‹ Le mariage de Jeanne d'AlbretChapitre 57 sur 66 · Voyez ci-dessus p · texte numérisé non relu

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4. Voyez la collection des portraits de Jeanne d'Albret, gravures et dessins, conservée à la Bibliothèque nationale, et le Recueil de portraits de M. Niel.

€ loue les grâces que Dieu lui a départies*. > L'éducation très-soignée qu'elle avait reçue au château de Plessis-les-Tours, sous l'inspiration de sa mère, avait fait d'elle une princesse accomplie, digne de prendre rang à côté de ces trois Marguerite qui ont illustré la cour des Valois par leur instinct poétique et leur goût pour les arts. L'éditeur des poésies de la reine de Navarre, Simon Silvius, dit de la Haye, qui écrivait en i 547, lui dédie les Marguerites de la Marguerite et la compare à sa mère :

Plus tost verrons, ô illustre princesse Totalement Diane avoir prins cesse; Plus tost verrons les immortels rayons Du beau Phebus, que luire nous voyons,

Du tout esteint-, ;

Que celle fleur, qui nostre siècle honore Et les beaux lys et la France décore, Ne porte fruictz d'inestimable prix Dont soyent repeuz tant de nobles esprits.

En tête du second volume, dans une autre dédicace, l'éditeur, jouant sur le prénom de la reine Marguerite, qu'il a donné au livre, conseille à la princesse d'imiter sa mère et de se faire auteur à son tour :

La Marguerite est la céleste aurore

Qui saintement ce monde emperle et dore Et de la France ainsi le nom décore,

A celle fin que vous, princesse illustre.

1. Lettre de Renée de France à Calvin {Arch, cur. de VHist. de France, i'« série, t. V, p. 399).

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Estant miroir de sa royale image Soyez aussi Timage de sa gloire ^

Si ces vœux poétiques ne furent pas exaucés, c'est aux ardentes préoccupations de la vie militante de Jeanne qu'il faut le reprocher, car on sait qu'elle faisait des vers aujourd'hui malheureusement perdus*.

Le 20 octobre 4 548, le mariage fut célébré à Moulins. Saint -Mauris, témoin oculaire, nous apprend € quil ny eust grans esbatemens ». La précipitation du roi avait empêché les officiers de la cour d'organiser les fêtes ordinaires. L'ambassadeur remarqua que Henri II « fist autant bon recueil, visaige et traioc tement audict sire d'Albret quil ne l'eust sceu désirer € meilleur^ ». Le jeune Pierre de Ronsard, qui suivait la cour avec Baif, écrivit l'épithalame :

Quand mon prince épousa Jeanne, divine race, Que le ciel compousa Plus belle qu'une grâce, Les princesses de France, Ceintes de lauriers verts, Toutes d'une cadance Lui chantèrent ces vers :

Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée.

1. Les Marguerites de la Marguerite des princesses, Lyon, Jean de Tournes, 1547, 2 vol. in-8'.

2. Joachim du Bellay a inséré quelques vers de Jeanne d'Albret dans ses œuvres, 1573, f. 156, v.

3. Lettre de Saint-Mauris à Maximilien du 9 novembre 1548 (Arch. nat., K. 1488, n«» 78 et 80).

Prince, plein de bon heur, L'arresl du ciel commande, Qu'on te donne Thonneur De nostre belle bande :

D'autant qu'une déesse La passe en majesté D'autant elle, princesse Nous surpasse en beauté.

Le ciel fera beaucoup Pour tout le monde ensemble Si tu conçois un coup Un ffls qui te ressemble, Où l'honneur de ta face Soit peint, et de tes yeus, Et ta céleste grâce Qui tanteroit les Dieus.

Cependant consommés Vos nopces ordonnées, Et les feux allumés De vos amours bien nées :

La chaste Gyprienne, Ayant son demi-ceint, Avec les grâces vienne, Gompaigne à l'œuvre saint.

Afin que le neud blanc De foi loyale assemble De Navarre le sang Et de Bourbon ensemble.

Plus étroit que ne serre La vigne les ormeaus, Ou l'importun lierre Les apuians rameaus.

Adieu, prince, adieu soir, Adieu pucelle encore, Nous te reviendrons voir Demain avec l'aurore :

Pour prier Hymenée De vouloir prendre à gré Notre chanson sonnée Sur votre lit sacré.

