‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 56 sur 66 · c dicha princessa es de buena dispusicion, virtuosa · texte numérisé non relu

c dicha princessa es de buena dispusicion, virtuosa

c cuerda y bien criada. » (Instructions de Gbarles-Quint à son fils Philippe, 18 janvier 1548; Papiers d'État de Granvelle, t. III, p. 312.)

2. Si esto no a lugar, me pareçe que déviera convenir la princesa de Albret, con tanto que se tratase de manera que se quitase la diferencia y pretension sobre el regno de Navarra, y con medios convinientes, y que se pudiese sacar la dicha princesa de Francia (Papiers d'État de Granvelle, t. DŒ, p. 312). Cette pièce a été connue du savant Godefroy qui la mentionne dans un mémoire inachevé et inédit (Bibl. de Tlnstitut, coll. Godefroy, vol. 377).

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Saint-Germain vers la fin d'avril 1548 avec la reine, le duc de Vendôme et la plupart des princes de sa cour, il se trouvait à Troyes le 10 mai ^ € De Troyes, € dit Vincent Garloix, le roy traversa toute la Bour^ € goigne , faisant à Dijon, Beaune et autres de la duché, € ses entrées; puis vint en Savoie pour en faire de € même et commença par la ville de Chambéry*. > A Chambéry, Antoine de Bourbon eut une difficulté dont il se tira habilement. Dans toutes les cérémonies il prenait place, en qualité de premier prince du sang, derrière le dais du roi. Au moment de l'entrée triomphale, il vit avec étonnement le duc d'Aumale se placer à sa gauche, sur le même rang que lui. Voici le récit du biographe de Vieilleville : € Moncompaignon^, dit le € prince, tenons-nous rang en ce pays-ci? — Oui, € Monsieur, répond le duc d'Aumale, et plus qu'en « autre pays de France, car, estant celui-cy de nou- € velle conqueste, duquel je suis gouverneur et lieute- « nant général pour le roy. Sa Majesté veult monstrer à « tous les estats d'iceluy en quel estime il a ceste pro- € vince, et m'a conmiandé de marcher ainsi. — Je le « dy, mon compaignon, répliqua Monsieur de Ven- « dosme, parce que tout ce que pourroit faire le chef

1. Lettres de Dianne de Poy tiers, p. 25, note de M. Guififrey. Dans les pages qui suivent nous empruntons plusieurs indications aux notes de cet ouvrage.

2. Mémoires sur Vieilleville par Vincent Garloix, liv. III, chap. VIII.

3. Vincent Garloix s'accorde ici avec Brantôme qui dit positivement que Antoine de Bourbon appelait habituellement François de Lorraine mon compaignon; Guise lui répondait Monsieur, (Œuvres de Brantôme, édit. de la Soc. de l-Hist. de France, t. IV, p. 368.)

€ de vostre maison seroit d'estre en ma main. — Je le € pense bien, Monsieur, répond d'Aumale, en la c France, mais hors le royaume vous seriez après luy , € parce qu'il est souverain et vous ne Têtes pas, € ains subject et vassal de la couronne de France. »

Antoine de Bourbon, piqué de ce superbe langage, quitte alors son rang et se retire. Le roi sort de son dais et entre en conférence avec le connétable; le cortège s'arrête; les courtisans attendent la fin de Tincident. Après le conseil, Vieilleville est chargé d'apaiser la querelle. Au premier mot des ordres du roi, le prince se soumet et reprend sa place ; mais son amour^ propre n'y perdit rien ; il dit tout haut € que si le roy € avoit commandé à un lacquay de se mettre au rang € où il estoit, qu'il le soufiFriroit et l'auroit très-agréable € pour le respect du mandement >. Le duc d'Aumale aima mieux dévorer cet affront que perdre son rang. € Il estoit fort esclave des honneurs et de la gloire. > Le roi sut gré du sacrifice au duc de Vendôme. Pour un prince du seizième siècle, céder sur une question d'étiquette c'était céder deux fois.

De fête en fête le roi arriva à Turin *. La paix régnait encore entre l'empereur Charles-Quint, possesseur du Milanais, et le roi de France, maître du Piémont, mais les deux souverains n'attendaient qu'une occasion

1 . Pendant ce voyage en Piémont le roi se fit présenter l'état de tous les soldats estropiés à son service et les distribua dans toutes les abbayes de France à la charge des abbés (Mémoires sur Vieille" ville par V. Garloix , liv. III , chap. 9). Plusieurs historiens contemporains ont considéré cette mesure comme une innovation en faveur des invalides, mais elle était déjà en usage sous le règne de François I«' (Relations des ambass, vénitiens, t. I, p. 300, dans les Documents inédits).

