‹ Le mariage, ou, La grande question [microforme]Chapitre 20 sur 27 · CE CES · texte numérisé non relu

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la contagion et de sauver le peuple. Il en est de même du corps. Si la gangrène se met dans un membre, pour Sauver le corps et avec lui la vie, on coupe le membre affecté et l’on s’en défait. C’est ainsi que Notre-Seigneur dit : “ Si votre oeil droit vous scandalise, arrachez-le, et jetezle loin de vous ; si votre main droite vous scandalise, coupez-la, et jetez-la loin de vous. Car il vaut mieux être sauvé n’ayant qu’un oeil et qu'une main, que d’être perdu avec tous ses membres. ”

Les concubinaires scandaleux, à cause de leur scandale, sont des pestiférés capables de répandre la contagion; et, comme tels, il faut les séparer de la société et les en éloigner. Ils sont des membres gangrenés, en voie de corrompre le Corps entier ; ils sont cet oeil et cette main dont parle Notre-Seigneur ; il faut nous en séparer et les jeter loin de nous.

De plus, ceux qui se marient clandestinement ou contrairement aux lois de l'Eglise, comme Magloire et Bertha, profanent le sacrement de mariage et 8e ren-

dent coupables de sacrilège. Il y a une trentaine d'années, un homme dans l’âge môûr, que j'ai bien connu, lui et toute sa famille, se rendit coupable d’une profanation horrible. C'était pendant les exercices d’une mission prêchée par deux pères Rédemptoristes, éloquents prédicateurs, qui s’élevaient fortement contre l’intempérance. La scène se passe dans une saloon, un endroit bien approprié. Quelqu'un, s'adressant à un compagnon, lui dit pour le railler : “ Comme ça, Olivier, c'était son nom de baptême, tu vas prendre la tempérance, et on n'aura plus le plaisir de prendre un coup ensemble ? ” Olivier, qui était un peu chaud par la boisson, quoiqu'il savait bien ce qu’il faisait, de répondre : “ Moi ! prendre la tempérance, pour qui me prends-tu ? Ce ne seront toujours pas les saints Pères qui me la feront prendre ; ils apprendront qu'Olivier C..., ne se laisse pas mener par le bout du nez. Et quelle affaire ontils de venir nous prêcher ici ?... Ah !

sils n'étaient pas bien payés, ils ne seraient pas venus, allez !... Je connais

ça...” À mesure que Sa diatribe s’allongeait, il g'échauffait de plus en plus ; finalement, rouge de colère, l’oeil en feu et l’'écume à la bouche, il sort de sa poche un chapelet auquel était attaché un joli crucifix; c'était son chapelet, souvenir de retraite, qu’il venait de s'acheter. Il le jette à terre avec rage, et furieux, il le foule aux pieds, et le frappe vigoureusement du talon, en vociférant des blasphèmes ; puis, dans un excès de rage, il ramasse le crucifix, qui résiste toujours à la violence, et le lance avec fureur dans la fournaise ardente, en burlant : “ Au feu, maudit Christ ! ” puis il s’affaissa et roula sur le plancher.

Celui qui m’a raconté cette scène horrible en a été le témoin oculaire et en a été profondément ému, si bien, qu’il ne peut pas y penser gans que l'émotion le gagne de nouveau et l’affecte encore terriblement, comme j'ai pu le constater moimême.

Cependant, mes frères, les catholiques qui se marient contrairement aux lois de

l'Eglise, se rendent coupables d’une action encore plus exécrable. Notre malheureux ne s'attaque qu’à une image, quelque sacrée qu’elle soit, tandis que nos Magloires et nos Berthas s’attaquent à un sacrement ; notre malheureux profane un objet de dévotion, nos faux mariés, plus coupables, profanent une institution divine ; notre malheureux a jeté le crucifix dans le feu pour le détruire, les faux mariés font pis ; ne pouvant pas détruire le sacrement, ils le mettent au service du démon, en en faisant un concubinage.

Ils sont, les uns et les autres, coupables de sacrilège ; la profanation de notre pauvre malheureux est plutôt brutale, celle de nos faux mariés est surtout satanique.

