, qui m’a fait faire la connaissance d’IIamilton à Bruxelles, avant même que je t’aie rencontré ; c’est elle qui a ménagé ici mes rendez-vous avec lui. Une fois compromise, je ne pouvais rompre, j’étais à la discrétion d’Hamilton depuis longtemps, il me menaçait de t’envoyer mes lettres le jour où je ne le verrai plus ; j’ai donc été forcée de continuer à le recevoir, quoique je ne l’aime pas. Tu le vois, mon ami, je
suis bien malheureuse, ajouta Eugénie en pleurant.
M mc de Mondrigo, qui avait entendu des cris et des sanglots dans la chambre de sa fille, vint tout à coup se mêler à cette scène déchirante.
— Voyez, madame, dit d’Ozuna, contemplez votre ouvrage, soyez satisfaite, votre digne fille suit vos sages conseils, vos nobles exemples, elle marche sur vos traces; je viens de la surprendre avec, l’homme à qui vous l’avez vendue et livrée.
— Insolent, dit M n,c la comtesse en prenant ses grands airs ; ma fille Eugénie est trop bonne de s’abaisser jusqu’à se justifier et à vous implorer, sortez d’ici ; je ne souffrirai pas plus longtemps que vous m’insultiez.
— Je m’en vais, madame, mais je saurai punir le misérable rival que vous m’avez donné.
Le due furieux sortit alors emportant avec lui le portefeuille d’Hamilton, contenant les lettres d’Eugénie.
te.
lai iiiorl. l'amour cl la morale.
Le lendemain matin, le duc d’Ozuna se présenta chez AI. Ilamilton, accompagné do deux de scs amis. Il lui rendit son portefeuille, moins les lettres d’Eugénie, en lui disant :
— Je vous rapporte ceci que vous avez oublié chez une demoiselle de vos amies; quand on a, comme vous, des bonnes fortunes, on devrait être moins imprudent.
— Qu’est-ce à dire, monsieur?
— Cela signifie que je trouve votre manière d’agir aussi maladroite que ridicule, et que si vous aviez eu un peu plus de courage, vous ne vous fussiez pas sauvé comme un...
— C’est assez, dit l'Anglais en interrompant d’Ozuna ; je comprends le but de votre visite : ces deux messieurs sont sans doute vos témoins, s’ils veulent bien me donner leurs cartes, j’aurai l’honneur de leur envoyer deux de mes amis pour s’entendre avec eux sur les conditions du combat.
— Voici, monsieur, dirent les deux témoins en remettant leurs cartes.
— Merci, messieurs, dit Hamilton en prenant les adresses. J’espère que cela restera entre nous, et que le secret en sera bien gardé.
— Vous pouvez compter sur notre discrétion, comme nous comptons sur la vôtre, dit le duc en saluant, et il sortit avec ses deux compagnons.
Ces derniers reçurent une heuz'e après la visite des deux témoins d’Hamilton; les conditions du duel furent bien vite réglées. 11 fut décidé que les deux adversaires se battraient sur le territoire allemand, près de Francorchamps, à quelques lieues de Spa seulement; l’arme choisie fut le pistolet; les deux adversaires devaient en avoir chacun deux chargés et être placés à trente pas l’un de l’autre, avec la faculté de s’approcher jusqu’à la distance de quinze pas et de tirer à volonté.
Le rendez-vous fut pris pour cinq heures aprèsdîner.
Ce jour-là, il y avait course à l’hippodrome de Spa ; afin de ne pas éveiller les soupçons, Hamilton et d’Ozuna y furent, et ils aperçurent M mc et M lle de Mon-
drigo en grande toillette, le regard brillant, le sourire aux lèvres, se pavanant dans un bel équipage. En les voyant ainsi insoucieuses et riantes, l’air fier et hautain, après ce qui s’était passé la veille, les deux amants de M lle Eugénie se demandèrent si une pareille femme valait la peine de se faire tuer à cause d’elle? Et chacun se fit une réponse négative ; mais il y avait un autre motif, tout aussi futile, qui les obligeait à jouer leur vie, c’était le point d’honneur. Dans la bonne société, il est d’usage que lorsqu’un galant homme prend la maîtresse d’un autre, ce qui se fait chaque fois qu’on le peut, cet autre gentilhomme doit se battre avec le premier, lors même qu’il méprise et n’aime pas sa maîtresse. Telles sont les lois de la meilleure compagnie. Des gentlemen ne peuvent y faillir sans être déshonorés. Quant aux petites gens, aux ouvriers, à la populace, comme disent les gens bien élevés, ils ne se battent pas pour les femmes méprisables et méprisées ; mais ces genslà sont de peu d’importance et ne donneront jamais la mode du parfait bon ton et des belles manières.
Après avoir assisté à quelques courses et fait quelques paris, le duc d’Ozuna, M.. Ilamilton et leurs témoins s'éclipsèrent adroitement, et partirent secrètement pour ce que l’on est convenu de nommer un rendez-vous d’honneur. Arrivés au lieu désigné, les témoins choisirent un pré uni
dans une bonne situation, mesurèrent les distances, marquèrent les points extrêmes quo les deux combattants ne devaient pas franchir, et après avoir vérifié les pistolets, brûlé une capsule dans chacun d’eux, afin de bien s’assurer que les cheminées n’étaient pas bouchées, ils chargèrent également les armes, et les firent tirer au sort aux deux adversaires, après quoi ils les placèrent a trente pas l’un de l'autre sur les limites marquées par eux.
Les témoins ayant pris leurs places de chaque côté, sur la ligne transversale passant au milieu du champ clos, l’un de ceux de M. le duc, frappa trois coups dans ses mains ; au troisième coup, un des témoins de M. Hamilton dit : Allez, messieurs, que chacun de vous fasse son devoir. Les deux combattants abaissèrent une de leurs armes au niveau du rayon visuel, et marchèrent l’un sur l’autre.
Alors il y eut un moment de passagère émotion, car c’est toujours une chose triste que de voir deux hommes qui vont chercher à se donner la mort ; et quelque courageux que soit chaque adversaire, il est toujours très-pénible pour lui de penser que, s’il n’est pas tué, il aura peut-être un meurtre à se reprocher. Mais ce sentiment tout naturel s’etfaça bien vite, et acteurs et spectateurs de ce drame furent tout entiers à leur rôle.
M. Hamilton fit trois ou quatre pas, ajusta son ennemi et tira.
Le due d’Ozuna, le tenant ajusté, essuya son feu sans sourciller, n’ayant pas été touché, sans faire un pas de plus, il appuya sur la détente de son arme, et son coup partit.
L’Anglais eut comme une agitation presque imperceptible dans tout son corps, les témoins le crurent atteint.
