SCÈNE VII
EMELINE, FRÉDÉRIC.
( Pendant que la musique continue en sourdine, les per-
siennes du fond s'ouvrent , et Von voit Frédéric pousser la fenèlre , et s'introduire dans la chambre avec précaution. )
FRÉDÉRIC
M'y voici. Ocielî elle est là! comment l'aborder? Elle ne m'a pas entendu. ( Il fait quelques pas. ) Vous allez m'en vouloir , Madame. . . Elle dort. ( // s'approche encore avec précaution. ) Que vois-je?. . . une lettre! elle est mouillée de ses larmes ! Si j'osais. . . { Il lit. ) « M. le Comte. . . » Elle est pour moi. . . { Il prend la lettre. ) O bonheur î Mais mon cœur se gonlle, mes yeux. . . ( Lisant. ) « M. le » Comte... » Pourquoi n'a-t-elle pas mis Frédéric?... « M. le Comte , le sort nous sépare à jamais. » Que ditelle ? a Vous m'accusez peut-être... » Non, non, c'est moi seul. . . « Mais je n'ai fait que me soumettre à la » volonté de ma famille. « 11 se pourrait! ... « Quels que w soient les obstacles qui s'opposent désormais à notre » rapprochement, croyez que je n'oublierai pas les nœuds >» qui nous ont unis ! . . . Le père de mon fils peut-il cesser » de m'être cher?... Emeline. » L'ai-je bien lu? elle ne me hait pas ! elle me pardonne ! . . . Emeline !
( Il se Jette à ses pieds , et prenant sa main la presse contre ses lèvres )
EMELINE , se reveillant avec e/froi. Ah!
FRÉDÉRIC
Emeline !
EMELINE , se dégageant et se levant.
Vous ici , M. le Comte, à cette heure!
FRÉDÉRIC
Ne me grondez pas, je sais maintenant un secret que j'aurais payé de ma fortune , de ma vie ! . . . Je vous suis clier, Emeline; cette lettre. . .
EMELINE.
Vous l'avez lue?
FRÉDÉRIC
J'ai été indiscret, sans doute; mais cette indiscrétion est pour moi le bonheur. . . pourriez-vous me la reprocher?
EMEilNE.
La lettre était pour vous.
FRÉDÉRIC
Tous mes vceux sont comblés ! . . . J'espère qu'à présent vous ne voudrez plus me fuir?
EMELINE.
Hélas! u'ai-je pas signé Pacte funeste?
FRÉDÉKIC.
Oui, je le sais, ils me l'ont envoyé j mais moi, plutôt mourir que de détruire le lien qui m'unit à vous! Je ferai naître de nouvelles difficultés , je dépenserai , s'il le faut , tout ce que je possède pour gagner mes juges I . . . On ne me connaît pas encore.». J'ai pu céder à d'injustes prétentions , tant que j'ai dû croire à votre liaine ; mais sûr de votre amour, il n'est pas de puissance humaine qui paisse me séparer de vous I
( On entend tourner la clé de la porte d^ entrée. )
EMELINE.
Chut ! écoutez . . . Quelqu'un ouvre cette porte.
JACOBUS, en dehors, d'une voix tremblante» Eraeline !
EMELINE , bas à Frédéric.
Ciel ! c'est mon oncle ! ( On entend un second tour de clé, ) S'il vous trouvait ici . . .
FRÉDÉRIC, gaiement.
Rassurez-vous, ce n'est qu'une ronde de sûreté, sans doDtc. . . ils ont eu tous si peur !
JACOBUS , toujours en dehors.
Ma nièce !
EMELINE , voyant la porte s^entrouvrir. 11 entre . . . grand dieu !
( Elle fait éloigner Frédéric , qui va se cacher dans le rideau de la croisée du fond. )