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dant. Cependant, elle le recevait, acceptait toutes ses attentions, se laissait promener par lui et semblait jouir pleinement de sa compagnie. Une amie, qui connaissait ses dispositions, lui dit un jour : “ Mais, puisque tu n’as pas l’intention de le marier, pourquoi sors-tu avec lui? — Oh! répond-elle, il me donne de l'agrément. ” Il n’y a rien de grave contre les moeurs, dans leurs relations ; néanmoins, le gros bon sens nous dit que la conduite de cette fille n’est pas correcte, et qu'elle a tort d’entretenir une fréquentation qui ne peut aboutir au mariage.
La fréquentation peut encore être maurvaise parce qu’elle est injuste. Un garçon qui fréquente une fille sans avoir l’intention de la marier et sans l’avertir de ses dispositions, la trompe. Il y a des garçons qui ont la manie d’en faire accroire aux filles. C’est une manie injuste et cruelle, indigne d’un homme civilisé. C’est d’abord un abus de confiance : en recevant un garcon qui se présente chez elle, la fille croit
naturellement, et à bon droit, qu’il a des intentions sur elle, et elle lui donne sa confiance. Ensuite, en la fréquentant, ce garçon lui enlève la chance de recevoir un autre parti qui se présenterait, si déjà, il ne la voyait engagée. Ainsi, il la trompe, lui fait perdre un temps précieux, lui vole ses chances de se trouver un bon parti, et la jette dans le désespoir, quand elle se rend compte qu’elle a été si injustement et si cruellement trompée.
Quelquefois, c’est la fille qui veut s'amuser aux dépens de son prétendant :
ce n’est pas mieux. J’ai connu, il y a déjà longtemps, une fille qui a joué ce vilain rôle. Elle s'appelle Anna. Etant déjà engagée, et entretenant une correspondance suivie avec son fiancé, Anna permettait à un jeune homme de la courtiser.
Celui-ci, la croyant libre, n’épargnait rien pour en faire sa conquête. Il la visitait assidûment, lui prodiguait ses attentions les plus délicates, la sortait souvent et princièrement, et la comblait de présents.
Pauvre fille ! elle a payé cher sa folle imprudence et son injuste conduite. Son fiancé, en apprenant sa manière de faire, en fut indigné, et l’abandonna avec mépris. Ses amies, pour comble de malheur, l'ont également mise de côté, comme étant indigne de leur société. Dans un récent voyage à Holyoke, j'ai rencontré Mademoiselle Anna ; elle est seule et coule des jours tristes.
La fréquentation est encore mauvaise, quand elle dégénère en quasi-mariage scandaleux. La fréquentation, de sa nature,est nécessairement de courte durée.
Il n’est pas besoin d’un long temps pour apprendre à se connaître et pour s’assurer qu’il y a de l’amour mutuel. Du moment que les amoureux constatent qu'ils se conviennent, qu'ils sont faits l’un pour l’autre, et qu’il y a lieu d’espérer qu'ils seront heureux ensemble, ils doivent se marier. Leur fréquentation n’a plus sa raison d’être, et elle devient excessivement dangereuse. “ Tout ce qui traîne
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se salit, ” dit le proverbe. Il s’applique particulièrement aux fréquentations.
Aussi, ces fréquentations à ne plus finir sont mal vues, et deviennent un véritable scandale. J’ai présent à l’esprit, en «+ moment, un jeune couple. Ils se sont fréquentés assidûment pendant des années ; je suis sûr de plus de quatre ans. Je connais bien la fille qui appartient à une famille en vue ; le garçon avait également une certaine distinction. Ces jeunes gens étaient devenus l’un avec l’autre, d’une familiarité choquante. On les voyait toujours ensemble, et partout ils étaient d’un sans-gêne extrême, même devant le public:
‘“ Ecoute, Joseph, lui dit un jour Rhéa, du haut d’un char électrique, alors que le tramway était rempli de passagers, je ne veux pas que tu ailles là. D'ailleurs, je serai au magasin à cinq heures et tu viendras m’y trouver, et achète-moi une paire de gants pour la soirée. Tu as bien compris, hein ? ” J’ai entendu, de mes propres oreilles, de la bouche même de Rhéa, ce discours qui en dit long, surtout avec l’ac-
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centuation que Rhéa a su y mettre. J'ai frémi à la fois d’indignation et d’horreur.
Un pareil état de chose est révoltant et intolérable.