Êtes-vous blessé, monsieur Hamilton, demandèrent ces derniers?
L’Anglais, très-pâle, ayant fait un signe négatif, le combat continua. M. d’Ozuna fit trois ou quatre pas et vint se placer résolument sur l’extrême limite du terrain qu’il avait le droit de parcourir; il ajusta alors son adversaire resté immobile qui le tenait toujours en joue. Une troisième détonation se fit entendre. M. Hamilton avait tiré son second coup. Ce fut alors le tour du duc de faire un brusque mouvement ; mais il se remit bientôt ajusta un instant son adversaire immobile, mais dont les traits se contractaient de plus en plus, on aurait dit qu’il faisait des efforts surhumains pour rester debout. M. d’Ozuna était aussi très-pâle; il sembla aux témoins que sa chemise se tachait de sang a la manche gauche. Enfin son dernier coup de pistolet partit et vint dénouer d’une façon lugubre cette situation trop tendue, le malheureux Anglais tomba la face contre terre. Tout le monde se précipita à son secours, il avait perdu complètement connaissance et son sang coulait abondam-
ment. Il avait deux blessures, la première peu dangereuse, mais douloureuse dans le gras de la cuisse, la seconde très-grave dans la poitrine, son sang s’échappait en grande quantité de cette dernière. Le duc d’Ozuna était lui-même blessé légèrement au bras gauche. 11 aida les témoins à transporter M. Hamilton dans sa voiture, et tous les six regagnèrent en toute hâte la frontière belge poui échapper à plusieurs douaniers prussiens qu’ils apercevaient se dirigeant rapidement de leur côté. Deux heures après, ils étaient de retour à Spa et faisaient transporter secrètement le malade dans sa chambre; un médecin fut appelé immédiatement et déclara qu’il y avait peu d’espoir de le sauver. Quant à la blessure de M. le duc d’Ozuna, elle était sans aucune gravité ; elle n’eut d’autre inconvénient que de l’obliger à porter quelques jours le bras en écharpe.
Pendant ce temps-là, M 11 * Eugénie et sa maman, toutes entières à leurs plaisirs, ne s’aperçurent même pas de l’absence de ces deux messieurs, tant elles étaient occupées des courses de chevaux . Eugénie surtout était dans son élément ; à défaut du cirque de Madrid, où de beaux toréadors tamisaient devant elle, elle se passionnait pour les chevaux. Aussi elle prodiguait de nombreux applaudissements à ceux qui étaient vainqueurs, Un beau cheval barbe, appartenant au jeune d’Ozuna, gagna un prix, ce qui flatta beaucoup l’amour-
propre de M 11 * de Mondrigo, car il lui semblait qu’il rejaillisait sur elle quelque chose du mérite du cheval de son anciên amant.
Ce fut une jument anglaise. Miss Mai’gueritc, appartenant à sir Hudson, qui gagna le premier prix. A cette nouvelle, l’enthousiasme de M me la comtesse de Mondrigo n’eut plus de bornes, peu s’en fallut qu’elle ne sautât au cou de son entreteneur et qu’elle ne l’embrassât devant tout le monde. Elle triomphait de tous les compliments que les sportsmen adressaient à l’heureux propriétaire de Miss Marguerite. Sir Hudson, gravement assis près de sa maîtresse recevait avec un flegme tout britannique, les félicitations de ses rivaux. M 1 "' la comtesse et sa fille minaudaient les plus tendres sourires, décochaient les œillades les plus triomphantes à tous ceux qui les saluaient. Elles semblaient dire : Miss Marguerite qui a gagné le premier prix, cette jument incomparable, appartient, comme nous, à sir Hudson; elle est sa cavale favorite, comme nous sommes ses amies préférées ; nous vivons au même râtelier que cette bête précieuse, et nous ne procurons pas moins de gloire et de plaisir à sir Hudson qu’elle.
C’était en effet un mortel bien fortuné que ce respectable gentleman ; il avait à la fois la meilleure jument et la plus aimable maîtresse de Spa ; tout le monde était jaloux de son bonheur. Toutes les femmes de la bonne compagnie enviaient
M mc de Moudrigo, toutes auraient voulu partager la gloire du vainqueur, être assises à côté de lui dans sa voiture et avoir la moitié de son triomphe. Elles auraient tout donné, tout sacrifié, tout accordé pour cette faveur. Aussi M m<! la comtesse était-elle aux anges; son Anglais au poil roux grisonnant, à la trogne enluminée, à la face rubiconde et fleurie, aux lèvres pendantes, aux gros yeux ronds à fleur de tète, à l’encolure de taureau, qui ressemblait beaucoup plus à FalstafF qu’à l’Apollon du Belvédère, lui paraissait un Adonis. La gloire de Miss Marguerite l’entourait d’une auréole, le transfigurait. M“* Eugénie partageait la joie et l’enthousiasme de sa mère; ce soir-là, il n’eût tenu qu’à l’heureux vainqueur de l'hippodrome de faire sa conquête, elle eût volontiers consenti à être la rivale de sa mère.
Après les courses, ces dames furent souper avec leur protecteur et ses amis ; un repas de gala les attendait; les vins généreux coulèrent à flots; on arrosa la victoire de Miss Marguerite de copieuses rasades, on lui porta de nombreux toasts, et ces dames ne l’estèrent pas en arrière; elles tinrent tête aux messieurs avec succès. Leur joie était si grande et leur bonheur si complet, qu’elles s’aperçurent à peine de l’absence de M. Ilamilton et du duc.
Sir Hudson devenait égrillard et audacieux, son succès l’avait rajeuni de vingt ans et le cham-
pagne avait chassé son spleen habituel; il était aussi aimable avec M"' Eugénie qu’avec sa mère, et la première, dont l’imagination surexcitée éveillait les caprices, loin de calmer le vieux gentleman, l’excitait encore.
Il y avait, ce soir-là, grand bal au Waux-Ilall. Ces dames y furent ; Eugénie se lança comme un ouragan dans la valse; un jeune et charmant cavalier, d’une beauté féminine ayant un profil d’ Adonis, des joues fraîches, de beaux et grands yeux, une chevelure blond cendré, des lèvres roses, de jolies petites moustaches et une fine taille souple, l’invita à danser. La belle Espagnole regarda cet adolescent en faisant une petite . moue dédaigneuse ; mais comme après tout il avait fort bonne mine et qu’il lui semblait très-gentil, elle accepta son invitation.
