SCÈNE II
LES MÊMES, SEYBLIN, puis FRÉDÉRIC.
SEYBLIN.
M. le comte de Valsen demande la permission de prendre congé de Madame la Comtesse et de sa famille.
EMELINE.
II n'est donc pas parti ?
LA PRÉSIDENTE
Nons ne pouvons le recevoir.
JACOBUS
Si fait, si fait, qu'il entre, et nous verrons comment il osera soutenir le regard sévère de son oncle... car, au fait, je suis son oncle... jusqu'à nouvel ordre... Je veux le confondre. . . je veux le terrifier par mon coup-d^œil. . . J'ai tant de puissance dans le coup-d'ceil ! . . .
LA PRÉSIDENTE
Y pensez-vous, mon frère?. . . N'est-il pas vrai, mon enfant, que tu ne peux le revoir?. . .
EMELINE.
Si vous ne le voulez pas, ma taute. . .
LA PRÉSIDENTE
Non , tu ne le dois pas... M. Seyblin, veuillez , s*il vous plaît lui dire. . .
FRÉDÉRIC , qui a ouvert la porte avec précaution. Pardon, ma tante , si je n'ai pas attendu votre réponse...
JACOBrs, bas à la Présidente.
Dites donc, ma sœur , il est entré.
FRÉDÉRIC
]\îais j'étais bien sûr que vous ne me refuseriez pas, ma tle'marche est si naturelle! . . .
LA PRÉSIDENTE
Elle n'est qu'indiscrète , M. le Comte, après ce dont nous étions formellement convenus.
FRÉDÉRIC
Ecoutez donc, ma tante , j'ai appris que madame la Comtesse était indisposée , et quoiqu'elle ne soit ma femme que pour très-peu de temps , tant qu'elle la sera, j'ai le droit de m'y intéresser. . . c'est même un devoir.
LA PRÉSIDENTE
Emeline vous remercie de cet intérêt, M. le Comte ; et elle n'attend plus de vous qu'un seul service: c'est la signature de l'acte de séparation.
FRÉDÉRIC
Ah! . . . l'acte de séparation. . . oui, c'est juste , je vous ai promis de le signer avant de partir; mais jusque là, nous pouvons être bons amis. . . causer. . . de nos affaires. (// jette un regard sur Emeline , qui baisse aussitôt les yeux.) Dites donc , mon oncle , tout-à-l'heure, pendant la cérémonie , je faisais nne réflexion. . . voulez-vous que je vous la dise ?
JACOBUS
Dites , Monsieur, dites.
FRÉDÉRIC , ne sachant plus que dire.
Comment vous trouvez-vous , vous , mon oncle?
Très-bien j mais la réflexion , s'il vous plaît.
FRÉDÉRIC
Ail ! oui , la rctloxioii. . . Eh bleui mon oncle... c*est que. . . je ne nie l'iiisais pas encore une idée du mariage. . c'est beau . . , c'est touchant. . . c'est moral !
JACOBUS
Oui, Monsieur, ce lien est surtout plulosophif|ue et indissoluble.
FRéDÉRlC.
Vous ci'oje/?. . . Au fait, vous avez raison, indissoluble , et la preuve , c^'est cjne nous , qui sommes à peine unis depuis un quart-d'heure, il faut déjà nous séparer... ( Passant près (CE meline , et la saluan' tVun air embarrassé. ) N'est-il pas vrai. Madame , il faut nous séparer?..
EMELINE, balbutiant.
Oui. . . Monsieur. . .
FRÉDÉRIC, toujours enibaiTassé.
Je voulais vous demander. Madame... Vous avez été contente de la cérémonie , n'est-ce pas?. . . Le suisse. . . le cortège. . . les fleurs. . . c'était vraiment très-bien. JACOBUS , gravement.
Oui , Monsieur c'était digne des Berlinghen! . . .
FRÉDÉRIC , à Emeline.
Et puis des toilettes charmantes. . . la vôtre surtout. . . celle de ma tante , de mon oncle. . . Il n'y avait que moi qui , au milieu d'une réunion brillante... C'était mal... c'était vous manquer d'égards, et si vous saviez combien je m'en veui maintenant!
EMELINE.
Vous avez accompli la volonté de ma famille; je n'avais pas le droit d'exiger plus de vous.
FRÉDÉRIC
Cependant . . .
LA PRÉSIDENTE
Pardon , M. le Comte; mais il faut qu'Emeline se dispose à se mettre en route. . . Va , mon enfant.
EMELINE.
Oui , ma tante.
LA PRÉSIDENTE , à la Conseillère.
Veuillez l'accompagner , Madame. . . Et si M. le Comte désire rester encore , nous loi tiendrons compagnie.
JACOBUS
Oui , mon neveu , uous vous îiendrons compagnie.
FRÉDÉRIC
Vous êtes trop bon , mon oncle.
( Enieline rentre dans sa chambre avec la Conseillère. — Frédéric fait quelques pas , s* arrête et la salue. )