‹ Le MarocChapitre 12 sur 42 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

Une étude sur les villes du Maroc serait incomplète si nous ne donnions quelques détails sur les presidios (1) que les Espagnols détiennent sur la côte marocaine. On sait que nos voisins d’outre- Pyrénées ont donné ce nom aux colonies pénitentiaires qu’ils ont établies aux îles Chafarines, à Alhucemas, à Peîlon de Velez ou Velez de la Gomera, à Melilla et à Ceuta, et cette désignation peu honorable, en principe, a fini par devenir celle de ces différentes villes elles-mêmes comme en France Toulon est parfois le synonyme de « bagne ».

En commençant par l’est, nous rencontrons d’abord en face de l’embouchure de la rivière Moulouya : les îles Chafarines (Chafarinas) inoccupées avant 1848 et où l’Espagne nous

(1) Presidio : bagne, endroit où vont les condamnés aux travaux forcés. Le sens ordinaire de presidio est aide, secours, garnison (de présidium ).

précéda clc quelques heures quand nous en ordonnâmes l’occupation à cette époque.

Les îles Chafarines sont au nombre de trois ; l’ île du Roi, 1 île d Isabelle II, 1 île de la Conquête ou du Congrès.

Ces trois pics rocheux dont le sommet émerge au-dessus des eaux d’une hauteur variant entre 35 et 150 mètres, sont groupés en demi-cercle à 4 kilomètres de la côte, la concavité de l’arc étant tournée du côté de la terre. Leur ensemble constitue une sorte de briselames naturel, une grande digue à claire-voie, derrière laquelle les bâtiments trouvent un excellent mouillage.

L’île de la Conquête, la plus à l’ouest, est la principale, au moins en superficie. Elle s’élève à 140 mètres au-dessus du niveau des eaux, présentant la forme générale d’un triangle, dont un des- sommets s’appuierait directement au nord. C’est un rocher nu, solitaire, aride, inhabité, sur lequel on n’aperçoit d’autres traces du passage de l’homme qu’une mauvaise tour-vigie, en maçonnerie, dont chaque année le vent et les intempéries enlèvent quelques pierres. L’île Isabelle II s’élève seulement à 35 mètres au-dessus du niveau de la mer ; elle apparaît à 500 mètres environ au nord-est de la première, présentant la forme générale d’un trapèze, dont les deux

LES PIîESIDIOS ESPAGNOLS. - CEUTA.

côtés parallèles ont la direction est-ouest. C’est la seule habitée. Quant à l’île du Roi, elle est aussi déserte que l’île de la Conquête!

L’archipel des Chafarines est aujourd’hui dans un état voisin de l’abandon (1). Les anciens murs crénelés qui entourent la place avec la prétention de représenter des fortifications, sont à peu près tombés par terre. Les batteries à peu près hors de service , aussi bien par leur état de vétusté que par leur système de consti uc lion, sont armées de pièces assez bonnes, mais qui ne pourraient tirer sans que s’écroulassent instantanément les divers édifices de la ville, mal construits en pierre et en terre détrempée.

« La garnison ne s’élève pas à 100 hommes d infanterie, de telle sorte que, pour la plupart des services, on est obligé de faire marcher les ordonnances, les cuisiniers, le ban et l’arrière-ban des divers employés. Dans ces conditions, la vigilance est nulle, le service forcément relâché, sans compter la santé du soldat qui est fortement compromise par une hygiène insuffisante et souvent par un excès de travail. En ce qui concerne le détachement d’artilleurs,

(1) La plupart de ces renseignements, quand nous ne les fournissons pas de visu, sont extraits de journaux militaires espagnols, notamment des correspondances des Chafarines publiées par la Correspondencia militar.

leur nombre suffirait à peine pour servir deux pièces. L’effectif des troupes d’administration et de santé militaire est en rapport avec celui de l’infanterie et de l’artillerie. Jamais les premiers n’arriveraient à exécuter tout ce qu’ils ont à faire s’ils n’étaient aidés par des disciplinaires. Qu’il nous suffise de dire que, pour le service de l’hôpital, où sont soignés généralement trente à quarante malades, et pour celui de la pharmacie, où se sert également la population civile, il existe un seul infirmier. La place ne possède aucun dépôt de médicaments, et quand il en faut faire venir, c’est à Malaga ou même à Madrid qu’il faut s’adresser; de même pour les instruments de chirurgie.

