Ibid
3. Lettre autographe de Saint-Mauris au prince d'Espagne, du 9 avril 1547 (Arch. nat., K. 1487, no 55).
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pied de son lit. Le dauphin, profondément ému, était à genoux auprès de son père; le roi ouvrit les yeux : c Embrassez-moi, mon fils, > dit-il, et il le bénit. Il reprit la croix et dit : c In manus tuas. Domine, c conunendo spiritum meum. > Puis il prononça plusieurs fois d'une voix faible : c Jésus! Jésus! > Ce furent ses dernières paroles ; il rendit le dernier soupir entre une heure et deux* (31 mars 1 547).
Le lendemain, après que la mort eut été constatée par les médecins, le corps du roi fut ouvert : < On c trouva un apostume en son estomac, les rognons c gâtés et les entrailles pourries, le gosier en chancre < et le poumon entamé*. > En attendant les funérailles, le corps, enfermé dans un double cercueil de bois et de plomb, dont nous pouvons donner le prix (il coûta 50 sols tournois^), fiit mené par les cardinaux de Toumon et de Meudon , les évèques de Nevers , d'Évreux et de Mâcon, à Haultebruyère, prieuré de filles dépendant de l'abbaye de Fontevrault. L'amiral Annebaut, le grand écuyer Boisy et Mongommery conduisaient le cortège. La chapelle était garnie d'insignes de deuil. Cent reUgieux ou prêtres séculiers disaient chaque jour une messe au chevet du feu roi, les premiers au prix de cinq sols tournois, les seconds au prix de
1. Oraison funèbre du roi François !«' par Pierre du Ghastel, évoque de Mâcon , imprimée à la suite de la vie de ce prélat par Pierre Galland, Paris, 1674, in-S».
2. Lettre de Saint-Mauris du 10 avril 1547, original chiffré, déchiffré par M. Friedman (Arch. nat., K. 1487, n9 56).
3. Compte des funérailles de François I«' dressé par Nicolas Lejay, notaire. Original sur parchemin (Bibl. nat., f. fr., vol. 10392). Nous faisons ci-après plusieurs emprunts à ce curieux manuscrit.
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quatre. Le mercredi, 6 avril, son cœur et ses entrailles furent enterrés au pied de Tautel de la chapelle*.
Les documents contemporains nous permettraient de raconter, jusques aux moindres détails, les funérailles de François P'. Nous choisissons quelques parties du récit, dont les traits caractéristiques font revivre une grande époque, si éloignée de nous. Le lundi dePàques, 1 1 avril, le corps fut apporté à Saint-Gloud, maison de campagne de Tévêque de Paris. Quarante-huit moines des quatre ordres, Cordeliers, Jacobins, Âugustins et Carmes, le gardaient tour à tour et chantaient les prières des morts. Le dimanche, 34 avril, on plaça sur un trône, au-dessus du corps, c l'effigie >, statue de bois et de plâtre, représentant fidèlement les traits du roi et moulée sur son visage. L'effigie portait c une € chemise de Hollande, brodée au col et aux manches € de soie noire, une camisole de satin rouge, doublée € de taffetas de même couleur et bordée d'un passe-
c ment d'argent ; par dessus, une tunique de satin
€ blanc cramoisy, semé de fleurs de lys d'or, de riche
€ broderie ; un manteau royal de velours vio-
« let cramoisy, semé de fleurs de lys d'or; un bonnet « de velours cramoisy brun, et la couronne royale et c impériale ; aux jambes des houssettes ou brodequins c de toile d'or, la semelle de satin cramoisy. > A droite était le sceptre royal, à gauche la main de justice.
1. Nous avons deux récits des funérailles de François I«'. Le premier, le plus complet, est inédit; il en existe une copie à la Bibliothèque nationale (f. fr. 4341, f. 7 et suiv.). Le second a été imprimé chez Robert Estienne (in-4o, s. d.) et réimprimé à la suite de la vie de Pierre du Ghastel par Galland (in-8», 1674). Nous fondons ensemble les deux récits en les abrégeant.
L'effigie demeura onze jours exposée. Pendant ce temps, suivant un usage de la monardiie qui n'admettait pas la mort du roi avant le couronnement de son successeur, les repas habituels étaient servis devant le trône ; les tables dressées par les oflBciers de fourrière ; les mets apportés par les gentilshommes servants, panetiers, échansons, écuyers tranchants, du gobelet, maîtres d'hôtel , écuyers de cuisine , pages de la chambre ; la table bénite par un des cardinaux ; les bassins d'eau à laver offerts < à la chaire dudict seigneur € roy comme s'il eut esté vif et assis dedans > ; les trois services successivement présentés et chaque plat essayé par le grand maistre.
