ACTE PREMIER
D'aimer la pauvre fille ou la damé de cour?
— Car moi, — je ne sais pas comme on parle d’amour.
Je ne sais que chanter ses chansons, — et puis rire. Seulement quelquefois je me hasarde à dire
A mon Vadé : — pourquoi, puisque t'as de l’esprit, Parles-tu comme nous? Alors mon Vadé rit.
Je ris aussi — Vadé, m'aimes-tu? — Moi, j’adore Primo, le vin, Nicolle après. — Je ris encore.
— Vadé, tu n’es qu’un gueux, un ivrogne, un vaurien, Tout ce qu'on voit de pis, mais vrai je t'aime bien!
MADAME DE BEAUPRÉ, à part.
Aimé de- l’écaillère, aimé de la marquise,
Quel Lauzun I
NICOLLE
C’est pourquoi je ne suis pas surprise Qu'il vous trouve cent fois plus gentille que moi,
Vous, qui montez peut-être aux carrosses du roi.
MADAME DE BEAUPRÉ, souriant.
Vous voulez un Vadé,— moins peuple, — ayant l’usage Des salons; — un Vadé plus talon rouge, — et sage...
S’il avait des bijoux, et s’il était poli...
NICOLLE, vivement.
Ah ! Madame ! Vraiment, il serait trop joli !
MADAME DE BEAUPRÉ
Des grands a irs— des chiffons ! — c’est peu dechose en somme.
NICOLLE
C’est si gentil de beaux habits sur un bel homme 1
MADAME DE BEAUPRÉ
Tous ces colifichets éblouissent les yeux...
Mais le cœur !
NICOLLE, vivement.
En marquis je l’aimerais bien mieux.
MADAME DE BEAUPRÉ, à part.
Le charmant quiproquo ! Celle petite fille Rêve de l'OEil-de-Boeuf et moi de la Courlille.
Ce serait de ma part un galant procédé De payer en marquis la valeur d’un Yadé.
Oui sait! J’y songerai. (Haut.) Prenez cela, mignonne.
(Elle déla. hc son brarelot.)
’ Oh!
MADAME DE DEAUPHÉ.
C’est un souvenir et non pas une aumône,
Adieu!
NICOLLE, faisant la révérence.
Bonjour, Madame.
(Elle monte par l’escalier de gauche.)
MADAME DE BEAUPRÉ, à part.
Elle est belle après tout.
Si le marquis allait la trouver de son goût?