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favorable pour recommencer la guerre. A Turin, le roi reçut la nouvelle d'un nouveau soulèvement causé à Bordeaux par la perception de la gabelle. Aussitôt il repassa les Alpes, croyant peut-être retrouver dans ce mouvement l'influence occulte de son ennemi.

François P'^, peu de jours avant le mariage de Jeanne d'Albret et du duc de Clèves, avait établi dans . l'ouest un nouveau mode de perception de la gabelle. En 1 544 cette charge fut aggravée par un édit qui monopolisait la vente du sel entre les mains des officiers du roi^ Le prix du sel augmenta rapidement. Les gabeleurs ajoutaient leurs propres exactions aux rigueurs de l'édit royal. Un vif mécontentement agita les campagnes. Après quelques soulèvements partiels, au mois de mai 1548, une insurrection générale, qui prenait le caractère d'une Jacquerie, s'éleva en Saintonge, Aunis, Angoumois, Bordelais et dans les Isles. Saintes et Cognac furent saccagées. A Bordeaux, le lieutenant du roi, Tristan de Moneins, fut assassiné. Sur tout le littoral, même en Périgord et en Agenais, les officiers du roi qui voulurent résister, et surtout les gabeleurs, furent égorgés*. Le roi de Navarre, gouverneur de la Guyenne, lutta avec énergie contre les séditieux. Cette insurrection pouvait lui donner les moyens de retarder encore le mariage de sa fîUe, mais le roi.

1. Ëdit de juillet 1544 imprimé dans le recueil de Fontanon, t. n, p. 1020. M. Dareste de la Ghavanne, dans son Histoire de l'administration en France, a très-bien résumé l'histoire un peu obscure des transformations de l'impôt sur la gabelle.

2. Paradin, V. Carloix et surtout Belleforest, témoin oculaire, sont les historiens du temps qui donnent le plus de détails sur l'insurrection de 1548.

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au oommenoement de septembre, envoya le connétable de Montmorency et François de Guise en Guyenne ^ Guise remplit sa mission avec le vidame de Chartres, de la maison de Bouii>on ; dans cette oeuvre de répression il montra une magnanimité qui contrastait avec la dureté du connétable '•

La cour n'avait pas accompagné le roi en Piémont; Catherine de Médicis l'attendait à la côte Saint-André ; Tambassadeur d'Espagne était resté à Màcon^. A son retour d'Italie, Henri II, accompagné de la reine et de toute sa cour, fit une entrée solennelle à Lyon ; les fêtes se prolongèrent pendant huit jours, du W au S8 septembre. Parmi les princesses du cortège, un témoin oculaire cite Marguerite d'Angoulème, arrivée à la cour un mois auparavant, et Jeanne d'Albret, toutes deux dans une litière de velours noir découverte; Antoine de Vendôme, à cheval à la portière, « tenant propos à la- € dite royne, > se faisait remarquer par son empressement auprès de la princesse et de sa mère ^.

Le mariage d'Antoine de Bourbon et de la princesse de Navarre était irrévocablement arrêté dans l'esprit du roi depuis lafin de l'année 1 547 ^, mais il l'avait ajourné

1 . Lettre de Henri n au s. d'Humières en date du 8 septembre 1548 (Bibl. nat., Vc de Golbert, vol. 23, f. 25, v% copie).

2. Ronsard a publié une jolie pièce de vers sur l'insurrection de la Guyenne (Odes, 1555, p. 38 v»).

3. Lettre de Saint-Mauris au prince d'Espagne du 13 août 1548 (Arch. nat., K. 1488, n» 66).

4. La magnifka e trionfale entrata del Christ, re di Francia,

Henri II, Lyon, in-4*, 1549. Brantôme a reproduit presque

littéralement le récit italien (t. HI, p. 250, édit. de la Soc. de VHist, de France),

