‹ Le mariage en droit canoniqueChapitre 127 sur 224 · Dist. XXVII in fins · texte numérisé non relu

Dist. XXVII in fins

5. Sen/*, lib» /K^D.XXXVIII, B: « Votumaliud estprivatum, aliud soiemue. PriTatum est in abscondito factum ; solenmevero in conspectu Ecdesi» factum. Item privatum votum si violetur, peccatum est mortale ; solemne vero violare peccatum et scandalum est. Qui privatum faciunt votum continentiœ, matri* monlum contrahere non debent, quia contrahendo mortaliter peccant; si tamen contraxerint, non separentur, quia probari non poUBt quod occulte factum est. Qui vero so!cmniter vovent, nnllatenus conjugiam inire queunt. »

peut rien ajouter. Pierre Lombard, il est vrai, donnait une raison pour justifier la distinction: il appelait vœu simple, celui qui était fait en secret, et disait que le mariage contracté au mépris d'un pareil vœu ne pouvait pas être séparé, parce qu'on ne peut prouver ce qui a été fait en secret ; le vœu solennel, étant, suivant lui, celui qui était fait en face de FEglise, portait toujours sa preuve avec lui. Mais, comme le fera remarquer Johannes Teutonicus, cette raison ne valait rien ; car le vœu simple pouvait être prouvé par des témoins, ou par l'aveu même de celui qui l'avait fait*. Hugutio proposait une autre distinction. Il fallait distinguer, suivant lui, le vœu actuel de chasteté, qui était toujours et par lui-même un empêchement dirimant^ et la simple promesse d'émettre plus tard un semblable vœu, qui ne constituait qu'un empêchement prohibitif*. Cette distinction était fort ingénieuse et rappelait celle établie entre les sponsalia per verba de prœsenti et les sportsalia per verha defuturo. Elle ne triompha pas néanmoins, car elle avait le double inconvénient de mal s'adapter aux textes et d'exagérer d'une façon dangereuse la portée du vœu de continence. Le droit canonique s'en tint à la distinction faite par Gratien et Pierre Lombard entre le votum solemne et le votum 52mj9/^a:, en la justifiant mieux et la précisant plus étroitement.

Pour la justifier, on dut abandonner cette idée^ que le vœu,

1. Glose sur G. XXVII» qu. i, ▼* Voventes : « Quœ est ratio quare constitutio Ecclesise inagis debeat spectare ad iila vota, quœ solemniter Ûunt quam ad privata, dummodo possit Ecclesiee constare sive per testes, sive per confessionem propriam alicujus quod votum fecerit? Quam cito enim constat Ecclesiœ per confessionem vel per testes, dicitur notorium ; et sic deberet Ecclesia dirimere matrimonium post illud votum contractum. »

2. Glose sur G. XXVII, qu. 1, v© Voventes : « H(ugutio) dicit quod non refert an Bit simplex votum an solemne, quia utrumque dirimit matrimonium : solemnitates enim non sunt de substantia voti. Sed hoc refert an sit de prœsenti, cum solemnitate sive sine illa : ut voveo continentiam, hoc impedit et dirimit. Sic intelliguntur hiec capitula usque ad c. Nuptiarum. — An sit de future, quod improprie dicitnr votum, id est quœdam promissio de futuro voto emittendo, ut si dico quod vovebo continentiam post annuni, mortua uxore mea, vel quod iutrabo religionem vel consimile : hoc impedit, sed non dirimit. ut c. Napliirum et scqucntibus. »

par lui-même y rendait le mariage nul; c'était la constitutio Ecclesùe qui avait créé et greffé sur le vœu un empêchement dirimant, et, par suite, elle avait pu le rattacher seulement au votum solemne*. Mais la conception même du vœu solennel, telle qu'elle avait été d'abord présentée, dut changer du même coup.

Par une généralisation doctrinale, on avait considéré comme vœu solennel tout votum in conspectu Ecclesiœ factum ; c'est la définition même de Pierre Lombard, et Bernard de Pavie paraît encore professer cette idée*. Mais^ alors, il n'y avait pas de raison valable pour que l'Église attachât une force particulière à cette sorte de vœu. Aussi une réaction se produisit-elle pour restreindre la conception. Elle aboutit à ne traiter comme solemne, que le vœu de continence qui accompagnait l'entrée en religion. G'étaitreprendre,enlaprécisant,laréglementation ancienne, et c'est Johannes Teutonicus qui parait avoir nettement formulé le premier cette opinion'. Il produit d'ailleurs un seul argument topique pour la justifier : c'est que, l'entrée en religion d'un conjoint dissolvant le mariage contracté, mais non consommé, il est naturel que tout mariage contracté par une personne préalablement entrée en religion soit radicale-

1. Glose sur G. XXVII, qa. i, t« Voventes : « Alii dicunt quod nullum yotum dirimit; quia qua ratione dirimeret Yotum solemne et non simpiex, cum idem ait in substautia; solemnitates eoim non sunt de substantia? Sed ipsa constitutio Ecclesise dirimit si post votum solemniter factum contrabatur. » — Cf. glose sur c. ibid,^ v^ Sub testhnonio.