« Les parcs d’artillerie et du génie sont vides : tout ce qui s’y trouve est hors de service; quant aux ateliers, on n’y rencontre ni des ouvriers capables, ni les outils nécessaires pour y exécuter convenablement les travaux les plus urgents. Nous laissons à penser la valeur du matériel qui sort de là (1).»

Toutes les réclamations des marins à l’effet de voir établir un phare sur l’île Isabelle II n’ont pas encore abouti, et c’est à peine si l’on y entretient une mauvaise lanterne qu’on ne voit pas à deux milles de distance. Le port

(1) Corresponclcncia mililar du 16 février 1888; article C ha farines.

lui-même, malgré sa valeur naturelle, est complètement abandonné. Sur la jetée en ruine, ni un anneau, ni une borne d’amarre, aucun magasin, pas un hangar.

En cas d’incendie, accident qui pourrait bien se produire avec les dépôts de pétrole qu’on a dû admettre dans la place même, par suite du manque de magasins au dehors, en cas de sinistre, on n’a pas une pompe pour combattre le feu. En posséderait-on d’ailleurs, qu’on n’en serait pas plus avancé, la citerne qu’on a construite depuis peu pour recueillir les pluies, ne tenant guère plus l’eau que le tonneau des Danaïdes (1).

Trois fois par mois, les îles Chafarines, comme Melilla, Penon de Vêlez et Alhucemas, sont mises en communication avec la mère-patrie, par un petit bâtiment à vapeur qui les 1er, 10 et 20 de chaque mois sort du port de Malaga pour ce service. En soixante heures la tournée doit être faite. Il serait difficile de décrire la révolution périodique causée dans ces îles infortunées par l’apparition de ce vapeur.

Deux jours avant la date de son arrivée, les vigies sont à leur poste, les habitants montent à leurs terrasses, les cloches sonnent à toute volée, le canon tonne, et le drapeau national

(1) Correspondencia militar du 14 février 1888.

est hissé au sommet du màt déchiqueté qui domine le rocher vers la haute mer.

Il ne faut pas s’étonner de ces démonstrations, de ces acclamations bruyantes, de cette joie expansive des habitants des îles Chafarines. Ce courrier n’est pas pour eux un simple bateau, c’est encore le souvenir de la patrie absente; c’est le témoignage que, tout délaissés qu’ils sont, ils ne sont pas complètement abandonnés; c’est la vie morale et aussi la vie matérielle, car, livrés aux seules ressources de leur sol , les habitants des îles Chafarines mourraient de faim. Il y a quelques années, le général don José Maria Aparici, du corps du génie espagnol, fit des îles Chafarines une reconnaissance détaillée. L’éminent officier établit à cette époque un devis des fortifications qu’il y aurait à élever pour mettre les trois îles à l’abri d’un coup de main et leur donner l’importance militaire à laquelle les appelle leur situation topographique et géographique. D’après ces plans on devait édifier aux Chafarines une jetée dont la dépense était évaluée à 60,000 francs; unir au moyen d’un môle l’île d’Isabelle II à celle du Roi; construire un brise-lames sur le bas-fond dit de la Laja, à 40 mètres environ au nord de l’île de la Conquête; placer deux phares, l’un sur le môle, l’autre sur le brise-lames. La somme de toutes ces dépen-

CEUTA

OD

ses s’élevait à un peu moins de deux millions.

Le projet du général Aparici fut approuvé, mais il attend encore jusqu’ici qu’une situa¬

tion financière meilleure permette au gouvernement espagnol de le faire passer dans le domaine des faits.

Après les îles Chafarines, la seconde posses-

Un berbère.

sion espagnole que l’on rencontre sur la terre marocaine en allant vers l’ouest est la petite place de Melilla à l’embouchure du Rio- Oro.

Une centaine de maisons, un église, un hôpital de 60 lits, un bagne, une vigie avec horloge et de profondes citernes... sans eau, composent cette station navale qui s élève à l’extrémité d’une langue de terre soudée au continent par un étroit étranglement rocheux. En outre de la ville même et vers la terre, l’Espagne possède encore une bande de terrain longue de 3 à 4 kilomètres, sur laquelle elle a fini par faire reconnaître à peu près sa suzeraineté et à l’extrémité de laquelle elle a pu construire certains simulacres d'ouvrages fortifiés. Cette zone malheureusement trop peu étendue appartient à la plaine du Rio-Oro, très fertile, bien arrosée et procure aux habitants de Melilla quelques légumes frais et quelques fruits. Si les Berbères du Riff voulaient imiter l’exemple des colons espagnols et continuer sur leur sol les cultures qu’ils voient prospérer du côté de leurs voisins, ce pays de Melilla deviendrait une plaine aussi riche que la Vega de Valence.

