‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 27 sur 66 · Œuvres de Marot, Lyon, 1549, t. I, p · texte numérisé non relu

Œuvres de Marot, Lyon, 1549, t. I, p

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< montrèrent fort bons chevaliers, bien adextres et

< rudes au combat. Monsieur le dauphin et ceulx de € son party les receurent très vaillamment, où fut faict « ung chamailliz fort aspre. . . et monstroyent bien par « les grans coups qui se donnoyent la grand prouesse « qui estoyt en eulx. » Mais de nouveaux spectacles attendaient le duc de Clèves à travers cette forêt, enchantée comme la forêt d'Armide. Après \e perron du dauphin se trouvait un ermitage décoré d'emblèmes et de feuillage, d'où sortirent, au moment du passage de la cour, deux ermites à barbe blanche, tenant

< ung asne sur lequel estoyt ung singe qui faisoit bonne

< mine. > Sous cette plaisanterie, digne de Rabelais, se cache peut-être une flatterie à l'adresse des tendances luthériennes du duc de Clèves.

Plus loin était le perron du duc d'Orléans, qui portait ces vers charmants de Marot :

Voicy le val des constans amoreulx Où tient le parc Famant chevalleureux, Qui n'ayma, n'ayme et n'aymera que une.

D'icy passer n'aura licence aulcune Nul chevalier, tant soit preux et vaillant, Si ferme amour est en luy dé&illant.

S'il est loyal et veult que tel se treuve, Il luy convient lever poiu* son espreuve Ce marbre noir : et si pour luy trop poise Chercher ailleurs son adventure voise.

La lice qui touchait au perron fut le théâtre de nouveaux combats. Le duc d'Orléans « feist merveilles de € bien jouster, et à la rencontre furent brisées lances € et escutz. >

Le perron du duc de Nevers n'avait pas de devise, mais celui du sire d'Aumale portait ces mots : nuno et semper vivat et ces vers de Marot :

C'est pour la souvenance d'une Que je porte ceste devise, Disant que nul est soubs la lune Où tant de valeur soit comprise.

A bon droîct telle je la prise, Et de tous doibt estre estimée, Qu'il n'en est poinct, tant soit exquise.

Qui soit si digne d'estre aymée.

Si quelque ung, d'audace importune, Le contraire me veut débattre, Fault qu'il essaye la fortune Avecques moy de se combattre.

Le soir le roi alla coucher au château de la Berlaudière et la cour revint à Ghàtellerault.

Un terrible accident attrista l'un de ces tournois. Gaspard de Saulx-Tavannes, lieutenant de la compagnie d'ordonnance du duc d'Orléans, un des jouteurs les plus hardis , reçut un coup de lance dans la tête à la hauteur de l'œil; il eut le courage d'arracher de ses propres mains le fer de la plaie. Dans la journée une partie de la cour le visita à son logis. A la nouvelle que le duc, son capitaine, était à la porte, Tavannes, malgré sa faiblesse, se lève, met l'épée à la main et se présente sous les armes ^ La cour admira son héroïsme. Par une triste coïncidence, le 29 juin 1559, Tavannes était un des juges du tournoi où le roi Henri II perdit la vie, d'une blessure presque semblable. ^

1. Mémoires de Saulx-Tavannes, ann. 154i (édit. du Panth. m., p. 96).

Des actes importants furent signés au milieu des fêtes. Le 1*' juin, à Ghàtellerault, le roi rendit un édit fatal à la^ prospérité des provinces de l'ouest; il supprima les greniers à sel et décida que Timpôt de la gabelle serait levé directement sur les marais salants, au moment de la récolte. Cet impôt frappait d'entraves Tunique industrie des gouvernements limitrophes de la mer. Il fiit la cause d'un soulèvement qui conunença en 4 54S à la Rochelle, se renouvela en 1 547, coûta la vie à Tristan de Moneins, gouverneur de Bordeaux, et qui ne put être étouffé que dans des flots de sang. On attribua cette charge nouvelle aux dépenses du mariage du duc de Glèves, et cette triste union reçut de son impopularité le surnom de noces salées ^ Le 1 1 juin, le duc Guillaume et Jeanne d'Albret signèrent un acte notarié par lequel ils s'engageaient à ne rien aliéner des états de Navarre, de Béam, de Bigorre et de Foix, sans l'autorisation expresse du roi, même en faveur du dernier survivant ou par institution contractuelle en faveur des enfants*. Restait l'alliance entre le roi de France et le duc de Clèves qui n'avait encore été l'objet que d'engagements conçus en termes généraux. Les plénipotentiaires des deux princes tinrent plusieurs conférences. Le 18 juin, le cardinal de Tournon et le maréchal Ànnebaut se concertèrent avec le

