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se connaissait. Chaque famille connaissait tous les garçons et toutes les filles mariables de la paroisse. Dans ces conditions, la fréquentation était inutile, et, comme telle, on la défendait. Quand elle existait, elle devenait, en raison de la défense, un abus; c'était un scandale.
D'ailleurs, cette fréquentation inutile, dans les circonstances, ne pouvait être inspirée que par un mauvais esprit, et ne pouvait avoir que de mauvais résultats, entre autres, celui de retarder le mariage.
Alors, les prêtres s’élevaient justement contre ces abus et condamnaient fortement les fréquentations.
Mais il n’en était pas ainsi dans les villes où les circonstances sont tout autres Dans les villes, on ne se connaît pas ; à peine si l’on connaît son voisin. Aussi, au temps de nos pères comme aujourd’hui, au Canada comme aux Etats-Unis, les garçons fréquentaient les filles, et c’est dans ces fréquentations qu’ils apprenaient à se connaître avant de se marier. La
fréquentation est particulièrement nécessaire en ce pays des Etats-Unis dont les habitants viennent de toutes les parties du monde.
J'ai dit que la fréquentation, en soi, est indifférente, ni bonne ni mauvaise. Et, en effet, il est indifférent que deux personnes qui se connaissent en qualité de voisins, d'anciens condisciples, de compagnons de travail, et que sais-je ? se voient et se visitent souvent. Mais ces visites de simple amitié, même entre garçons et filles, font un bien réel, en conservant les bonnes relations qui existent entre eux, et, ainsi, deviennent bonnes dans la mesure du bien qu’elles font, et, partant, doivent être encouragées. D’ailleurs, elles sont déjà dans nos moeurs, et nous devons nous en réjouir.
Si cette fréquentation, à titre de simple amitié, est bonne et louable, la fréquentation, en vue du mariage, doit l’être encore davantage. S'il est bon que les amis se visitent afin de conserver l’amitié qui les
lie ensemble, il doit être, au moins, également bon que les amoureux se visitent, afin de se mieux connaître et d’entretenir entre eux le feu de l’amour qui doit être l’âme de leur futur mariage. Oui, la fréquentation, en vue du mariage, n’est pas seulement permise, mais encore elle est bonne et louable,
Il est vrai, qu’elle donne occasion à bien des abus, mais faut-il la condamner pour cela? Il faudrait alors condamner toutes les bonnes choses, car il n’y en a pas une seule dont on n’abuse. L'intelligence de l’homme est une bonne chose, on en abuse, on la fait servir à l’erreur; la liberté de l’homme est une bonne chose, on en abuse, on s’en sert pour se tourner contre Dieu; les membres de l’homme sont une bonne chose, on en abuse, on en fait des instruments de péché. Le mariage est une bonne chose, il est le chef-d’oeuvre de la création, on en abuse, on en fait une abomination.
Non, il ne faut pas condamner la fréquentation parce qu’elle donne occasion à des
péchés, pas plus qu’il ne faut condamner le mariage parce qu’on en abuse. Mais nous pouvons et nous devons condamner ceux qui en abusent, et les engager à corriger leurs abus.
Nous avons vu que la fréquentation, en vue du mariage, est bonne et louable. Il y a une grande différence entre la fré quentation entre de simples amis et connaissances, dont nous avons parlé plus haut, et la fréquentacion entre amoureux.
La premièr2 peut se faire en tout temps,
parce qu’elle est toujours utile, tandis que l’autre est nécessairement limitée.
La fréquentation entre amoureux ne doit se faire qu’en vue du mariage qui est sa seule raison d’être. Il faut donc que le garçon qui fréquente une fille, et la fille qui l’encourage dans sa fréquentation, aient l'intention de se marier. Sans cette condition essentielle, la fréquentation est nécessairement mauvaise. Elle est mauvaise, parce que, comme telle, elle n’a pas sa raison d’être, et sent l’immoralité,
Et, en effet, une fréquentation assidue, qui n’a pas le mariage en vue, ne dit rien de bon. C'est la fréquentation du libertin hypocrite dont nous avons déjà parlé dans l'instruction : “ Erreur des garçons. ” Il arrive quelquefois que les deux sont également pourris ; que leur perversion est telle qu’ils ne sont plus capables de nobles sentiments et ne pensent plus qu’à s’amuser ; que leur abrutissement est tel qu’ils se délectent à vivre dans la fange. Ces sales êtres se servent de la fréquentation, comme d’un voile, pour cacher leur turpitude. Leur conduite est une abomination :
“Ils sèment dans la chair, comme dit saint Paul, aussi ils moissonneront dans la chair : la corruption et la mort éternelle. ”
Pour que la fréquentation soit mauvaise, il n’est pas nécessaire qu’on en vienne à ces excès. Voici, par exemple, une fille qui se laissait courtiser, quoique c'était une affaire bien arrêtée, chez elle, qu’elle ne marierait jamais son préten-