Le jeune jouvenceau valsait comme un sylphe, il entraînait sa danseuse dans le tourbillon de la valse avec une aisance et une grâce étonnantes; ses petits pieds effleuraient à peine le plancher, et semblaient ne le toucher que par politesse. Eugénie était en admiration devant son jeune cavalier. Elle fit avec lui de nombreuses valses et plusieurs quadrilles. Son danseur infatigable, au milieu de ses évolutions vertigineuses, trouvait encore le moyen de lui faire les compliments les plus galants, de lui dire les choses les plus aimables ; aussi M llc de Mondrigo était-elle dans l’enthousiasme à son égard.
Le charmant inconnu offrit des rafraîchissements, proposa une promenade dans les magnifiques jardins qui entourent le Waux-HalU Eugénie accepta, elle alla s’égarer avec lui dans les allées sombres et mystérieuses, et finit par lui donner un rendez-vous chez elle pour la nuit.
— Vous viendrez près de moi, lui dit-elle, quand tout le monde dormira dans l’hôtel; vous ne ferez pas de bruit, vous frapperez doucement un seul coup à la porte de mon appartement, je vous attendrai dans l’obscurité, vous vous laisserez guider par moi, sans mot dire.
— A merveille, ma charmante, ce sera délicieux, mystérieux et plein de charme. Quel bonheur !
— Mais vous me promettez d’être discret?
— Comme une tombe.
— Et obéissant ?
— Comme un amoureux.
— .Alors c’est, entendu; mais, pour éviter toute méprise, si nous prenions des mots de passe?
— Bien pensé.
— Voyons quels mots!
— Amour et mystère, par exemple.
— Ces mots sont charmants, je les accepte.
— Eh bien, c’est convenu?
— Oui ! vous me direz amour, et je vous répondrai mystère.
— C’est cela, mais rentrons au bal, notre absence pourrait être remarquée .
— Vous avez raison, rentrons.
Le couple charmant fit encore de nombreuses valses et plusieurs contredanses.
A une heure du matin, Eugénie rentra à l’hùtel de Flandre avec, sa mère et sir Iludson.
M mc la comtesse embrassa sa fille, lui souhaita bonne nuit, et resta seule avec le riche Anglais, qui probablement devait passer près d’elle toute la nuit.
Aussitôt arrivée dans sa chambre, Eugénie lit une charmante et légère toilette de nuit, souffla sa veilleuse et se coucha. 11 n’y avait pas un quart d’heure quelle était au lit, quand, elle entendit frapper uu petit coup presque imperceptible contre sa porte; elle sauta légère comme un sylphe au bas de son lit et courut ouvrir. Une main prit la sienne dans l’obscurité et une voix douce murmura à son oreille, ce mot si séduisant pour la jeunesse : amour!
Elle répondit doucement : mystère ! en introduisant le nouveau venu, qui se laissa guider dans l’ombre.
La nuit fut bientôt écoulée pour les deux amants, elle passa comme uu rêve de bonheur et de plaisir dans les plus douces jouissances.
Mais quelle ne fut pas la surprise, l’étonnement et la colère d’Eugénie, quand le lendemain matin, au jour, au lieu du charmant jouvenceau quelle croyait avoir auprès d’elle, elle aperçut un homme à la figure olivâtre, au teint bronzé, au regard brillant, aux yeux fendus en amande, ayant dans les coins ces teintes jaunâtres de la race africaine, des cheveux crépus, des lèvres rouges et des dents blanches.
— Qui êtes-vous, lui dit-elle?
— Je suis, belle Eugénie, un tendre amant épris de vos charmes, trop heureux de...
— Ah ! tu me railles, dit Eugénie furieuse, s’échappant de ses bras, sautant au bas du lit, et s’armant d’un poignard, au moment où l’inconnu cherchait à l’enlacer; attends misérable, tu vas payer cher ton infamie et ta trahison.
— Tout beau, ma belle maîtresse, répondit Zampa, car c’était lui, en se précipitant de l’autre côté du lit et en se faisant un bouclier d’un moelleux oreiller, c’est très mal à vous de récompenser l’amour que je vous témoigne en voulant me tuer.
Eugénie, croyant à une nouvelle raillerie, hors d’elle, l’écume à la h.ouchc, les cheveux flottants, dans un séduisant, désordre, fondit sur Zampa comme une lionne furieuse.
Ce dernier se contenta de parer avec son bouclier de plumes, les coups de poignard de
sa belle ; la lame entrait dans le duvet sans lui faire aucun mal, au grand désespoir de notre furieuse, qui s’escrimait à frapper sans obtenir d’autre résultat que do perforer l’enveloppe de l’édredon.
— Si vous continuez ainsi, belle, amie, disait Zampa, je vais être obligé d’appeler du secours, et tout l’hôtel connaîtra notre charmante aventure; je crois qu’il serait préférable de no pas détériorer ainsi les coussins de votre lit, de cesser ce bruit et ce scandale, car il y en a déjà suffisamment. iVest-ce donc pas assez d’avoir occasionné aujourd’hui la mort d’un homme, de ce malheureux Hamilton, voulez-vous donc encore vous rendre coupable d’un assassinat?
— Que dites-vous là, de quoi parlez-vous, de qui ai-je causé la mort, expliquez-vous?
— Je vous dis que M . le duc d’Ozuna s’est battu aujourd’hui à cause de vous avec M. Hamilton et que ce dernier a été tué.
— M. Hamilton est mort, ditez-vous, c’est impossible, quelle malheureuse nouvelle m’apprenezvous là!
Pendant qu’Eugénie disait ces mots, Zampa lui saisit adroitement la main qui tenait le poignard et lui arracha cette arme.
— Voilà, méchante; comme cela, vous ne pourrez pas m’assassiner. Nous pourrons causer en bons amis, comme deux tendres amants; car
vous m’aimez, du moins vous me l’avez dit cette nuit et cette déclaration est trop flatteuse pour que je ne la croie pas.
— Mais, enfin, voulez-vous me dire si c’est vrai que M. Hamilton soit mort?
— Ce n’est malheureusement que trop certain ; il est mort hier au soir, pendant que vous dansiez au Waux-IIall, des suites des blessures qu’il a reçues dans son duel avec le duc d’Ozuna.
— Comment sir Hamilton est mort et ie n’en
ai pas même été informée !
— Que voulez-vous, mademoiselle, personne n’était chargé de vous l’annoncer, on avait au contraire recommandé le. secret. Comme je vous l’ai déjà dit deux fois, ces messieurs ont eu une rencontre après une explication à votre sujet. Ils vous aimaient tous les deux et, comme vous les favorisiez également, ils étaient jaloux ; le duc a provoqué M. Hamilton et il l’a tué; il est luimême blessé.
— Quel malheur! et M. le duc est-il en danger?
— Non, rassurez-vous, M. d’Ozuna n’a qu’une blessure des plus légères.
