Archives de Bruxelles, ibid., f. 60, 61, 62 et
parti de Gastiglione, raconta le crime au Conseil des Dix dans les mêmes termes que Langey ; mieux informé cpie Langey sur le sort de Camille de Sesse, il rapporta que le comte, blessé à la tète, s'était noyé dans le P6 en essayant de fiiir. Le comte Rangon fit sonder la rivière, et ses gens trouvèrent la tète de ce malheureux capitaine. Le secrétaire et le valet de chambre de Rincon, échappés au massacre, arrivèrent le 9 juillet à Venise. Un batelier, évadé des prisons de Pavie, témoin oculaire, leva tous les doutes par son récit ; après Tas^ sassinat des ambassadeurs, leurs corps avaient été apportés dans une petite ile et dépouillés, puis enterrés secrètement : le corps de Frégose, à Castel-Goffi^edo, celui de Rincon à Plaisance. Le marquis du Guast écrivait toujours qu'il ne savait rien, qu'il n'avait pu surprendre les auteurs du guet-apens, qu'il n'avait même pas la preuve de la mort des ambassadeurs. Aux lettres qui accusaient ses gens, parce que les assassins parlaient espagnol, il répondait c que ceulx qui font telles « entreprinses s'essayent se desguiser tant en accou- « trement que dissimuler leur languaige >. Langey lui écrivit que son enquête t luy feroit apparoir du nombre « et des noms de ceux qui avoient exécuté le délit, de < quelles nations ils estoient, et où feurent menez les « prisonniers, par qui, à quelle heure, par quel che- « min, avecques quel ordre, par quelle porte et à « quelle heure ils feurent mis dedans leur première c prison' >.
Quelle fat la conduite de l'empereur à la nouvelle de
1. Mémoires de Martin du Bellay, liv. IX, et Négociations du Levant, t. I, p. 501 et suiv. (ColL des doc. inéd.).
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ce crime? Elle fiit pleine d'embarras. Il feint de croire avec bonhomie aux justifications du marquis du Guast; le 1 6 juillet, il s'étonne, dans une lettre à Marie de Hongrie, de la vivacité de Langey. Le 26, sonmié par Charles Dodieu de Vely, ambassadeur de François P% de tirer vengeance de cet assassinat, il envoie de Ratisbonne un de ses conseillers intimes, Charles Boisot, pour dresser une information sérieuse ^ Voici la lettre que cet agent écrivit le 1 2 août, à la fin de sa mission, à la reine de Hongrie :
<K Madame, aiant TEmpereur esté adverty de Toutraige foict es personnes de César Frégose et de Rincon et estant requiz par le Roy de France de pourveoir à leur délivrance, Sa Majesté m'a envoie en ce lieu pour m'informer de ce qu'en estoit. Et ay trouvé que, avant ma venue, le marqùiz del Guasto avoit jà faict debvoir d'en sçavoîr la vérité, et m'a l'information, sur ce faicte par le capitaine de justice, esté communiquée, par laquelle, Madame, se trouve que, le vendredy, premier jour de juillet, trois ou quattre Espaignolz ont loué une barquette sur la rive du Tesin, devant Pavie, avec laquelle ilz sont venuz près d'ung lieu, nommé Sancta Grux, distant dudit Pavie environ deux milles ; et passant devant ledit lieu sont esté escriés par quelcunq estant sur la rive, auquel l'ung de ladite barque a contre escrié et dict qu'il alast à l'hostelerie de l'Estoille, où lesdits de barque sont aussi aies et y ont trouvé quelques aultres de leur bande, aussy Espaignolz. Et tous ensemble, jusquesau nombre de sept ou huit, se sont mis en ladite barque et en une nacelle de pescheur. Et dès là, le lendemain, avant le jour, sont entrés en la rivière du Pot, où lesdits Espaignolz ont laissé le marinier prins audit Pavie, pour ce qui se plaignoist qu'il estoit loué pour aler à Placence, et toutesfois qu'on le faisoit aler ung
1. Lettres de Gharies-Quint des 16 et 26 juillet et lettre de Bonvalot du 3 août (Lanz , Correspondanz des Kaisers Karl V, t. II, p. 315 et 324),
aultre chemin. Et louarent ung aultre nacelle et demourarent sur ledit Pot tout le samedy, excepté qu'ilz disnarent et souparent en terre en lieux cogneuz. Et le dimanche ilz assaillirent lesdits Rincon et Prégose, estans en une barquette et leurs gens en une aultre, lesquelz, voians leurs maistres ainsi assaîlliz, gaignarent la terre-, et se saulvarent en ung bois prochain de la rive dudit Pot. Et ne se treuve point ce que lesdits Espaignolz ont faict depuis, ne où ilz sont alez et ne sont jamais depuis retournez les basteliers et pescheurs qui les menoient
a Les hostes où, lesdits vendredi et samedy, ilz ont beu et mangé, sont esté examinés, mais ne les cognoissent aultrement sinon quMlz parloient espaignol, et n'a-on jusques à présent peu sçavoir si lesdits Frégose et Rincon sont vifz ou mors.
