SCÈNE PREMIÈRE
TRICKMANN, SEYBLIN.
TRICKMANN.
Entrez , entrez , M. le voyagenr.
SEYBLIN.
C'est bien ici l'auberge de l'Aigle Noir?
TRICKMANN.
Oui, Monsieur, et saus vanité, la meilleure que Ton rencontre sur la route de Winbllughem à Nieder-Farhen
SETBLIN.
Je le sais ; je connais le pays.
TRICKMANN.
Et que demanfle Monsieur? une chambre pour lui, une écurie pour ses chevaux , et une remise pour sa chaise de poste j ou bien. Monsieur veut-il?. . .
SEYBLIN.
iSJ VOUS vouliez me laisser parler moi-même, je pourrais vous le dire.
TRICMANN.
C^est que voyez-vous, ici, on est d'un empressement pour les voyageurs. . .
SEYBLIN , à lui-même , tirdnt sa montre.
Il n^est encore que midij je dois être le premier au rendez-vous. ( A Trickmann. ) Vous ferez préparer un appartement pour deux dames, une chambre pour un vieillard qui les accompagne , et un autre logement pour des parens que nous attendons aussi.
( // lire des papiers de sa poche. )
TRICKMANN, allant ouvrir un registre.
Puis-je savoir les noms qu'il faut inscrire; car vous connaissez lusage. . .
SEYBLIN.
Ecrivez : Madame la Présidente de Berllnghen^ mademoiselle Eraeline, sa nièce; M. Jacobus Pompée de Berlinghen , ancien professeur de philosophie; le Conseiller et la Conseillère de Wartz, leurs parens; et moi, M.Seyblin, avocat.
TBICKMANN.
Ah! fort bien, fort bien; alors, je sais ce qui vous amène.
SEYBLIN.
Comment?
TRICKMANN.
Eh I sans doute. C'est pour un mariage que vous venez ; et un singulier mariage encore , un mariage par autorité de justice.
SEYBLIN.
Qui vous a dit cela ?
TRICKMANN.
Ptirbleu! tout le monde sait aussi bien que moi que ,
d'après les lois scvitcs do ce pays , M. le comte Fréde'ric de Valsen doit (épouser, dans le plus bref délai, nindeinoiselle Emeline de Berliughen.
SETBLIN , s'assied pfès d'une table, et examine des papiers.
Ali! tout le monde le sait; et tout le monde aussi médit sans doute sur le compte de la jeune personne?
THICKMANN.
Mais non , au contraire , on Festime , ou l'/iime , et personne n'en dit de mal; seulement, comme son aventure a fait beaucoup de bruit , chacun la raconte h sa manière. Les uns prétendent , quélevce dans la retraite la plus absolue par madame la Présidente, sa tante, et conduite dans nu bal... v'ià comme comme on m'a dit ça, à moi, elle se sentit accablée, tout-à-coup, par la chaleur et la fatii^ue ; tant il y a qu'elle fut forcée de sortir précipitamment. Son danseur , qu'elle voyait ce jour là pour la première fois, et dont elle ignorait même le nom, s'étant seul aperçu de son absence, courut sur ses pas, et la trouva dans le parc , au moment où elle venait de perdre connaissance. . . Et tenez, justement, on a fait une chanson là-dessus, je j)eux vous la chanter, (t)
Air nouveau.
La belle restait évanouie,
Le jeun' Comte, pour la scourir ,
Soirièv' sa tête appesantie ,
Et l)ientÔt il la fait r' venir ;
Cédant à la reconnaissance,
D' son danseur elle accepta l' bras ,
Sans penser au moindre faux pas;
Comment peut-on voir l'innocence
Fuir un danger qu'ell' n' connaît pas ?
Pendant le bal , de leur absence
Personn' ne s'était aperçu ,
On s' quitta , quand finit la danse,
Et d'puis c' temps on n' s'est jamais r'vu ;
Quéqu' mois plus tard , surprise extrême ,
Et pour Ja famill' quel chagrin ,
V'ià qu'il fallut, nn beau matin.
Aller célébrer un baptême
Avant d'avoir fêté l'iiymen.
(i) Voir la noie à la fin de l'acte.
Malgré tout , la pauvre innocante Ne comprenait pas son raelheur.
Sans mieux le comprendre , la tante Fit un procès au beau danseur.
Enfin, pour réparer l'esclandre.
Le plus coupabi' des délinquans Fut condamné , par trois jugeraens , A d'venir l'époux le plus tendre.
Avec les frais et les dépens.
SEYBLIN.
C'est bon, c'est boa.... Je vous pre'viens que madame la Présidente n'aime pas les aubergistes indiscrets et bavards. La voici , je vous invite à la circonspection,
TRICKMANN.
On n'y manquera pas.. . ( A part. ) Si elle fait de la dépense; car sans ça , je ne me gênerai guère.