Gachard, Troubles de Gand, p
4. Lettre de Granvelle à Los Govos du 6 janvier 1540 (Arch. nat., K. 1485, no 12).
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mis. L'amoui^propre des courtisans impériaux avait été souvent blessé; dans les tournois, la palme était restée aux Français; les récits des témoins oculaires ne signalent aucune prouesse des chevaliers espagnols ou flamands. Depuis la rencontre de Fontarabie, les seigneurs français déployaient un luxe qui contrastait avec la simplicité de leurs compagnons de voyage. Leurs vêtements et leurs chevaux, ceux mêmes de leurs pages et de leurs serviteurs, défiaient toute comparaison. La fierté espagnole souffrait de cette infériorité^ Aussi Granvelle écrit-il que les gens de la suite désirent vivement la Gn du voyage*. Henri de Tolède est plus explicite ; la vie qu'il est obligé de mener, lui et ses compagnons, n'est pas plus du goût des Flamands que de ses compatriotes; elle est ruineuse et pénible ; il demande à ne pas être obligé de repasser par la France lorsqu'il rentrera en Espagne'. La morgue castillane se consolait de sa défaite en critiquant la licence de la cour de France et les désordres qui s'étalaient au grand jour*. Ce reproche était malheureusement trop mérité.
La magnificence et la générosité de François !•' obligeaient l'empereur à des dépenses qui épuisaient son trésor. C'est une remarque digne d'être consignée : malgré les bénéfices de sa dignité impériale, la possession
1. Lettre d'Idiaquez à Los Govos, du 28 nov. 1539 (Arch. nat., K. 1484, no 135).
2. Lettre de Granvelle à Los Govos du 6 janvier 1540 (Arch. nat., K. 1485, n* 12).
3. Lettre de Henri de Tolède à Los Govos du 7 janvier 1540 (Arch. nat., K. 1485, n* 13).
4. Lettre d'Idiaquez à Los Govos du 21 décembre 1539 (Gachard, Troubles de Gand, p. 645).
des fertiles plaines de l'Italie et des Flandres, les pays les plus riches de TEurope, malgré les mines des deux Indes alors en pleine exploitation, Charles-Quint était toujours arrêté par la pauvreté de ses finances. Pendant son séjour en France, sa pénurie devint embar^ rassante. Il envoya en poste son trésorier, Rombaut de Taxis, à Anvers, pour emprunter 20,000 ducats ; mais le trésorier revint peu de jours après ; il n'avait pas trouvé un écu^ Nous ne savons conmient l'empereur se tira d'embarras ; mais, pour l'avenir, il accepta avec empressement une proposition du connétable, qui répondait à un de ses vœux secrets, c que désormais le € défrayement cessât entre l'empereur et le roy , quand € ils auroient à s'entre visiter, estant telle demonstra- € tion superflue là où chacun entend assez le pouvoir € qu'ils ont d'uzer de telles liberaUtez quand il est exc pédient, mais plutôt qu'ils s'entredonnassent toute € liberté l'un chez l'autre pour y pouvoir aller et venir € privément*. >
Après un séjour d'une semaine à Paris, Gharles- Quint et François P' se remirent en route. Le roi avait manifesté l'intention d'accompagner son hôte jusqu'en Flandre. La gouvernante des Pays-Bas avait déjà prescrit des préparatifs de réception, mais ce projet n'eut pas de suites^. Le 7 janvier, les deux rois couchèrent à Saint-Denis, le 8 au château de Chantilly, qui appar-
