Œuvres de Marot, 1700, t. H, p
c maison impériale, accoustrez de robes de velours c fourrées de martre, robes à passemens d'or, chaisnes c dor en écharpes, bonnetz triumphans de velours c ferrez d'or, ymaiges et enseignes d'or, montez tous c sur beaulx genetz d'Espaigne, bien en ordre, lesc quelz il faisoit bon veoir. > Le chancelier, Guillaume Poyet, vêtu de velours cramoisi et d'un manteau d'écarlate fourré d'hermine, monté sur sa mule, escortait les sceaux du roi renfermés dans un coffre recouvert de drap d'or et porté par une haquenée. Le grand écuyer du roi et celui de l'empereur, le duc de Guise, grand chambellan, les cardinaux, le connétable, habillé de drap d'or, portant l'épée impériale nue, suivaient le chancelier. L'empereur, en grand deuil de l'impératrice , Isabelle de Portugal , morte le 1 *' mai 1 539, portant le collier de la Toison d'or, montait un cheval noir caparaçonné de drap noir; il avait à ses côtés le dauphin et le duc d'Orléans, vêtus de robes de velours noir, garnies de passements d'or et d'argent. Six cardinaux et six évêques reçurent l'empereur à la porte Saint-Antoine, sous un arc de triomphe, et lui présentèrent les clefs de la ville. Les échevins lui offrirent t ung ciel tout de fin drap d'or, tout semé des € aigles noirs, lequel ciel luy fiit mis dessus et porté € par les maîtres jurés de la ville. > Pendant cette cérémonie, la Bastille faisait feu de son c artillerie, bom- € bardes, canons, couleuvrines, harquebutes à cro- € chet, mortiers, serpentines et autres grosses pièces. > Le cortège entra par la rue Baudoyer, suivit la rue Saint-Antoine, passa devant l'hôtel de Montmorency \ où
i. Sans doute l'hôtel de François de Montmorency, seigneur
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la cour était aux fenêtres, et s'arrêta à Notre-Dame. Le roi attendait Tempereur au pied de Fescalier du palais de justice ; ils montèrent ensemble dans la grande salle et prirent place au banquet, Fempereur et le roi au haut bout; le dauphin, le duc d'Orléans, le légat du pape, le roi de Navarre, les cardinaux de Bourbon et de Lorraine, les ducs de Vendôme et de Lorraine audessous d'eux. Debout à la table de marbre, le connétable faisait son office de grand-maistre ; le sire d'Enghien, d'écuyer tranchant; le comte d'Aumale, de panetier; le prince de la Roche-sur-Yon, d'échanson. Après le souper, la reine, les princesses et toutes les dames parurent et la fête commença : t Vindrent moc meries de diverse sorte tant pompeuses, braves et € mignones que c'estoit chose merveilleuse à regarder, c ... Après icelles momeries y eut farces, tragédies et € mots dorés triumphans. i Le bal suivit le spectacle. Les jeunes seigneurs français rivalisèrent avec les Espagnols; tous t se parforcèrent de démonstrer agic hté de corps, faisant saulx, gambades, pas de me- € sures qui sembloient droictement que les muses les c guidassent. >
Vers minuit, les officiers du roi conduisirent l'empereur dans une salle tendue de drap d or et de broderies. L'infortunée victime d'un si généreux accueil put
de la Rochepot, gouverneur de TIle-de-France , situé rue Saint- Antoine, sur remplacement occupé actuellement par le passage Gharlemagne, où paraissent encore quelques restes de cette résidence {Lettres d^Ant. de Bourbon et de J, d'Albret, publiées par M. le marquis de Rochambeau pour la Société de VHist. de France, p. 1, note). L'hôtel du connétable de Montmorency était situé dans la rue qui porte son nom, entre la rue Saint-Denis et la rue Saint-Martin.
