Rapport de Descarra
2. Lettres du duc de Glèves au roi et à la reine de Navarre et réponses au duc de Glèves, écrites du 7 au 17 mai 1541 (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 434 à 437). La lettre de Marguérite est imprimée aux Pièces justificatives.
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€ mêmes. > Enfin Henri et Marçuerite éprouvent un tel chagrin du dépit du roi qu'ils en mourront : c Par « quoy, Monseigneur, s*il vous plest que le père, la c mère et la fille vivent en vostre service, il vous plera « doncques leur redonner la vie par la seureté de c vostre grâce, car aultrement ceux qui en ont désiré € la fin la voiront bientoust^ » Enfin elle supplie le roi de renoncer à toute hésitation et de conclure ce mariage*. Avec sa lettre Mai^erite envoya en avant un de ses familiers, Nicolas Dangu, évéque de Séez, pour faire entendre au roi c par le menu comme tout c est passé. » Au duc de Glèves, Marguerite adressait de chaudes félicitations sur son arrivée, c lonneur et le € bon recueil, dit-elle, que vous hont fait le Roy, Mesc sieurs et Mesdames, quy ma esté très grant plesir, € veu que vous y trouvés a votre contentemant, ce que € je vous hay toursjours aseuré. > Quant à elle, elle prenait sa part de Tallégresse générale et se hâtait d'arriver à la cour : c Et pour avoir part à cete joye € je me haste le plus que je puis de retrouver le Roy, c conune vous diva Monseigneur de Géez, ce porteur, € lequel je vous prye croire comme moy mesmes*. > Ces derniers mots révèlent peut-être une mission confidentielle.
1. Lettres de Marguerite d'Ângoulême, édit. de la Soc, de VHist. de France, t. Il, p. 176. Cette lettre, dont Toriginal est sans date, a été mal datée par Téditeur. Au lieu d'appartenir à Tannée 1540, elle ne peut être que du mois de mai 1541.
2. Lettres de Marguerite d'Angoulême, édit. de la Soc. de VHist. de France, t. H, p. 237.
3. Lettre de Marguerite au duc de Glèves, sans date (Ârch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n* 17, f. 437). Cette lettre est imprimée aux Pièces justificatives.
Le duc se louait sans arrière-pensée du bon accueil du roi ; il admirait très-haut les magnificences de la cour de France et accablait son royal hôte de pesantes flatteries, de flatteries allemandes. Les jours qui suivirent sa visite à Plessis-les-Tours furent remplis par des parties de chasse et des fêtes. Le 1 mai la cour était à Ghenonceaux, le 11 à Loches, le 20 à Ghàtellerault^ Le roi et la reine de Navarre s'avançaient du côté du Midi à petites journées. Le duc leur écrivit par un de ses gentilshonunes qu'il se ferait un honneur d'aller au-devant d'eux. Marguerite déclina vainement cet excès de prévenance; elle remercia son futur gendre < de la paine, difr-elle, que vous « prenés de nous envoier visiter, quy est bien « acés sans que vous y viengnés en personne, ce < que vous ne devés pas faire, mes dimanche au plus « tard nous serons àChastellerault. » A cette nouvelle le duc monta à cheval et aUa à la rencontre du roi et de la reine de Navarre jusqu'à Poitiers*. Le lendemain ils firent ensemble une entrée solennelle à Ghàtellerault où les attendaient des fêtes brillantes. Pendant que les architectes et les peintres décoraient le château, le roi se logea dans une maison de campagne, nommée la
1. Récit du chancelier Olisleger dans le 1. 1 de Zeitschrift des Bergischen Geschichtsvereyis. — Autres récits des compagnons de voyage du duc de Glèves conservés aux archives de Dusseldorf (Julich-Berg, no 16, pièces 11, 12, 13 et 14).
2. Récit du chancelier Olisleger dans le 1. 1 de Zeitschrift des Bergischen Geschichtsvereins, — Autres récits conservés aux archives de Dusseldorf (Julich-Berg, n® 16, pièces 11, 12, 13 et 14). — Lettre de Marguerite au duc de Glèves, sans date (Ihid., n» 17, f. 437). Nous publions cette lettre aux Pièces justificatives.
