‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 43 sur 66 · Papiers d'État de Granvelle, t. III, p · texte numérisé non relu

Papiers d'État de Granvelle, t. III, p

c chant raflEûre du duc de Glèves il sera bien que c continuiez la poursuite, et, si l'on ne peut avoir un c cardinal, qu'il se face devant un évesque^ >

Ces dispositions convenaient trop bien aux deux parties pour ne pas être exécutées à la lettre. Le 5 avril 1 545, le jour de Pâques, à l'issue de la grand'messe, en présence du cardinal de Toumon, de Pierre Palmier, archevêque de Vienne, de Philippe de Gossé, évêque de Goutances, de Philibert Babou, évêque d'Angoulême, de Pierre du Ghâtel, évêque de Màcon, de Jehan de Saint-Mauris, ambassadeur de l'empereur, de Pierre Ménard, chanoine de l'église du Plessis, de Jehan Deschore, conseiller du roi, de Jacques Aulbery, avocat au parlement de Paris, de Jehan Rousbert, boui^eois de Tours, et de quatre notaires, Jeanne d'Albret renouvela, au chœur de la chapelle, ses protestations contre son mariage. Après avoir reçu la conununion, elle donna lecture de ses déclarations antérieures, et, la main sur l'évangile, elle jura c que le € contenu audit escript et es déclarations et protesc tacions par elle précédenmient faictes sont véri- € tables, et qu'elle y parsiste, veult et entend per^ € séverer* ».

L'ambassadeur Saint-Mauris envoya les pièces à l'empereur le 9 avril. Le duc de Glèves entama immédiatement les démarches auprès de la cour de Rome. La négociation ofi&ait certaines difficultés. Plusieurs docteurs trouvaient les protestations insuffisantes ; d'autres

i. Papiers d'État de Granvelle, t. III, p. 52. 2. Lettres de Marguerite d'Angoulême, t. Il, p. 289. — Papiers d'État de Granvelle, t. III, p. 112.

redoutaient d'avance les arguties et les subtilités insondables du droit canonique* ; Saint-Mauris prévoyait d'interminables lenteurs, sans compter les obstacles que pourraient faire naître le mauvais vouloir du roi pour le duc de Glèves et la condescendance du pape pour le roi '. Le 1 juin, le duc et ses ministres tinrent un conseil, à la suite duquel le docteur Gropper fiit chargé de poursuivre, auprès de l'évêque de Constance et de la daterie romaine, la solution tant désirée. Le conseil dressa une instruction détaillée, datée du 17 juin, dont la clause principale était de laisser entrevoir au pape qu'il était prudent de ménager le duc Guillaume, qu'un refus pourrait exaspérer ce prince et l'induire à se séparer de la religion catholique ; que d'ailleurs, s'il ne se mariait pas ou s'il n'avait pas d'enfants, ses états reviendraient de droit à l'électeur de Saxe, le plus acharné des princes luthériens. En même temps, le duc envoya en France un gentilhonune, le seigneur de Syberg, pour rendre au roi et à la reine de Navarre les présents qu'il avait reçus d'eux, et pour demander les mêmes restitutions à la princesse Jeanne. La mission réussit; la plus grande partie des présents des noces était déposée chez Jovien Urseler, à Anvers ; la reine Marguerite donna les décharges nécessaires, et le docteur OUsleger les reprit, au nom du duc, pour une autre occasion ^.

i. Lettres de Saint-Mauris du 9 avril, du 18 juin et autres pièces (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 47, f. 655, 656, 561 , 578 et 597).

2. Lettres de Saint-Mauris au grand commandeur de Léon (Arch. nat., K. i486, n® 20).

3. Délibération des conseillers de Glèves du 10 juin; lettre de Ghogreff du 22 juin; instruction à Gropper du 17 juin; lettre du

Le départ de Gropper ftit retardé par la pauvreté du trésor de Qèves. Il passa le mois de juillet à Worms daos Tattente des 200 couronnes d'or qui lui étaient nécessaires. Il les reçut enfin le S17 juillet. A Constance, Tévéque, supérieur diocésain du duché de Glèves, souleva une première difficulté ; suivant lui, la dissolution ne pouvait être prononcée qu'après une enquête. Le duc, sans repousser absolument cet arrêt, le combattit vivement à cause de ses impossibilités d'exécution. Il espérait que lepapeserait moins rigoureux. Gropper arriva à Rome le 8 septembre, mais il ne put obtenir une audience du pape avant le % octobre, malgré toutes les recommandations des cardinaux impériaux. L'ambassadeur de France, le cardinal d'Armagnac, s'efforçait d'entraver la négociation ; il avait circonvenu le cardinal Famèse, chargé de conférer avec Gropper*. Enfin, le ISl octobre, Paul III signa le bref demandé ; dans cet acte, il rappelle que Jeanne n'a consenti à épouser le duc de Glèves que par violence, per vim et metum^ qu'elle n'a cessé de protester contre son consentement ; que le duc n'a pu obtenir la consommation du mariage ; enfin, dit-il, c dissolvimus et separamus teque ac Joanc nam, à mutuo vinculo matrimonii hujusmodi absolc vimus et liberamus, necnon tibi cum alia muliere ac € eidem Joannœ cum alio viro matrimonium alias legi-

