‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 15 sur 66 · Pierre Mathieu, histoire de France, 1. 1, p · texte numérisé non relu

Pierre Mathieu, histoire de France, 1. 1, p

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oublié. Le roi, par condescendance ou par dissimulation, ne repoussait pas le prince d'Espagne. Le chancelier Poyet dit même au nonce Poggio que ce mariage aurait l'assentiment du roi si l'infant voulait faire hommage de la Navarre au roi de France^

 Paris, l'empereur eut plusieurs entrevues avec le cardinal Alexandre Famèze, neveu du pape Paul III, l'un des négociateurs les plus habiles de ce siècle*. Les Farnèze avaient des prétentions au duché de Milan; les entrevues du cardinal et de l'empereur furent le point de départ de l'alliance qui se noua entre les deux maisons. Mais c'était dans les négociations avec François V^ que résidait le plus grand embarras du voyage. Le roi prétendait au Milanais et l'empereur lui en avait promis l'investiture. Pressé d'exécuter ses promesses, il les renouvela, mais il demanda de t n'estre impor^ € tuné de les signer, à ce que par cy après on ne € peust dire qu'il les eust faites par contraincte pour € obtenir son passaige'. > Le cardinal de Toumon voulait obtenir un engagement moins fugitif qu'une promesse verbale ; mais le connétable, en flattant le roi dans ses sentiments de loyauté, le décida à se confier à la parole de l'empereur, conmie l'empereur se confiait à la parole du roi pour traverser la France. Cependant les contradictions ne manquèrent pas; on dit que la dame d'Estampes et même que le fou de la cour

1. Lettre du nonce Poggio à Los Govos du 6 janvier 1540 (K. 1485, n* 11).

2. Lettre de Granvelle à Los Govos du 6 janvier 1540 (Arch. nat., K 1485, n» 12).

3. Mémoires de du Bellay, Uvre VIII, édit. du Panth. litt, p. 692.

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conseillèrent au roi de retenir son hôte jusqu'à la livraison du Milanais, que Gharles-Quint acheta la dame d'Estampes par un don, que le connétable et Marguerite d'Angoulême eux-mêmes se laissèrent séduire, qu'une étourderie du duc d'Orléans révéla les hésitations du roi, qu'une imprudence du chancelier Poyet faillit coûter la vie à l'empereur et fut transformée en tentative d'assassinat. Ces anecdotes, que tous les historiens reproduisent, ne sont justifiées par aucun document sérieux*.

L'accueil de François P' était si franc, si cordial, l'appui moral qu'il prêtait à son rival contre les révoltés gantois paraissait si bien exempt d'arrière-pensées ambitieuses, que l'empereur s'applaudissait de son voyage. De Bayonne, il écrit à Los Covos à propos de la réception des princes français : t Tout jusqu'ici € va tellement bien, que sans aucun doute cela ira € mieux encore plus tard*. > Huit jours après, son plus intime confident, le chancelier Granvelle, écrit à la reine de Hongrie t que l'empereur n'en parle gueres € sans pleurer de joye^. > De Paris, le chancelier signale encore la courtoisie du roi et de ses enfants qui veulent reconduire son maître jusqu'en Flandre*.

Malgré ces apparences d'intime alliance, au fond les deux rois restaient rivaux et les deux peuples enne-

i. Gaillard, Histoire de François /"», t. ni, p. 78 et suivantes, et presque tous les historiens modernes.

2. Arch. nat., 1484, n^ 136. Le post-scriptum, que nous traduisons, est autographe.

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