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Berlandière, voisine de la ville*. Le jeudi, 9 juin, il y donna une première fête. La reine, la dauphine, le roi et la reine de Navarre, Marguerite de France et Jeanne d'Âlbret y assistaient. Un grand théâtre, garni de galeries, avait été élevé en pleine forêt. « Princes et sei- « gneurs, princesses et dames arrivèrent audit théâtre
< à l'armonie et doulx bruit des clairons et trompettes ;
< et, lesdites dames logées èsdites galleries de natu-
< relie verdure et tout mis en bon ordre, mesdicts € seigneurs le Daulphin, le duc d'Orléans et le duc de € Clèves commencent à courir les ungs après les € aultres la bague, laquelle estoit suspendue à l'un c des boutz dudit théâtre. Tous portoient sur leurs € heaulmes grands et beaux plumards, chescun selon € sa livrée... Après avoir fini le jeu de la bague, se € combatirent à l'espée Tung contre l'autre, et se don- € nerent de grans coups, tant de taille que de revers, c que aussi des ponmieaux d'espée sur les heaulmes, € tant que le feu en sailloyt et les espées rompoyent c en plusieurs pièces. >
Le dimanche, 1S! juin, le roi rassembla au château de Ghitré, qui appartenait au capitaine La Roche du Maine, la compagnie d'ordonnance de François de Bourbon, sire d'Ëstouteville, comte de Saint -Paul. Au xvi^ siècle les soldats n'étaient pas assujettis à l'uniforme, mais les grands seigneurs tenaient à honneur de donner à leurs gens d'armes une tenue magnifique à leurs couleurs. Les hommes d'armes, les
1. Chronique du roy Françoys premier, publiée par M. Guiffrey, în-8», p. 365: — Tout ce (jui suit est extrait de cette intéressante chronique.
archers et les pages de la compagnie d'Estoutevîllé étaient vêtus de velours, l'enseigne de velours incarnat et blanc, les chevaux bardés de fer. Le roi était accompagné des ducs de Clèves et d'Orléans, de Marguerite de France, de la duchesse d'Estampes, du sire d'Estouteville et de Jacques d'Escars, son lieutenants
Jeanne d'Albret paraissait dans ces fêtes, mais elle n'avait pas capitulé devant les volontés du roi. La raison d'État, les nécessités de la politique n'avaient pu être invoquées auprès d'une jeune fille de treize ans ; on épuisa sans succès les autres moyens de persuasion; les ministres du roi perdirent leur rhétorique et la dame de Lafayette ses conseils afiPectueux. On espérait que Marguerite arriverait à vaincre l'obstination de sa fille; cette espérance fut bientôt déçue. Le roi et la reine de Navarre avaient eu la sagesse de condescendre au mariage de leur flUe à la condition que ce mariage se bornerait à une cérémonie d'apparat et sans suites, à un engagement pourvu de causes de nullité et facile à rompre ; mais conmie il était impossible, à cause de son jeune âge, de mettre la princesse dans la confidence de cette coniédie, elle éprouva un grand trouble quand elle se vit abandonnée en apparence aux convoitises du duc Guillaume. Son anxiété nous est révélée par les termes mêmes d'une de ses protestations autographes. « Je ne sais à quy avoir re- « cours que à Dieu quand je vois que mes père et mère « m'ont délaissée, lesquels sçavent bien ce que leur ay
1. Journal de Guillaume le Riche, avocat du roy à Saint- Maixent, publié à Baint-Maixent par M. de la Fontenelle de Vaudoré, in-8«, 1846.