Le mercredi, 4 mai, la chapelle ftit ornée de drap noir, de cierçes et de lampes d'argent. Le 18, veille de l'Ascension, le dauphin, conduit par le connétable, vint de Saint-Germain et donna l'eau bénite au corps de son père. Il portait un manteau de pourpre de cinq aunes de long, dont la queue était tenue par les princes d'Enghien, de Vendôme, de Montpensier, duc de Longueville et sire de Rohan. Le 21 mai, le corps fut porté en grande pompe à l'église Notre-Dame-des- Ghamps. Le nouveau roi y avait déjà réuni les cercueils de ses deux frères, le premier dauphin, mort le 1 août 1536, au château de Tournon, et le duc d'Orléans. Le lendemain était le jour des funérailles. Le cortège se présenta dans l'ordre suivant : la marche était ouverte par le capitaine, les archers et les arbalétriers de la ville de Paris. Ils étaient suivis du clerçé régulier, des Minimes, des Gordeliers, des Jacobins, des Augustins, des Garmes, des ecclésiastiques des paroisses, de cinq cents pauvres vêtus de neuf aux
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armes du roi et portant des torches, des vingt-quatre crieurs de la ville, la cloche à la main, criant à tous les carrefours : c Priez Dieu pour l'àme de très hault, très c puissant, et très magnanime François, par la grâce € de Dieu roy de France très chrétien, premier de ce c nom, prince clément, père des arts et sciences. > Puis venaient le guet, les officiers municipaux, le prévôt et ses sergents, les collèges, le chapitre et tous les corps établis de la bonne ville de Paris, dont la seule énumération occupe plusieurs pages de l'annaliste ; la maison du roi, les cent Suisses, les deux cents gentilshommes de Thôtel, les officiers de service, les gentilshonmies servants, les pages et les écuyers, portant les pièces de l'armure du feu roi, les évêques et les archevêques. Leseffigies etles cercueilsdu ducd'Orléans etdu dauphin, portés par les gentilshommes de leur maison, précédaient ceux du roi. Derrière le catafalque royal marchait le cheval de bataille t couvert et housse de « veloux violet azuré >, le grand écuyer de Boisy, le cardinal du Bellay, évêque de Paris, le Parlement en robe rouge, chaque président tenant un coin du drap mortuaire, les princes du sang en grand deuil, les cardinaux à cheval, les vingt-quatre archers de la garde du corps, les ambassadeurs du pape, de l'empereur, d'Angleterre, d'Ecosse, de Venise, de Ferrare et de Mantoue, chacun conduit par un prélat à cheval. Les princes et chevaliers de l'ordre, les huissiers et les gentilshommes de la chambre et les quatre cents archers de la garde fermaient la marche. Ces cardinaux, princes, seigneurs, qui éblouissaient les yeux par la magnificence de leur deuil, étaient vêtus ainsi que les pauvres, aux frais du roi. Les cardinaux et l'amiral
Annebaut avaient reçu chacun huit aunes et demie de drap écarlate au prix de 191 livres Faune; les princes du sang, les évèques, le connétable, en tout vingtquatre seigneurs, neuf aunes de fin drap noir à 10 livres; les ambassadeurs et les gentilshonunes de rhôtel, onze aunes à 7 Uvres; les conseillers des comptes n'avaient que du drap à 4 hvres. La maison du roi tout entière, au nombre de douze cents personnes, était habillée à différents prix, et chaque homme portait un bonnet de 15 sols. Le total des dépenses d'habillement se montait à 66,037 livres 6 sols 8 deniers, sans compter les douze cents bonnets de deuil.