Malheureusement toute cette partie de la côte est habitée par les races les plus farouches du Riff et des deux côtés malgré une apparence de

LES PUESIDIOS ESPAGNOLS.

CEUTA

rapports pacifiques on vit dans un état d’hostilité permanent.

Il est bien vrai que les Marocains apportent à Melilla quelques volailles, quelques oeufs, du laitage, des moutons et qu’ils font là divers échanges, mais il serait imprudent à un Espagnol de s’aventurer sous prétexte de commerce au delà des fortins qui limitent la zone européenne.

Quoique cette situation de guerre permanente semble inviter l’Espagne à maintenir dans un état satisfaisant de défense la place de Melilla, ce préside ne vaut guère mieux que les Chafarinas dont nous avons vu tout à l’heure le délabrement.

Voici à ce sujet des détails que nous rencontrons dans la Corrcspondencia militar du 16 février 1888. C’est un habitant de Melilla qui écrit : « des bastions et des batteries qui s’écroulent, des murailles dont la mer enlève un morceau à chaque gros temps, des môles et des jetées que les lames emportent comme si elles étaient en pâte tendre, des bâtiments abandonnés, la plupart tellement vieux qu’ils s’effondrent, dans lesquels on ne peut habiter parce qu’ils menacent ruine ou qu’il pleut à l’intérieur autant qu’au milieu de la mer, des fenêtres et des portes qu’on est obligé de barricader et de clouer, pour que lèvent, toujours

terrible ici, n’emporte maison et toiture, tels sont les presidios espagnols d’Afrique et en particulier Melilla...

« La plupart des édifices présentent l’aspect le plus lamentable... les terrasses des maisons (1) ont l’air de cartes géographiques grâce aux mille crevasses qui les fendillent de tous côtés. Par ces ouvertures la pluie s’infiltre, pourrit la charpente, détrempe les murailles bâties généralement en pisé, et le tout finit par s’abîmer dans la rue en écrasant de temps en temps un passant inoffensif.

« Un tel tableau paraîtra chargé, mais malheureusement des accidents de ce genre arrivent plus souvent qu’il ne serait à désirer, par suite des tempêtes fréquentes qui régnent sur les côtes. Quant au jour où il faudra tirer les pièces d’artillerie que nous possédons ici, il marquera le moment où on sera forcé de vivre à ciel ouvert ; avec les trépidations du canon ce serait en effet le comble de l’imprudence que d’habiter nos maisons. C’est pour cette raison que l’on n’a pas encore essayé les pièces mises en batteries aux Chafarines, au moment des événements des Carolines, malgré l’ordre

(1) Toutes les maisons sont terminées, en guise de toit, par une terrasse où l’on vient prendre l’air le soir, et où l’on passe une grande partie de la nuit.

LES PIîESIDIOS ESPAGNOLS.

CEUTA

royal qui prescrivit les expériences (1). »

Il serait inutile de rien ajouter à une description de ce genre due à un écrivain militaire espagnol, témoin oculaire et dont la compétence ne saurait être récusée (2).

Alhucemas ou Penon de Alhucemas et Velez de la Gomera ou Penon de Y elez sont des îlots de 150 à 200 mètres de long sur 100 de large que l’on rencontre le premier à 90 kilomètres environ de Melilla, le second à 50 kilomètres d’Alhucemas quand on va vers Ceuta. Ils touchent pour ainsi dire à la côte africaine, mais cependant, l’étroit chenal qui les sépare du continent les met à l’abri d’un coup de main de la part de leurs turbulents voisins.

Alhucemas contient une trentaine de maisons, mal bâties et plus mal entretenues, quelques magasins, une caserne, une prison, un hôpital et une église.

Quatre-vingts soldats environ et autant de détenus, quelques cantiniers et deux ou trois petits marchands composent la population de ce préside qui, pour vivre, est obligé

(1) Correspondencia militar du 16 février 1888. Chafarinas. L’article est signé Arabi-ben Mustapha, évidemment un pseudonyme.