a Ung serviteur dudit Prégose, qui veit ladite aggression, dict que Tung des ceulx qui estoit audit basteaut de Prégose et Rincon, tomba en Teau, et il lui semble que c'estoit le conte Gamile de Sexo.
« Et pour ce que lesdits Espaignolz s'embarcarent à Pavie sur la nuyct, Ton a interrogé le capitaine et aultres officiers et sauldoiers du chasteaul dudit Pavie, mais on ne trouve point que lesdits Espaignolz soient esté de la garde dudit chasteaul.
« Le premier advertissement qu'en eust ledit sieur Marquiz fut de la femme dudit César Frégose, qui lui envoia ung gentilhomme, Paulo Baptista Prégose, pour sçavoir ce qu'estoit de son mary, lequel Paulo Baptista a esté présent à Fexamen de tous les tesmoings qui, sur ce, sont esté interroguez. Et aiant lesdites nouvelles, ledit s' Marquis escripvist incontinent au sieur de Langey, lieutenant général de Piedmont pour le Roy de France, que il luy feroit plaisir d'envoier quelcung de la part dudit seigneur Roy pour assister à ladite information ^ car ledit s' Marquis se vouloit justifier que ledit oultrage n'estoit fait de son sceu ne de son consentement : en quoy me semble que ledit seigneur Roy se debvroit tenyr pour grandement satisfait en tant qui touche la descharge dudit s' Marquiz. Au demeurant, icelui Marquiz a offert que tous ceulx qui se treuveroient coulpables dudit oultrage fussent chastiez exemplairement, comme Fatrocité du cas le mérite. Et a ladite information
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aussi esté monstrée au sieur de Perssieu, cousin du sieur de Yely, qui a icy esté envoie par ledit seigneur Roy. Et depuis, à sa poursuite et en sa présence, a par moy esté examiné Jehan Paule, marinnier Placentin, qui Ait celui qui chargea lesEspaignolz à Pavie. Mais, comme dessus est (Ûct, ledit Jehan Pâule habandonna iceulx Espaignolz dez le samedy matin, et, le dimanche suivant, Ait commis le cas. Et combien que ledit de Pressieu eust dict vouloir emporter avec lui le double de ladite information pour la monstrer audit seigneur Roy, son maistre, toutesfois, incontinent Fexamen dudît Jehan Paulo achevé, a dict se vouloir partir sans faire mention dudit double^ et de fait s'en est aie, nonobstant que luy priay de demourer jusques eussions prins plus ample information et esclarcy aulcunes difBcultez, que je disoie trouver en Finformation jà fiiicte. Ne sçay quel entendement il a, ne pourquoy il est party si soubit.
« Le capitaine de justice s'est trouvé audit Pavie et es aultres lieux voisins, où, par présumption, ledit cas debvroit avoir esté commis, mais il n'a peu attaindre la vérité dudit oultrage plus avant que dessus, sinon que, sur la rive dudit Pot, il a trouvé ung petit basteaul enfondu et découpé en plusieurs lieux, et au mesme lieu, à l'entrée d'ung bois, une place assez large où l'on avoit fait du feu et bruslé quelques meubles ; et y avoit des piécettes de velours non achevées de brusler, une paire de gans, estriers, des espérons et une ceynture de velours. Et estoit ladite place de feu, de sept ou huit pieds de tour. On ne sçait qu'on en doibt présumer. Et est. Madame, tout ce que j'ay peu entendre de l'advenue dudit cas ^ »
L'empereur était à Trente le 1 1 août; il arriva peu de jours après à Milan. Il est probable qu'il recueillit des renseignements plus complets sur le crime de ses agents en Piémont, mais il n'en montra rien. Il jugea sans doute dangereux de mettre en pleine lumière, aux
