‹ Le mariage, ou, La grande question [microforme]Chapitre 18 sur 27 · MATH., XXV · texte numérisé non relu

MATH., XXV

Quand le garçon a trouvé la femme qui lui convient, et la fille, l’homme qu’il lui faut, le temps est arrivé de préparer les noces. Dans tous les temps et chez tous les peuples, le mariage a été considéré comme un acte public, et, comme tel, on le publiait. La manière de l’annoncer a varié avec les âges et les pays.

Au temps de Notre-Seigneur, en Palestine, pendant les jours qui précédaient la noce, on préparait de grandes fêtes qui se

terminaient par un festin, que l’on faisait aussi somptueux que lies moyens le permettaient. On allait, le soir, à la lumière des flambeaux, au-devant des époux que l’on conduisait au banquet. C’est cette coutume que rappelle Notre-Seigneur, dans la parabole des dix vierges, d’où nous avons tiré les paroles de notre texte:

“ Voici l’époux qui vient, allez au-d vant de lui. ”

L’époux, ses amis, c’est-à-dire ceux qui étaient chargés des fêtes, ses frères et les autres invités, se portaient, avec des tambourins, des ins. uments de musique, et des présents en grand nombre, au-devant de la fiancée, laquelle avait également ses gens qui la conduisaient aussi solennellement, avec de grandes manifestations de joie.

“Ces coutumes, dit G. Saintine, sont restées en vigueur en Palestine, On y voit encore le cortège nocturne avec les flambeaux pour se rendre à la salle du festin ; il est même considéré comme la partie

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constitutive de la cérémonie du mariage.

Quant à la pompe extérieure, aux processions avec chant e’ musique qui accompagnent les épousailles, elles ont leur raison d'être: c’est le désir de rendre l’union publique et évidente, d’en faire un acte notoire que puissent attester de nombreux témoins. Cela remplace nos publications.”

De nos jours, dans tout le monde catholique, nous rendons solennellement le mariage public par la publication des bans. Les bans sont publiés trois dimanches de suite, à la grand’messe, qui est la messe de paroisse par excellence, son office le plus solennel et le plus important.

Quand les fiancés ont décidé de se marier, ils doivent faire connaître leur intention à leur curé ou à son représentant : c’est ce qu’on appelle mettre les bans à l'Eglise. Comme le mariage est un sacrement soumis aux lois ecclésiastiques, sa célébration intéresse avant tout l'Eglise. C'est pour cette raiscu qu'elle

doit être, dans la personne du curé, qui la représente, la première officiellement avertie.

{1 est donc peu sage et souverainement imprudent de fixer le jour et l’heure du mariage avant de s'être entendu, pour ces détails, avec le curé. Il peut arriver, pour bien des raisons, que votre mariage ne puisse pas se fure à l’heure ou au jour fixé par vous. Il y en * qui font même Ja méprise de lancer leurs invitations de noce sans s'être d’abord entendu, pour la date, avec le curé. Vous pouvez vous imaginer leur embarras et leur bumiliation, si le mariage ne peut pas avoir lieu au jour indiqué; comme cela peut arriver, et est arrivé, plus d’une fois, à ma connaissance.

Quant à la manière de mettre les baus à l'Eglise, ou de faire connaître au curé une intention de mariage, l'Eglise n’a rien réglé ; on suit l'usage établi. D’après une coutume qui est en vigueur généralement dans nos paroisses de langue française,

c’est le fiancé et le père de la fiancée, ou, à défaut de celui-ci, un proche parent, qui vont mettre les bans à l'Eglise.

Cependant, il arrive très souvent que les deux fiancés, le garçon et la fille, vont ensemble s'acquitter de ce devoir. Ces deux coutumes sont également bonnes, et tout à fait louables.

Quand on le peut, il est bon de suivre ces usages. Mais si, pour de bonnes raisons, on en est empêché ; alors le fiancé peut aller seul mettre les bans à l'Eglise; s’il en est empêché, la fiancée, accompagnée de sa mère ou d’une autre personne, peut faire l'affaire. Peu importe, à la rigueur, la manière dont la connaissance d’une intention de mariage est portée au curé; ce qui importe, c'est qu’il ait cette connaissance, Alors il prend les renseignements voulus,donne les instructions requises et fixe avec les intéressés le jour et l’heure du mariage.

La publication des bans offre de grands avantages. Par cette publication, l'Eglise

sauvegarde la dignité du sacrement et les intérêts des mariés. D’abord, elle a pour objet de faire connaître les empêchements au mariage. C’est là le premier et le principal avantage des bans. Ceux qui se marient veulent se marier, ils veulent qu?

leur mariage soit valide. Ils doivent s’assurer qu'il n’y a pas, dans leur cas, d’empêchements qui rendent leur mariage nul; autrement ils s’exposeraient à de bien fâcheuses conséquences.

