‹ Le mariage, ou, La grande question [microforme]Chapitre 11 sur 27 · DEUXIÈME QUESTION · texte numérisé non relu

DEUXIÈME QUESTION

Qui doit-on marier ?

I Un aide — 1I Son semblablo

ILL Mariages mixtes — IV Empêchements

Non cest bonurr esse hominem solum, faciamus ei adjutorium simile sibi.

11 n'est pas bon que l'homme soit seul, faisons-lui une aide semblable À lui.

Dans les trois instructions précédentes, mes bien chers frères, nous avons répondu à la question : Quand faut-il se marier ?

Nous avons traité cette question un peu longuement à cause de son importance, et parce qu’elle est généralement mal comprise.

Nous nous demandons, en second lieu :

qui doit-on marier ? Cette question à

laquelle nous allons répondre maintenant, n’est pas moins importante, et n’est peutêtre pas mieux comprise que la première.

C’est pourquoi nous allons lui consacrer quatre instructions. Les mariages malheureux le sont, généralement,parce qu’on ne sait pas qui marier, L’homme honnête et vertueux, qui marie une personne qui lui convient, est heureux; et la femme de devoir, qui a un bon mari, est heureuse.

“ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, dit le Créateur, faisons-lui une aide semblable à lui. ” Il n’est pas bon : il y a, dans le coeur de l’homme, un besoin inné de bonheur. Nous avons été faits pour être heureux, et nous tendons naturellement vers le bonheur. Etre heureux, c’est vivre. “ Je suis venu, dit Notre-Seigneur, pour que vous ayez la vie, et pour que vous l’ayez abondamment. ” A la place du mot vie, mettez le mot bonheur et vous avez la même pensée, Nous vivons réellement dans la proportion que nous sommes heureux.

La première condition du bonheur de l’homme, c’est qu’il ne soit pas seul : “ Il n’est pas bon que l’homme soit seul. ” Dieu, qui nous a créés pour être heureux, ne nous laisse jamais seuls. Enfants, il nous confie au soins de parents qu’il remplit d’une tendre sollicitude pour nous et d’un dévouement à toute épreuve, qui les portent à se sacrifier pour nous protéger contre le besoin et la souffrance, et pour nous procurer la plus grande somme possible des joies de la vie. Quand nous nous dépouillons de ce qui est de l’enfant, et que nous devenons hommes, nous devons quitter nos parents, mais nous ne devons pas être seuls.

‘ Il n’est pas bon que l’homme soit seul, faisons-lui une aide. (C’est pourquoi l’homme quittera son père et sa mère, et s’attachera à sa femme. ” Voilà, mes frères, la réponse à notre question. Le jeune homme doit prendre pour femme une fille qui lui soit une aide ; une aide capable de le seconder dans toutes ses

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entreprises, et surtout dans ces choses de la vie, desquelles dépend le bonheur. Pour cela, il faut que la femme ait, entre autres qualités, de la piété, de la bonté et de la santé.

La piété est la première qualité que doit avoir une femme chrétienne, si elle veut être l’aide, que son mari a le droit d’attendre d’elle. Le premier devoir de l’homme est de poursuivre le bonheur éternel ; c’est aussi le devoir de la femme:

“ Cherchez d’abord le royaume des cieux et tout le reste vous sera donné par surcroît.” L'un et l’autre doivent s’entr’aider et travailler ensemble à gagner le ciel.

Pour mériter les joies célestes, il faut faire son devoir, et pour faire son devoir, il faut lutter : “ La vie, dit le saint homme Job, est un combat sur la terre. ” Les ennemis que nous avons à combattre, sont nombreux et d’une activité incessante ; toujours ils sont à l'attaque ; comme des lions rugissants, ils rôdent autour de ous cherchant le moment propice pour se jeter

sur nous et nous dévorer. Pour lutter avec succès contre des ennemis aussi terribles, il faut une vertu qui ne faiblit jamais, et qui est capable de tous les sacrifices. Et cette vertu, où la trouverezvous, mes frères ? Dans la religion ; vous aurez de la vertu si vous avez de la piété.

Prenez pour femme une fille pieuse, et elle vous aidera à être vous-mêmes religieux. Son exemple seul sera un stimulant, et vous encouragera dans l’accomplissement de vos devoirs de religion. Une femme pieuse est un ange au foyer. Avec elle, la prière du matin et du soir est en honneur dans la famille, aussi bien que la récitation du chapelet. L’audition de la messe, le dimanche, est un devoir auquel personne ne manque. La communion annuelle ne suffit pas, la communion fréquente est en honneur, et même la communion quotidienne est pratiquée quand elle est possible. Avec une femme pieuse au foyer, vous êtes protégés admirablement contre les ennemis du salut. Il se

détache de sa personne un rayonnement qui touche les coeurs et les porte à Dieu.

