‹ Le mariage, ou, La grande question [microforme]Chapitre 10 sur 27 · LS LS AS · texte numérisé non relu

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même dans nos paroisses catholiques. Partout le nombre des non mariés augmente d’une manière alarmante. Les statistiques donnent des chiffres qui font ouvrir les yeux. Elles constatent, chose horrible à dire ! que les maisons malfamces augmentent en nombre dans la proportion que les mariages diminuent. Des légions de prostituées sont mises au service de ces hommes immondes, qui reculent lâche: ment devant les douces obligations du mariage. Comme nous avons raison, de nos jours, de répéter et de crier bien haut, ces paroles de saint Paul: “ A cause du péché impur que chaque homme ait sa femme,et que chaque femme ait son mari.” Le mariage, voilà le remède au mal ! $e marier, voilà le moyen d’échapper au fléau corrupteur !

D'où vient cet état de chose lamentable?

D’où vient que le mariage soit si peu en honneur ? D’abord, des parents qui, au lieu d’instruire leurs enfants de l’obligation du mariage, de les y préparer et

encourager, les en détournent et leur en font un épouvantail, comme nous l’avons vu dans les instructions précédentes; et, ensuite, des garçons eux-mêmes, qui se laissent tromper par les erreurs courantes, et font comme les autres. Ces erreurs qui faussent le jugement de n08 jeunes gens sont nombreuses. Signalons les principales parmi celles que nous rencontrons chez les nôtres.

Il y a d’abord l'erreur des rêveurs. J'appelle rêveurs ceux qui ne voient pas les choses comme elles sont, mais comme leur imagination les leur montre. Ils s’imaginent que la vie de mariage est une vie de contrainte où il faut toujours se faire violence de peur de déplaire à Madame. Pour eux, la femme est un être à part, une espèce de poupée, fragile et délicate, qu'il faille toujours traiter avec les plus granils soins, et qui réclame du mari les plus grands sacrifices Mais, non ! vous vous trompez du tout au tout, ce n’est pas là le mariage réel; et cette femme, que vous

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allez chercher dans la lune, n’est pas la femme de la terre.

La femme réelle, celle que le Créateur a faite pour vous: une aide semblable à vous, capable de partager vos peines comme vos joies; Dieu lui a donné la beauté pour vous l’attacher, et des grâces pour vous charmer ; mais surtout, un grand coeur pour vous aimer, et une âme pleine de dévouement pour vous aider.

Avec une pareille femme, est-ce qu’il peut y avoir de la gène ? Avec une telle compagne, est-ce que la vie peut manquer d’être une bénédiction ?

Vouloir faire de la femme tout autre chose qu’une compagne utile et intelligente, pleine de coeur et de dévouement ; vouloir faire de la femme un être à part, une espèce de poupée qu’il faille dorloter, c’est l’avilir et lui faire injure. Je vous entends, mes bonnes filles, protester contre l’idée que les rêveurs se font de vous, et je vous approuve. Car vous avez droit que l’on vous fasse justice, et il n’est que

juste que vous soyez appréciées à votre valeur. D'ailleurs, ils n’ont qu’à regarder dans vos rangs, non pas avec les yeux de leur imagination, mais avec les yeux du corps, pour trouver de vraies femmes capables de faire leur bonheur.

Il y en a d’autres qui ne se marient pas par lâcheté. Ils sont de deux classes. Il y a d’abord les pessimistes. Ah ! les pessimistes, ces gens qui voient tout en noir ; ils sont en général de tristes gens. Pour eux, il n’y a que le revers de la médaille.

Le mariage est une institution pleine des périls les plus redoutables. Se marier, c’est se condamner à la misère.

Me marier, dit le lâche pessimiste, mais vous n’y pensez pas ! Si je ne m’accordais pas avec ma femme, si elle m’était infidèle, si elle était jalouse, si elle était disputeuse, si elle était dépensière, si elle était paresseuse, si elle était salope, si elle était bavarde et allait raconter, chez les voisins, tout ce qui se passe dans ma maison!

