‹ Le mariage de Victorine comedie en trois actesChapitre 17 sur 48 · FULGENCE, VICTORINE · texte numérisé non relu

FULGENCE, VICTORINE

Pourquoi êtes-vous triste, Fulgencc? est-ce vrai, ce qu’il dit?

FULGENCE

Je suis triste quand on me dit que vous êtes gaie.

Comment ! vous voudriez que j’eusse du chagrin?

FULGENCE

C’est que vous n’étes jamais gaie avec moi, Victorine; vous gardez cela pour les autres.

Si vous me rendez triste, ce n’est pas ma faute. FULGENCE, traversant fa scène, pour reporter un registre sur le bnrean d’Antoine.

Ohl ce n’est pas la mienne non plus!

Et à qui donc, la faute?

FULGENCE, à part.

Et dire que je n’ose pas m’expliquer! elle a un air si sincère, si éloigné de ce que je pense!

Vous me boudez? Allons, je vas prendre mon ouvrage.

Elle s’assied à gauche.

FULGENCE

Je boudel quel vilain mot vous me dites là!

C’est vrai que j’ai tort; je ne sais pas pourquoi je vous l’ai dit... Ce n’est pas ma pensée.

FULGENCE, s’approchant d’elle.

Connaissez-vous bien vos propres pensées, Viclorine?

Mais... je crois qu’oui! Cependant... pas toujours peutêtre!... Tenez, je ne veux pas m’en faire accroire; je ne suis pas... comment dirai-je? je ne suis pas comme vous, Fulgence. ,

FULGENCE

Comme moi?

Eh bien, oui. Je ne suis pas raisonnable, sensée, réfléchie comme vous. Je ne me rends pas compte do toutes choses, comme il me semble que vous le faites. Peut-être que j’ai

été trop gâtée dans celte maison ou tout le monde est si bon pour moi! On m'a toujours laissée faire et dire tout ce qui me passait par la téte. Alors, moi, je cède un peu à mes premiers mouvements sans trop pouvoir me les expliquer. Je suis gaie, je suis triste, je ris, je pleure; on s’en amuse, mon père se moque de moi, et, moi, je me moque aussi de moi-méme. (Se levant.) Eh bien , cela ne vous rassuré pas? On dirait que, pour tout do bon, je vous afllige? mais ce n’est pas mon intention! Je vous dis tout cela, Fulgence, pour que vous ne vous inquiétiez de rien.

FULGENCE

Il y a pourtant nne chose qui doit m’inquiéter.

Dites-la, et, si je peux m’en corriger...

FULGENCE

Oh ! vous n’avez pas de torts. Vous êtes franche, bonne, je lésais! mais vous êtes si aimée, si choyée ici, que je crains de ne pas vous rendre aussi heureuse que vous l’avez toujours été... que vous ne me trouviez trop sensé, trop réfléchi, comme vous dites!

J’y ai bien pensé quelquefois, à cela! Mais je n’y pensais pas dans le moment. Pourquoi me le rappelez-vous? On dirait que vous voulez m'effrayer sur l’avenir? Certainement, on ne se marie pas sans quelque appréhension... mais vous m’ôtez la confiance, au lieu de me la donner!

FULGENCE

Ah ! je suis maladroit, moi ! je ne sais pas dire de tendres paroles, je ne suis pas habitué à cette vie de famille toute de douceurs, toute de miel, qu’on vous a faite ici! je suis sombre, désagréable... Vous ne pouvez pas m’aimer. Dites !a vérité, Victorine, vous ne m’aimez pas?

Je ne vous aiuie pas? Voilà quë vous m’effrayez tout à fait, Fulgence 1 Pourquoi donc me dites-vous que je ne vous aime pas?

FULGENCE

C’est que je n’ai encore jamais osé vous le demander, et que vous ne vous l’èles peut-être pas demandé à vousmême.

Mais il faut bien que je vous aime, puisque je me marie avec vous!

Antoine entre et les écoute.

FULGENCE

Oh! ce n’est pas une réponse!

Je croyais que si! mon père vous aime, vous estime; je vous estime aussi, moi; et je veux vous aimer, puisque c’est le désir et la volonté de mon père.

Page 1