‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 39 sur 66 · Pontanus, Historùe Gelricw, 1639, p · texte numérisé non relu

Pontanus, Historùe Gelricw, 1639, p

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de Glèves, Alexandre de Drimborn, porteur de propositions nouvelles. Le duc exposait au roi comme il avait été obligé de traiter avec Tempereur et de le reconnaître pour son suzerain légitime. Désirant rester fidèle au traité de Venloo, il renonçait à Talliance française, mais non à la princesse d'Âlbret, qu'il avait solennellement épousée; il offirait donc d'envoyer chercher jusqu^au camp la future duchesse par une amba»* sade conforme à son rang^

Cette demande irrita le roi. Les courtisans, feignant d'oublier que le duc avait obéi à une contrainte irrésistible, Taccusèrent de trahison. L'antipathie de Marguerite d'Ângouléme pour ce mariage se réveilla tout entière. Elle fit valoir le défaut de consentement de Jeanne et la non-consonmiation du

mariage : t Nous ne craindrons plus, écrivit-

€ elle au roi, de dire la vérité pour rompre le lien c qui aussy peu la tient liée que je suis à l'empe-

€ reur *. Et le vous puis jurer devant Dieu Je vous

« supplie très-humblement nous ayder à la mettre en « liberté devant l'Église et les hommes, comme je sçay « qu'elle l'est devant Dieu*. > La reine de Navarre eut

1. Lettres du duc de Glèves au roi, au dauphin, au duc d'Orléans, au roi de Navarre, à la reine Marguerite, à la princesse de Navarre, au cardinal de Toumon, à Famiral Annebaut et au chancelier d'Alençon, datées du 30 septembre 1543; instruction du duc à Alexandre de Drimbom datée du 10 octobre (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n« 17, f. 504, 507 et suivants).

2. Marguerite d'Angouléme, avant d'épouser le roi de Navarre, avait été promise à Charles-Quint. Voyez la Captivité de François /•» par M. GhampoUion, dans les Doc. inédits.

3. Lettres de Marguerite d'Angouléme, édit. de la Soc. de VHist. de France, t. Il, p. 235.

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plusieurs entrevues avec Tambassadeur de Clèves et repoussa son insistance. Drimbom, au moment de quitter la cour, demanda une réponse à l'objet de sa mission et Jeanne d'Âlbret lui écrivit la lettre suivante :

« Je ne puys nyer les ceremonyes qui ihreni faites et l'honneur que le Roy feit audit sieur de Gieves à Gbastellerault; et puis encore moins non confesser que la volonté dudit seigneur Roy et des roy et royne de Navarre, mes père et mère, ne jhssent que les choses eussent à sortir leur effect; mais voyant que le seigneur Roy s'estoit résolu de me bailler à luy sans me vouloir ouyr ny escouter, et que, quant j'en voulois parler ausdits seigneurs roy et royne de Navarre, ils me vouloient encores moins ouyr, usans envers moy de plus estranges rigeurs du monde pour mon opinion qu'ils voioient contraire à leur volente ; et me sentant abandonné de mon Roy et de père et de mère, je me deliberay prendre mon seul recours à Dieu, lequel m'a Mt ceste grâce, que ledit seigneur de Gieves a fait contre luy-mesme chose qui tient le Roy et mon père et mère quictes et deschargés de la volenté et de la promesse qu'ils luy pouvoient sur ce avoir faicte. Ne reste plus que à vous respondre de madicte volenté, de laquelle, je crois, que qui en demanderoit à Monseigneur de Gieves, il sauroit bien que en dire ^ »

Après s'être reposé quelques jours à Diest, Charles- Quint rejoignit le camp le long de la Senne et de la Sambre. Son armée n'était pas moins puissante que celle de son rival ; il avait 1 6,000 Allemands, 4,000 Espagnols, 4,000 Italiens, 800 chevau-légers, 4,800 chevau-légers allemands; il devait être rejoint par

1. Archives de Dusseldorf (Julich-Berg, n* 17, f. 513). Cette lettre est imprimée en entier aux Pièces justificatives. — Le duc de Clèves en envoya une copie à la reine de Hongrie ou à Charles- Quint; on la trouve aux Archives de Bruxelles (Coll. de doc. hi8tor.,t. VIlI,p. 121).

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8,000 Allemands du centre, 8,000 des provinces rhénanes, 3,000 gens de pied et 3,000 cavaliers espagnols, 5,000 piétons anglais et 600 dievaux envoyés par Henri VIII ^ Gharles-Quint s'approcha de Landrecies et l'investit; mais la ville, héroïquement défendue par La Lande et d'Ëssé, ne faiblit pas devant Tennemi. L'approche de l'armée royale, qui accourait à marches forcées, maintenait le courage des assiégés. Pendant quelques jours l'empereur et le roi demeurèrent en face l'un de l'autre, prêts à s'attaquer. La cour attendait à Reims le résultat de cette campagne aventureuse ; chacun espérait et redoutait à la fois une grande bataille ; les sinistres souvenirs de Pavie étaient présents à l'esprit de tous. Mai^erite a dépeint en vers émus l'anxiété générale :

Sachant le lieu où il vous pleut mescrire Que vous alliez; mais je ne puis vous dire Que je devins depuis ceste nouvelle.

Qui par dix jours nous continua telle, Car un chacun nous escripvoit : sans faille Demain le roy donnera la bataille.