— Oh! quel malheur! quel malheur! Hamilton tué, d’Ozuna blessé ! Que vais-je devenir, c’est moi qui suis la cause de ce duel ?
— Rassurez-vous, mademoiselle, on ignore encore maintenant que c’est pour vous que ces messieurs se sont battus, car ils ont eu la généro-
sité de donner à leur rencontre un motif qui vous est étranger. Il est vrai que si je le voulais, d’un mot je pourrais vous perdre, en révélant à tout le inonde la cause de ce malheur; mais je ne le ferai pas, car je vous aime trop, Eugénie, et si vous voulez continuer d’être bonne et aimante pour moi, comme vous l’avez été cette nuit, je vous jure le secret le plus inviolable. Ainsi, ma belle, cela dépend de vous.
— Jamais! monsieur, jamais!
— Voyons, pourquoi être si cruelle envers moi, pourquoi m’en vouloir autant? De quoi avez-vous donc à vous plaindre? De l’excès de mon amour pour vous qui m’a poussé à profiter d’une occasion favorable pour vous posséder. Vous devriez comprendre à ce trait d’audace qu’un homme comme moi ne se laisse pas facilement décourager et qu’il vaut mieux m’avoir pour ami que pour ennemi.
— Mais enlin, qui êtes-vous, monsieur?
— Je suis un de vos compatriotes; né à Grenade; je descends de ces illustres Maures qui firent longtemps la gloire et la prospérité de l’Espagne. Je suis jeune et riche, je vous aime il y a longtemps; en faut-il davantage pour être aimé.
Voyons, mademoiselle, consentez à m’écouter, ne repoussez pas mon amour et nous serons heureux. Depuis que je vous ai vue pour la première fois, à Bruxelles, vous promener sur les boulevards,
costumée en amazone, montée sur un beau cheval, je n’ai plus pensé qu’à vous ; votre ravissante vision m’a suivi partout; la nuit comme le jour, je ne voyais que vous. J’ai inutilement cherché à vaincre cet amour violent, plus fort eue moi, je n’ai pu y réussir. Ne pouvant vivre plus longtemps sans vous voir, sans vous posséder, je suis venu ici, je vous ai suivie hier; j’ai entendu toute votre conversation avec votre jeune danseur, le rendezvous que vous lui avez donné, le mot d’ordre dont vous êtes convenus ensemble et je suis venu à sa place.
— Mais ce que vous avez fait là est infâme, monsieur, et je ne saurai vous pardonner votre crime. Et le jeune cavalier, qui était avec, moi qu’en avez-vous fait?
— Je l’ai retenu de force, il est mon prisonnier.
— Comment, monsieur, vous avez enfermé arbitrairement ce jeune homme, mais savez-vous que c’est là un crime prévu par le Code pénal et que vous vous êtes exposé à un cruel châtiment ?
— Hélas ! charmante Eugénie, c’est par amour pour vous que j’ai commis ce méfait ; est-ce à vous à me le reprocher?
— Mais du moins vous n’avez fait aucun mal à ce jeune homme ?
— Non, mademoiselle, rassurez-vous; il est libre
à l’heure qu’il est. Pardonnez-moi, laissez-moi vous adorer, aimez-moi, dit Zampa, en se jetant aux pieds d’Eugénie.
— Mais, monsieur, vous n’y songez pas, relevezvous. Comment vous avez surpris un de mes secrets, yous avez profité de ce hasard pour vous introduire ici, pour abuser indignement de moi, et après une pareille conduite, vous osez me demander non-seulement de vous pardonner, mais encore de vous aimer.
— Que trouvez-vous donc de si extraordinaire à cela. Vous aviez deux amis de cœur; la jalousie les fait s’entr’égorger, il y en a un de tué; l’autre blessé, survit, il est vrai, mais il n’en vaut guère mieux pour vous, puisque, dans son aveugle colère, il a juré de ne plus vous revoir et qu’il vous a vouée une haine éternelle. J’arrive juste à temps; dans ce moment critique, par un coup d’audace, je franchis d’un seul bond les obstacles qui s’opposaient à mon bonheur; je vous possède avant même que vous m’ayez vu; vous êtes à moi, bien à moi ; vous m’aimez ou du moins vous me l’avez dit dans le plus doux moment ; voyons, vous êtes trop avancée pour reculer maintenant, vous auriez mauvaise grâce à ne pas confirmer aujourd’hui ce que vous m’avez assuré hier. Soyons amis, laissez-moi vous aimer, dit Zampa, en lui entourant la taille, et je serai discret comme un mort sur la cause du duel.
— Je compte sur votre parole, monsieur, répondit Eugénie en minaudant.
Après avoir fait sa paix avec M llc de Mondrigo dans un tendre tète-à-tète, l’heureux Zampa sortit furtivement une heure après de chez sa belle maîtresse, qui lui donna rendez-vous pour le soir dans les salons de la Redoute.
A Spa, la mort violente des visiteurs n’attriste personne, pas même leurs amis; on va dans ce lieu charmant pour s’amuser, pour se li vrer tout entier au tourbillon de l’ivresse et du plaisir, pour se consacrer à la passion du jeu et à l’amour. Tant pis pour ceux qui meurent, pour les importuns, pour les esprits mal faits et chagrins, qui se livrent à des actes de désespoir ; tant pis pour les constitutions délicates, les santés délabrées, les malades incurables que le traitement des eaux ne peut pas sauver ; s’ils meurent, nuis regrets ne les accompagnent à leur dernière demeure ; ils auraient dù rester chez eux ; que viennent-ils mourir dans ce lieu de plaisir, où tout le monde vient pour vivre, s’amuser et jouir.
Quand un joueur malheureux se brûle la cervelle ou s’asphyxie, personne ne le regrette ; c’est un imbécile, disent ses collègues, qui peut-être demain en feront .autant, il aurait dû attendre une bonne veine pour se rattrapper; ce n’est pas en se tuant qu’il gagnera à la roulette.
Quand un amoureux est poussé au désespoir par
les manœuvres d’une coquette et qu’il se suicide, ses intimes sont les premiers à dire, en manière d’oraison funèbre : Ce pauvre Alfred, ou ce pauvre Arthur avait bien du temps de reste de se tuer pour cette femme, il aurait mieux fait de la payer le prix et il l’aurait eue: ou bien s’il n’avait pas assez d’argent pour le faire, il aurait du en gagner à la roulette; c’est toujours bête de se tuer.
Quand on apprit le résultat funeste du duel de M. Hamilton et du duc, chacun en chercha la cause secrète et beaucoup la devinèrent malgré la discrétion des témoins.