1. Journal de Guillaume le Riche, avocat du roi à Saint-Maixent, publié par M. de la Fontenelle de Vaudoré, in-8«», 1846. L'ordonnance de François !•', datée du i" juin 1541, est imprimée dans le Recueil des anciennes Uns d'Isambert, t. Xn, p. 745.

2. Acte daté du H juin (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 238).

chancelier Ghogreff et Tambassadeur Cruser sur une action commune contre Tempereur. Le 19, ils eurent une seconde conférence, à laquelle assistèrent le maréchal de Wachtendouck et Gilbert Bayard, secrétaire du roi. Le roi ne voulait pas conunencer la guerre, mais il était résolu à soutenir le duc contre son ennenû. Les ambassadeurs clévois ne croyaient pas à une attaque de l'empereur à cause du bon droit de leur maître, et surtout à cause de l'appui que les princes allemands lui avaient promis. Cependant ils faisaient des réserves. Les duchés de Gueldre, de JuUiers et de Clèves, disaient-ils, tiennent à la fois des Pays-Bas et de TAllemagne, et les deux pays sont également intéressés à maintenir leur indépendance. En outre, le duc possède des forts inexpugnables, de Tartillerie, des capitaines, des armements capables de repousser une invasion imprévue. L'argent seul lui manque et, quel que soit le dévouement de ses sujets, il est à craindre que leurs ressources soient vite épuisées. Si le duc est attaqué subitement, il suffira à la première résistance; ce sera le devoir de ses alliés de lui porter secours en attaquant l'empereur de plusieurs côtés, en obligeant l'ennemi à diviser ses forces. Les ambassadeurs clévois proposaient donc aux ministres du roi d'étendre la portée de l'alliance défensive à tous les cas où l'un des deux princes serait attaqué par les impériaux. Ces propositions ne contentaient pas François P'; il ne négociait pas avec les princes allemands depuis vingt ans, il n'avait pas donné sa nièce au duc de Clèves uniquement pour acquérir le droit d'user les forces de la France à son profit; il voulait transformer l'alliance défensive en une alliance offensive, capable de briser le sceptre impérial

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entre les mains de Gharles-Quint. Le cardinal de Tour^ non exposa les exigences du roi, mais les plénipotentiaires du duc refusèrent de s'engager au-delà d'une garantie défensive et réciproque; ils devaient, direntils, consulter les États des duchés; la négociation finît là, malgré les instances du cardinal, et fiit ajournée à des conférences ultérieures '•

Le dimanche, 19 juin, le roi présida à de nouveaux tournois; le roi de Navarre, le dauphin, le duc d'Orléans, le duc de Clèves, le roi lui-même, y prirent part. Ce fut le dernier jour de fête. Le 20, le duc prit congé de la cour. Le bruit s'étajt répandu en Allemagne que François P' le retenait prisonnier, en gage des droits qu'il prétendait tirer, sur la Gueldre, du traité du 1 3 octobre 1 534, et qu'il ne lui rendrait le duché que comme dot de Jeanne d'Albret*. Un de ses conseillers, Karl Harst, ambassadeur en Angleterre, avait envoyé, le 4 juin, de Londres, à Dusseldorf, pour demander la vérité et proposer tout un plan d'évasion hors du royaume de France. Karl Harst croyait que Charles- Quint et François P' s'entendaient contre son maître. Olisleger, en réponse, lui envoya le récit des fêtes de Châtellerault^

Le 22 juin, le duc Guillaume s'arrêta à Loches, le 25 à Orléans. Il y reçut d'importantes nouvelles de Ratisbonne. L'empereur avait saisi la diète de la prétendue rébellion de son vassal; Granvelle présenta un

1. Rapport détaillé des conseillers clévois, en allemand (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n® 17, f. 231 à 237).

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