1. Gachard, Troubles de Gand, d'après le Journal de Vandenesse.
2. Lettre de Févêque de Lavaur au connétable, du 27 janvier 1540 (Mémoires de Ribier, t. 1, p. 494).
3. Lettres de Marguerite de Parme au duc d'Arschott, du 16 et du 24 décembre {Troubles de Gand, p. 310 et 314).
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tenait alors au connétable ; l'empereur y resta plusieurs jours et y fiit traité presque aussi magnifiquement que chez le roi. Le 13, la cour arrive à Soissons, le 15 à La Fère, domaine du duc de Vendôme. Après un repos de trois jours, elle partit pour Saint-Quentin. Le 20, au matin, l'empereur prit congé du roi et de la reine. Le dauphin, le duc d'Orléans, le connétable, tous les seigneurs qui avaient été au-devant de lui à Bayonne raccompagnèrent jusqu'à Yalenciennes, première place de la Flandre. Bien que le cortège eût diminué depuis le départ du roi, il comprenait encore un millier de chevaux^ Avant de se séparer des ministres impériaux, le connétable renouvela la demande du roi relative au Milanais, c Le bon prince, dit du Bellay, lequel n'avoit € jamais eu envie de tenir sa promesse, les remit jus- € ques à ce qu'il eust communiqué avecques son con- € seil des Pays-Bas, mais asseura qu'ayant chastié ses € sujets rebelles il contenteroit le roy. Je pense bien € que si mal luy eust basté et qu'il eust trouvé son € pays si eslevé contre luy qu'il n'y eust pu remédier, € il eust peu tenir sa promesse, espérant se pouvoir € ayder des forces du roy*. >
Aussitôt après son arrivée à Bruxelles, l'empereur tint un conseil composé de son frère Ferdinand, roi des Romains, et de sa sœur Marie d'Autriche, reine de Hongrie. Il niait avoir promis le Milanais au roi de France; il se disait seulement engagé à donner sa fille dona Maria au duc d'Orléans, avec un apanage en dot,
1. Journal de Vandenesse (Bibl. nat., coll. Dupuy, vol. 560).
2. Mémoires de du Bellay, liv. Vm, édit. du Panth. litt, p. 693.
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le Milanais ou tout autre ^; mais il prétendait ne s'en dessaisir qu'en retour de certains avantages, au nombre desquels il mettait le mariage de son fils avec l'héritière de la Navarre. Soit qu'il ne prévit aucune opposition du roi sur une convention ainsi entendue, soit qu'il se flattât de la vaincre, il donna l'ordre à son ambassadeur, François de Bonvalot, de demander au roi la main de Jeanne d'Âlbret.
c Et quant au prince des Espaignes, avons advisé de mettre « en avant son mariaige avec la fille unique des sieur et dame « d' Allebrecht, pour considération de la proximité et consangur- « nité d*eux avec ledit sieur Roy très chrestien, et afin que ledit « sieur et dame d^AlIebrecht participent de ceste dicte amitié et « se vuyde et pacifie la querelle qu'ils prétendent au royaume de c Navarre, ce que désirons plus pour la satisfaction dudict sieur « Roy très chrestien et effacer toutes occasions de querelles que « pour penser d'y estre en rien tenu*. »
Habile à dissimuler l'importance de sa demande, il l'accompagnait de compensations séduisantes en apparence : Toffre de la main de sa fille pour le duc d'Orléans avec l'investiture des Pays-Bas, de la Gueldre et du comté de Zutphen ; la renonciation à tous droits sur les comtés de Bourgogne et de Gharolais ; l'abandon au roi des € terres limitrophes > de la Franche-Comté , moyennant une compensation de deux millions ; le mariage de Marguerite de France avec le prince Maximilien, fils
1. Dépêche de l'empereur du 16 avril 1540 (Arch. nat., K. 1485, no 16).
2. Papiers d'État de Granvelle, t. H, p. 569 et 562; instruction de Gharles-Quint, datée de Gand, du 24 mars 1540. Voyez aussi, pour ce qui suit, la lettre de Gharles-Quint du 16 avril 1540 (Arch. nat., K. 1485, n» 16).
aîné de Ferdinand d'Autriche. Ces avantages n'avaient rien de réel. Des provinces que l'empereur offrait si libéralement, les unes, les Pays-Bas, repoussaient la domination d'un prince français, les autres, la Gueldre et le comté de Zutphen, ne lui appartenaient pas ; elles étaient entre les mains d'une maison allemande, hostile à la maison d'Autriche et dévouée à la France depuis le commencement du siècle ; les comtés de Bourgogne et de Gharolais faisaient partie effective depuis longtemps du royaume de France, malgré les réclamations de la diète ; enfin les t terres limitrophes > de la Franche- Comté ne valaient pas la somme de deux millions.
L'ambassadeur Bonvalot exécuta sa mission. Le roi, préoccupé seulement du Milanais, répond, le Sl4 avril, par ses ambassadeurs, Georges de Selve, évèque de Lavaur, et Antoine Hellin, conseiller au Parlement de Paris, € que ce sont choses ausquellesnepourroitestre c si promptement pourveu, et que le fait desdicts ma- € riages ne despend aulcunement et n'a rien de com- € mun à ce qu'il convient de présent traiter entre ces € deux princes ; aussi que la résolution du fait desdicts € mariages pouroit, pour la grandeur d'iceux, estre € cause d'aucunement retarder ou dilayer la conclu- € sion de ce présent traité, et que l'aage des personnes c ne requiert que lesdicts mariages soient pressés ou € accélérés*. > Autant les ouvertures de Bonvalot déplaisaient au roi, autant elles furent accueillies avec empressement à la cour de Navarre. L'avenir réservé à leur fille, la certitude de la voir monter un jour sur le premier trône du xvi* siècle, remplissait d'orgueil