‹ Le mariage forcéChapitre 8 sur 15 · G E R O N I M O , SGANARELLE · texte numérisé non relu

G E R O N I M O , SGANARELLE

GERONIMO

AH ! Seigneur Sganarelle, ie suis rauy de vous trouuer encor icy ; et i'ay rencontré vn Orfèvre, qui sur le bruit que vous cherchiez quelque beau Diamant en Bague, pour faire vn Présent à vostre Epouse, m'a fort prié de vous venir parler pour luy ; et de vous dire qu'il en a vn à vendre, le plus parfait du Monde.

SGANARELLE

Mon Dieu, cela n'est pas pressé.

GERONIMO

Comment ! que veut dire cela ? où

est Tardeur que vous montriez tout

à rheure ?

SGANARELLE

Il m'est venu, depuis vn moment,

de petits scrupules sur le Mariage.

Auant que de passer plus auant, ie voudrois bien agiter à fond cette matière ; et que Ton m'expliquast vn Songe que i'ay fait cette Nuit, et qui vient tout à l'heure de me reuenir dans r Esprit. Vous sçauez que les Songes sont comme des Miroirs, où Ton découure quelquefois tout ce qui nous doit arriuer. Il me sembloit que i'estois dans un Vaisseau, sur vne Mer bien agitée; et que...

GERONIMO

Seigneur Sganarelle, i'ay mainte-

nant quelque petite Affaire, qui m'empesche de vous otlyr, le n'entens rien du tout aux Songes; et quand au raisonnement du Mariage, vous auez deux Sçauans; deux Philosophes vos Voisins, qui sont Gens à vous débiter tout ce qu'on peut dire sur ce sujet. Comme ils sont de Sectes diferentes, vous pouuez examiner leurs diuerses opinions làdessus. Pour moy, ie me contente de ce que ie vous ay dit tantost; et demeure vostre Seruiteur.

SGANARELLE

Il a raison. Il faut que ie consulte vn peu ces Gens-là sur l'incertitude où ie suis.

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