Ce n’est pas encore tout. Le mariage clandestin peut se faire devant un ministre protestant, et alors il ajoute une nouvelle malice à toutes les autres. Et quelle malice ! hélas ! le seul mot de renégat fait horreur, et c’est de ce nom qu’il faut appeler ceux qui se marient devant un ministre. Et, en effet, ne sont-ils pas renégats

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les catholiques qui changent leur relig-- 1?

Ne sont-ils pas renégats Ceux qui tournent le dos à l'Eglise pour se joindre à une secte protestante? Oui, mes frères, gachez-le et comprenez-le wien, Ceux qui se marient devant un ministre protestant, adoptent la religion de ce dernier, et la pratiquent; ils agissent comme des protestants, et se font protestants pour ce qui regarde la célébration de leur mariage ; ils posent un acte public d’hérésie, et se constituent de véritables renégats.

Vous allez me dire : “Mais ceux qui vont ge marier au ministre ne se rendent pas compte généralement de la gravité de leur faute, et agissent plutôt par légèreté que par malice ; presque toujours, c’est pour 8€ tirer d'affaire : ils se trouvent tout à coup dans une impasse, dans laquelle ils ont été malheureusement entraînés, et ils croient que c’est là le meilleur moyen de se tirer d’embarras. ”

Disons tout de suite que c’est là un bien mauvais calcul. Comment ! ils se sont mis dans une impasse, Sans doute par ileur

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faute, et, pour se tirer d’embarras, ils iront se marier au ministre ! Mais depuis quand peut-on racheter une faute par une autre faute encore plus grave? Au lieu de se tirer d’embarras, ils s’embarrassent davantage.

Voyez, par exemple, la trop célèbre Madame Cailleau, en France. Elle n’avait pas la conscience nette, et, comme un journal de Paris, le Figaro, avait entrepris contre son mari une campagne de dénonciation, elle craignit qu’il ne publiât des lettres déshonorantes pour elle, lesquelles lettres il pouvait avoir en sa possession.

Quelle situation embarrassante et quelle angoisse pour cette malheureuse femme !

Pour empêcher, pense-t-elle, la révélation de secrets infamants, elle fait feu sur Calmette, le dénonciateur de son mari, et le tue.

Qu'est-il arrivé? Ce moyen brutal et criminel qu’elle : pris pour se tirer d’embarras, a-t-il réussi? L’a-t-il de fait sauvée du déshonneur? Non, mes frères, il a eu, au contraire, un tout autre résultat, Ces let-

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tres déshonorantes, dont elle redoutait tant la publication, non seulement ont été lues et connues de tout le monde, mais encore tout son triste passé a été exposé, dans toute sa nudité, aux yeux de l’univers entier : son procès l’a clouée au pilori.

C’est généralement ce qui arrive quand on veut racheter une faute par une autre.

Mais, en supposant que, par excCeption, la chose pourrait réussir, cela n’excuserait pas les coupables, parce qu’il n’est jamais permis de faire le mal pour qu’il en résulte un bien. Je comprends très bien qu’il puisse y avoir des circonstances atténuantes, qui rendent la faute moins grave devant Dieu; c’est possible qu’il y ait plus de légèreté que de malice. Mais ce qui n’est pas possible, c’est que le mariage ne soit pas ce qu’il est, c’est-à-dire un acte public. Et, comme il est un acte public, les catholiques qui se marient au ministre, font nécessairement un acte public d’hérésie.

Remarquez, mes frères, qu’il ne s’agit pas pour l'Eglise de la faute intérieure,

telle qu’elle apparaît à Dieu. C’est là une affaire intime, qui ne regarde que la conscience, et qui ne peut se régler qu’avec Dieu; mais il s’agit du péché extérieur, tel qu’il apparaît aux hommes: le mariage célébré devant un ministre protestant, Cest-à-dire un acte public d’hérésie.

Devant une pareille faute, l'Eglise ne peut pas rester indifférente. Elle se doit à ellemême de faire respecter ses lois, et elle doit à ses enfants de les protéger contre le scandale.

Si l’on tient compte de la nature dun péché et de sa malice, on n’est pas étonné de la sévérité de l’Eglise, et l’on comprend qu’elle excommunie ceux qui se marient devant un ministre protestant, et en fasse un cas réservé à l’évêque.

Ceux qui se marient au ministre sont excommuniés. Qu'est-ce que cela veut dire?