5. Lettre de Saint-Mauris au prince d'Espagne du 20 décembre 1547 (Arch. nat., K. 1487, no 103).

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jusqu'au retour de la cour à Saint-Germain, époque du mariage du duc d'Aumale, afin de réunir les deux fêtes en une seule, digne de la magnificence de François P'. Tout à coup, à Lyon, le roi se montra pressant, et, sans attendre la fin du voyage, il décida que la cérémonie serait célébrée à Moulins. Avait-il été prévenu des dernières menées de Henri d'Albret? Montmorency était à Bordeaux ; il avait pu recueillir dans cette ville, voisine du Béarn, des informations particulières. Quoi qu'il en soit, le roi ne se laissa arrêter par aucune représentation. Marguerite tâchait encore de gagner du temps ; elle avait obtenu l'appui du chancelier Olivier; elle implorait celui de la reine Catherine et de Diane de Poitiers; l'ambassadeur d'Espagne était l'âme de la résistance. Voici dans quels termes Henri II raconte au connétable l'opposition de sa tante :

Mon compère, je vous ranvoye se porteur quy vos sara bien randre compte de toutes choses, toutes foys je ne ieré (laisseray) à vous mander se mot, que seus (ceux) que je vous avoys mandé quy estoyt demeurés daryere, ont eu peur que je ne maperseuse de ce quy se foyt, qui estoyt que Tanbassadeur de lempereur estoyt venu voyr la reyne de Navarre et le chanselyer pour les persuader de ronpere ce maryage de monsyeur de Vendôme; et, à se que je peu conpter, ont grant anvye qui ne se fase point, car le chanselyer me dit que Ton me vouloyt mestre de grans partys enavant. Je luy dys que falloyt que je les eusse devant que an répondre. La royne, ma tante, lala (Falla) incontynent dyre à ma famé et à madame de Vanlytynois. Et pour se quy seroît trop longs à vous escryre, ce porteur les vous dyra. Toutesfoys je (j'ai) fort bien connu au propos que ma dyt la bonne dame, quele a grant anvye que sesy ne se fasse point. Je feré ce que je pouré afyn de fayre les noses ou pour le moyns les fyansailles à Moulins, et vous asure

quy les fera on par amour ou par forse, et, sy ne le fayt, souvené-vous de ce que je vous dys * .

La cour arriva le 8 octobre à Moulins. Les ducs de Bourbon, au xv* siècle, y avaient élevé un château féodal. € Moulins, écrit André Navajero, en 1528, est la € ville la plus considérable du duché de Bourbon. Les € ducs y ont construit un palais magnifique en guise € de forteresse, avec de beaux jardins, des forêts, des € fontaines et toute sorte de somptuosités, dignes de € la demeure d'un prince. Le parc, qui renfermait une € grande quantité de bétes et d'oiseaux, est en partie € désert. Il reste cependant des fi:*ancolins, des poules € d'Inde, des perdrix en quantité et des perroquets € de différentes espèces *. > Après la condamnation du connétable de BourBon, le château de Moulins était passé des mains de Louise de Savoie, mère de François P% à la couronne. C'est dans ce somptueux palais, témoin de la grandeur de la maison de Bourbon, que Henri II voulut, par une attention délicate, célébrer le mariage du duc de Vendôme.

Après avoir longtemps retardé son départ sous le prétexte des troubles de Guyenne, le roi de Navarre, forcé par de nouveaux messages, s'était mis en route au conmiencement de septembre % à petites journées,

1. Lettre sans date, autographe (Bibl. nat., f. fr., vol. 3119, f. 3). Le reste de la lettre est relatif à la sédition de Bordeaux. — Une partie de cette lettre a été publiée par M. le comte de Laferrière (Margtierite d'Angouléme, p. 125).

2. Relations des ambassadeurs vénitiens, 1. 1, p. 33 dans la ColL des doc, inédits,

3. Lettre de Pedro de Gazteiu du il septembre 1548 (Arcb. nat., K. 1484, no 84).

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pour donner aux courriers de l'empereur, qu'il attendait toujours en vain, le temps de le rejoindre. Il arriva à Moulins avec l'intention de tenir tête au roi, mais le roi montra tant d'insistance que le prince fut obligé de céder. Henri II raconte lui-même cette entrevue au connétable :

Se quy m'a fait tarder à vous escryre s'a esté la venue du roy de Navarre, lequel m'est venu trouver en sete vyle ; Ton m'avoyt averty quy dysoyt quy parleroyt bien à moy, se que j'atandoys an grant devosyon, toute foys sa colère s'et refredye et m'a tyns les plus dous proupos quy Test possyble et pour ne me parla d'otre chose; et voyant quy ne me fesoyt samblant de ryens, je luy dys sy ne vouloy mestre Qrn à se quy m'avoyt promys, qui estoyt du maryage de sa fylle. Y fit se quy peut pour Falonger, mes je luy dys quy Moyt quy le fyt, et que ce fut dedans dymanche; se quy m'a acordé^

