ACTE I. SCÈNE' IV
C’esfc par eux que je connais toutes les vertus qui vous rendent dignes d’estimo et d^affection.
SERT. Ils ont parle pour rooil... c’est donc ça; et je comprends maintenant...
car je me doutais bien que ce n’était pas pour moi-même. {Regardant sa jambe.") Je me connais , mademoiselle Suzette...
quoique, du reste, je sois aussi bon soldat qu’un autre... v’ià toujours c’qui m’empêchait d’avancer et de me mettre en ligne...
aussi, quand je vois, et que je me regarde ... je me dis qu’il faut que vous soyez bien bonne... je me dis que je suis trop heureux... et c’est ce bonheur-Ià, mademoiselle Suzette, dont je viens, d’abord, vous demander pardon.
SUZETTE. Comment?
SERT. Oui, sans doute... quand monsieur le comte m’a appris cette nouvelle-là... çaî m’a fait l’effet d’un boulet de canon , et j’ai accepté, sans -savoir ce que je faisais; parceque, voyez-vous, mademoiselle Suzette, un boulet de canon, ça vous étourdit, on n’y voit que du feu... C’est égal , on avance tou]Ours... Mais, quand j’ai été revenu du coup et de ma première surprise, je me suis dit: Faut au moins consulter mademoiselle Suzette, et lui donner le temps de se reconnaître. Je voulais donc vous proposer de différer de quelques jours, de quelques semaines... non pas qu’ ça n’ roe-coûte diablement; mais quand depuis deux ans on attend... on commence a s y habituer.
Digitizf
suzBTTB. Eh bien, qui vous a empêché d^effectuer ce projet, dont mon cœur vous eût été bien reconnaissant?
BERT. Ce qui m^en a empêché?... une lettre anonyme suivante... „Si tu épouses Suzette aujourd'hui... si tu ne diffères pas ce mariage, tremble pour tes jours.^‘ Trembler!... je ne connais pas ça... et cette épître-là, c^est la cause que je me suis marié sur-le-champ.
suzKTTE. Et si Ton exécutait une pareille menace?
BERT. Qu’est-ce que ça me fait?... Vous i valez bien la peine que Ton risque quelque chose... mais soyez tranquille... je les connais... ils ne bougeront pas.
suzETTE. O ciel I... est-ce que vous vous doutez de la personne qui a pu vous écrire cette Jettre? iElle 's^ approche de la fenêtre qu'elle avait ouverte ^ et la referme doucement.')
BERT. Parbleu !... c^est quelques-uns de ces beaux messieurs de Paris... de ces élégants qui habitent le château ; car vingt fois je l’ai vu de mes propres yeux... Ils vous aiment tous... oui , tous... excepté monsieur le comte et son fils... ceux-là, c’est différent^ ce sont de braves gens à qui je vous confierais sans crainte, parceque c’est l’honneur et la probité même...
et après vous, mademoiselle Suzette, mon sang est à eux.
SUZETTE. O ciel !
BERT. Qu'avez-vous ?