< dict et que jamais n'aymeroie le duc de Glèves et n*en
< veulx point. > Abandonnée par tout le monde, Jeanne ne s'abandonna pas elle-même. Cet exil dans les froides contrées du Nord, au milieu de populations inconnues, cet époux, dont la langue et les coutumes lui étaient étrangères, séduisaient peu son imagination. Pour réduire ce caractère si ferme, les prières, les menaces furent inutiles; on employa la violence. On épouvanta la jeune princesse; on lui dit qu'elle serait c cause de la perte et destruction de ses € père et mère et de leur maison. > Bien plus, la reine fit c fouetter > sa fille par la dame de Lafayette. L'infortunée jeune fille fut tellement < fessée et maltraitée > qu'elle croyait c qu'on la feroit mourir^ > Ce fut à ce prix que Marguerite obtint le consentement de sa fille.
Le 13 juin, à sept heures du soir, le roi fit une rentrée solennelle à Ghàtellerault avec toute sa cour. La nuit tombait et servait de prétexte à de nouvelles magnificences. La façade du château était illuminée. Un vaste pavillon, garni de tapisseries et de lustres, élevé à l'entrée du palais, formait un arc de triomphe. Partout, au milieu des lumières, dans les tentures, sur les murs, s'étalaient les armes du roi, celles du duc de Glèves et de la maison d'Albret. Le roi avait décidé que les fiançailles seraient célébrées le jour même. La fête conunença par un bal. Le duc de Glèves s'y distingua. Marguerite et la princesse de Navarre n'y assistèrent pas.
1. Protestation autographe conservée aux Archives de Pau, £. 573. Elle est imprimée dans les Papiers d'État du cardinal Gran- Telle et dans les Lettres de Marguerite. Nous reparlerons de cette pièce importante.
Ce même jorn*, peut-être pendant la durée du bal, tandis que le duc de Clèves étalait ses grâces tudesques devant les dames de la cour de France, Jeanne écrivit de sa propre main une protestation contre son mariage ^ Cet acte porte, outre la signature de la princesse, celle de J. d'Arros* (ou d'Arras), de Francisque Navarre, médecin attaché à la petite cour de Plessisles-Tours, et d'Ârnaul Duquesse. Après avoir énuméré les violences que nous avons racontées : « Je désavoue, < dit la princesse, le mariage que l'on veult faire de « moy au duc de Clèves... tout ce que je y pourray « faire ou dire par cy-après, dont l'on pourroit dire
i . Il y a un peu d'obscurité sur le jour exact de la première et de la seconde protestation de Jeanne d'Albret. Dans le préambule de l'acte d'opposition reçu à Tours, le 5 avril 1545, Jeanne date sa première protestation t du jour précèdent lesdites prétendues fianc cailles et solempnités, » et la seconde du jour môme. A la fin du môme acte, elle déclare que la première est du t jour de cerf taines prétendues fiansailles entre le duc de Clèves et moy » et la seconde du c lendemain desdites fiansailles. »
La contradiction est évidente, mais elle doit reposer sur une faute de copiste ou d'impression. En effet la première protestation est du jour des fiançailles, car il est parlé de la cérémonie comme d'une chose future , la seconde du lendemain , car il n'y est plus parlé des fiançailles, mais seulement du mariage. La vérité est donc dans la seconde déclaration de la princesse Jeanne, celle qui se trouve à la fin de l'acte du 5 avril 1545. Cet acte et les deux protestations de Jeanne sont imprimés dans les Papiers d'État de Granvelle, t. III, p. 112, et dans les Lettres de Marguerite d'Angouléme, t. Il, p. 290.
