‹ Le mariage, ou, La grande question [microforme]Chapitre 21 sur 27 · MISSION DES ÉPOUX · texte numérisé non relu

MISSION DES ÉPOUX

Crescite et multiplicamini.

Reproduisez et multiplieszvous.

Nous sommes arrivés, mes bien chers frères, au chapitre des époux. Après avoir dit, dans la première partie de notre série d'instructions, les qualités du mariage ; après avoir traité, dans la deuxième partie, de la préparation qu’il faut apporter pour se bien marier, nous parlerons, dans cette troisième partie, des époux. Nous étudierons leur mission, les obligations que le mariage leur impose, et les avantages qu’ils en retirent,

A moins d’une vocation spéciale à la vie religieuse, Ou au célibat chrétien, tous doivent se marier, comme nous l'avons vu en parlant de la nécessité du mariage. Le jeune homme et la jeune fille qui se marient, répondent à l'appel de Dieu.

Dieu les appelle à l'oeuvre sublime de la procréation. I1 leur répète les mêmes paroles qu’il adressait à nos premiers parents : “ Reproduisez et multipliezvous. ” Il leur donne la même mission, et quelle belle mission !

Mes frères, ne vous êtes-vous jamais arrêtés à cette pensée ? Avez-VOus déjà médité sérieusement la grandeur de votre mission comme époux 9 Ce pouvoir de vous reproduire est divin ; il faisait la plus grande gloire de nos premier® parents. Cette gloire incomparable, vous la partagez avec eux. Comme Adam et Eve, vous pouvez VOUS reproduire, c’est-àdire produire des êtres en tout semblables à vous: faits comme vous d’un corps d’une beauté et d'une perfection merveilleuses,

et d’une âme créée à l’image et à la ressemblance de Dieu. Et, ces êtres admirables en qui vous continuez de vivre, vous pouvez les multiplier, avec les générations, nombreux comme les grains de sable sur le rivage de la mer.

Dans l’ordre purement naturel, il ne peut y avoir de mission plus sublime.

Mais, mes frères, vous n’êtes pas simplement des époux, vous n’êtes pas non plus des payens qui ne connaissent pas Dieu; vous êtes, vous, des époux chrétiens, et, en vous multipliant, vous multipliez des chrétiens. Mais, faire des chrétiens, c’est la mission des apôtres ; vous êtes donc de véritables apôtres, et votre mission prend toute l’importance, sinon toute l’étendue, de la mission même des apôtres.

On admire la mission des apôtres, et c’est toujours avec émotion qu’on lit ou qu’on entend répéter les paroles solennelles de Notre-Seigneur : “ Allez, enseignez toutes les nations, les baptisant au nom du Père, et du Fils, et du Saint-Esprit.

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Et, voici que je suis avec vous, tous les jours, jusqu’à la consommation des siècles. ” Les apôtres re “vent la mission de prêcher et de baptis r, c'est-à-dire de régénérer les hommes perdus par le péché; et les époux reçoivent celle d’engendrer les hommes et de les multiplier. La mission des apôtres suppose celle des époux, comme la grâce suppose la nature. I ya donc entre les deux une relation intime, et ce rapprochement nous fait mieux comprendre toute la grandeur de la mission sublime des époux chrétiens.

Le fait, mes frères, que votre mission est commune à tous les hommes et à tous les époux chrétiens, ne la diminue pas, pas plus que la dignité de l’homme n’est diminuée pour être commune à tous les hommes. L'homme, isolé dans le Paradis- Terrestre ou répandu par toute la terre, plus nombreux dans Sa postérité que les étoiles du firmament, est toujours le chefd'oeuvre de la création, l’image et la ressemblance de Dieu. De même, quelque

nombreux que soient les époux, leur mission est toujours belle, grande et divine, comme était celle de nos premiers parents.

Ah! mes frères, si les époux comprenaient bien toute la noblesse de leur mission, comme ils se feraient une gloire de la remplir coûte que coûte ! Comme les apôtres, ils ne reculeraient devant aucun sacrifice pour y être fidèles. Leur principale ambition serait de bien garnir leur table de petites têtes, et ils se glorifieraient de leur nombreuse famille.

il y a des défections, nous pouvons néanmoins nous réjouir de nos belles familles catholiques ; et les familles canadiennes se distinguent entre toutes.

Cependant, il ne faut pas se faire illusion.

Il y en a qui se laissent gagner par l’erreur, et qui suivent malheureusement l’exemple exécrable des misérables qui empêchent la famille, s’imaginant folle.

ment que l’étendue du vice en diminue la malice.