J’ai connu un jeune homme, appartenant à une bonne famille, qui, après avoir été élevé chrétiennement par une bonne mère, eut le malheur de la perdre, alors qu’il était encore jeune. Privé de la salutaire protection de sa mère, il tomba en mauvaise compagnie, et se laissa entraîiner au mal. La dépravation du coeur amène généralement la perversion de l’esprit, et souvent la perte de la foi. C’est ce qui est arrivé à notre jeune homme.

I1 tombe malade par suite . on inconduite, et voit la mort de près. Cependant, il ne se convertit pas et refuse de voir le prêtre. Heureusement sa vie est épargnée.

Revenu à la santé, il corrige ses mauvaises habitudes, et vit honnêtement. Sa conduite est irréprochable en tout, excepté qu’il ne fait pas de religion. Il est devenu un honnête homme, maïs il reste un mauvais chrétien, et un catholique perdu.

11 a connu, dans sa première jeunesse,

une jeune fille pour laquelle il a toujours gardé un secret attachement au fond de son coeur. C’est une fille reconnue par sa piété solide et éclairée. I1 demande cette fille en mariage. A la grande surprise de ses parents, et au grand étonnement de tout le monde, elle accepte. Est-ce qu’elle obéit à une inspiration secrète ?

Est-ce qu’elle suit un mouvement intérieur, venant de Dieu, qui la porte mystérieusement vers cet homme ? Je n’en sais rien ; quoiqu'il en soit, elle, une fille pieuse, marie volontiers un impie.

C'était entendu, avant le mariage, que la femme aurait toute liberté de p.atiquer sa religion, et d'élever les enfants catholiquement ; et que, de son côté, on lui laisserait la paix, et ne lui parlerait pas de religion.

Après quelques années de mariage, c’est au temps des pâques, la femme, un jour, se préparait à sortir, quand son mari lui signifia son intention de l’accompagner. “ Je serais très heureuse que

tu viennes avec moi, lui dit-elle, mais j'ai peur que tn refuses de m’accompagner, car je m’en vais à l’église me confesser. — C’est ce que je pensais, et c’est pourquoi je veux aller avec toi. ” Le lendemain, c'est le dimanche des rameaux, elle a, pour la première fois, le bonheur indicible de se voir à la sainte table avec son mari; et là, ensemble, ils mangent le pain descendu du ciel, qui donne à l’âme la vie éternelle.

Voilà, mes frères, un exemple de ce que peut faire une piété éclairée. Qu'est-ce que cette femme a fait pour convertir son mari ? Elle ne lui a jamais parlé de religion, comme c'était stipulé ; mais elle a fait mieux, elle lui a fait voir la religion en action. C’est sa conduite édifiante, aidée de la prière silencieuse, pour tout dire en un mot, c’est sa piété qui a sauvé son mari.

La ferame doit avoir de la piété ; elle doit avoir aussi de la bonté, si elle veut être, comme elle le doit, une aide à son mari.

Dieu a créé l’homme pour le ciel, mais il l’a créé sur la terre. S'il veut que nous possédions le bonheur éternel, il veut aussi que nous jouissions du bonheur temporel ; il en a fait un besoin de notre coeur. Aussi, il a placé nos premiers parents dans le Paradis-Terrestre, où ils coulaient des jours parfaitement heureux, en attendant qu’ils entrassent dans la gloire éternelle. Le péché a fait disparaître le Paradis-Terrestre, il a fait naître des obstacles innombrables qui rendent l'acquisition du bonheur difficile, mais il n’a pas enlevé du coeur le besoin d’être heureux que Dieu y a mis.

Vous répondrez à ce besoin du coeur humain, et vous serez heureux sur la terre si vous êtes heureux en ménage; et vous serez heureux en ménage si vous avez une femme bonne: “ Bienheureux l’homme qui a une femme bonne, ” disent les Saintes Ecritures. Remarquez que je ne dis pas une bonne femme : une bonne femme est une femme honnête. Ce n’est pas assez

que la femme soit honnête, il faut encore qu'elle soit bonne, qu’elle ait bon coeur, qu’elle soit portée à vouloir du bien aux autres, et habituée à leur en faire. Vous vous rappelez ie jeune vieillard dont je vous ai déjà parlé. Il avait une femme d’une grande bonté; aussi,après quarantehuit ans de ménage, ils étaient encore heureux comme au jour de leurs noces.