Un rapprochement nous fera mieux Comprendre la chose. Au jugement général, nous dit le saint Evangile, Notre-Seigneur ge tournant du côté des méchants qui seront à sa gauche, leur dira “ Allez loin

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de moi, maudits, au feu éternel. ” Et les damnés seront séparés de Dieu: ils n’en recevront plus aucun bien, aucune faveur, aucune consolation; ils seront en face d'eux-mêmes, abandonnés à leurs péchés qui seront comme autant de monstres dont la vue leur fera horreur, les tourmentera, et fera leur désespoir. C'est là la damnation éternelle.

A ceux qui se marient au ministre, l'Eglise dit : “ Allez, pécheurs ingrats, loin de moi pour votre malheur. ” Ils sont séparés de l'Eglise; ils ne reçoivent plus les bienfaits sans nombre dont elle comble ses enfants ; Ses sacrements leur sont refusés; et, en cas de mort, ils sont privés des honneurs de la sépulture ecclésiastique.

Rejetés du sein de l'Eglise, ils sont abandonnés à eux-mêmes, la conscience chargée d’un péché exécrable, dont le souvenir les tourmente ; et, pour ajouter à leur torture, le mépris du public s'attache à eux.

C’est là l’excommunication. Elle est pour les enfants de l'Eglise la peine capitale.

Cependant les excommuniés peuvent

toujours espérer. Ils savent que l'Eglise ne les a rejetés que parce qu'ils ont été les premiers à lui tourner le dos, et qu’elle les recevra de nouveau dans son sein, à bras ouverts, du moment qu’ils se présenteront à elle bien disposés. Oui, comme une bonne mère, l'Eglise est toujours prête à recevoir l’enfant égaré qui revient, à lui pardonner sa faute, et à le réhabiliter dans tous ses droits; mais, en mère sage et prudente autant que bonne, elle pose des conditions, sans lesquelles il n’y à pas de retour possible, et dont la principale est la réparation.

Le regret d’un péché est la condition essentielle de son pardon. Un péché qui n’est pas regretté ne peut pas être remis.

Dieu lui-même ne peut pas pardonner à un pécheur qui n’a pas le regret sincère de ses péchés. De même, l'Eglise ne peut pas pardonner à son enfant qu’elle a dû excommunier, à moins qu’il ne soit réellement pénitent. Et, comme preuve de ses bonnes dispositions, elle exige la réparation.

Cette réparation, d'ailleurs, est natu-

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relle: car celui qui regrette une faute la répudie et voudrait qu’elle ne fût jamais commise. En répudiant son péché, il répudie le mal qui en est résulté; il sent le besoin de réparer le mal fait, et comprend que la justice lui en fait un devoir, en autant qu’il en est capable. Ainsi donc, quand l'Eglise demande à l’excommunié ou au scandaleux une réparation d’honneur, elle ne fait que mettre en force une loi naturelle, et qu’exiger un devoir de justice.

De plus, comme $e marier au ministre est tourner publiquement le dos à l'Eglise, c’est aussi publiquement qu’il faut revenir à l'Eglise. Je comprends que la réparation publique répugne à la nature, et qu’il est toujours coûteux d’avouer publiquement une faute, mais c’est un devoir. Celui qui a eu le malheur de se marier au ministre doit être heureux d’avoir ce moyen de réparer sa faute, en bénir le ciel, et faire courageusement son devoir. Si c’est mal de commettre un péché, c’est encore plus mal de vivre dans s0n péché. Et,si c’est

une honte de pécher, c’est une gloire de réparer son péché.

Mes frères, ayez en horreur ..s mariages clandestins, et rappelez-vous les belles paroles de Tobie à sa femme, lesquelles nous avons prises pour texte : “ Nous sommes les enfants des saints, et nous ne devons pas nous unir comme des payens, qui ne connaissent pas Dieu. ” Vous, qui connaissez Dieu, qui êtes ses enfants, mariez-vous religieusement, vous conformant scrupuleusement à toutes les lois de l'Eglise ; et, ensuite, vivez chrétiennement dans l’état du mariage. Faites cela, et vous recevrez les bénédictions de Dieu et de l'Eglise, pour votre bonheur et pour celui de votre famille. — Ainsi soit-il.

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