Je lisais tout dernièrement un livre

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anglais intitulé Satan in Society écrit par un savant docteur américain. Parlant des abus qui règnent dans la société américaine, il mentionne, entre autres, celui d'empêcher la famille ; il en parle comme d'un vice national, tant il est répandu dans le pays. Et voici ce qu’il en dit, je traduis mot à mot : “ Ce vice est dégoûtant, bestial, un mal positif et contre nature, et physiquement injurieux. ” Et plus loin, parlant toujours de l’'onanisme, il dit : “ C’est ce crime dont on parle comme une chose de mise, que le coupable admet volontiers,et dont la femme l’en félicite, et auquel les amis applaudissent; un vice qui est le fléau et la désolation du mariage. ”

Remarquez, mes frères, que c’est un homme du monde qui parle de la sorte, n’envisageant la chose qu’au point de vue du monde ou de la morale naturelle. Mais, mes frères, nous, qui devons considérer la chose au point de vue de Dieu et de la conscience, que devons-nous en dire ?

Que devons-nous penser de nos catholiques qui s’adonnent à ce vice ? Et Dieu sait qu’il y en a, qui, au lieu de servir fièrement la cause de Dieu et de l’Eglise, abusent ignominieusement du mariage et font de l'alliance nuptiale, bénie et sanctifiée par Dieu, une alliance de péché, mise au service du démon.

Que faut-il penser de ces femmes prétendues chrétiennes, qui encouragent ce vice diabolique et conseillent la chose à leurs amies ? On voit même des mères qui conseillent la chose à leurs filles et encouragent leurs gendres à pratiquer un vice qu’un homme du monde appelle dégoûtant, bestial, contre nature, et nuisible à la santé. !

On appelle cela faire les américains.

Non, mes frères, ce n’est pas là faire les américains ; j'admets que c’est faire comme certains américains, mais non pas comme les américains, parce qu’il y a beaucoup d’américains honnêtes, tant chez les catholiques que chez les protestants ;

mais, c’est faire comme de sales êtres, des êtres dégoûtants, bestiaux et monstrueux.

Que faut-il penser de ces femmes qui se moquent de leur glorieuse mission et qui regardent d’un air de pitié, mêlé de mépris, les femmes vertueuses, qui ont le courage d’une conduite honnête et qui se glorifient de leur admirable fécondité ?

Ces dernières sont d'autant plus honorables que les premières sont plus méprisables. Les unes font la gloire de leur sexe, les autres en sont la honte.

Nous ne pouvons pas avoir trop de mépris pour les sentiments et pour la conduite de ces femmes dégradées, qui ont perdu tout ce qui fait la gloire et le charme de la femme. Sans qu’elles s’en doutent, leur dégradation apparaît publiquement dans leurs discours et par les goûts dépravés qu’elles manifestent. Cet amour si tendre et si délicat que Dieu a mis dans le coeur de la femme pour ses enfants, est, dans le coeur pourri de ces femmes, changé en un vil amour POUF les

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animaux. Aussi, vous les rencontrez, quelquefois jusque sur les places publiques, portant amoureusement un animal dans leurs bras, lui donnant tous les soins, et lui prodiguant les caresses que les bonnes mères réservent à leurs enfants. C’est dire, mes frères, que ces femmes se sont animalisées !

Je rencontrais un jour à Marseilles, dans un hôtel. une famille de langue anglaise, qui, comme moi, était en voyage.

Elle se composait du père, de la mère, de Fido (un petit chien), d’un enfant de deux à trois ans, et d’une servante. Eh bien! le croiriez-vous? certe femme dénaturée, animalisée, abandonnaïit exclusivement le soin de son enfant à la bonne, tancis qu’elle s’occupait avec une tendresse maternelle de son chien. Tous les matins, pendant que la servante faisait la toilette du béhé, Madame donnait un bain à son cher Fido. La bonne, voyant un jour sa maîtresse indisposée, veut se charger du petit chien : “ Oh ! non, lui dit

Madame, je ne voudrais pas VOus confier mon cher Fido, je craindrais que vous n'en ayez pas bien soin. ”

Oui, mes frères, empêcher la famille est une pratique dégoûtante, bestiale, monstrueuse et qui animalise le coeur de ceux qui sy abandonnent.