Hymen, Hymenée,

Hymen, ô Hymenée *.

Antoine de Bourbon, arrivé au triomphe de son ambition, redoublait d'élégance et de c gentilhommec rie ». Le roi écrit familièrement au duc d' Aumale en lui annonçant sa prochaine arrivée à Saint-Germain,

où devait se faire le mariage du duc* : c et là ce

€ sera à vous à courre : et verra-on si vous serez € aussi gentil compagnon que mon cousin le duc de € Vendôme'. >

La princesse paraissait heureuse. Lasse de ser-

1. Les quatre premiers livres des odes de P. de Ronsard, Paris , 1555, p. 103. Par une singularité qui n'a peut-être jamais été remarquée, plusieurs couplets de cet épithalame ont été littéralement reproduits dans Tépithalame d'Elisabeth de Valois par I. Le Grendre. Voyez le Bulletin du Bibliophile, 1874, p. 454.

2. Le duc d'Aumale épousa, le 4 décembre 1548, à Saint-Germain, après le retour du roi, la princesse Anne d'Esté, fille du duc de Ferrare. C'est par erreur que dom Galmet et le père Anselme ont rejeté ce mariage à l'année 1549. Cette erreur est d'autant plus inexplicable de la part de ces savants auteurs qu'aucun des contemporains du mariage ne s'est trompé sur sa date. Voyez à ce sujet les notes que M. Guiffrey a ajoutées aux lettres de Dianne de Poytiers, p. 30 et 51.

3. Mémoires-journaux du duc d'Aumale et de Guise, p. 2, dans la Nouvelle collection de Mémoires pour servir à l'Hist. de France, publiée par MM. Michaud et Poujoulat.

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vir de jouet à une politique (|ui se disputait sa main sans interroger son cœur, elle s'était laissé séduire par la bravoure chevaleresque et les mœurs élégantes du prince de Bourbon. On en plaisantait à la cour : c Vous asure, écrit Henri II, que je ne vys jamès € maryée plus joyeuse que sete-cy; et ne fyt jamès € que ryre ; je croy quy ne luy a pas finyt grand € mal *. > Deux jours après le maréchal de Brissac écrivait à François de Lorraine, qui était à la veille de son mariage, une lettre sur le même sujet, où la note gauloise est si vivement renforcée de la liberté de langage du xvi^ siècle, que nous n'osons la publier^.

Le lendemain, Henri d'Albret, efi&^yé du luxe de son gendre, exécuta lui-même les ordres d'économie qu'il lui avait donnés. Il se rendit au logis occupé par les nouveaux époux, et chassa la plupart des pages et officiers de luxe qu'il y trouva. C'est encore Henri II qui nous apprend ce coup d'état : t Ledit roy ma dyt € quy feroyt bien rongner le teryn à son beau fils, et € vous asure quy ly a bien conmiansé, car tous les < jantysoumes quy le souloyt suyvre sont désespérés

€ et se retyret tous ches eux Je panse quy nont

c point tous ansamble dix gentyshoumes'. »

Peu de jours après les nouveaux époux partirent

1. Bibl. nat., f. fr., vol. 3122, f. 7. — M. le comte de Laferrière a publié une partie de cette lettre dans son étude sur Marguerite d'Angouléme, p. 128, et M. Guiffrey dans les notes des Lettres de Dianne de Poy tiers, p. 41.

2. Bibl. nat., f. fr., vol. 20449, f. 119. — M. Guiffrey a publié une petite partie de cette lettre dans les Lettres de Dianne de Poytiers, p. 41.

3. Lettre autographe du roi au connétable, sans date, Bibl. nat., f. fr., vol. 3122, f. 13.

pour Vendôme. La séparation de Mar^erite et àe Jeanne fiit déchirante : c Vous ne vytes jamès, écrit

< Henri II au connétable, tant pleurer que a fait ma

< tante au partyr, et, sy neut été moy, ene (elle ne)

< fat jamès retournée avecques son mary *. » Marguerite ne se consolait pas du mariage de sa fille :

< Elle n'eme déjà guyers son beau fyls, > écrit le roi. Jeanne au contraire ne dissimulait pas son contentement; de là de petites querelles qui faisaient dire à Henri II, toujours malveillant à Tégard de la maison d'Albret, que Jeanne c ne tenoyt conte de sa mère ».