(2) Voir également au sujet de l’état actuel de Melilla la correspondance adressée à V Illustration par M. Maurice Mcys, le !) décembre 1893 : <■ ... Des réduits sans air, suintant l’humidité, abritent les soldats, etc., etc.

d’avoir recours aux tribus hostiles de la côte.

11 ne se passe pas de jour que quelque insulte ne soit prodiguée aux Européens. En 1885, le Gouverneur lui-même, qui avait eu l’imprudence d’aller à terre, fut à moitié lapidé et dut se retirer, heureux d’avoir la vie sauve. En 1888, encore un autre attentat de ce genre fut perpétré, mais les Espagnols, hésitant à exiger la réparation de ces agressions, préférèrent, à cette époque, fermer les yeux et faire la sourde oreille à ces attaques.

On sait que la campagne entamée en 1893 pour venger un nouvel attentat des Riffains contre la place de Melilla n’a point abouti. On peut prédire que tant que l’Espagne ne prendra point le parti de s’annexer franchement toute cette côte, elle n’en finira point avec ces pillards endurcis.

Nous avons peu de choses à dire de Velez de la Gomera qui eut jadis une certaine importance et subit plusieurs sièges. Aujourd’hui, ce n’est plus qu’une bicoque sans valeur.

Velez de la Gomera s’élève sur un rocher de 80 mètres d’a-ltitude dont nous avons donné la longueur et la largeur précédemment et vit, comme Alhucemas, de ressources qu’elle tire du continent soit africain soit européen. C’est dire la situation précaire des habitants, environ 400 hommes, dont 300 disciplinaires et con-

CEUTA

damnés. On a vu plus haut l’angoisse avec laquelle ces Robinsons modernes attendent, deux fois par mois, l’arrivée du bâtiment apportant des nouvelles de la mère-patrie : il est question d’améliorer prochainement cette fâcheuse situation, d’assurer la régularité des communications et même de les rapprocher.

L’origine de Ceuta se perd dans la nuit des temps et, sur son nom meme, les étymologistes ont écrit des volumes sans arriver à s’entendre. Ceuta vient-il de Septum, haie, circonvallation, par allusion à la ceinture de montagnes qui entoure le promontoire du côté du mont Acho d’un côté du continent? A- t-il son origine dans la dénomination de Septem fratres donné par les Romains aux sept hauteurs principales qui dominent.

La question n’est pas encore élucidée.

Quelle que soit la vérité en cette affaire, ce que l’on sait d’une façon certaine, c’est que Ceuta existait du temps des Carthaginois, qu’elle passa ensuite au pouvoir des Romains et qu’elle devint à cette époque la capitale de la Maurétanie Tingitane.

Après une histoire mouvementée pendant laquelle sa possession fut vivement disputée entre les Vandales et les Visigoths, nous la voyons faire partie de la monarchie catholique des rois Goths jusqu’à ce que la trahison du

LE MAIiOC.

comte Julien, son gouverneur, la livrât avec l’Espagne au pouvoir des Sarrazins (1).

Depuis cette époque et pendant les longs siècles de la domination des Maures, Ceuta passe par des vicissitudes nombreuses jusqu’à ce qu’enfîn sa prise en 1415 par les armées portugaises l’ arrache définitivement au pouvoir musulman.

La presqu’île de Ceuta se divise en trois parties bien distinctes qui sont en commençant par l’est :

1° Le Mont-Acho épanouissement rocheux, de forme hexagonale irrégulière, qui s’élève vis-à-vis Gibraltar. Ses deu£ diamètres maxima sont 2,000 mètres de l’est à l’ouest et 1,500 du nord au sud;

2° La partie médiane de la presqu’île, qui n’a guère que 1,000 mètres sur 500 et dans laquelle s’élève la ville dite Almina;

3° Enfin la portion qui touche au continent, avec la ville de Ceuta proprement dite : cette troisième zone mesure à peine 400 mètres de long sur 200 mètres de large.

La presque totalité de la presqu’île de Ceuta est bordée de rochers à fleur d’eau qui en rendent l’abord inaccessible aux bâtiments d’un

(1) Voir sur la vérité de cette légende : capitaine de Sérignan, Noies sur l'armée espagnole. Paris, Berger-Levrault, pp. 116 et suivantes.

CEUTA

tirant d’eau un peu considérable, et cette situation a facilité singulièrement l’établissement sur tout le pourtour de la position, des batteries et des ouvrages qui y sont semés à profusion.