— Quelle sottise, disait T un, de se battre pour une femme, je n’ai jamais pu comprendre cela; il me semble qu’il y a toujours assez de femmes et même des plus jolies, il sulfit de les payer le prix pour les posséder, toute la question est là ; il est donc parfaitement inutile de se faire tuer pour elles, cela les flatte et les amuse et ne nous avance à rien.
— Mais cependant si elles nous trompent, comme cela est arrivé à ce malheureux Anglais , objecta timidement un tout jeune homme, devons-nous donc subir cet outrage sans nous venger.
— Mon ami, on voit que vous êtes novice, répondit en se frisant la moustache un cx-Don Juan décoré, à la tournure militaire ; rappelez-vous (pic
« la vengeance est le plaisir des gueux, » comme aurait dû dire le poète, s’il eût eu du bon sens et de l’expérience. Quand notre maîtresse nous trompe, si nous n’avons pas le sou, si nous n’avons pas le moyen d’en acheter une autre, il est tout naturel que nous nous vengions, c’est, dans ce cas, la seule satisfaction que nous puissions nous procurer; mais si nous sommes riches, il est bien plus simple de la mépriser et d’en acheter une autre, une de perdue, dix de retrouvées, comme dit le proverbe. C’est une perte matérielle de quelques milliers de francs, qui se rattrapent en quelques tours de main à la roulette. Je ne vois pas ce que notre amour-propi’e ou notre honneur ont à faire làdedans et pourquoi nous risquerions notre vie, parce qu’une de ces charmantes personnes, dont Shakspeare a dit : perfide comme l’onde; nous abandonne ou nous trompe.
Voyons, franchement, mon ami, vous me paraissez bien inexpérimenté. Vous brûleriez-vous la cervelle ou vous jetteriez-vous à l’eau parce que vous auriez eu le malheur de perdre une belle jument ou un cheval de prix? non, n’est-ce pas? Vous en achèteriez un autre. Eh bien, si vous avez une maîtresse et si vous la perdez, faites de même, achetez-cn une autre. Ou s’il m’était permis de me donner en exemple, faites comme moi, n’ayez pas de maîtresse, vivez sur la communauté, c’est plus moral, surtout plus commode et plus économique.
Digifced
Oui, mou ami, quoique homme de bonne société, j’ai des idées très-avancées, je suis communiste, je prise beaucoup la communauté des femmes; ce qui ne m’empêche pas d’être un soutien de l’ordre, de défendre, quand le besoin s’en fait sentir, la famille, la religion et la propriété. Je l’ai bien prouvé en juin 1848 où, à la tète de mon régiment, j’ai massacré ces misérables socialistes; j’ai été décoré par Cavaignac pour cela; depuis, au deux décembre dernier, j’ai aidé le prince président à sauver la société. Cela vaux mieux que d’exposer sa vie pour une femme. La plus belle femme du monde, fût -ce la belle Eugénie de Mondrigo, quand on l’a perdue, ne vaut pas la peine qu’on lui coure après. Méditez ces principes moraux, jeune homme, dit en manière de péroraison, l’ex-héros de juin et de décembre, d’un air de suffisance, et vous vous en trouverez bien.
— Ce monsieur peut avoir raison, pensa en luimême le jeune homme; mais, dans tous les cas, c’est une fameuse canaille. Quel cynisme !
lloublf ralastrophc*.
Quand M"' 1 do Mondrigo apprit, par sa tille, la mort du jeuue Anglais, elle dit simplement : C’est dommage, sir Ilamilton était très-gentil, généreux, complaisant et fort accommodant; d’Ozuna est un brutal.
— Et un jaloux, ajouta Eugénie ; il aurait fait un fort mauvais mari.
— Oui, mon amie, niais il était riche et de première noblesse, cela est à considérer. Voilà ton mariage définitivement rompu, c’est un, malheur, car on ne rencontre pas tous les jours un époux grand d’Espagne de première classe.
is.
— Qui sait? je trouverai peut-être mieux ; tu sais maman que la vieille bohémienne m’a prédit que je serai un jour impératrice.
— Oui, ma fille, il ne faut jamais désespérer; nous avons perdu Hamilton et d’Ozuna, mais il nous reste encore Hudson, c’est le plus solide, espérons qu’il ne nous échappera pas.
— Sois sans inquiétude, chère petit maman, ce ne seront pas les adorateurs qui me feront défaut ; j’en ai déjà un en vue, il est jeune et riche, je te le montrerai ce soir.
— Je sais, mon amie, que quand on est aussi belle que toi, on trouve facilement des amoureux ; mais les maris sont plus rares ; crois-moi, n’écoute pas trop facilement tes inclinations ; si ton soupirant est jeune, ne lui cède jamais, avant le mariage, sans cela quand il aura joui de tes faveurs, il t’abandonnera; crois ma vieille expérience, tu as vu qu’Olympio Aguado et que d’Ozuna t’ont délaissée. Ne commets plus la même faute à l’avenir, car enfin il faut penser à te marier ; songe, mon amie, que tu as bientôt vingt-sept ans, il est temps, plus que temps de faire une fin, à moins que tu ne sois résolue à rester fille, ce qui serait fâcheux ; mais dans ce dernier cas, les hommes d’un certain âge sont préférables pour amants; ils sont plus aimables, plus affectueux, plus complaisants, plus attachés, plus fidèles, plus sérieux et surtout plus généreux. On peut compter sur eux; regarde Hud-
son, c’est la pâte des hommes, le modèle des amants, jamais il ne me refuse ; il est d’une générosité sans exemple, il m’a promis les dix mille francs qu'il a gagné hier aux courses pour m’acheter une parure ; il me les donnera. 11 nous entrefient sur un pied princier, il va au-devant de tous nos caprices, puis il n’est pas jaloux. Ce n’est pas
lui qui cherchera dispute à B , qui ira le tuer
en duel, comme d’Ozuna a fait d’Hamilton. C’est un homme raisonnable, qui sait vivre, qui comprend qu’une maîtresse, aussi bien qu’une femme légitime, peut avoir des caprices, et que ce n’est pas une raison pour l’abandonner et pour tuer ses amants de cœur.
— Je sais tout cela, maman, mais tu conviendras avec moi que sir Hudson est bien âgé, et surtout qu’il est laid, oh ! mais laid à faire plaisir, ou plutôt à faire peur !
— Ah ça, chère amie, penses-tu par hasard que c’est pour ses soixante-cinq ans, pour sa figure hourgeonnée, son nez incrusté de topazes et ses yeux de crapaud, que je l’ai pris? non; c’est pour ses nombreuses qualités que je t’ai énumérées tout à l’heure et surtout pour ses livres sterling qu’il me prodigue avec tant de laisser aller. Crois-tu que je n’aimerais pas mieux, ainsi que toi, un jeune et beau cavalier, comme le duc d’Ozuna, par exemple, qu’un vieux homard comme sir Iludson? Certainement que si ; mais je no consulte pas que
mes goûts, je cherche dans un entreteneur les qualités sérieuses qui ne se rencontrent, je le répète, que chez les hommes d’un certain âge.