2. M. Weiss et M. Genin, qui ont publié cette pièce, ont imprimé Arras. Cette version est acceptable, mais il nous paraît plus probable qu'il faut lire Arros, nom d'une famille béarnaise très-employée à la cour de Navarre. L'original de la protestation, que nous avons vu aux Archives de Pau, ne dissipe pas nos doutes ; les lettres sont mal formées ; on peut lire indifféremment Arras ou Arros,
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€ que je y auroie consenti... Pour ce, je proteste € derechief que, s'il advient que je soye fiancée ou c mariée audit duc de Glesves, en quelque sorte ou € manière que ce soist ou puist advenir, ce sera ou « aura esté contre mon cueur et ma volonté... >
Reprenons le récit de notre chroniqueur : < Le bai € et dances finies, entrèrent le roy et royne de Na- € varre, madame la princesse, leur fille, avec grand € nombre de princes, seigneurs, princesses, dames c et damoiselles, et, eulx entrez, le roy print par les € mains ledict duc de Clèves et princesse de Navarre, € sa niepce, et, après avoir parlé avec eulx par quel- « que espace de temps, les présenta au révérendisc sime cardinal de Tournon qui les fiança; et pour la € mémoire, eulx fiancez, le roy leur donna quelques c légers et amoreulx coups sur leurs espaulles ainsi c qu'on a accoustumé faire en telz actes. Âdoncches- € cun se resjouyt... > Le chancelier Olisleger ajoute les détails suivants : Jeanne était conduite par le roi, le duc par le dauphin. Le cardinal de Tournon demanda au duc s'il voulait épouser la princesse d'Âlbret et à la princesse si elle acceptait le duc; tous deux répondirent affirmativement et le duc embrassa sa fiancée^ Suivant l'historien Bordenave, Jeanne d'Albret resta muette au moment où le prélat lui demandait son consentement; mais conune le prélat réitérait sa question, elle lui répondit vivement à la troisième fois : « Ne < me pressez pas. » Il assure tenir le fait de la bouche de Jeanne d'Albret elle-même*.
i. Chronique du docteur Olisleger dans le t. I de ZeiUchrifl des Bergischen Geschichtsvereins.
2. Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre, p. 39, édit. de la
Le lendemain mardi, 14 juin, était le jour du mariage. Le matin, avant l'heure fixée pour la cérémonie, Jeanne dressa une nouvelle protestation:
Moi, Jehanne de Navarre... et que voyez et cognoissez que je suis constraincte et forcée, tant par la royne, ma mère, que par ma gouvernante, au faict du mariage poursuyvi du duc de Clesves et de moy, et que aussi voyez comme Ton veult, contre mon vouloir, faire quelque solempnité de mariaige, que je dis et déclaire que je persévère en madite protestation faite devant vous le jour des prétendues flançailles entre ledit due de Glesves et moy et es autres protestations que j*en ay par cy-devant feites, tant de paroUes que par escript, et que ladite solempnité et toutes autres choses qui y seront faites seront contre mon vouloir et qu'elles sont nulles, comme faictes ou consenties par force ou contrainte, vous appelant aussi à tesmoings et priant de signer la présente avec moy, espérant, avec Fayde de Dieu, qu'elle me servira quelquefois^
La seconde protestation porte conune la première les signatures de Jehanne de Navarre, J. d'Arros, Francisque Navarre et Ârnaul Duquesse. Furent-elles dressées à l'insu de François P'? Il y a si peu de franchise dans la politique de ce prince qu'on ne peut percer le mystère. Il est possible qu'elles aient été autorisées par le roi conune un acte de précaution pour le cas où sa politique, qui conmiandait aujourd'hui l'exécution
Soc, de VHist, de France, L'auteur, historiographe de la maison d'Albret, vivait à la cour de Navarre et écrivait sous les yeux de la reine Jeanne.
1. Deuxième protestation autographe de Jeanne d'Albret, conservée aux Archives de Pau, £. 572. Elle a été imprimée comme la première dans les Papiers d'État du cardinal Granvelle, t. m, p. 112, et dans les Lettres de Marguerite d'Angouléme, t. U, p. 289, édit. de la Soc. de VHist. de France.
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de ce mariage, coimnanderait plus tard de le dissoudre. D'un autre côté, les circonstances accessoires, le choix des signataires, serviteurs obscurs de la maison de Navarre, l'absence de témoins importants, le style de la pièce, qui accuse une grande inexpérience, le soin de faire écrire la princesse elle-même, indiquent qu'elle agissait dans le plus grand secret et qu'on redoutait de faire des confidences.