enfin se reposer. Gharles-Quint était dans un état de santé qui donnait de l'inquiétude à ses serviteurs. Sujet aux maladies d'estomac, à la goutte, à Tasthme, il était parti malade de Madrid. Son médecin, Gavallos, n'avait pu le rejoindre qu'à Bordeaux. Pendant tout le voyage, il avait suivi son régime habituel, les boissons glacées, les huîtres, le poisson, autant que possible. La fatigue des réceptions, succédant à celle de la route, lavait accablé. Il avait assisté au banquet du roi sans y prendre part, mais la salle était vaste et fit)ide, et les douleurs de poitrine dont il n'avait cessé de souffrir depuis son départ s'étaient aggravées. La nuit fiit mauvaise ; de deux à sept heures du matin le médecin lui appliqua des lotions constantes d'eau froide sur la poitrine. Le matin il prit un bain et se mit à la diète. Le roi de France lui envoya ses médecins; ils se conten^tèrent d'approuver le régime prescrit par Gavallos ^ Les nuits suivantes ne furent guère plus calmes ; cependant le repos et les soins apaisèrent un peu ses douleurs*. Outre les excès de boissons glacées qu'il comr mettait sans mesure, il se livrait à des pratiques de piété qui contribuaient à son affaiblissement autant que la fatigue du voyage. Depuis la mort de l'impératrice, sa santé déclinant, il était tombé dans une mélancolie profonde. Sa dévotion avait pris des proportions étranges, même pour un Espagnol du seizième siècle. Son historien Zenocarus (Snouckaert de Scanverburg) raconte que pendant le voyage de France il passait une
1. Lettre de Gavallos à Los Govos du 5 janvier 1540 (Arch. nat., K. 1485, no 9).
2. Lettre de Henri de Tolède à Los Govos du 7 janvier 1540 (Arch. nat., K. 1485, r 13).
partie de ses nuits en prière, à gencNix, dans sa chambre tendue de noir, entre sept torches fiinéraires^ Le récit de sa maladie, grossi par le bruit populaire, vint jusqu'à Bruxelles et mit en émoi tous ses conseillers. La reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas', ordonna au duc d'Ârschott d^envoyer dans le plus grand secret un agent à Paris afin d*obtenir des informations certaines, à Tinsu de l'empereur et surtout du dianoelier Granvelle*.
Le lendemain de son arrivée, après la messe, Tempereur rejoignit le roi au palais du Louvre, orné en son honneur des chefs-d'œuvre de la renaissance firançaise. Les fêtes reconmiencèrent le 3 janvier et durèrent jusqu'au départ des deux rois, le 7 janvier. Chaque journée fiit marquée par des joutes et des tournois, chaque soirée par des festins et des bals où s'étalait la magnificence de cette cour riche et brillante. Les deux souverains, Ghar^ les-Quint, malade, et François P', moins valide encore que son rival, tous deux passés maîtres dans les jeux de Tancienne chevalerie, n'y prirent aucune part; mais les princes et les seigneurs de leur suite se montrèrent c si c braves et triumphans qu'ilz demonstroient bien, à c les voir en armes, que autrefois ilz avoient esté en la c compagnie du dieu Mars. > Parmi les héros de ces jours de fête, la Chronique du roi Françays /•' cite deux prétendants à la main de Jeanne d'Âlbret, Antoine de
1. Zenocarus cité par M. Mignet dans Charles^Quint au monas^ tère de Juste, 3» édition, p. 11, note,
2. Marie d'Autriche (1501-1558), sœur de Gharles-Quint, reine de Hongrie, gouvernante des Pays-Bas depuis 1531.
3. Lettre de la reine de Hongrie au duc d'Arschott du 6 janvier 1539(1540) (Gachard, Troubles de Gand, p. 237).
Vendôme, qui ouvrît le tournoi avec François de Lorraine. Le dimanche, 4 janvier, la ville oflWt à l'empereur une statue d'Hercule de sept pieds de haut, en argent, pesant 400 marcs ; la statue portait un candélabre avec cette devise en écharpe: Altéra alterius robur^ allusion à l'appui que les deux rois s'étaient promis. Ce don était estimé 2000 écus^
La brillante réception du roi de France ne faisait pas oublier à Tempereur ses intérêts politiques. En passant à Saint-Sébastien et Fontarabie, il avait inspecté les fortifications de ces deux villes*. En traversant le duché d'Albret et la Guyenne, il avait remarqué Tordre de l'administration du roi de Navarre et la richesse de son gouvernement. A Loches et pendant le reste du voyage, il vit Henri d'Albret et put d'autant plus facilement s'entretenir avec lui que le roi de France voyageait en litière^. Il fut frappé des qualités de ce prince. Suivant Palma Cayet, il répétait à ses familiers t qu'il € n'avoit veu qu'un honmie en France, qui estoit le € roy de Navarre^ > Suivant Pierre Mathieu, il t com- € prenoit ce prince entre les trois remarques de ce € qu'il avoit veu de singulier en ce voyage*^. > Parmi les différents accords matrimoniaux qui faisaient alors l'objet de la politique de François P' et de Charles- Quint, celui de Jeanne d'Albret méritait de ne pas être
1. Lettre de Henri de Tolède à Los Ciovos du 7 janvier 1540 (Arch. nat., K. 1485, n© 13). — Chronique du roy Françoys pre^ mier, p. 305. — Chronique publiée par M. Gachard dans Troubles de Gand,