— Oui, maman, mais tu n’as peut-être pas toujours raisonné comme cela; tu as été jeune aussi, et certainement qu’ alors...
— Qu’est-ce à dire, mademoiselle, est-ce que par hasard je ne suis pas encore très-bien conservée, est-ce que je n’ai pas de beaux restes, croyez-vous que je ne puisse pas encore faire des conquêtes, aspirer au cœur d’un jeune homme ? Détrompez-vous, mademoiselle, pas plus tard qu’hier, si j’avais voulu l’écouter, un jeune et charmant cavalier m’offrait son cœur. Mais, hélas ! ajouta la comtesse en soupirant d’une façon comique et en levant les yeux au ciel, je me suis sacrifiée pour toi, ingrate; j’ai refusé un amour de vingt ans! C’est pourtant bien bon un amour de vingt ans» Je me suis du reste toujours dévouée ; ce n’est certes pas par amour que j’ai épousé M. le vicomte de Séba; non! il était sot, laid et iniirme; j’aurais pu me marier avec un joli garçon, il n’en manquait pas qui me faisaient la cour. Eh bien, je les ai refusés pour prendre un mari disgracieux, et cela dans l’intérêt de mes enfants, si j’en avais ; je voulais que plus tard ils eussent une position dans le monde, qu’ils fussent reçus à la cour; j’étais parvenue à mes fins, et sans une fatalité inouïe tu
serais aujourd’hui première demoiselle d’honneur de S. M. Isabelle II.
— Console-toi, bonne mère, un avenir plus brillant encore m’attend ; rappelle-toi la prédiction de la Gitana.
— Espérons-le, chère amie, mais je te le répète, à l’avenir sois prudente et n’accorde jamais tes faveurs qu’à bon escient et après m’avoir consultée.
— Je te le promets, sage maman.
— A la bonne heure! tu t’en trouveras bien.
Mais, ma bonne amie, nous perdons un temps précieux à causer et l’heure du bal approche; voyons, chère Eugénie, va te parer, te faire éblouissante; mets ta belle robe en crêpe blanc, tes ferrets et ta parure en diamants; fais-toi faire une coiffure superbe, orne-la des plus belles fleurs; sois éblouissante, redoutable de grâce et de coquetterie; prépare tes plus doux sourires et tes œillades les plus assassines, afin que d’Ozuna, s’il vient à la Redoute, sèche de dépit. Je suis sûre que tu feras fureur ; rien ne pose une femme comme un homme tué pour elle. Une jeune femme qui a cette bonne fortune peut considérer son avenir comme assuré ; je te prédis pour ce soir un succès fabuleux ; tous les hommes vont raffoler de toi et les dames en mourront de jalousie.
— Dans une heure, je suis à toi, bonne mère.
Pendant que ceci se disait, une conversation
d’un genre bien différent avait lieu à l’hôtel d’York, me de la Sauvenière, à Spa. Dans un appartement splendide se trouvaient deux de nos héros : un jeune homme et une jeune femme ; une robe montante et traînante de moire antique dessinait les formes de cette dernière, une charmante personne; les luisants bandeaux de scs cheveux noirs faisaient ressortir la finesse de sa peau, ses grands yeux brillaient d’une flamme étrange, que la pâleur de son visage faisait encore paraître plus vive ; elle était gracieusement assise dans un large fauteuil devant une table de salon chargée de journaux, de papiers et de correspondances.
Près d’elle, son secrétaire, un homme jeune aussi, était placé à un bureau également couvert de papiers et d’imprimés. La physionomie de ce personnage dénotait la présence dans ses veines des sangs arabe et espagnol mélangés ; il avait les yeux, les cheveux et les lèvres des anciens conquérants du royaume de Grenade, la stature, la vivacité et les formes élégantes des Castillans.
— Eh bien, Zampa, lui disait la jeune femme, as-tu exécuté ponctuellement mes ordres?
— Oui, sénora Zingarita, je suis allé à votre place au rendez-vous que M lle de Mondrigo vous avait donné.
— Qu’a-t-elle dit ce matin quand elle t’a reconnu?
— Elle était furieuse ; elle a pris un poignard et elle voulait me tuer.
— Pauvre, Zampa, j’ai mis ta vio en danger, j’en suis vraiment désolée, je n’avais pas réfléchi à eela.
— Rassurez-vous, sénora, j’ai paré les coups de cette enragée avec un oreiller et, comme vous le voyez, je m’en suis tiré sain et sauf. Mais elle n’y allait pas de main morte, et sans mon sang-froid et ma présence d’esprit, elle m’aurait fait un mauvais parti. A la fin, je lui ai arraché son poignard des mains, le voici, ajouta Zampa en tendant à Zingarila un charmant stylet espagnol à lame triangulaire et à manche de nacre, monté en or, artistement ciselé et portant le nom d’Eugénie de Mondrigo, gravé sur sa lame damasquinée.
— C’est un véritable bijou que tu as là, mon brave Zampa ; il paraît que la lutte a été sérieuse et que tu l’as échappée belle, car un seul coup de ce petit instrument piquant et elfilé comme une aiguille aurait pu être mortel. Alors, te voilà brouillé, ennemi juré avec la belle Espagnole.
— Non, au contraire, nous sommes au mieux; comme vous me l’aviez recommandé, je n’ai pas voulu la quitter sans me faire pardonner et j’ai réussi.
— Mais comment as-tu fait, puisqu’elle voulait d’abord te tuer?
— Je lui ai dit, ce qu’il est toujours utile de dire
aux femmes coquettes et vaniteuses, c’est-à-dii’c, que j’étais amoureux fou d’elle, que je l’aimais depuis longtemps, etc., etc.
— Et elle t’a cru?
• — Certainement. Est-ce que toutes les femmes ne croient pas toujours ces choses-là?
— Vous avez donc bien mauvaise opinion de notre sexe, monsieur le séducteur?
— Pardon, sénora, il y a d’honorables exceptions, vous, par exemple, mais elle ne servent qu’à confirmer la règle générale.
— Enfin, monsieur le médisant, que lui avezvous encore dit?
— J’ai ensuite ajouté que j’avais entendu sa conversation avec vous, le rendez-vous quelle vous avait donné, le mot de passe, et que j’en avais profité pour venir à votre place.
— Alors tu lui a dit que j’étais ici !