duc au pape du 30 juin; instruction àSyberg du !•' juillet; lettre d'Olisleger du 4 octobre; lettre du duc du 24 août (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n» 17, f. 564, 583, 584, 589; — Ibid., n« 16, pièces 4 et 6; — Ibid., n* 16 1/2, pièce 5).

1. Correspondances entre Gropper, le duc et ses conseillers, de juillet à novembre 1545 (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n»n, f. 591 à la fin du recueil).

« time contrcdiendi licentîam et facultatem concedî- « mus^... »

En apprenant cette nouvelle, le duc montra une joie très-vive ; quelques jours après, il écrivit à l'évêque de Constance une lettre de remerciements où Ton remarque ces mots : c Que le tout puissant soit loué et béni « et nous accorde ce qui peut nous rendre heureux •. » Les ambassadeurs clévois à Bruxelles, Adolphe Olisleger et Karl Harst, reçurent l'ordre de demander officiellement à l'empereur la main d'une de ses nièces. Ferdinand avait deux filles, Anne et Marie ; le duc, averti par ses précédentes mésaventures du danger d'épouser des filles trop jeunes, préférait l'ainée qui était majeure^; il n'obtint que la seconde. Le contrat est daté du 17 juillet 1546. En faveur de cette union, Gharles-Quint concéda aux futurs époux, s'ils n'avaient que des filles, le droit de les laisser < héritières de tous € fiefs, principautés, comtés et pays, fiefs du saint < Empire^ ».

1. Ce bref est imprimé dans Tou-vrage de M. le docteur Lacomblet, Urkundenbuch fur die Geschichte des Niederrheins, 1858, t. IV, 2« partie, p. 690.

2. Lettre du duc à révoque de Constance; réponse de révoque (Arch. de Dusseldorf, Julich-Berg, n® 17, f. 612, 582).

3. Lettres de Ghogreff et du duc (Arch. de Dusseldorf, Julich- Berg, n«»16et 16 1/2).

4. Ordonnance de Gharles-Quint, sans date (Bibl. nat., f. fr., vol. 3175, f. 145, copie). Ce recueil est consacré tout entier aux difficultés que suscita la succession de Guillaume de Glèves. — Le contrat de mariage est imprimé dans Urkundenbuch fur die Geschichte des Niederrheins, t. IV, 2« partie, p. 692.

L'hypothèse prévue par Tordonnance de Gharles-Quint se réalisa; les filles héritèrent du duché de Glèves. Le duc Guillaume eut deux fils; Taîné, Gharles-Frédéric , mourut avant

204 LB MARIAGB DE JEANNE d'ALBRET.

8on père, à Rome, le 9 février 1575, à Tâge de vingt ans ; le second, Jean Guillaume, qui lui succéda, d'abord évoque de Munster, était attaqué de maladies nerveuses; il mourut le 25 mars 1609 sans laisser d'enfants, bien qu'il eût été marié deux fois. Le duc Guillaume eut aussi plusieurs filles. L'aînée, Marie- Eléonore, avait épousé Albert-Frédéric de Brandebourg, duc de Prusse, et était morte en 1608. Elle avait laissé quatre filles, mariées aux marquis de Brandebourg, duc de Neubourg, duc des Deux-Ponts et marquis de Burgaw. Ces quatre gendres, en vertu des droits qu'ils prétendaient tenir de leur belle-mère, d'après la constitution de Gharles-Quint, se disputèrent la succession de Jean-Guillaume de Glèves. Jean-Georges de Saxe, Charles de Gonzague de Glèves, duc de Nevers, seigneur français, et Robert de la Marck, tous héritiers de Jean Guillaume, plus ou moins directs par les femmes, y prétendirent aussi. Henri lY se mettait en campagne pour se rendre l'arbitre de cette querelle lorsqu'il fut assassiné en 1610. Depuis, le marquis de Brandebourg, soutenu par la France, et le duc de Neubourg, soutenu par l'Espagne, se disputèrent cette succession les armes à la main. Le duché de Glèves, les comtés de Ravenstein et de la Marck restèrent enfin au premier ; les duchés de Juliers et de Beig au second. La paix des Pyrénées, en 1659, consacra cette division.

Page 1