LE COMMERCE ET LTNDUSTRIE
dehors de leur solidité, ont de réelles qualités artistiques. Si les dessins n’ont pas la grâce, ils ont la variété de couleur, un certain fouillis de teintes vives qui plaît à l’œil. A Tétouan et à R’bat on confectionne également une assez grande quantité de sparterie pour les habitations où les tapis constitueraient un luxe trop dispendieux.
La confection des armes à feu est encore une des branches de l’industrie marocaine qui a conservé une réelle importance. Encore que l’Europe ait récemment introduit dans l’empire chérifien une quantité considérable de mauvais fusils se chargeant par la culasse, d’armes de Liège en particulier, l’Arabe s’en tient encore à son long moukhala cerclé de cuivre, agrémenté de verroteries, de clinquant et d’amulettes variées.
On fabrique donc encore de nombreux fusils à Fez et à Méquinez, surtout à Tétouan, et comme le principal mérite d’une arme à feu, pour un Arabe, -est de faire beaucoup de bruit et beaucoup de fumée, les flingots primitifs des armuriers marocains conserveront lonsr-
temps sur les autres une prépondérance notable.
Les armes blanches ont également leurs ouvriers, et cette industrie qui tend à diminuer d’importance dans le vieux monde, s’est cou-
servée intacte clans un pays où le combat corps à corps garde encore tout son prestige et sa faveur.
L’imagination des artistes se donne libre cours pour la forme à donner aux lames ; cependant, trois types sont surtout employés : le sabre droit et court, le couteau droit que l’Arabe porte toujours dans une gaine suspendue à son côté et qui lui sert indifféremment à se raser, à couper des figues ou la tête de son ennemi, enfin la lame dite de Damas, yatagan recourbé avec laquelle on sabre d’avant en arrière. Les fourreaux, bibliquement primitifs, se composent généralement soit d’une pièce de bois unique, forée au diamètre de l’arme quand il s’agit d’un poignard de courte dimension : soit, quand ils sont destinés à des sabres, de deux planchettes juxtaposées, évidées intérieurement pour laisser passer la lame, et réunies au moyen d’anneaux de cuivre ou de fer-blanc grossièrement soudés.
L’armurerie et la joaillerie se tiennent de fort près au Maroc. Le même ouvrier qui soude un canon de fusil sait étirer les fils d’or et d’argent employés soit pour tisser les étoffes riches dont nous parlions tout à l’heure, soit pour broder des turbans, des haïks de femme ou même ces babouches devenues si communes qu’elles coûtent aujourd’hui moins cher prises