— Pas si sot ; je lui ^i raconté qu’au sortir du bal, j’ai conduit son cavalier, dont elle ignore encore le nom, chez moi, dans une maison isolée que j’habite et où je l’ai enfermé sous bonne garde, en recommandant à mes gens de ne le mettre en liberté que le lendemain.
— Et elle a cru cette fable absurde?
— Règle générale, sénora, une femme croit toujours ce qui flatte sa vanité et son amour-propre, sauf votre respect et les exceptions qui, comme je vous l’ai dit, confirment la règle.
— Et elle vous a pardonné?
— Pas tout à fait. Mais il me restait encore un grand moyen, et je l’ai employé.
— Lequel?
— J’ai ajouté que je connaissais la véritable cause du duel et de la mort de sir Hamilton, et je lui ai dit que, si elle repoussait mon amour, je la dévoilerais dès aujourd’hui.
— Alors elle a cédé devant la crainte?
— Je dois le croire : soit la peur du scandale, soit la foi dans mon amour, soit le souvenir de la nuit quelle a passée avec moi, elle a cédé; elle m’a accordé un nouveau charmant tête-à-tête, et elle m’a donné rendez-vous pour ce soir au bal de la Redoute.
— Alors elle y viendra?
— Certainement; elle me l’a formellement promis.
— Zampa, vous êtes aussi adroit que dangereux séducteur.
— Quand il s’agit de votre service, sénora, il n’est rien que je ne sache faire.
— Je vous en remercie et vous en félicite, et je vous prouverai ma reconnaissance.
* — Merci, sénora; vous savez que je suis votre serviteur dévoué.
— Oui, Zampa, vous êtes mon meilleur ami:
aussi j’ai en vous une confiance illimitée. Avez-
vous pu obtenir les lettres d’Eugénie au duc d’Ozuna?
— Les voici, dit le fidèle confident en tendant un petit paquet à Zingarita.
— Comment avez- vous fait pour les avoir?
— Toujours par le même procédé que j’ai employé pour me procurer celles de M lle de Mondrigo au jeune Olympio Aguado, aux princes d’Orléans, ainsi que le billet quelle avait adressé au toréador Diégo; je les ai achetées au valet de chambre du duc, qui me les a vendues argent comptant.
— Quelle race que ces valets; ils sont aussi vils qu’insolents, toujours prêts à servir et à trahir leurs maîtres.
— Ils sont ce que ces derniers les font : Tel maître, tel valet.
— Tu as raison, mon ami; dis-moi, as-tu collectionné, ainsi que je t’en ai chargé, les journaux qui annoncent les projets de mariage du grand personnage dont je t’ai parlé?
— Oui, sénora, dit le fidèle Zampa en déployant une liasso de journaux. Voici d’abord V Indépendance belge, qui annonce que le souverain dont vous m’avez parlé a fait demander en mariage la grandeduchesse de Leuchtemberg ; elle ajoute que l’empereur de Russie, son parent, s’est opposé à cette union, en disant que jamais une princesse de sa famille n’épouserait ce souverain, qu’il traite de parvenu. Une autre feuille, Y Étoile belge, raconte qu’une
tentative matrimoniale a aussi été faite auprès du prince Hohenzollern-Sigmaringen, qui compte dans ses Etats quarante-quatre mille habitants, six cent mille francs de revenus et fournit un contingent fédéral de 356 hommes. L’envoyé impérial offrit à ce landgrave prussien la haute naturalisation, le grade de général de division, le bâton de maréchal de France dans un avenir prochain, le rang de prince, un siège au sénat, le grand cordou de la Légion d’honneur, le château de Rambouillet, (Jeux millions comptant et cinq cent mille francs de rente, s’il voulait accorder la main de sa fille. Eh bien, qui le croirait? Ce petit principicule a refusé, on disant que sa fille n’était pas à vendre.
— Ceci est vraiment incroyable, dit Zingarita.
— Voici qui est plus fort encore, dit Zampa; vous connaissez la sœur du roi d’Espagne, vieille, laide et bigote. Eh bien, le croiriez-vous? Le grand empereur l’a demandée en mariage, et encore cette fois il a éprouvé un refus. C’est le Journal de Garni qui le raconte.
Le Journal de Bruxelles dit aussi qu’uno duchesse de Bragancc, qu’on a fait interroger, a déclaré qu’elle ne voulait pas se mésallier.
Enfin, voici d’autres renseignements donnés par la Nation belge, qui sont tout aussi extraordinaires :
« Le parvenu de décembre, dit ce journal, ayant vu le portrait de la princesse Wasa, trouva cette
jeune personne charmante et s’éprit doses charmes; il fit placer son image dans un médaillon, qu’il porta dès lors à son cou; des négociateurs furent chargés de demander sa main. Le futur époux se délectait à l'avance, en songeant au plaisir que lui procurerait la possession de cette beauté. Mais hélas! cette fois encore son espérance fut trompée : la famille Wasa repoussa la demande qui lui était faite, sous prétexte que la princesse était trop jeune.
» Ce refus a, dit-on, beaucoup contrarié le galant , qui a juré de se venger et de chercher désormais une épouse en dehors des familles souveraines. »
— A merveille, dit Zingarita; j’espère plus que jamais que la dernière prophétie de notre reine, mon aïeule, s’accomplira et que la rousse Eugénie deviendra impératrice, et alors je tiens ma vengeance. Le fils de ' la châtelaine d’Arenemberg expiera l’abandon de ma pauvre mère et sa mort prématurée. Donne-moi ces journaux et prépare-toi à venir avec moi au bal de la Redoute; tu sais ce que nous avons à y faire.
— Je suis à vos ordres, sénora.
One demi-heure après, la jeune Gitana, en brillant costume de bal, et son confident s’installèrent dans le salon de conversation de la Redoute, en attendant l’ouverture du bal.
Il y avait à peine dix minutes qu’ils y étaient, quand M mc et M 11 * de Mondrigo entrèrent, accom-
pagnées de sir Hudson, de M. B et d’une suite
nombreuse de galants.
Le duc d’Ozuna, très-pâle, sans doute par suite de sa blessure et de l 'émotion que lui avait causée la mort de M. ilamilton, était assis pensif près d’une table de jeu. Il avait la main gauche passée dans son gilet; une crevée faite à la manche de son habit indiquait l’endroit où il avait été blessé.
11 y avait beaucoup de, monde dans le salon.
Toutes les dames avaient des toilettes magnifiques; M" 1 * la comtesse de Mondrigo et Eugénie étaient éblouissantes de parures, de grâce et de beauté; elles se prélassaient sur une causeuse et jouissaient des nombreux hommages qui leur étaient adressés.