Pendant la matinée, on avait dressé dans le pavillon, cil avait eu lieu le bal de la nuit précédente, < ung c autel riche, paré de drap d'or, auquel estoyent les € armoyries du duc de Clèves et princesse de Navarre ;
< et devant ledit autel estoyt ung riche ciel ou poisle
< de velours cramoisy et drap d'or. > Le roi fit son entrée à onze heures, suivi de la cour ; Marguerite conduisait sa fille; les princes et le dauphin accompagnaient le duc de Clèves. Les ambassadeurs du pape, d'Angleterre, de Portugal, de Venise, de Saxe, de Ferrare et de Mantoue assistaient à la cérémonie. François de Bonvalot, expressément invité, s'était excusé sous un prétexte^ La princesse de Navarre portait une couronne d'or, un manteau de satin violet cramoisi fourré d'hermine, et deux jupes d'argent et d'or, galonnées de pierres précieuses. A son entrée le duc la salua et lui passa au doigt une bague en diamant. Soit qu'elle Ait accablée sous le poids de sa toilette, soit qu'elle voulût protester jusqu'à la dernière heure, elle refusa de marcher à l'autel. Le roi commanda alors au connétable de Montmorency « de prendre sa petite
1. Excusaverat vero honeste se {Pontani Historié Gelrica, 1639, in-fol., p. 819). — Récit du docteur Olisleger.
< niepce au col > et de la porter à Tautel. La cour vit avec stupéfaction le premier dignitaire du royaume s'acquitter d'une mission si fort au-dessous de son rang. La reine de Navarre, qui n'aimait pas le connétable, assistait à l'humiliation de son ennemi. < Voilà, « dit-elle, celuy qui me vouloit ruiner autour du roy,
< mon frère, qui maintenant sert à porter ma fille à
< l'église. > Le connétable, fin courtisan, prévit alors sa disgrâce ; il se tourna vers ses amis et leur dit :
< C'est fait désormais de ma faveur; adieu lui dis^ » Les nouveaux époux, assistés, la princesse par sa
mère, le duc par le dauphin, prirent place sous le dais de velours cramoisi et la messe tut célébrée par l'évêque de Sisteron. « Fut chouse mélodieuse d'ouyr « la musique durant ladicte messe*. » Après la cérémonie un héraut d'armes « cria largesse » de la part du duc de Clèves et jeta à la foule « quantité d'or et « d'argent, lequel fut fort bien acceuilly par aulcuns. > On servit le dîner dans une salle du château entièrement tendue de drap d'or et les hérauts d'armes montrèrent aux convives de magnifiques vases d'argent doré donnés par le roi aux nouveaux époux. Jeanne était assise au milieu de la première table ; à sa droite elle avait les ambassadeurs, excepté celui de Portugal, qui s'était retiré après la cérémonie religieuse, et celui de l'empereur, qui n'avait pas paru ; à sa gauche, la reine
1. Brantôme (Dames illustres, vie de Marguerite, reine de Navarre). — Marguerite, dit Brantôme, détestoit le connétable parce qu^l Pavoit signalée au roi comme Tune des Huguenotes les plus endurcies du royaume.
2. Chronique du roy Françoys premier, publiée par M. Guififrey, p. 369.
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de France, la dauphine, la reine de Navarre, le duc de Clèves, la princesse de la Roche-sur^Yon, Le roi présidait la seconde table; à sa droite étaient la duchesse de Nevers, le cardinal de Lorraine, la comtesse de Vertus, le cardinal de Ferrare; à sa gauche la duchesse d'Estampes, mademoiselle de Macé,la dauphine, Diane de Poitiers, et le duc d'Orléans; en face de lui le roi de Navarre.
Après le diner, le bal. Après le bal, le souper c ample, somptueux et magnifique ; > après le souper un nouveau bal. Les danses furent interrompues par une série de momerieSy mascarades conduites par des seigneurs déguisés, plusieurs de la façon la plus inattendue. La première momerie se composait de seigneurs vêtus en crieurs d'oubUes; ceux de la seconde portaient des horloges et des ailes ; on vit successivement des rabbins, des Turcs, des autruches, des Cordeliers, etc. L'entrée de chaque nouvelle recrue de danseurs ranimait le bal qui se prolongea fort avant dans la nuit.