Le cercueil du roi et ceux des deux princes furent conduits à la cathédrale, illuminée de torches funéraires et tapissée de tentures de deuil. Le lendemain, après la messe dite par le cardinal du Bellay, Pierre du Chastel, évéque de Mâcon, prononça la première partie de l'oraison funèbre. Vers midi, le cortège, conmiandé par l'amiral Annebaut, en l'absence du connétable de Montmorency, malade, se remit en route dans le même ordre que la veille, par le pont Notre-Dame et la rue Saint-Denis, au milieu d'une foule immense. Au village de Saint-Ladre c chascun peult monter à cheval pour € le soulagement de sa personne >. Le cardinal de Bourbon, abbé de Saint-Denis, attendait le cortège à la Croix-qui-penche*. L'église était « en tout tel accous-
1. Le village de Saint-Ladre ou Saint'-Lazare était situé autour du couvent de ce nom à ^extrémité du faubourg Saint-Denis actuel. La Croiw qui penche était placée dans la plaine Saint-Denis, à gauche en sortant de Paris; elle a été détruite le 18 novembre
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c trement et appareil, tant en chapelle ardant, lumic naire, tenture que tout autre aornement, comme c celle de Nostre Dame de Paris, sans en rien défaillir € ne excepter > . Le mardi 23 mai, après la grand'messe chantée par le cardinal de Bourbon, l'évêque de Màcon acheva l'oraison funèbre commencée la veille. Les corps du duc d'Orléans et du dauphin, enfermés dans un cercueil c de veloux noir croisé de satin blanc c et garni de quatre écussons de broderie de l'armoi- « rie desdits seigneurs >, furent descendus les premiers dans le caveau. Puis les gentilshonmies de la chambre y déposèrent le cercueil du roi ; les rois d'armes, leurs cottes d'armes ; les capitaines des compagnies de la garde, leurs enseignes ; les écuyers , les diverses pièces de l'armure, le pennon et l'épée du roi; le grand maître, son bâton; l'amiral Annebaut, la bannière de France; Horace de Farnèze, la main de justice; le duc de Lorraine, le sceptre royal; le chevalier de Lorraine, la couronne. Au milieu d'un profond silence l'amiral dit : c Le roy est mort! > parole qui fiit répétée trois fois par les hérauts d'armes. Au bout d'un moment, Annebaut releva la bannière de France en criant : c Vive le roy Henry < deuxième de ce nom! > Et tous les assistants répétèrent ce cri avec les hérauts d'armes.
Après cette cérémonie, qui consacrait une fois de plus les traditions de la monarchie, tous les assistants se rassemblèrent dans les salles de l'abbaye pour le festin funéraire. L'usage de ces agapes funèbres remontait à l'antiquité. Le repas, servi aux frais du trésor royal, était considéré comme le dernier acte de générosité du défunt. Celui du 23 mai 1 547 fut servi avec cette
magnificence qui est le caractère des fêtes de François !•'. Il coûta 2,627 livres 8 sols 4 deniers. A la fin du repas une rixe, qui faillit ensanglanter les salles de Tabbaye, s'éleva entre les rois d'armes d'une part, et les gens de Notre-Dame et de Saint-Denis de l'autre; ils se disputaient la propriété des manteaux de deuil des princes et des tentures qui avaient servi à l'ornement des chapelles ardentes. Annebaut trancha la question en faveur des rois d'armes.
Telles furent les funérailles de François !•'; celles de Henri II, douze ans après. Auvent célébrées avec la même étiquette. La dépense totale des obsèques du roi et de ses deux fils s'éleva à la somme de 168,690 livres tournois*.
Suivant la coutume de la cour de France le nouveau roi, Henri H, n'avait pas paru aux funérailles de son père *. Le 1 ®' avril il avait conduit le corps au prieuré de Haulte-Bruyère et s'était retiré à Saint-Germain, laissant à l'amiral Annebaut le soin de présider les cérémonies funèbres. Le connétable de Montmorency, disgracié depuis six ans, arriva à la cour le même jour, lendemain de la mort de François P*", et fiit reçu avec de grands transports de joie par le nouveau roi, € son € compère >. Après une conférence secrète de plus de
1 . Il est difficile d'établir la comparaison de la valeur de l'argent pendant la première moitié du xvi« siècle avec la valeur du nôtre. Suivant M. Mignet il vaut aujourd'hui cinq fois plus (Rivalité de François I"^ et de Charles-Quint, t. I, p. 126 et 143, notes). Suivant M. Pierre Clément il vaut près de trente fois plus (Trois drames historiques, p. 166, 185 et 195).
2. D'après Vincent Garloix il se trouvait déguisé dans une chambre de la rue Saint- Jacques , sur le passage du cortège (Mémoires, liv. II, chap. H).
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deux heures, Montmorency sortit du cabinet du roi et annonça aux courtisans qu'il allait reprendre le gouvernement; il fit appeler les cardinaux Charles de Lorraine et Odet de Ghastillon ; au premier il confia les finances, afin de ne pas s'exposer au reproche de tout accaparer; il s'adjoignit le second dans la direction générale des afiTaires. Le soir il prit d'autorité le logis occupé par la dame d'Estampes et s'y installa avec ses gentilshonmies ^ Le lendemain, SI avril, une ordonnance royale réorganisa le Conseil privé' ; mais, parmi les membres nonmiés, seuls, les cardinaux Jean de Lorraine, Hippolyte d'Esté, cardinal de Ferrare, Jean du Bellay, l'évêque de Hesdin, Jacques d'Albon, seigneur de Saint-André, et Charles de Lorraine, archevêque de Reims, secrétaire, chargé de recueillir les voix, se réunissaient journellement sous la présidence du connétable ^ Les autres conseillers, le roi de Navarre et les princes, ne prenaient part qu'aux délibérations d'apparat.