Zingarita, d’une beauté originale et piquante, attirait aussi un grand nombre de regards. On admirait en silence cette séduisante inconnue, qui venait pour la première fois dans les salons du temple des jeux de Spa.
Elle était placée tout auprès de MM m ” de Mondrigo, et elle tenait à la main un itinéraire de Spa et de ses environs, qu’elle semblait lire avec attention. Tout à coup elle leva la tète, et s’adressant à Zampa, assis à ses côtés, elle lui dit ;
— C’est singulier, je lis dans ce guide qu’on ne reçoit dans ces salons que les honnêtes femmes : cela me parait peu véridique en voyant ici la Mondrigo et sa fille.
Zingarita souligna ces derniers mots en les pro-
— an-
nonçant. Tout le monde la regarda avec surprise.
M me de Mondrigo et Eugénie, qui l’avaient reconnue on entrant, pâlirent sous leur rouge.
— Qui donc ose ainsi parler de M mc la comtesse et de M lle sa fille, demanda sir Hudson en pâlissant de colère?
• — C’est moi, répondit Zingarita de sa voix douce et avec un calme parfait. Je disais que j’étais étonnée de rencontrer ici les personnes que je viens de nommer, puisque, comme l’assure ce livre, ou ne reçoit dans ces salons que des honnêtes femmes, et je suis persuadée que toutes les personnes présentes partageront ma stupéfaction quand elles connaîtront ces daines.
— Que voulez-vous dire, répondit le poète B...?
— Je veux dire, reprit Zingarita, que MM ra " de Mondrigo ne sont pas des honnêtes femmes.
A ces mots, ces deux dernières devinrent blêmes; les auditeurs redoublèrent d’attention, les dames surtout; elles se regardaient en souriant malicieusement. - •
— M rac la comtesse et M llc Eugénie sont connues ici, dit sir Hudson, et ce ne sont pas vos attaques grossières qui les noirciront à nos yeux ; leur réputation est «au-dessus de vos calomnies.
— Je n v ai calomnié personne, continua Zingarita; j’ai dit que ces dames n’étaient pas honorables, et voici pourquoi.
— C’est «assez, s’écria M rac de Mondrigo; ne
prenez pas la peine de formuler vos accusations mensongères, car nous ne nous donnerons pas celle de vous répondre.
— A votre aise, madame ; je vous préviens seulement que vos dénégations seraient inutiles, car j’ai la preuve de ce que j’avance; je prie donc seulement les personnes présentes de vouloir m’écouter.
— Parlez, madame, dit un monsieur en cheveux blancs et à l’air respectable.
— Eh bien, dit Zingarita, la comtesse de Moudrigo et sa fdle étaient entrées à la cour d’Isabelle II, en qualité de dames d’honneur, par la protection du général de N ; mais elles ne tar-
dèrent pas à se faire chasser par leur conduite scandaleuse et déréglée. La comtesse fut surprise en ilagrant délit, d’adultère avec le général de N.... et Eugénie en rendez-vous très-intime avec le toréador Diégo. Voici, monsieur, ajouta Zingarita en désignant Zampa, qui est prêt à en témoigner, et j’ai en outre ici deux certificats signés par deux honorables gentilshommes espagnols qui l’attestent; mais ce n’est pas tout : M“ de Mondrigo entretenait encore des relations coupables avec un jeune Italien, qui, pour rompre le joug quelle lui imposait, lui a dérobé ses diamants et les a mis en gage, afin de pouvoir payer son voyage; j’ai aussi des lettres prouvant ces faits. — A Spa, ces doux femmes ont continué leurs intrigues honteuses : le duc d’Ozuna a surpris sa
fiancée le trompant avec M. Hamilton; c’est à la suite de cette découverte que ces deux messieurs se sont battus et que le dernier a été malheureusement tué. Je prie Monsieur lo duc, qui a eu la généreuse discrétion de donner un autre prétexte à son duel, de me démentir si je ne dis pas vrai. Je pourrais citer bien d’autres actes honteux et tout aussi scandaleux, dont l’existence de ces femmes abonde : mais je crois ce que j’ai dit suffisant pour prouver que MM m “ de Mondrigo ne sont que des aventurières. Quelles me démentent si elles l’osent, et je fournirai mes preuves.
La comtesse et Eugénie, accablées, gardèrent le silence, mais sir Hudson, voyant leur embarras, vint à leur secours.
— Ces dames ne s’abaisseront pas à se justifier d’aussi infâmes calomnies, qui, ainsi que je l’ai déjà dit, ne peuvent les atteindre; elles se contenteront de les mépriser.
— Ce ne sont pas des calomnies qui vienuent d’être articulées contre elles, dit Zampa; ce sont des faits certains, véridiques, dont on offre la preuve.
— Et moi, je vous dis que vous mentez et que vous êtes un vil calomniateur, ajouta sir Hudson furieux en s’avançant vers Zampa et en le menaçant du poing.
Mais à peine achevait-il son apostrophe injurieuse et levait-il la main que son adversaire lui
appliqua un énorme soufflet, qui le renversa par terre. Plusieurs personnes s’interposèrent aussitôt entre lui et Zampa et les séparèrent .
— Nous réglerons ceci autre part, dit sir Hudson en se relevant, ayant la joue rouge du soufflet qu’il venait de recevoir.
— Soit, dit Zampa.
Pendant cette scène, M llc Eugénie avait jugé k propos de s’évanouir, et sa maman appelait du secoure et faisait le plus de bruit possible, afin de distraire l'assemblée do l’explication qui venait d’avoir lieu à son sujet. On fit respirer des sels à la belle évanouie, et on la reconduisit à sa voiture, où elle fut placée à côté de sa mère, de sir Hudson et
de M. B et tous quatre regagnèrent l’hôtel de
Flandre.
On comprendra facilement qu’ après un pareil scandale ces dames ne pouvaient plus se présenter dans les salons de la Redoute.
Elles décidèrent de quitter Spa aussitôt que sir Hudson aurait obtenu la réparation qu’il avait demandée à Zampa.
Le lendemain, ces deux messieurs se rencontrèrent sur le terrain et se battirent au pistolet. Sir Hudson reçut une balle à la tempe gauche qui le tua raide.
Après ce malheur, M" M de Mondrigo quittèrent Spa en compagnie de leur dernier et fidèle protecteur, le poète B qui les engagea très-fort à
venir avec lui à Paris, où elles trouveraient, disait-il, un théâtre digne do leurs charmes et do leur beauté. 11 leur promit d’user de toute son influence auprès des hautes illustrations politiques, ses amies, pour faire recevoir ces dames dans le grand monde et même à la cour.
Cette brillante et séduisante proposition fut acceptée par M”' la comtesse, qui partit pour Paris accompagnée de sa fille et de son sigisbée.