2. Summa decreL, p. 149 : « Votum autem solemne est quod fit adbibitls solemnitatibuSf ut si voveat in manu sacerdotis, vel super altare continentiam profitendo ; multoque fortius si hoc faciat in manu episcopi, abbatis vel abbatissae. » — Pierre Lombard repoussait en particulier Tancienne distinction entre les virgines velata et non velatm; Sent., lib.IVy D. XXXVIII, 6r: « Ex bis apparet virgines vel viduas voto continentiœ adstrictas, sive fuerint velatœ, sive non, nuUatenus conjugium sortiri posse : quod ibidem de omnibns intelligendum est qui continentiam voverunt. »

3. Glose sur C. XXVll, qu. 1, v<* Quod voventes : « Ego dico quod nuUnm votum est solemne, nisi cum quis devovet se religionialicoi... Unde si coram tota Ecclesia diceret bsc verba : Voveo continentiam, si contraheret, teneret matrimonium. Quœ est enim ratio quare constitutio Ecclesise magis spectare debeat ad illa vota quœ solemniter fiunt, quam ad privata? » — Glose sur c. I, ibid.t v'*St<6 testimonio : « Cum ita dicit coram episcopo, velabbatissa

1278 LES EMPÊCHeMCNTS DE MARIAGE

ment nul. D*apr%s cela, c'éieLiila professioreligiosa elle-même, plutôt que le vœu de continence qui l'accompagnait, individuellement considéré, qui créait rempèchementdirimant^, et c'est en effet cette formule qui bientôt se substitua à l'ancienne ; c'est elle que donne Bartholomseus Briziensis, en complétant la glose de Johannes Teutonicus'.

Cette théorie était définitivement reçue au temps d'Hostiensis ; et celui-ci ne rappelle, qu*à titre de renseignement historique, les opinions contraires '. Elle fut législativement con* sacrée par une décrétale de Boniface YIII^

En même temps que celte transformation s'accomplissait, disparaissait l'ancienne institution des virgines et vidum Deo uacratm^ qui, tout en émettant un vœu solennel de chasteté, restaient avec l'habit du siècle dans leur propre maison, conservant la propriété de leurs biens. Déjà, nous l'avons dit, le concile de Latran de 1129 avait prohibé cette pratique*, mais

¥•1 abbate, vel coram daobus vel tribus testibus : Ego deyoveo me huio r«Ugioni. Hoo «olm aliud est et aliud cum dico : Ego voveo continentiam. DeTolus enim religioni non potest contrabere ita quod matrimonium teneret; nec mirum cam etiam contractum matrimonium religio dissolrat. Sed in Toto continenUœ fteous. Non enim Yotnm dirimit. Unde ei coram tota Scdtsia diceret : Voveo continentiam, per boc non eolemnizatur votum. »

i. Il faut remarquer que« d*aprës Jobannes TtuXomo\i%^Vimpedimentwn voti êoUmnii exlatait dès qu^une personne déclarait devant deux ou trois témoins se vouer à tel ordre religieux.

% Glose sur C XXVII, qn. i, v^* Quod voventes : « Ta breviter dicas quod professio tacita vel ezpressa aliciijus religionis impedit contractum et contrabendum... Sic mibi BartbolomsBO Brixiensi vldetur dlcendam. »

3. Symmot p. 363 : « Hoc etiam teneas incunctanter quod sola professio vera vel prvsumptiva solemnixat votum... Et sic tenet dominus noster et curia» omissis ambagibus suprascriptis, si quae contraria valeant reperlri : qan etiam ideo apposai ne dissensiones antiquas penitus ignoremus et quia forte ex priedictis aliqua utilia eliciet diligens studiosus. «

4. C un. \l^ De 00/0, III, 15 : « Nos igitur attendentes quod voti solemnitasex sela constitutione est inventa... prœsentis declarandum duximus vinculo sanotioniS) illud solum votnm debere dici solemne quantum ad post contractum matrimonium dirimendum quod solemniiatum fUerit... per profissionem expressam vel tacitam daotam alicui de rellgionibus per sedem âpostoUoam approbaUs. ReUqaa vero vota... non tamen resdndere possunt matrimonia post contracta. »

Page 1