Et, ensuite, si je tombais malade, si ma

femme devenait infirme, si elle perdait la vue, si elle devenait sourde et muette, si ee mourait, que deviendrait ma famille?

Quand je pense à tout cela, je n’ai pas le courage de me marier.

Je pense bien. Vous pourriez encore ajouter : si le feu du ciel tombait sur ma maison, si la mer débordait au point de submerger le Greylock, si la terre s’entr’ouvrait pour engloutir ma famille !

Votre pessimisme, avec ses craintes puériles, vous rend ridicule. Si le mariage était ce que vous le faites, il ne serait pas l’oeuvre de Dieu maïs une abomination.

Si la femme était ce que vous la faites, elle ne serait pas la compagne de l’homme, mais un instrument de supplice.

Sans doute, le malheur peut vous frapper; nous y sommes tous exposés, mariés ou non mariés. Mais il n’est qu’une possibilité dont on ne doit pas tenir compte, quand il s’agit de régler sagement sa conduite. Quelles raisons spéciales avez-vous

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d’avoir peur? Est-ce que vous n’avez pag au contraire infiniment plus de raisons d’avoir confiance, et d’espérer dans la divine Providence ? Est-ce que vous ne voyez pas autour de vous des centaines de bonnes familles ? Contre un mauvais ménage, vous en trouvez cinquante qui sont heureux. Pourquoi ne seriez-vous pas du nombre des mariages heureux ?

Non ! vos craintes ne sont pas fondées, prenez Courage, ayez confiance, et mariez-.

vous. À cause de votre défaut, vous avez particulièrement besoin de quelqu'un, capable de vous encourager et de vous aider dans les difficultés de la vie. Personne ne pourra mieux vous rendre ce service que votre femme.

Les autres lâches sont ceux qui reculent devant le devoir, ceux qui n’ont pas le courage de faire face aux obligations que le mariage impose. Faire vivre une femme, c’est trop pour eux. Mais, mes amis, qu’allez-vous faire ? Vous suicider ? Car rappelez-vous qu’il n’y a pas d'autre choix:

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ou le célibat chrétien ou le mariage. Vous dites que vous n’avez pas le courage d’assumer les obligations du mariage ; mais alors comment serez-vous fidèles aux obligations du célibat? Ne savez-vous pas qu’il est bien plus difficile de vivre chrétiennement dans le célibat que dans l’état de mariage? Alors qu’allez-vous devenir ?

Vous ne voulez pas être de ces monstres, qui se couvrent hypocritement de la robe immaculée et toute glorieuse de la virginité,et dont la conduite privée n’est qu’impureté et pourriture! Vous ne voulez pas être de ces fruits secs, qui restent attachés à l’arbre, après la maturité, et qui ne sont bons à rien !

Vous ne voulez pas vous suicider, ditesvous ? Mais ne savez-vous pas que, ne pas se marier quand c’est son devoir de le faire, c’est une espèce de suicide? Et, en effet, en recevant la vie de Dieu, vous avez reçu en même temps la mission de la transmettre; en ne remplissant pas votre mission, vous empêchez votre vie de se

continuer, vous l’enlevez à l’humanité, et qu'est-ce que c’est que cela, sinon un suicide ?

D'ailleurs, les obligations du mariage ne sont pas aussi pénibles qu’on veut les faire. Ces devoirs ne sont durs que pour ceux qui ne les comprennent pas bien.

Alors corrigez votre manière de voir, prenez les choses comme elles sont réellement, et, non pas comme vous vous les imaginez, et vous comprendrez que c’est toujours la vie de devoir qui est la plus facile, et la seule qui porte avec elle de douces consolations.