Voilà, mes frères, quelques abus que nous rencontrons assez souvent chez les nôtres. Nous pouvons nous demander maintenant ce que nous devons faire pour empêcher ces abus. Il ne faut pas se faire illusion et croire que tous ces abus peuvent être empêchés. C’est impossible. Nous ne pouvons pas plus empêcher tous les abus qui se font à l’occasion des fréquentations, que nous ne pouvons empêcher tous les abus qui se font sous le couvert du mariage. Maïs ce que nous pouvons faire, c'est de nous protéger nous-mêmes et les nôtres, en nous mettant en garde contre ces abus, et en prenant les moyens de ne pas nous y laisser entraîner.
Pour cela, nous devons nous montrer impitoyables pour les mauvaises fréquentations, les dénoncer sans merci et les condamner fortement. Pour cela, les parents
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doivent apprendre à leurs enfants, arrivés à l’âge voulu, la raison d’être de la fréquentation: qu'elle est une préparation nécessaire au mariage, et qu’elle ne doit exister qu'en vue du mariage. Pour cela, il faut faire appel à la conscience des jeunes, leur inspirer l’horreur des fréquentations mauvaises, et de tout ce qui est déplacé, malhonnèête et injuste dans leurs rapports.
La fréquentation, faite en vue du mariage, malgré les abus auxquels elle donne occasion, est donc bonne et louable.
Voyons maintenant comment elle doit se faire. Puisqu'elle est une préparation au mariage qui est un sacrement, elle revêt de ce fait un caractère religieux. Ce qui veut dire qu’elle doit être faite dans un esprit chrétien et sous le regard de Dieu.
Que les amoureux entrent dans ces sentiments, et il n’y aura rien à craindre ; leur fréquentation sera bonne. Et qu’ils sachent que ces pieux sentiments, loin de les empêcher d'aimer, purifient, au con-
traire, leur amour et le rendent meilleur et plus fort.
Quant à la manière de se fréquenter, elle varie avec les pays et les temps.
Comme la fréquentation est indifférente, en soi, elle se fait à tous les pays, et à tous les temps. Voici comment elle se faisait, il y a soixante ans, du moins, dans certaines paroisses de campagne. La fille s’asseyait généralement près de la table, dans la grande pièce qui servait à la fois de cuisine et de salle à manger ; le garçon était placé de l’autre côté de la table sur laquelle était une ardoise. Le père ou, È son défaut, la mère, recevait le cavalier à la porte et l’y conduisait à son départ.
Tout le monde veillait et causait ensemble. Si le cavalier voulait communiquer quelques secrets à sa blonde, il se servait de l’ardoise et la blonde faisait de même.
Mais il ne devait rien effacer, et les parents se réservaient le droit, et se faisaient un devoir d'entrer, après le départ du garçon, dans les secrets confiés à ar-
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doise. Après deux mois, trois mois était la limite, le garçon devait se prononcer : ou demander la fille en mariage, ou se retirer.
Voici maintenant comment les choses se passaient dans certaines provinces de la Bretagne, en France ; je cite textuellement le Père Hamon, dans son livre intitulé Misères Humaines : “ Le diman- ‘: che, après vêpres, la jeunesse danse des
: | 4 rondes bretonnes, sur la place de l’Eglise il ë ou dans un champ du voisinage. Les vieux LA 2 parents, assis en cercle, fument tran-
quillement la pipe et devisent ensemble de l’agilité des danseurs, de la bonne Er grâce et des qualités diverses des dan- Fin seuses. Alors un père de famille dira à
él son garçon de vingt et quelques années :
ia “ Ecoute, mon garçon, te voilà d’âge à te marier... As-tu remarqué la petite une telle ? C’est une fille sérieuse ; elle est avenante et modeste, elle fera une bonne ménagère ; si tu la prenais pour femme?...
Qu'en penses-tu ? ” Nés dans le même
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village, ces jeunes gens se sont connus dans l’enfance, ils furent élevés ensemble ; ensemble aussi ils firent leur première communion. Le jeune homme n'avait donc pas besoin de longues réflexions : il disait oui, et l’on se mariait. ”
Ailleurs, chez les autres peuples, les choses se passent autrement, variant avec les usages et coutumes de chaque pays.
Dans ce pays, la fréquentation est simple et naturelle : le garçon visite la fille, et la fille reçoit le garçon chez elle. Rien de plus simple et de plus naturel. En soi, cette manière de faire est irréprochable.
