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POIDS ET MESURES

Nous avons déjà donné, à propos des principales villes du Maroc, un aperçu sommaire des branches d industrie et de commerce que l’on Y V0lt se développer, mais ce chapitre intéressant de la richesse publique demande à être traité avec un peu plus de détails.

Nous n’avons pas la prétention de constater l’immobilité dans laquelle vivent les peuples d Orient en tout ce qui concerne les produits de 1 activité humaine. Au Maroc la remarque s’impose plus qu’en aucun pays musulman. De même que les hommes n ont pas changé ni varié, ni dans la façon de penser, ni dans la manière de s habiller, de même aussi le commerce, l’industrie, en sont encore aux procédés employés il y a trois mille ans au temps des transactions bibliques. Les ouvrages sont les mêmes que ceux qu on exécutait alors, le système de fabrication

est identique, les outils ne sont pas perfectionnés. Et c’est ainsi qu’après avoir été à la tête d’une civilisation qui fut florissante, ces mêmes hommes, immobiles au milieu d’un monde qui marche, ne représentent plus aujourd’hui qu’un système social voisin de la barbarie. Étudier les causes multiples qui ont produit ce résultat déplorable chez une race qui a de grandes qua lités, dépasserait les bornes et sortirait du cadre de notre travail; nous nous contenterons de nommer les deux principales et les plus funestes, le fatalisme musulman qui tue l’initiative privée et la proclame nulle, le despotisme politique qui rend aléatoire toute fortune industrieusement gagnée.

Fez et Maroc sont encore aujourd’hui les centres principaux de fabrication des étoiles, et la première de ces villes a donné son nom au bonnet rouge que les Orientaux 'aiment à conserver même en pays chrétien. On confectionne dans les deux capitales du Maroc, des tissus variés, des haïks de femme, des foulards, des turbans, dans lesquels la soie est tantôt l’unique fond de la trame et tantôt se mélange à la laine ou aux fils d’or et d’argent.

Les métiers pour l’élaboration de ces étoffes diverses, sont de modèles plus variés qu’on ne pourrait le supposer; cependant les plus simples, les plus primitifs sont les plus nom-

breux. On ne se sert pas toujours de la navette pour mêler la trame à la chaîne, et l’abbé Godard, qui AÛsita le Maroc en 1850, nous dit avoir vu des métiers perpendiculaires d’une simplicité aussi primitive que possible et où la trame passée à la main était ensuite serrée par l’arrière avec une sorte de fourchette.

Il ne faut pas s’étonner qu’avec ce système, les étoffes n’aient pas l’uniformité de nos produits de Lyon, mais cette variété dans l’écartement ou le serrement des fils ne nuit pas toujours à la solidité.

Les tapis sont une espèce de tissu qui a gardé au Maroc une place marquée dans la fabrication locale. Il n’en peut être autrement en un pays où une partie considérable de la population vit encore sous la tente et dans lequel par conséquent la nécessité d’avoir un préservatif contre l’humidité ou la trop grande sécheresse du sol apparaît chaque jour. Dans ces grandes maisons nues qui constituent les habitations mauresques, les tentures sont le seul luxe à la mode, le seul luxe autorisé; il était donc naturel que l’industrie cultivât avec soin un des rares débouchés offert à son activité.

C’est à Maroc, à R’bat, à Casa Blanca que se font les plus beaux tapis du Maghreb, et les produits de ces centres de fabrication, en

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