De plus, c’est un énorme péché semblable à l’'homicide. C’est un grand péché de tuer son prochain, tous l’'admettent, et le meurtrier doit périr. Est-ce un moins grand péché d’empècher criminellement la vie de se produire, et d’en tarir la source er faisant violence à la nature +

Nous lisons, dans les Saintes Ecritures, au livre de la Genèse, ces paroles : “ Onan empêchait sa femme qu’elle ne devint mère ; cest pourquoi le Seigneur le frappa de mort, parce qu’il faisait une chose détestable. ” Voilà, mes frères, le cas que Dieu fait de ce péché. Onan empêche la famille, et le Seigneur le punit de mort. Ce péché que nous appelons mainte-

nant onanisme, Dieu le juge digne de mort. Et ceux qui s’en rendent coupables,que nous appelons onanistes, n’échapperont pas au châtiment de Dieu. La mort tragique d’Onan est un exemple que le Seigneur donne au monde entier, afin que tous les hommes puissent en profiter.

Mais tous n’en profiteront pas. Il y a toujours eu quand même des onanistes, et il y en aura toujours. Nous pouvons dire des onanistes ce que Notre-Seigneur disait des scandaleux : “ Il faut qu’il y ait des anistes, mais malheur à celui qui pratique l’onanisme. Car il subira nécessairement les conséquences vengeresses de son péché. ”

Les catholiques qui pratiquent l’onanisme conservent au moins un reste de pudeur. Ils prétendent, ou veulent croire, qu’ils ont des raisons qui leur permettent d’empêcher la famille, et qui les excusent du crime. Ne vous faites pas illusion, mes frères. Prenez garde que vos belles raisons ne soient pas plutôt de futiles pré-

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textes, dont vous n’êtes pas vous-mêmes bien convaincus de la valeur réelle.

Mais examinons ensemble ces raisons, et voyons jusqu’à quel point elles peuvent vous excuser. Elles sont de trois chefs. Il y a la raison de jouissance, la raison d’économie, et la raison de santé.

La première, nous l'avons traitée suffisamment, en parlant des dispositions que l’on doit apporter au mariage. Nous n'avons pas à y revenir. Nous dirons seulement qu'elle est simplement monstrueuse, et que la seule vraie jouissance se trouve dans l’accomplissement du devoir: elle est le fruit de la vertu et non pas du vice.

La raison d'économie est celle que l’on allègue le plus souvent. On dira :“Ona autant d'enfants qu’on peut en faire vivre.

— On n’est pas obligé d’avoir plus d’enfants qu’on ne peut en élever. — C’est mieux de ne pas avoir d'enfants que d’en avoir pour les mettre dans la misère. ”

Cette raison, si plausible en apparence, ne vaut rien en réalité et est appuyée sur le vice.

D'abord, je dis qu’elle ne vaut rien. Je suppose que vous êtes sincères, car autrement vous ne seriez que de mauvais farceurs; je suppose que vous croyez réellement que vous ne pouvez pas avoir d’autres enfants sans les mettre dans la misère. Dans ce cas, je dis que votre raison n’est pas fondée, et que vous vous trompez. Et la preuve, c’est que je puis vous montrer, dans cette paroïsse même, des familles plus nombreuses que la vôtre, où les enfants ne sont pas dans la misère, et dont les parents ne sont pas mieux partagés que vous sous le rapport de la fortune. Ce qu’ils ont fait et ce qu’ils font, vous pouvez le faire.

Vous me dites : “ Oui, mais voyez comment ils sont habillés, de quoi ils se nourrissent, et dans quelles privations ils vivent. ” Ne vous laissez pas tromper, mes frères. Il est vrai qu’ils ne sont pas

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toilettés comme des richards, qu'ils ne se nourrissent pas comme des millionnaires, et qu’ils doivent se priver de bien des choses ; mois est-ce que la vie ne vaut pas mieux que tout cela ? Allez-vous sacrifier l'existence des enfants que vous devez avoir, parce que vous ne pouvez pas les habiller à votre goût ? Est-ce que l’existence ne vaut pas mieux qu? l’habit ?

Allez-vous sacrifier la vie des enfants que vous devez avoir, parce que vous ne pou:

vez pas les nourrir aussi bien que vous le voudriez ? Est-ce que la vie ne vaut pas mieux que la nourriture ? Allez-vous sacrifier les enfants que vous devez avoir, parce qu’ils imposent des privations et doivent être eux-mêmes privés ? Est-ce que la gloire de produire et de posséder des êtres intelligents ne vaut pas quelques privations ? Et, quant aux enfants quelque pauvres, et nus, et affamés qu’ils soient, peuvent-ils ne pas être reconnaissants pour l’âme immortelle qu’ils reçoivent ?

