ACTE II. SCÈNE V
8UZETTB. Rien... je ne me sens pas bien.
BERT. Miile-z-yeuxl... serîez-vous indisposée?... peut-être qu’en ouvrant ce volet... ill va vers la fenêtre»')
suzKTTR, le retenant. Non... gardezvous-en bien... cela se passera... c’est le trouble... l’émotion.
BERT. Je comprends , mademoiselle Suzeite, ie comprends cela... pareeque, dans un jour comme celui-ci^ un mari... ça elfraie toujours... sur-tout quand il est fait comme mol... Mais tout ce que je vous demande j c’est de me parler avec franchise.
suzETTE. Je vous Ic promcts.
BERT. Est-ce que, par hasard, vous m’aimiez ?
SUZETTE. Non... pas encore.
BRRT. C’est ce que je me disais... je m’en doutais bien... d^abord, vous ne pouvez pas m’aimer comme je vous aime... ça n’est pas possible... et je ne suis pas assez exigeant pour cela. De sorte qu’en .m’épousant aujourd’hui, ce n’était donc que par amitié, par raison ?
SUZETTE. Oui, monsieur Bertrand.
BERT. Eh bien... vous n’en avez que plus de mérite à mes yeux... Je vous vois encore plus de reconnaissance que je ne croyais... Vous! si jeune et si jolie, que les amants et la séduction entourent de tous cotés; comme une brave, et honnête fille, vous avez préféré un sort pauvre, mais honorable... Vous n’avez pas craint
d^épouser ud soldat... Eh bien... ce soldat vous eo récompensera... sa vie entière sera , employée à vous en remercier ^ à voos| rendre heureuse... Que je meure, mille-z- !
yeux ! si jamais je voûs cause un seul chagrin, ou si je vous coûte uno seule larme... Et d'abord, je n’ai pas besoin de vous le dire... je ne suis rien ici... Vous êtes la reine, la maîtresse; ordonnez, commandez... je n'ai plus maintenant d’autre colonel que vous... Ce beau pavillon que nous a donné monsieur le comte... la pension qu’il me fait, les deux cent cinquante francs de ma croix d’honneur, c’est à vous ...je vous les abandonne.
Air de la sentinelle.
Pour la parure et pour l’air élégant, ,
Je veux qu’ ma femme éclips’ toutes les
autres ;
Que j’ suis heureux!... c’ ruban teint de'
mon sang
Va me servir pour acheter les vêtres. ,
Avec orgeuil j’ verrai ce front brillant I
Paré des dons que j’ tiens de la victoire;
Et je n’ pourrai plus maintenant
Penser à mon bonheur, vraiment.
Sans m’ rapp'ler mon ancienne gloire.
Ainsi v’ià qui est décidé... Dans les bals, dans les fêtes de village, on nous verra toujours ensemble... moi , par état, vous vous en doutez d’avance, je ne serai pas volage... je n’ courrai pas après d’autres...