Il y en a d’autres encore qui ne se marient pas, parce qu’ils veulent, comme ils disent, faire la vie. Ce sont les libertins. Ils sont de deux sortes, que nous appellerons, les uns les libertins cachés, et les autres, les libertins avoués. Ils sont les uns et les autres également abominables et plus redoutables que la peste; ils sont des démons d’impureté et de corruption à face humaine. Plût à Dieu qu’ils fussent tous des libertins avoués, il

y aurait moins de nos jeunes filles qui deviendraient leurs victimes.

Les libertins avoués sont des hommes dégradés, qui n’ont ni foi, ni honneur ; ce sont eux qui entretiennent les maisons malfamées, et qui font vivre les prostituées qui courent nos rues. N’en parlons pas davantage.

Les libertins cachés, eux, cherchent à sauver les apparences, et sont d’autant plus dangereux qu’ils sont plus hypocrites. Ils s’attaquent surtout aux bonnes filles, et les trompent d'autant plus facilement qu’ils cachent mieux leur perversion morale, et qu’ils appartiennent souvent à de bonnes familles, et ont la réputation d’être tout à fait respectables.

Voyez un libertin à l’oeuvre. Remarquez que c’est un libertin, partant il n’a pas l'intention de se marier, du moins pas maintenant; ce qu’il veut, c’est s'amuser.

Il se présente chez une jeune fille, lui fait de belles propositions, et ne lui ménage

pas ses déclarations d'amour, en apparence les plus sincères. Il gagne ainsi le coeur de la fille, si prompte toujours à donner amour pour amour; et petit à petit, très habilement toujours, il l’entraîne au mal. Et, sous prétexte qu’on est pour se marier, la fréquentation devient un concubinage. Ainsi se passent des semaines, des mois, et quelquefois des années. Si la fille parle de hâter le mariage, notre libertin a toujours des raisons toutes prêtes pour le renvoyer à plus tard; et, si elle le presse de trop près, il lève le masque et avoue cyniquement qu’il n’a pas l'intention de se marier ; il la quitte avec mépris, et va ailleurs faire une nouvelle victime.

Jugez du désespoir de cette malheureuse jeune fille, quand elle se rend compte qu’on lui en a fait accroire, et qu’elle a été si cruellement trompée ! Jeunes filles, mettez-vous en garde contre ces libertins hypocrites. N’allez jamais sacrifier, pas même pour une belle promesse de mariage,

ce que vous avez de plus précieux : la pureté de vos moeurs et votre vertu.

Il y en a d’autres, enfin, qui ne se marient pas par timidité. Ils voudraient bien se marier, ils en comprennent toute l'obligation, mais comment faire ? C’est là pour eux la grande question. Mais, mes amis, il n’y a rien de plus simple et de plus facile. Si vous n’avez personne spécialement en vue, jetez les yeux autour de vous, et cherchez-vous une bonne fille qui soit capable, vous pensez, de vous faire une bonne femme. Comme ces bonnes filles sont nombreuses dans la paroisse, vous en trouverez une facilement. Présentezvous chez elle, C‘tes-lui tout simplement vos intentions, et demandez-lui la permission de la fréquenter. En peu de temps, vous aurez appris à connaître son caractère; si elle vous convient, vous faites la proposition; si non, ou si la fille ne vous apprécie pas, vous vous excusez, et vous vous retirez. Dans ce dernier cas, vous ne vous tenez pas pour battu. Vous recom-

mencez avec plus de courage que jamais, tant que vous n’en avez pas trouvé une de votre goût. Quand votre choix est fait, vous faites la grande demande, et, sans plus de cérémonie ni plus de retard, vous préparez les choses nécessaires aux noces et vous vous mariez. Ainsi vous triomphez de votre timidité, et vous êtes heureux du résultat obtenu. Por les personnes timides, comme pour les indécises, il n’est rien comme de faire les choses rondement.