Toute leur vie a été une longue lune de miel.

Pour être heureux, l’homme a besoin de trois choses qui répondent aux aspirations de son coeur.

D'abord, il a besoin d’être aimé. Cette déclaration va peut-être surprendre les jeunes filles, qui peuvent facilement s’imaginer que les hommes sont trop indifférents et trop indépendants pour s’occuper d’être aimés. Si on en juge par leur conduite, certaines femmes mariées seraient dans cette erreur, et penseraient que, si les hommes savent aimer, ils sont peu portés à vouloir être aimés, et, pour

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leur malheur, elles négligent leur mari.

Détrompez-vous; le coeur de l’homme est fait pour aimer et pour être aimé, tout comme celui de la femme. Il peut être moins tendre que celui de la femme, mais il est de même nature, et il a les mêmes besoins. Toujours, d’ailleurs, l'amour appelle l'amour ; si on aime, c’est pour être aimé ; c’est une loi universelle et éternelle. Dieu nous aime, il nous aime en Dieu, infiniment ; aussi il veut, en retour, que nous l’aimions de tout notre coeur, de tout notre esprit, de toute notre âme, et de toutes nos forces.

À cause de ce besoin, le jeune homme doit marier une fille qu’il aime de tout son coeur, de laquelle il puisse dire avec enthousiasme, quand il l'aura mariée :

Ma femme est la plus aimable, la plus dévouée et la meilleure de toutes les femmes. C’est ce que chaque mari devrait pouvoir dire de sa femme. La femme aimée, si elle est bone, rendra amour pour amour, Elle ne 3e contentera

pas de dire à son mari, je t'aime, quoique ce petit mot soit capable de produire les etfets les plus prodigieux; mais elle lui montrera son amour dans “1 conduite.

Elle répondra pleinement au bescin qu'il a d’être aimé, et, partant, le rendra heureux.

Il a besoin, en second lieu, d’être apprécié. L'homme, malgré ses défauts, est généralement bon. Il se doune tout entier à sa famille. Sa femme est sa plus chère moitié. Il travaille volontiers pour les siens, gagne leur pain à la sueur de son front, et ne recule devant aucun sacrifice pour assurer leur bien-être ; mais, en retour, il veut qu’on reconnaïsse ce qu’il fait, et que l’on sache apprécier sa conduite.

N'’allez pas croire que ce soit là de l’enfantillage indigne d’un homme sérieux et encore plus d’un chrétien. Vouloir être apprécié, au contraire, est très noble et parfaitement juste, et la marque d’une âme élevée. C’est tout simplement se

mettre en harmonie avec une loi éternelle, c'est faire humainement ce que Dieu fait divinement. Et, en effet, Dieu veut que ses créatures reconnaissent ses perfections et ses bienfaits; aussi, au ciel, les anges chantent-ils sans cesse : “ Saint, saint, saint, est le Seigneur, le Dieu des armées ; ” et, sur la terre, l'Eglise, au nom de tous les hommes, célèbre ses louanges, et lui rend de continuelles actions de grâces.

L'homme a donc besoin que les siens reconnaissent ses mérites et apprécient ce qu'il fait pour eux. Aussi, la femme qui a bon coeur, sera empressée auprès de son mari, clle aura à sa disposition mille moyens de lui faire sentir qu’elle reconnaît tout son mérite, et qu’elle sait apprécier sa conduite à sa juste valeur. Dans leurs entretiens familiers, elle mettra en relief ses plus belles qualités ; elle fera ressortir ses plus belles actions, et rappellera avec complaisance ses gestes de tous les jours; elle célébrera toujours son bon

esprit et son bon coeur. Elle apprendra à ses enfants, à mesure qu’ils grandiront, à nourrir pour leur père des sentiments d'admiration, et à lui exprimer leur reconnaissance pour tout ce qu’il fait pour eux, tous les jours.

Il n'en faut pas davantage, mes frères, pour faire bondir de joie le coeur d’un homme. Heureux celui dont la femme sait reconnaître, avec ses enfants, ce qu’il fait, et apprécier justement sa conduite.

L'homme a besoin encore de sympathie.

Ses jours malheureusement ne sont pas tous ensolcillés. Les mauvais jours dans la vie sont nombreux. Il est exposé à toute sorte de misères. Par exemple, il est indisposé, et, cependant, il est forcément tenu à un travail pénible, qui épuise ses forces et l’accable. Ici, il se voit en face de dangers imminents, et aux prises avec de graves difficultés. Là, de mauvaises affaires surviennent, qui réduisent à néant ses plus beaux projets. C’est encore la maladie qui entre dans sa famille; la mort peut

le visiter et lui enlever un être chéri. La liste des malheurs possibles est illimitée, et bien longue est celle de nos misères.