Tout s'effondrait à la fois autour de la reine de Navarre; elle avait perdu un frère qu'elle aimait; sa fille unique épousait un prince dont elle pénétrait la fatilité et la faiblesse ; Henri d'Albret n'était plus qu'un étranger pour elle. Ses mœurs légères avaient éloigné la reine ; il se consolait de cet abandon par des amours faciles qu'il étalait complaisanunent au sein de sa petite cour encore un peu grossière, t II est veiray, c écrit Henri II, que ma bonne tante et son mary se € veuUent le plus grant mal du monde*. » Le roi et la reine de Navarre avaient combattu ensemble les projets de Henri II sur leur fille, mais, aussitôt que le mariage fat célébré, le prince changea tout à coup de sentiment, soit pour faire sa cour au roi, soit par esprit de contradiction vis-à-vis de sa fenmie : t La € royne de Navarre, écrit Henri H à son confident,

1. Lettre autographe de Henri II au connétable, Bibl. nat., f. fr., vol. 3122, f. 13.

2. Trois lettres autographes de Henri H nous fournissent cette citation et celles qui suivent, Bibl. nat., f. fr., vol. 3129, f. 1, vol. 3122, f. 7 et 13.

€ est le plus mal quy lest possible avecque son mary c pour Tamour de sa fylle. » Henri d'Albret affectait d'approuver lemariagequ'ilavaitsilongtempsrepoussé: € Il ma dict que, sy sa fille avoyt des enfans, quy ne se € remaryroit jamès. » Il ne paraissait occupé que de présenter le plus tôt possible le duc de Vendôme à ses futurs sujets : t L'on m'a dict que le roy de Navarre « sans veult aller de Nevers et anmener sa fylle aveo- € que luy. Je ne suis pas délibéré de leur refuser € leur congé, car y me semble que, ayant maryé sa € fylle, set le plus grant gré que je puis avoir d'eux. » Il montrait une condescendance extrême à son gendre : € Je vous asure que monsieur de Vandosme le gou-

< verne Y dict estre le plus contant du

€ monde. > Et dans une autre lettre : c Y fait samc blantd'estre le plus contant du monde. Vous con-

< nessés l'onme. » Ces derniers mots semblent révéler que le roi de France ne croyait qu'à demi aux protestations de son oncle de Béarn.

La séparation de Marguerite et de Jeanne ne fut pas de longue durée. Le 24 octobre la reine quitta Moulins, et le 4 3 novembre elle arriva à Vendôme. Au printemps suivant, l'un des vœux les plus ardents du roi de Navarre fiit exaucé ; il reçut en Béarn son gendre et sa fille. Leur présence y excita des transports de joie et d'enthousiasme. La vue du bonheur de Jeanne adoucit la dernière année de la reine Marguerite. Antoine de Bourbon montrait des qualités qu'elle ne lui soupçonnait pas. Vers le mois de mars 4549, il écrit familièrement à son ancien rival, au duc d'Âumale : « Quant au debvoir de bon

< mary que faites à ce commencement de mesnage.

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c Dieu vous veuille longuement continuer ceste bonne « voulante, en laquelle toutesfoys je cuide que tous < deux demourerons si bien que Ton ne nous metra € jamays du nombre des mauvais marys*. > Cette consolation ne manqua pas à Marguerite, et elle en jouit jusqu'à sa mort, le 21 décembre 4549. Henri d' Albret survécut de six ans à la reine ; avant de mourir il eut le bonheur de voir naître l'enfant qui devait être un jour Henri IV.

A la nouvelle du mariage de Jeanne d'Albret, Tempereur assembla à Pampelune les États de la province, et fit décerner à son fils le titre de roi de Navarre. Ainsi fut ratifiée la spoliation consonmiée par Ferdinand le Catholique. L'incorporation de ce royaume à l'Espagne devint définitive. Le duc de Vendôme, successeur de Henri d'Albret, renouvela souvent ses réclamations et poursuivit l'éternelle revendication de la Navarre, mais sans plus de succès que son beau-père. Une plus haute fortune était réservée à sa race. Son fils devait succéder aux petits-fils dégénérés de François P', fonder la grandeur de la France moderne et laisser au monde le souvenir du plus habile et du meilleur des rois.

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