La reine Léonor se trouvait au monastère de Poissy au moment de la mort du roi. Elle tenait si peu de place à la cour que personne n'avait songé à l'avertir de l'aggravation de l'état de son époux. Henri II et la princesse Marguerite allèrent la visiter à Poissy ^ Le roi
1. Lettre de Saint-Mauris du 10 avril 1547, déchiffrée par M. Friedman (Arch. nat., K. 1487, n» 56).
2. Cette ordonnance est imprimée dans les Mémoires d'État de Ribier, t. II, p. 1.
3. Lettre de Saint-Mauris à l'empereur, avril 1547, copie (Arch. de Bruxelles, coll. de doc. hist., t. Vil, p. 183). C'est à tort que le copiste a attribué ce document à Tabbé de Saint- Vincent.
4. On sait que Henri II et Marguerite étaient fils de la première
la pressa de demeurer en France et lui promit de grands égards. Mai^erite s'émut en parlant de son père; elle se trouva mal, et, malgré les soins de ses dames, elle se trouva mal une seconde fois en prenant congé de la reine. Léonor se revêtit de deuil et s'enferma pour six semaines dans le couvent. Elle renvoya de sa maison la dame de Ganaples, ancienne maîtresse de François P% et s'attacha la dame de Massi, qu'il avait voulu chasser de la cour, et Vamirale Annebaut, dont le mari, maintenant disgracié, avait été l'ami du feu roi. La dame de Ganaples, qui n'avait été qu'une favorite de passage, expia durement sa faute ; son mari reftisa de la recevoir et l'obligea à entrer dans un couvent *. Le séjour de la reine Léonor en France ne se prolongea guère au-delà de son année de deuil. Au mois d'octobre 1 548 elle rejoignit l'empereur en Flandre, emportant ses c cofiPres et bardes > , et quittant probablement sans ,regret une cour où elle n'avait trouvé, malgré ses vertus, que de l'indifiFérence*.
Le sort de la dame d'Estampes ne fut pas moins rigoureux que celui de la dame de Ganaples. Un peu avant la mort de François P% elle s'était retirée à Limours. Deux jours après, elle réclama son logis de Saint-Germain pour l'occuper en attendant son audience de congé du nouveau roi . Le connétable en avait déjà pris possession. Henri II fit répondre à l'audacieuse duchesse
femme de François I<»', la reine Claude, fille de Louis XII, morte à Blois en 1524.
1. Lettre de Saint -Mauris du 10 avril 1547 déchiffrée par M. Friedman (Arch. nat., K. 1487, n- 56f.
2. Lettre de Henri II à La Rochepot du 23 octobre 1548 (BibL nat., f. fr., vol. 3119, f. 18).
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qu'il s'en rapportait à la décision de la reine Léonor^ Les courtisans, dégagés de toute hypocrisie, ne dissimulaient plus la haine qu'inspirait l'ancienne favorite. Le déchaînement devint général. Le chancelier Olivier ' dressa une instruction contre c la vie et vexations de c la dame d'Estampes > . On l'accusait d'avoir emporté des trésors et de les avoir cachés en Normandie. On saisit tous ses biens, meubles et inuneubles. Le cardinal de Lenoncourt, mandé à la cour, fiit sommé de jurer qu'il n'avait rien reçu en dépôt d'elle. Ses créatures ftœent destituées c sans fainctise et de plein sault > . Son agent de confiance, le Bossut de Longueval, qui passait pour son amant, fut arrêté dans des circonstances piquantes : c Fut prins sur la minuit à Paris, en la maic son d'un sien procureur, estant couché avec une itac lienne, qui souloit estre à la fenmie du dauphin, c mariée puis deux mois. Et Dieu sçait si l'on a ri de c la honte qu'il reçut méritoirement. » Il avait été devancé à la ÎBastille par le sieur de Rainet, contrôleur de la maison de la duchesse *. Gilbert Bayart, général des finances, autre agent de la favorite, n'échappa que par la fuite au sort de Longueval. Le cardinal de Tournon fut renvoyé. L'amiral Annebaut fut aussi poursuivi malgré sa qualité d'exécuteur testamentaire du feu roi. Il était accusé d'avoir soustrait une partie de la sonmie consacrée à la dernière guerre maritime contre l'Angleterre. Le roi lui enleva sa compagnie d'honunes d'armes
1. Lettre de Saint -Mauris du 10 avril 1547 déchiffrée par M. Friedman (Arch. nat., K. 1487, n* 56).