Pour consoler son oncle de ce mariage, Henri II lui promit le recouvrement de la Haute-Navarre, mais le Béarnais, désillusionné, ne croyait plus à cette promesse, si souvent oubliée par François P' ; le roi lui avait offert précédenmient une pension de trente mille livres sur le trésor royal; Henri d'Albret, en prince avisé, préféra une rente de quinze mille livres assise sur les recettes de Gascogne qui passaient par ses mains. € Quant à se quy me touche, écrit le roi au connétable, € jan suys quyte à bon marché : je luy balle seulement € quinse mille irans tous les ans pour le couverement

1. Bibl. nat., f. fr., vol. 3129, f. 1. — Une partie de cette lettre a déjà été publiée par M. le comte de Laferrière dans son étude sur Marguerite d'Angoulôme, p. 120, et par M. Guififrey dans les notes des Lettres inédites de Dianne de Poytiers, p. 41 .

c de son réaume *. > Malgré les serments du roi et les précautions de Henri d*Albret, les 1 5,000 livres ne furent payées qu*une fois. Henri H l'avoue lui-même*.

Avant de donner son consentement, le roi de Navarre fit venir Antoine de Bourbon, lui reprocha son luxe et ses prodigalités et lui signifia d'avoir à prendre les habitudes modestes de la cour de Navarre, reconunandations impuissantes qu'il devait souvent renouveler.

Le contrat de mariage était prêt. Le conseil du roi en avait discuté les clauses depuis plus d'une année ^. Henri d'Albret constituait à sa fille une dot de i 00,000 écus, soit 225,000 livres. Le duc lui promettait un trousseau et des bijoux pour 10,000 écus. En cas de veuvage, la princesse devait jouir d un douaire de 4 2,000 livres de rente. Le cardinal Louis de Bourbon faisait donation aux futurs époux des terres de Gondé et de la Fère en Brie. Le prince apportait de son chef à la communauté le duché de Vendôme, le comté de Marie, la châtellenie de la Fère et des terres dans les Pays-Bas. Enfin, dans sa dernière clause, le contrat stipulait que le premier né hériterait du royaume de Navarre et des biens des deux maisons et qu'il joindrait aux armes d'Albret les fleurs de lys des Bourbons^ .

i. Lettre autographe du 'roi au connétable, sans date (Bibl. nat., f. fr., vol. 3129, f. 1).

2. Lettre du roi au connétable et au cardinal de Lorraine, du 10 juin 1555, analysée par M. Louis Paris dans le Cabinet histo" rique^ 1873, 2* partie, p. 65.

3. Rapport d'espion du 22 juillet 1547 (Arch. nat., K. 1487, no 70).

4. Le contrat de mariage du duc de Vendôme et de Jeanne d'Albret est imprimé dans le Recueil des Traités, t. II, p. 246.

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Jeanne d'Albret était-elle belle? Saint-Mauris nous apprend, en 4 547, c quelle avoit quelques glandes au € collet, que Ion se doubte que ce soit le mal des € écrouelles. Et est jà ledict mal depuis longtemps,

< tellement quelle fut touchée par le feu roi (Fran-

< çois !•'), que toutesfois ne luy a proufité. Et Ion tient € que le Roy moderne y mettra la main après son

< sacre*. > Olhagaray, historiographe de la Navarre, la représente comme c une des plus belles princesses € de l'Europe > ; suivant cet annaliste elle était brune*, rouge suivant Nicolas Bourbon ', blonde d'après tous ses portraits ^ Malheureusement il n'existe pas de portraits de Jeanne d'Albret fait pendant sa jeunesse. Les peintures, les gravures et les dessins dont l'authenticité est reconnue, la montrent presque toujours dans son costume de veuve, la bouche serrée, les lèvres minces, le nez long, les sourcils peu épais, l'œil clair, le regard pénétrant et ferme. L'énergie est le caractère de cette physionomie délicate. Sur le mérite de cette princesse et ses qualités morales nous avons des renseignements plus complets.

Tous les contemporains sont d'accord pour célébrer sa science et ses vertus. La fille de Louis XII, Renée de France, duchesse de Ferrare, portait d'elle ce jugement : € Je luy porte amour de mère et admire et

1. Lettre de Saint -Mauris, juin 1547, original (Arch. de Bruxelles, Négoc. de France, t. II).

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