Détrompez-vous, mes frères, et sachez

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que votre raison ne vaut rien. Faites votre devoir consciencieusement, sous le regard de Dieu, vous reproduisant et vous multipliant, et ayez confiance. Celui qui a soin des oiseaux du ciel, aura soin de vous et de vos enfants.

Sachez aussi que vos enfants n’ont pas besoin de toilette ni de nourriture recherchées. Si vous ne pouvez pas faire mieux, couvrez seulement leur nudité, et donnezleur assez à manger pour qu’ils vivent ; et soyez contents et glorieux de votre famille.

Et, si vous avez encore besoin d’encouragement, rappelez-vous que ce ne sont pas les enfants élevés dans l’abondance qui réussissent le mieux. L’expérience prouve le contraire. L’enfant du pauvre, avec les mêmes talents, l’emporte toujours sur celui du riche. Ce qui assure surtout le succès, c’est le travail et la vertu. L’enfant pauvre comprend mieux la nécessité du travail, et les privations qu’il endure sont une école de vertu.

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J'ai dit, en second lieu, que la raison d'économie qu’on allègue pour empêcher la famille, est appuyée sur le vice.

Elle est vicieuse d’abord parce qu’elle s'appuie sur l'esprit mondain, qui est mauvais et condamné par Notre-Seigneur.

Les mondains, c’est-à-d'.e ceux qui ignorent Dieu pratiquement, ceux qui se laisgent conduire par l'esprit du monde plutôt que Par l'esprit chrétien, vous diront qu'il vaut mieux avoir deux ou trois enfants seulement et les bien élever, ce qui veut dire pour eux : en faire de petites demoiselles bien toilettées, et de petits messieurs bien mis, ayant à leur gré, joujoux, bonbons, etc., que d’en avoir un plus grand nombre et de les élever misérablement. C’est une erreur grossière que nous avons réfutée plus haut. C’est prendre l’utile pour le nécessaire, l’accessoire pour le principal.

Elle est vicieuse, ensuite, parce qu’elle renferme un reproche à l'adresse de Dieu, et un manque de foi en la divine Provi-

dence. Nire qu’on n’est pas obligé d’avoir plus d’enfants qu’on ne peut en faire vivre, c’est dire qu’on peut en avoir plus qu’on ne peut en faire vivre ; ce qui est reprocher à Dieu de demander plus qu’on ne peut donner, d’imposer une tâche dont on ne peut pas s'acquitter : ce qui frise le blasphême. C’est en même temps un manque de foi en la divine Providence, puisqu’on n’ose pas compter sur Dieu ; comme s’il n’adaptait pas les moyens à la fin ; comme si, quand il fait une bouche, il ne lui donnait pas à manger.

Elle est encore vicieuse, parce qu’elle fait Dieu complice du crime et rejette sur lui la responsabilité du mal. C’est tenir à Dieu ce langage digne de l'enfer : C’est vrai que je pratique l’onanisme mais c’est votre ‘aute, vous pouviez disposer les choses autrement. N’insistons pas.

Voyons maintenant la raison de santé.

C’est une raison sérieuse que celle-là. Si le mari est malade ou tellement faible de santé que la femme ne peut pas compter

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sur lui pour faire vivre la famille, évidemment, ils ne sont pas tenus à la loi de la propagation, Car personne n’est tenu à l'impossible. Gi c’est la femme qui est malade ou infirme au point que la famille exposcrait ses jours où aggraverait 82 maladie, ou la rendrait incapable d’avoir soin de son ménage, les époux sont également exempts de la famille.

Mais, remarquez bien, que, s’ils peuvent ne pas avoir de famille, il ne leur est pas permis de l'empêcher criminellement, en pratiquant l’onanisme. L'onanisme,comme nous l'avons vu, est un crime contre nature, un énorme péché qui, comme l’adultère, ne peut jamais être permis. Ils doivent alors pratiquer la continence et vivre comme frère et soeur. Il n’y a pas, en pratique, d'autre moyen légitime d’empêcher la famille.

Mes frères, rappelez-Vous toujours la sainteté du mariage, la grandeur de votre mission, et le compte que vous aurez à rendre de votre conduite au grand Maître;

et vous aurez en horreur l’onanisme et toutes les pratiques criminelles et diaboliques qui se cachent souvent sous le voile sacré du mariage. Soyez des époux fidèles, afin de mériter d’entendre, au jour redoutable de la reddition des comptes, de la bouche du Maître, ces paroles d'approbation et de salut : “ Bien fait, fidèles et dévoués serviteurs, entrez dans la joie du Seigneur. ” — Ainsi soit-il.

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