1. Archives de Bruxelles, Coll. de doc. hist., t. Vil, p. 24. Copie authentiquée; l'original est à Vienne.
yeux du monde civilisé, la perfidie de son lieutenant ; il aima mieux laisser cet acte infi9lme dans Tombre. Sur la plainte d'un gentilhonmie de la chambre du dauphin, le sire de Molines, envoyé par le roi au-devant de l'empereur en Toscane, le pape, conmie promoteur de la trêve de Nice, évoqua l'affaire. Charles-Quint comparut à Lucques devantle Saint-Père, presque en accusé. Son unique réponse était de dire et d'écrire qu'il n'avait point ordonné ce crime, et que le marquis du Guast jurait qu'il l'avait ignoré. Ses lieutenants avaient imaginé un autre moyen de défense, celui de nier l'assassinat dont on n'avait pas la preuve matérielle, puisque les cadavres avaient été enterrés secrètement, que la plupart des témoins étaient sous les verrous , entre les mains des impériaux, et les accusés en fuite. D'autres soucis absorbaient l'empereur; il préparait une grande expédition contre les corsaires d'Alger. En vain, l'enquête dirigée par Langey faisait connaître les principaux coupables. Deux d'entre eux se nommaient Saint-Pol et Rosset. Charles-Quint promit toute justice, mais ne fit faire aucune instruction S Douze ans après, Saint-Pol fut fait prisonnier et mis à mort par le capitaine Paulin, baron de La Garde, celui même qui avait été chargé de porter à Venise les lettres du roi, primitivement confiées à Frégose et à Rincon*.
L'embarquement de Charles-Quint pour les côtes
1. Lettre de Charles-Quint du 26 septembre (Correspondanz des Kaisers Karl V, t. II, p. 326).
2. Lettre du sire de La Garde à Henri II du 18 avril 1553 (Bibl. nat., f. fr., voL 20642, f. 60, copie). La Garde était arrivé le 28 juillet à Venise (Négoc. du Levant, t. I, p. 507).
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d'Afrique mettait les possessions de la France à Tabri de toute agression en Italie, au moins jusqu'à Thiver. Le roi quitta Lyon au conunencement d'octobre, s'arrêta à Dijon, où il reçut la visite du duc de Lorraine, et prit ses quartiers d'hiver à Fontainebleau avec le roi et la reine de Navarre. La diète de Ratisbonne était close, et toutes les disputes théologiques n'avaient abouti qu'à des vœux en faveur d'un concile général. Le 318 juillet, l'empereur avait retiré la citation rémise au duc de Glèves et ajourné la solution de l'affaire de la Gueldre. Une nouvelle diète était convoquée à Worms pour le mois d'octobre. Le roi ne voulut pas y rester étranger. Mécontent des ambassadeurs finançais, dont le caractère impatient ne savait pas se plier aux arguties nuageuses des docteurs d'outre-Rhin, il donna ses pouvoirs à Herman Cruser, l'envoyé de Clèves, bien digne de ce choix par son expérience des tendances allemandes. Cette mission n'était du goût ni de Gruser, ni de son maître, en ce qu'elle affichait trop la solidarité qui existait entre le duc Guillaume et le roi de France. Gruser en décUna l'honneur, mais le roi y mit tant d'insistance que l'ambassadeur clévois fiit obligé de l'accepter, sans même prendre le temps d'en référer à Dusseldorf . Deux agents, Gharles du Bois et le sire de Jametz le remplacèrent à la cour de France. Le roi lui donna une série d'instructions, qui toutes tendaient aux mêmes fins, nouer des alliances avec les princes protestants, combiner la tenue du prochain concile avec le plus grand donmiage de la maison d'Autriche. Les triomphes de Soliman en Hongrie ouvraient une ère nouvelle ; Gruser était chargé d'exposer à la diète les efforts, vrais ou supposés, que le roi avait faits par l'entremise du
malheureux Rincon pour détourner cet orage, la faiblesse et la lâcheté de l'empereur devant l'invasion, et enfin son impuissance, qui mettait l'Allemagne entière en danger si elle ne se hàtaitde chercher d'autres défenseurs ^ Les princes protestants montraient des dispositions favorables. L'électeur de Saxe s'était fait l'intermédiaire du roi de France. Cruser trouva à Dusseldorf le marquis de Wallenrod, son représentant, et put rendre témoignage de la bonne volonté des alliés du roi et de leurs démarches auprès des rois de Suède et de Danemarck, du comte Palatin, des électeurs de Hesse, de Trêves, de Cologne, de la ville de Metz, des ducs de Lorraine et des Deux-Ponts, des évêques de Munster et de Liège. Ces négociations avaient duré tout l'été, mais l'indécision naturelle aux chancelleries allemandes les empêchait de passer de la parole à l'action. De son côté, l'empereur ne restait pas inactif; privilèges, concessions, il n'épargnait rien pour retenir ses partisans. Entre les deux grands rivaux qui se disputaient l'appui des princes, c'était une émulation et presque une enchère de faveurs et de pensions *.
