‹ Le mariage forcéChapitre 7 sur 15 · D O R I M E N E , SGANARELLE · texte numérisé non relu

D O R I M E N E , SGANARELLE

DORIMENE.

ALons, petit Garçon, qu'on tienne bien ma Queue ; et qu'on ne s'amuse pas à badiner.

SGANARELLE

Voicy ma Maistresse, qui vient.

Ah î qu'elle est agréable ! quel air î

et quelle taille ! Peut-il y auoir vn Homme, qui n'ait, en la voyant, des démangeaisons de se marier? Où allez- vous, belle Mignonne, chère Epouse future de vostre Epous futur? .

DORIMENE.

le vais faire quelques Emplettes.

SGANARELLE

Hé bien, ma Belle, c'est maintenant que nous allons estre heureux Fvn, et l'autre. Vous ne serez plus en droict de me rien refuser; et ie pourray faire auec vous tout ce qu'il me plaira, sans que personne s'en scandalise. Vous allez estre à moy depuis la teste jusqu'aux piez; et ie seray Maistre de tout : De vos petits yeux éueillez; de vostre petit nez fripon ; de vos lèvres appétissantes ; de vos oreilles amoureuses ; de vostre petit menton joly ; de vos pe-

tits tétons rondelets; de vostre...

Enfin toute vostre Personne sera à ma discrétion; et je seray à mesme, pour vous caresser, comme ie voudray. N'estes-vous pas bien aise de ce Mariage, mon aimable Pouponne?

DORIMENE.

Tout à fait aise, ie vous jure : car

enfin la seuerité de mon Père m'a

tenue jusques ici dans vne sujettion

la plus fâcheuse du Monde. Il y a ie

ne sçay combien que i'enrage du

peu de liberté, qu'il me donne; et

i'ai cent fois souhaité qu'il me ma-

riast, pour sortir promptement de la

contrainte, où i'estois auec luy, et me

voir en état de -faire ce que ie vou-

dray. Dieu mercy, vous estes venu

heureusement pour cela, et ie me

prépare désormais à me donner du

diuertissement, et à reparer comme

il faut le temps que i'ay perdu.

Comme vous estes vn fort galant Homme, et que vous sçàuez comme il faut viure; ie croy que nous ferons le meilleur ménage du Monde ensemble, et que vous ne serez point de ces Maris incommodes, qui veulent que leurs Femmes viuent comme des Loups-garous. le vous auouë que ie ne m'accommoderois pas de cela, et que la Solitude me désespère. Taime le leu; les Visites; les Assemblées; les Cadeaux, et les Promenades; en vn mot toutes les choses de plaisir, et vous deuez estre rauy, d'auoir vne Femme de mon humeur. Nous n'aurons iamais aucun démeslé ensemble, et ie ne vous contraindray point dans vos actions; comme i'espere que de vostre costé vous ne me contraindrez point dans les miennes : car pour moy, ie tiens qu'il faut auoir vne complaisance

mutuelle; et qu'on ne se doit point marier, pour se faire enrager l'vn l'autre . Enfin, nous viurons, estant mariez, comme deux Personnes qui sçauent leur monde. Aucun soupçon jalous ne nous troublera la cervelle; et c'est assez que vous serez assuré de ma fidélité, comme ie seray persuadée de la vostre. Mais qu'auez-vous? ie vous voy tout changé de visage.

SGANARELLE

Ce sont quelques vapeurs, qui me

viennent de monter à la teste.

DORIMENE.

C'est vn mal aujourd'huy, qui attaque beaucoup de Gens : mais nostre Mariage vous dissipera tout cela. Adieu, il me tarde déjà que ie n aye des Habits raisonnables, pour quitter viste ces guenilles. le m'en vais de ce pas acheuer d'acheter

toutes les choses qu'il me faut ; et ie vous enyioyray les Marchands.

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