Dans la ville de Ceuta même, le terrain est à peu près plat ; dans la Almina les accidents dn sol commencent à s’accentuer, enfin quand on arrive à l’Acho, les plis du terrain se multiplient, les pentes s’élèvent et la montagne se dresse presque abrupte jusqu’à une hauteur de 200 mètres.

Ceuta (la ville même), la Almina et le Mont- Acho constituent trois régions parfaitement distinctes ayant chacune leur enceinte particulière et leur emplacement nettement limité; la description de l’ensemble de la péninsule est donc facile ; il se borne à trois descriptions particulières de trois fractions distinctes d’un même tout.

Commençons parle Mont-Acho, la zone la plus considérable en étendue, sinon en habitants.

Le Mont-Acho, nous l’avons dit, s’élève à l’extrémité sud occidentale de la presqu’île hispano-marocaine. 11 a la forme très incorrecte d’un hexagone irrégulier dont un seul côté l’unit à la terre ferme, les cinq autres étant baignés par la mer.

Les pentes, profondément ravinées, dénu-

dêes, montrent en maint endroit la roche à vif; il en est de môme pour tout le pourtour, sur lequel les eaux de la mer ont lavé les couches friables, laissant à nu des arêtes de calcaire et de roches diverses.

Trois pointes principales sont à noter parmi les sommets de l’hexagone baignés parles Ilots : au nord-est, la pointe Santa Catalina, à 1 est, la pointe de la Almina, extrême protubérance du continent africain vers l’Europe, enfin au sud-est, la pointe Desnariguado, avec l’anse du même nom.

Le pourtour du Mont-Acho peut avoir à sa base, sans compter les anfractuosités des rochers et les criques infinies qui découpent le rivage, environ 4,000 mètres. Sur cette circonférence basse, l’art s’est joint en la plupart des points à la nature pour rendre l’abord de la presqu’île inaccessible. Ce sont partout des bastions, des ouvrages de diverses sortes plus ou moins réguliers, plus ou moins résistants, qui n’ont plus guère que le mérite de l’antiquité. Des citernes, des réservoirs, des poudrières ont été ménagés sur les flancs de la montagne, dissimulés dans des anfractuosités de rochers : çà et là quelques maisons de campagne et de rares villas dont certaines ont bon air ; enfin au sommet du Mont, la citadelle elle-même, réduit de la position qui commande au loin la mer, le détroit, les

deux golfes qui bornent la presqu’île, les deux villes de Almina et de Ceuta ainsi que l'isthme du côté du continent.

La citadelle est un pentagone irrégulier fortifié de cinq bastions et d’une demi-lune dont la valeur, sans être bien redoutable, a cependant son importance. Les abris ne sont point à l’épreuve des projectiles modernes et seraient incapables de résister à un bombardement ; il en est de même du reste des magasins et de toutes les poudrières.

L’étude du point d’attaque du Mont-Acho sortirait du cadre de notre travail ; nous ne nous y arrêterons pas.

Nous passons donc immédiatement à la Almina, la première partie de l’ensemble de Ceuta que l’on rencontre sur son chemin en allant du Mont-Acho à la terre ferme.

La Almina a la forme irrégulière d’un polygone à quatre faces, sphérique du côté du sud, dont les dimensions sont environ 250 mètres sur 500. Une enceinte entoure la ville que la pente générale du terrain incline légèrement vers le nord.

La Almina est séparée en deux quartiers principaux par une longue rue qui s’étend de l’est à 1 ouest suivant la plus grande dimension de la partie médiane de l’isthme; elle est reliée à! Ceuta, la ville même, par une porte pratiquée

au milieu d’une courtine avec pont-levis et pont dormant.

Vient enfin Ceuta, la place proprement dite, située dans la partie de l’isthme contiguë à la terre et qui mesure, comme nous l’avons dit, environ 400 mètres sur 200. Les défenses baignées par la mer sont assez faibles, au contraire celles du côté de la terre ont été remaniées et armées récemment de pièces de fort calibre.

Quel que sdit l’état d’abandon dans lequel est aujourd’hui Ceuta, la place pourrait servir de base d’opérations à une armée s’avançant à la conquête du Maroc par le Riff, et son importance dans cet ordre d’idées est considérable. Sa baie est assez profonde pour recevoir des bâtiments de guerre d’un grand déplacement, sa possession constitue donc à l’Espagne un appoint très sérieux pour l’influence qu’elle peut avoir à exercer un jour sur le Ma¬

roc.

Page 1