Le roi fat plus avisé qu'on ne pouvait l'espérer de son esprit, chevaleresque et audacieux. Il feignit de passer la Sambre et réussit à ravitailler Landrecies d'hommes, de vivres et d'artillerie; la place devenait dès lors imprenable. Puis il leva le camp à l'improviste, pendant la nuit, et battit en retraite sans laisser à l'armée impériale le temps de prendre de nouvelles

i. Lettre de Gharles-Quint déjà citée. — Un rapport adressé au roi diminue ces chiffres à 40 mille (F. fr., vol. 2965, f. 65).

dispositions d'attaque (nov. 1543). Cette habile manœuvre équivalait à une victoire sans combat. La reine de Navarre et la cour accueilb'rent la bonne nouvelle avec transports. L*empereur fut obligé de lever le siège; en se retirant il surprit Gambray, mais ce hardi coup de main ne modifiait pas le résultat de la campagne :

Je craignois qu'à Tenvitaillement De Landrecies se feist soudainement Telle escarmouche et sy grande meslée Quelle peult estre à bataille égalée.

Sy le second Symeon Galiot Ne disoit pas à l'heure ce bon mot :

Je ne crains plus la mort puisque je voy Que Dieu nous a sain redonné le roy.

Sy saint André a dit, loué soit Dieu, Qui a donné au roy Ihonneur du jeu, Sy nos dames avecques noz prelatz A louer Dieu n'ont eu leur esprit las^...

Les trois princes français qui pouvaient aspirer à la main de Jeanne d'Albret, le duc d'Orléans, le duc de Vendôme et le comte d'Aumale, plus tard duc de Guise, avaient combattu sous ses yeux avec une bravoure égale et de brillants succès. Le premier par son rang, le duc d'Orléans, avait conquis l'année précédente la province presque entière du Luxembourg, mais il ne restait de ces conquêtes que les places de Montmédy et d'Yvoi. Quelques semaines auparavant, pendant que

i. Marguerites de la Marguerite, 1549, p. 58. — Biaise de Monluc loue le roi de sa retraite de nuit (Commentaires, t. I, p. 457, édit. de la Soc. de VHist, de France),

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Tempereur complétait ses opérations militaires dans le duché de Clèves, le duc d'Orléans avait reçu le conmiandement de l'armée royale*. Les débuts de la guerre furent favorables aux armées françaises ; le prince prit Ârlon et Luxembourg et chercha à s'y rendre souverain. Il se mit en négociation avec les princes protestants d'Allemagne, surtout avec l'électeur de Saxe et le landgrave de Hesse. Le 8 septembre, il leur envoya de Reims son secrétaire, Antoine Maillet, avec la plus étrange instruction qu'un prince français ait jamais signée : il protestait c de son grant désir » de voir c le saint « Evangile presché par tout le royaulme de France » et s'excusait de l'interdire dans son duché d'Orléans, par crainte du roi ; mais il promettait de le favoriser dans le duché de Luxembourg ; il demandait donc aux princes allemands de lui permettre d'entrer dans leur confédération et de l'aider de tous leurs moyens*. La marche victorieuse de l'empereur dans les duchés de Clèves et de Juliers mit fin à ces essais de souveraineté. Le roi d'ailleurs prit possession des conquêtes de son fils au mois de septembre ; il s'attribua le titre de duc de Luxembourg, et célébra dans la capitale du duché les cérémonies annuelles de l'ordre de Saint-Michel (29 sept. 1543). Antoine de Bourbon, duc de Vendôme, était gouverneur de la province de Picardie depuis la mort de son père. Pendant la campagne de 1 543, il ravitailla Thérouanne, prit Lillers et plusieurs villes entre Saint-

1. Lettres de François I" du 13 sept, 1543, copie (Arch. nat., K. 1485, no 62).

2. Lettre du duc d'Orléans au landgrave de Hesse et instruction à Antoine Maillet, 8 septembre 1543 (Arch. nat., K. 1485, n*60).

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Orner, Aire et Béthune, avant que le roi n'arrivât au camp. Dans Tarmée royale il commandait Taile gauche. Après le ravitaillement de Landrecies, il s'empara de la ville basse de Bapaume ; il assiégeait la ville haute ; déjà les approches du siège étaient terminées ; la gar^ nison était en proie à la famine quand le roi lui ordonna de se rendre en toute hâte à Gateau-Gambrésis, où Charles-Quint venait d'entrer par surprise ^

François de Lorraine, comte d'Âumale, plus tard duc de Guise, était lieutenant du duc de Vendôme, et son cousin germain. Il se signalait chaque jour par des actes d'intrépidité et d'audace qui l'avaient rendu le héros de l'armée. Pendant le siège de Thérouanne, il s'avançait chaque jour presque seul, ou à la tête d'une troupe déjeunes seigneurs, téméraires comme lui, jusque sous les murs de Saint-Omer et d'Aire, devant le front de l'armée impériale. Aussitôt que la garnison tentait une sortie, le duc s'élançait sur les ennemis sans calculer leur nombre. Ges hardis coups de main étaient presque toujours victorieux. Au siège de Luxembourg, en septembre, le comte d'Aumale dressa dans une seule nuit une batterie entière; il circulait dans les tranchées vêtu de blanc pour être reconnu des soldats. Au lever du jour, par mépris du danger, il se montrait hors des palissades dans le même costume ; un jour une arquebusade l'atteignit au-dessus de la cheville du pied droit. Transporté loin du camp, à Longwy , il subit un long et douloureux pansement ; la souffrance lui arracha quelques cris de douleur ; son père les lui reprocha en lui disant c que les personnes

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