Le jeune âge de Jeanne d'Âlbret ne permettait pas de la laisser aux bras de son époux. Le mariage ne fut donc pas consonuné. Cependant François P'^ exigea que le duc de Clèves entrât devant témoins dans le lit de la jeune princesse. Voici dans quels termes Bordenave, l'historiographe de Jeanne d'Albret, raconte ce fait : « Le soir, l'espous fut mené en la chambre et c au lict de l'espousée, auquel il mit l'un pié seule- € ment en la présence de l'oncle et des père et mère € de la fille et de tous les plus grands seigneurs et c dames de la cour, qui ne bougèrent de là qu'ils c n'eurent mis dehors le povre espous pour aller
< coucher ailleurs; ainsi il n'eut de tout ce mariage
< que du vent^.. >
Le docteur Olisleger donne d'autres détails, que nous traduisons complètement, malgré leur naïveté tout allemande : « Dans la chambre, qui est de cous- « tume celle du roy, le duc et la princesse, dans leur
< chemise, Tun près de l'autre, dans le lit ont couché. « Alors le roi a fait sortir tout le monde, excepté le « roi et la reine de Navarre, madame d'Estampes, la « grande maîtresse de cour, Louis, Monseigneur de « Nevers et deux gentilhommes du duc. Le roi a tiré « les rideaux et s'est mis dans l'embrasure de la « fenêtre avec les autres, en tenant des propos joyeux « jusqu'à une heure du matin. Ensuite on a repris Mon- € seigneur le duc, et le roi et la reine de Navarre l'ont
< conduit dans sa chambre. Le roi a pris le duc sous « le bras et l'a appelé mon fils. Lorsque le roi se fiit « couché, le roi et la reine de Navarre vinrent près « du lit du duc et causèrent longtemps et amicalement « avec lui*. »
Le lendemain le duc envoya à la princesse de splendides présents, un collier en diamants, une ceinture de pierres précieuses, des bracelets et des bagues. Les fêtes reconmiencèrent. Le dauphin, le duc d'Orléans entrèrent aux lices et rompirent plusieurs lances. Le surlendemain était le jour de la Fête-Dieu; le roi assista à la procession avec les princes de sa maison; le dauphin, le roi de Navarre, les ducs de Clèves et
1. Bordenave, Histoire de Béarn et Navarre, p. 39, édit. de la Soc. de VHist, de France,
2. Récit du docteur Olisleger dans le t. I de Zeitschrift des Ber" gischen Geschichtsvereins.
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d'Orléans tenaient le dais. Le roi signa un édit por^ tant création d'un maître de chaque métier en Thonneur des nouveaux époux^ Les jours suivants furent employés à de nouvelles réjouissances, à des tournois, à des bals et surtout à des festins dont le souvenir devait rester cher à un prince allemand. Clément Marot était un des assistants à ces fétes^
Le vendredi, 1 7 juin, le dauphin donna un grand festin dans les bois près de Ghàtellerault; le dauphin, le duc d'Orléans, son frère, le duc de Nevers, le comte d'Aumale, fils du duc de Guise, avaient fait élever en pleine forêt quatre perrons peints à leurs couleurs et où pendait leur écu. Ce jeu, inspiré par les récits de YÂmadis de Gaule ^ avait pour objet de défier les chevaUers errants. Le perron du dauphin, plus tard Henri II, portait les couleurs de Diane de Poitiers, les bandes blanches et noires, insignes des veuves que la belle Diane n'avait jamais quittés. Ces vers de Marot étaient gravés à côté de Técu du prince :
Bons chevaliers errans, qui désirez honneur, Voyez le mien perron où maintiens loyaulté De tous parfaits amans, et soustiens le bonheur De celle qui conserve en vertu sa beaulté :
Par quoy je veulx blasmer de grand deloyaulté Gelluy qui ne vouldra donner ceste asseurance Qu'au demorant du monde on peult trouver bonté, Qu'on deust autant priser que sa moindre science *.
1. Isambert, Recueil des anciennes lois françaises, t. Xn, p. 758.
2. Clément Marot était entré en 1518 au service de la reine Marguerite; il y avait même fait entrer sa fille (comptes de la reine de Navarre, Arch. de Pau, B. 5).