En particulier, Levit. xvin
la parenté etraffinité,les sentiments de charitéet d'amour. Or, il ne pouvait produire pleinement ce résultat que s'il était conclu entre deux personnes jusque-là étrangères Tune à Tautre. S'il se formait au contraire entre un homme et une femme déjà unis par la parenté ou l'alliance, ceux-ci, en raison de ces liens mêmes , étant déjà portés à s'aimer Vun l'autre ainsi que leurs familles respectives, il perdait une grande partie de son utilité sociale et providentielle. C'était alors en quelque sorte un double emploi, une perte de forces bienfaisantes. Cette conception se trouve pour la première fois, je crois, dans un passage de saint Augustin que Gratien a reproduit, comme l'avaient fait ses prédécesseurs*. Mais saint Augustin en faisait une application restreinte, voulant montrer seulement pourquoi, dans les premiers temps du monde, les mariages entre frère et sœur avaient été inévitables, et pourquoi ils avaient été condamnés dans la suite. Toutes les conséquences de cette idée ne furent déduites que lorsque le système entier des prohibitions de mariage à raison de la parenté ou de l'alliance eut été construit. La théorie est exposée avec toute sa largeur, au xi" siècle, dans un écrit célèbre de Pierre Damiani', et dans une décrétale du pape Alexandre II, promulguant les décisions du concile 'de Rome de 1059 sur le calcul des de-
\. C. unie, G. XXXV, qu. 1 : « Habita est enim ratio rectissima charitatis, ut homineSy quibus esset utilis ac honestissima concordia, diversarum necessitudinum vinculis nectereotur, nec udus ia una multas haberet, sed singulœ spargerentur in singulos, ac sic ad socialem vitam diligentius colligandam plurimse piurimos obtinerent. Pater quippe et socer duarum sunt necessitudinum nomina. Dum ergo habet quis alium patrem, alium socerum numerosius se cbaritas porrigit... Copulatio ergo maris et fcminaB, quantum attinet ad genus mortalium, quoddam seminarium est charitatis. » — Voyez, dans le Corpus juris canonici de Friedberg, les références avec les recueils antérieurs à celui de Gratien.
2. De gradibus parentelx (Migne, P, L., tome CXLV, p. 194), c. m : « Cum affinitas generis elongata discedit, humauœ pravitatis vitio, quasi submoto fomite, amoris flamma frigescit. Ad reparandum ergo mutu® charitatis igniculum accurrunt subinde fœdera nuptiarum... Ubi autem manus consanguinitatis, quœ captum a se trahebat, déficit, illico matrimonii uncus, quo fugiens revocetur, occurrit. »
grés de parenté*. Il y est dit que la parenté cesse de produire aucun effet et de pouvoir être constatée au delà du septième degré, et que, par suite, le mariage redevient alors possible. Cette explication restera en faveur. Sans doute^ les canonistes et les théologiens y ajouteront d'autres raisons : le respect que les parents doivent au sang qui coule dans leurs veines , le danger des fréquentations mutuelles, inévitables entre parents, lorsque ceux-ci savent qu'elles peuvent facilement se convertir en mariage'; mais la première seule pouvait rendre CQmpte de Textension extrême qu'avait prise anciennementy en droit canonique, la prohibition du mariage entre parents.
Cette extension fut si pleine d'inconvénients qu'une réforme s'imposa à l'Église. Elle s'accomplit, quoique insuffisante, pour la parenté et l'alliance au quatrième concile de Latran en 121S, pour la parenté spirituelle et Vaffinitas ex copula illicita au concile de Trente'. Mais, soit avant, soit même après ces réformes, qui ne furent que des atténuations, le système n'aurait point pu fonctionner s'il n'avait été assorti d'un correctif permanent, qui permettait de plier aux besoins individuels les règles sévères posées par les canons : je veux parler des dispenses, qui constituent, à côté de la législation de principe, une seconde législation contingente , toute de tolérance et d'équité.
1. G. II, C. XXXV, qu. S! « Nam inseptem gradibus, eleanouioe et UBuallter numerentur, omnia propinquitatum nomina oonUnentur, ultra quos neo eonsangulnitas Invenitur, nec uomina graduum reperluntur, nec suoceBsio potest ampUus prorogari, nec memorialiter ab aliquo generatio recordari... Quibus flaitl8,noYS conjunctionis dicunt posée fleri initium, ut quaai fugientem posait revocare consanguinitatem. »