Avec Cruser, le roi envoya à Dusseldorf un agent, le sire de L'Estranges, chargé de tirer le meilleur parti possible de l'alliance de la Gueldre, soit en engageant des capitaines, soit en levant des lansquenets, soit en
1. Lettres du roi, du cardinal de Toumon, de Gruser, de Jametz et surtout instructions du roi à Cruser, datées du 8 oct. 1541 (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 278, 279, 287, 289, 291, 298 et 301).
2. Lettres des conseillers du duc, de Gruser, de Charles du Bois écrites pendant le mois d'octobre (Arch. de Dusseldorf, Julich- Berg, n- 17, f. 283, 298, 311 et 315).
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poussant les mécontents à laguerre. Il prit à son service, aux gages de Sl,000 thalers, un aventurier flamand, Martin Yan Rossen, capitaine hardi et habile, connu sous le nom de maréchal de la Gueldre, qui autrefois avait servi en France ; il enrôla vingt capitaines de compagnies et leurs lieutenants aux gages de 400 et 9100 thalers. Un mois après, au conmiencement de novembre, le roi envoya une seconde fois le sire de L*Estranges auprès du duc, puis La Planche et le Bossut de Longueval. Dans les instructions confiées à ces agents, il n'est question que de levées de troupes et de préparatifs de guerre contre l'empereur '.
Leduc de Clèves, menacé par l'empereur quise flattait € de le rendre le plus pauvre de la Chrestienté, disant € haut et clair qu'il quitteroit plutôt sa couronne que € de luy laisser un poulce de terre * > , ne pouvait avoir d'espérance que dans l'appui de François P'. Mais il se souvenait que, dans les pourparlers qui avaient précédé le mariage de Châtellerault , Henri d'Albret lui avait dit qu'il était contraire à leur intérêt conmiun de s'unir définitivement au roi; que, pour obtenir le Milanais ou pour marier le duc d'Orléans, le roi ne craindrait pas de sacrifier ses alliés. Aussi, parmi les documents que nous avons cités, perce à chaque lettre la crainte du duc d'être abandonné. Cruser reçut
1. Lettres du s. de L'Estranges, des conseillers du duc, du roi, du cardinal de Tournon et autres pièces écrites pendant octobre et novembre 1541 (Arch. de Dusseldorf , Julich-Berg, n» 17, f. 272, 275, 306, 320, 321, 334, 327 et 358). — Lettres de Marguerite au duc de Clèves (Ibid., f. 424 et 460). Les deux lettres de la reine de Navarre sont imprimées aux Pièces justificatives,
2. Mémoires de du. Bellay, cités par M, Genin, t. II, p. 190, note, et le c'« de Laferrière, p. 48.
des instructions capables de dissiper les soupçons de son maître. Le roi usait de tous les moyens pour entretenir sa confiance ; il avait juré de ne jamais traiter sans sauvegarder les droits du duc Guillaume sur la Gueldre ; la compagnie du duc fut augmentée, et ses gens d'armes reçurent une solde plus élevée ; sa pension était payée par le trésor royal avec une régularité inconnue en France à tous les services publics ^ Mais ces garanties étaient passagères ; heureusement, le prince allemand avait auprès du roi un défenseur habile et dévoué, la reine de Navarre.
L'opposition de Marguerite au mariage de sa fille avec le duc de Clèves avait cessé, soit qu'elle eût cédé à son frère, soit qu elle se résignât de bon cœur à un acte qui semblait irrévocable. Le 25 juillet 1 541 , elle écrit à Calvin :
« Vous avez maintenant entendu la consummation du mac riage qui a esté faict de M. le duc de Glèves et de ma flUe. Le c roy de Navarre et moy nous tenons tant heureux de ce ma- « riage, que nous pensons que Dieu nous a donné un fils selon « nostre cœur et esprit, par lequel nous espérons que nous a ferons chose à son honneur et gloire*.... »
Une circonstance particulière, encore inconnue à la cour à la fin de 1 541 , confirmait ces dispositions nouvelles ; Marguerite se croyait grosse. Rentrée en Béarn à la fin de novembre, elle en fait l'aveu en des termes
1. Lettres de du Bois, du trésorier Le Grand; quittances datées d'août, septembre, octobre et novembre (Arch. de Dusseldorf , JuUch-Berg, no 17, f. 315, 319, 325, 348, 349 et 358).