Mais voici des garçons qui, malgré toute leur bonne volonté,n’ont pas pu se marier; ils ont vingt-cinq, trente, et quarante ans, que doivent-ils faire ? Leur devoir est tout tracé: ils doivent surmonter les obstacles à leur mariage et se dépêcher de se marier. Ils doivent se hâter d’autant plus qu’ils sont plus âgés. La vie de garçon n’est pas un état où l’on se fixe, c’est plutôt une condition passagère. Le vieux garçon, comme tel, n’a pas sa raison d’être.

Pour montrer l'isolement embêtant du vieux garçon dans la société, un père mis-

sionnaire, prêchant une retraite dans une paroisse de campagne, disait : “ Le vieux garçon! voyez-le dans le monde, il est comme perdu; il n’a pas sa place avec les gens mariés, il n’a pas sa place non plus avec les jeunes gens; il me fait penser à un veau au milieu d’un troupeau de moutons. ”

Je sais qu'il y a de bons vieux garçons comme il y a de bonnes vieilles filles ; aussi, honneur à eux ! iis sont d’autant plus respectables que les autres sont plus méprisables. Mais rester vieux garçon, pour être vieux garçon, c’est-à-dire rester vieux garçon pour être plus libre dans ses mouvements; rester vieux garçon pour mieux jouir de la vie ; rester vieux garçon pour ne pas prendre sur soi la responsabilité que le mariage impose, est le fait d’un esprit perverti, d’un coeur dépravé, et d’une âme vile.

Quant à vous que le malheur a frappés, il ne faut pas vous décourager. Vous étiez

mariés, vous aviez une bonne femme qui est morte, après vous avoir donné de charmants ent..uts, que devez-vous faire? Vous êtes dans la force de l’âge, et pleins de vie; vous devez vous remarier. Plus que jamais vous avez besoin d’une femme, comme vos enfants ont besoin d’une mère. Mariez une fille de votre âge, une bonne vieille fille dévouée, qui sera heureuse de faire votre bonheur, et d'aimer vos enfants comme les siens propres.

Il n’y a pas d’âge trop avancé pour se marier. J’ai marié des vieillards de soixante-dix ans et plus, et ils avaient parfaitement raison de se marier. Un homme que j'ai bien connu dans mon enfance, perd sa femme ; ils étaient mariés depuis quarante ans. C’était un honnête homme et un excellent chrétien ; il avait horreur du péché. Le voilà, par la mort de sa femme, tout à coup isolé; le vide s’est fait autour de lui, sa routine de vie ordinaire n’est plus possible, ses habitudes de quarante ans sont brusquement rompues ; il est désolé.

Dans cet état d’âme, il va voir son curé, et lui dit : “ Monsieur le curé, j'ai l’intention de me remarier. Il est vrai que ce n'est que la semaine dernière que vous avez enterré ma vieille, mais je ne puis pas vivre comme Ça. J’avais une bonne femme, qui a toujours voulu mon bien; elle me pardonnera de me remarier sitôt. — Mais ne craignez-Vous pas, mon cher Monsieur, que les gens vous fassent la vie un peu dure? — Monsieur le curé, c’est pour éviter le péché, c’est pour sauver mon âme que je veux me remarier. ” Le lendemain, un vieillard de plus de soixante-dix ans se mariait à l’église paroissiale.

Mes bien chers frères, la question du “Quand faut-il se marier ”, n’est pas plus indifférente que le mariage lui-même. A chacun de répondre consciencieusement à cette question, en tenant compte des circonstances dans lesquelles il se trouve, des dangers auxquels il est exposé, et des moyens à sa disposition pour éviter le péché. Ti vient un temps où il faut quitter

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son père et sa mère, et s’attacher, l’homme à sa femme, et la femme à son mari. Puissiez-vous bien comprendre et faire courageusement votre devoir. Il ÿy va de vos plus chers intérêts pour le temps et pour l'éternité. — Ainsi soit-il.

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