En voici un exemple : c’est un mariage qui s'est fait, il n’y a pas longtemps, dans une des villes du diocèse. Les mariés ne voulaient pas être publiés pour la raison qu'ils ne pouvaient pas attendre au dimanche, parce qu'ils avaient fait la bévue de régler tous les détails de la célébration de leur mariage, avant de voir leur curé ; néanmoins, ils ont dû remettre au lendemain leur mariage et publier une fois. La publication s’est faite tard dans la matinée, et ils se sont mariés de bonne heure dans l’après-midi, C’était avant la

mise en force de la loi de l'Eglise, qui défend les mariages après midi. Immédiatement après la cérémonie nuptiale, ils partent en voyage de noce. Pendant qu’ils étaient à goûter les premières douceurs de le lune de miel, on vient annoncer au curé que les mariés sont parents : cousins du troisième au quatrième degré.

Après quelque: semaines de voyage, les jeunes époux rentrent chez eux, en apparence parfaitement heureux. Il n’y a donc pas d’inconvénient, pense-t-on, à les mettre au courant des faits, afin de remédier au mal sans retard : en obtenant la dispense voulue, et en renouvelant leur consentement. Le curé, les ayant fait venir au presbytère, leur fait connaître l’existence de l’empêchement, et, par suite, la nullité de leur mariage ; il leur indique en même temps le moyen de remédier au mal.

Le marié, revenu de sa surprise, adresse au curé ces paroles : “ Vous me dites, si je comprends bien, qu’il y a un empêchement

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à notre mariage, qu’il est en conséquence nul, et que nous sommes libres ? — Parfaitement, répond le curé, cet empêchement étant dirimant, était un obstacle à votre mariage. Mais j'ai prévenu votre désir et j'ai obtenu pour vous la dispense voulue.—Je vous remercie de votre bonté, dit le marié, mais pardonnez-moi, puisque je suis libre, je veux y rester. ” On a eu beau essayer à lui faire entendre raison, tout ax été inutile ; il quitta <a femme pour ne plus la revoir. Elle en a eu le coeur brisé, elle est restée inconsolable.

C’est là, mes frères, une bien mayvaise affaire, qui ne serait pas arrivée si on avait pris le temps de publier les trois bans, parce qu’alors l’empêchement aurait été connu avant le mariage, une dispense aurait enlevé l'obstacle, et le mariage aurait été valide. Mais pour n'avoir publié qu'une fois, voilà qu’un sacrement a été exposé à la nullité ; voilà que l'avenir de deux personnes est ruiné!

Le deuxième avantage de la publication

des bans est d'empêcher les mariages clandestins. On appelle mariage clandestin, tout mariage fait en-dehors de l'Eglise et contrairement à ses lois. Ces mariages sont on ne peut plus mauvais, comme nous le verrons plus tard.

Si le mariage n’était pas publié, si, par les bans, on n’en faisait pas un acte public et solennel, on y attacherait peu d’importance ; et il deviendrait une affaire exclusivement personnelle, tout à fait privée, et souvent on se marierait pour se démarier aussitôt. Il est facile de comprendre quels désordres il résulterait d’un pareil état de choses, et quelles en seraient les conséquences.

La notoriété que les bans donnent au mariage, le grandit et l’ennoblit aux yeux des fidèles ; et, en en faisant un a:te public et solennel, engage les fiancés, sur qui tous les yeux sont tournés, à s’y préparer dign-ment, et à faire les choses comme il faut. Et, ainsi, on garde pour le sacrement le respect qui lui est dû; sa dignité

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est sauvegardée ainsi que les intérêts des époux.

De plus, quoique par accident, ce n’est pas moins un fait que les bans tournent à la gloire des publiés. Et, en effet, les bans annoncent le choix qu’ils ont fait l’un de l’autre. La fille que le garçon marie, est le choix de son coeur; ce qui veut dire que, pour lui, elle est la meilleure fille au monde. Cette conviction est générale ; aussi vous entendez tous les amoureux vanter leur fille par-dessus toutes les autres. Et c’est bien qu’il en soit ainsi.

Mais puisqu’il en est si fier, comme il doit être bien aise et glorieux qu’on la proclame comme son choix !

De même pour la fille. Pour elle, trouver un bon mari, c’est un événement considérable, c’est un succès digne des plus grandes louanges. Comme la femme, dont parle l'Evangile, qui trouve Sa drachme perdue, elle voudrait, dans son bonheur, appeler ses amies et ses voisines, et leur dire : “ Réjouissez-vous avec moi, car j'ai

trouvé un bon mari. ” Son succès, qui fait son bonheur et dont elle se glorifie justement, les bans le proclament solennellement, en trois reprises différentes ; et ses amies et ses voisines la félicitent et se réjouissent avec elle.

Un autre avantage de la publication des bans, est d’intéresser la paroisse au mariage annoncé. Un mariage, en effet, est un événement important dont le bonheur ou le malheur se fera sentir sur la paroisse. Du moment qu’il est annoncé, on en parle, on s’en occupe, et on fait des voeux pour le bonheur des époux. Chez les chrétiens, on ne se contente pas de vains souhaits ; on sait que le mariage annoncé ne sera heureux qu’en autant que Dieu le bénira ; alors, on appelle sur lui les bénédictions du Ciel, et toutes les bonnes âmes de la paroisse joignent de ferventes prières à celles des parents et des amis. Rassurés par ces nombreuses prières et par toutes ces expressions de bonne volonté, les mariés se présentent à l’autel avec confiance.

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