Ceux qui veulent la condamner, en la comparant à la manière de faire d’autres pays ou d’autres temps, se trompent, parce qu’ils ne tiennent pas compte des circonstances,
Je comprends que ce vénérable vieillard, qui célébrait ses noces d’or, auxquelles j'ai assisté, il y a quelques années,
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se scandalise de voir un jeune homme visiter assidûment une jeune fille à la maison, la voir, rester seul avec elle au salon, et se promener sur les rues en sa compagnie ; lui qui, comme il le racontait à l’occasion de ses noces d’or, n’avait jamais vu seule sa prétendue, et ne lui avait pas même une seule fois donné la main, avant le jour de leur mariage. Il serait également scandalisé de la manière de faire des Bretons : “ Maïs comment !
se récrierait-il, permettre à la jeunesse de danser, et cela sur la place de l’église, quel scandale ! ”
Non, mes frères, parce que notre fréquentation ne se fait pas comme äans les campagnes du Canada, cela ne veut pas dire qu’elle soit mauvaise. A ceux qui me diront qu’elle offre aux amoureux plus de dangers, je répondrai par ces paroles de Notre-Seigneur : “ Car c’est du coeur que sortent les mauvaises pensées, les adultères, les fornications. ” Si le coeur est mauvais, ce n’est pas une table ou le
regard des parents qui pourra empêcher le mal, car, dit encore Notre-Seigneur :
‘“ Moi, je vous dis que quiconque aura regardé une femme pour la convoiter, a déjà commis l’adultère avec elle dans son coeur. ” Quand les coeurs sont purs, au contraire, ils peuvent se tenir en tête à tête sans danger.
Il n’y a donc pas de mal, en soi, pour les jeunes gens d’être seul à seule, pas plus dans les fréquentations qu’en tout autre temps. Je ne nie pas qu’il y ait là un danger, mais ce d<':er, en soi, n’est pas nécessairement un »ccasion prochaine de péché. Ce qui veut dire que les parents peuvent en conscience tolérer la chose, quand il y a de graves raisons de le faire.
Par exemple, voici une fille âgée et sérieuse, qui a de l’expérience et qui a déjà donné des preuves d’une vertu solide ; elle a raison de s'attendre à une plus grande liberté que celle qui est dounée à une fille qui n’a pas le même mérite.
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De même, s’il y a danger que les amoureux se rencontrent sur les rues ; car il vaut mieux que la fréquentation se fasse à la maison, seul à seule, que dans les chemins, et la fille sera bien moins exposée.
Et encore, si la surveillance des parents est interprétée comme un vote de non confiance,et considérée comme une injure.
Cette manière de voir est assez commune de nos jours et tend à se généraliser.
Dans tous ces cas, et pour toute autre raison semblable, les parents peuvent, en toute sûreté de conscience, tolérer que leur fille entretienne seule son prétendant.
Il est bon de faire remarquer ici qu’un garçon sage, intelligent et bien élevé, se fait un devoir de se conformer en tout aux désirs des parents de sa prétendue.
C’est, d’ailleurs, le moyen de gagner leurs bonnes grâces et de faire plus facilement la conquête de la fille,
Mais ce qui n’est pas permis, et ne peut jamais être toléré, c’est une mauvaise fréquentation. Du moment qu’une fréquentation devient mauvaise, qu’elle est une occasion voulue de péché, elle doit cesser, et cela, sous peine de péché mortel. Ne dites pas : “ Mais nous sommes pour nous marier, seulement nous ne sommes pas prêts maintenant. ” Cela ne vous excuse pas; votre fréquentation est mauvaise, vous ne pouvez pas en conscience la continuer. Puisque vous n'êtes pas prêts à vous marier et ne pouvez pas vous fréquenter honnêtement, vous devez vous séparer.
Mulierem fortem quis inveniet ? Mes chers amis, il s’agit, pour vous, de vous trouver une femme forte en qui vous pourrez mettre une confiance entière ct qui pourra faire votre bonheur. Elle est un trésor qui mérite que vous le cherchiez avec soin. Cherchez-la partout, cette femme forte ; dans votre fréquentation, n'ayez qu’elle en vue, et Dieu bénira cer-
tainement vos bonnes dispositions. Quant à vous, jeunes filles, soyez toujours sages dans vos fréquentations, et sachez que, si vous vous y conduisez chrétiennement, le Seigneur vous bénira, vous aussi, en vous faisant trouver un mari selon votre coeur.
— Ainsi soit-il.
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Ecce sponsus venit, exite obriam ei.
Voici l'époux qui vient, allez au-devant de lui.