Dans toutes les circonstances pénibles de la vie, l’homme a spécialement besoin de sympathie. Il a besoin de savoir qu’il y a quelqu'un qui partage ses chagrins, et qui souffre volontiers avec lui jnsqu’au bout. Si la femme est bonne, elle sera ce quelqu'un ; elle donnera toutes ses sympathies à son mari; elle relèvera son courage abattu ; elle trouvera dans son coeur des paroles de feu, et rallumera la coufiance dans l’âme de son mari, y fera luire l'espérance, et fera revivre ses plus chères ambitions. Et, ainsi, elle se montrera encore une aide précieuse pour son mari.

La femme, avec la piété et la bonté, doit avoir la santé. La santé est la meilleure dot que la femme puisse apporter à son mari. Elle vaut infiniment mieux que les richesses et tous les biens temporels. La santé de la femme est une bénédiction pour toute la famille.

Une femme en santé remplit allégrement sa tâche, elle est toujours de bonne humeur, et sa gaîté ensoleille le foyer.

Quand le mari, le soir, rentre chez lui, fatigué, eprès une journée d’un travail dur, il est reçu par des gens à la figure souriante ; il entend une salutation familière et affectueuse de la part de sa femme, et des cris de joie de la part de ses enfants, qui courent, les bras teucus, tout rayonnants de bonheur, à la rencontre de leur papa.

Il n’en faut pas davantage pour lui faire oublier ses peines, et pour le reposer ; il est gagné par cette atmosphère de gaité qui l'entoure, et se sent heureux.

Quand il y a de la santé dans une famille, il y a du bonheur, on y jouit de la vie.

Quand, au contraire, il n’y a pas de santé, on ne jouit de rien.

Il est donc souverainement important que le jeune homme marie une femme jouissant d’une bonne santé, comme il est souverainement important qu’il marie une

personne pieuse et bonne. Sa femme ne pourra pas lui être l’aide qu’elle doit être, si elle n’a pas ces trois qualités de piété, de bonté et de santé.

Mes jeunes amis, vous vous demandez peut-être où vous pourrez trouver des personnes ayant toutes ces qualités, et, partant, capables de vous être des aides véritables ? Vous n’avez pas à aller les chercher bien loin ; vous les trouvez ici même, dans votre paroisse, et elles sont plus nombreuses que les garçons, ce qui vous permet de choisir parmi les meilleures.

Vous devez faire un choix judicieux. Le moyen, c’est d’abord de voir quelle est la famille de cette fille, que vous désirez pour la compagne de votre vie: “Car, dit Notre- Seigneur, on connaît l’arbre par ses fruits.

Un bon arbre ne produit pas de mauvais fruits, ni un mauvais arbre de bons fruits.” Si cette fille appartient à une bonne famille, où l’on remplit fidèlement ses devoirs religieux, et où règne la paix, fruit de la bonne volonté, vous pouvez

espérer qu’elle est elle-même bonne, et qu'elle continuera, dans votre famille, les traditions de bonté et de bonne volonté de sa famille.

Vous pouvez encore juger des qualités d’une fille par les amies qu’elle fréquente.

“ Dis-moi qui tu hantes et je te dirai qui tu es. ” Ce proverbe, que vous connaissez tous, est généralement vrai. Une fille qui a pour amies de bonnes filles, dont la conduite est irréprochable, et qui se distinguent par leur empressement à se rendre utiles et à aider aux bonnes oeuvres, possède elle-même généralement ces qualités de ses amies, et offre, par là, une garantie qu’elle sera une vraie femme, une aide précieuse pour scn mari.

Mes amis, si vous devez prendre tous les moyens que la prudence suggère pour vous procurer une bonne femme, rappelez-vous que vous devez, en justice, assurer à votre femme un bon n°ri. Sachez que l’expérience enseigne que l’homme a la femme

que sa conduite lui mérite : “ Qui se ressemble s’assemble, ”

Les Saintes Ecritures proclament bienheureux, l’homme qui a une bonne femme, et elles ajoutent, qu’elle est un don du Seigneur, et que Dieu la donne à celui qui la mérite. Puissiez-vous, mes chers jeunes gens, mériter que le Seigneur vous donne une femme qui fasse votre bonheur sur la terre et vous aide à élever votre famille pour le ciel. — Ainsi soit-il.

Non est bonum esse hominem solum, faciamus ei adjutorium gimile sibi.

11 n’est pas bon que ‘’homme soit seul, faisons-lui une aide semblable à lui.

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